Petits traités sur le cinéma coréen par Sans Congo et Joy Means Sick. Blog critique cinéma asiatique
Penny Pinchers, Kim Jung-hwan, 2011
Première séance du FFCP pour KBP, quelques balbutiements, comme si le succès de la soirée d’ouverture (qu’on a snobé à défaut d’avoir des places réservées en nos noms propres et pour nos parents, troisième rang, bien au centre avec un petit coussin) avait laissé derrière lui une belle gueule de bois. Sur place, la responsable des accréditations n’est pas là « mais peut-être pour la prochaine séance » (ouais, dans deux heures, cool) donc changement de plan : ce sera la séance gratos de Penny Pinchers au lieu des courts métrages, tant pis pour l’éclectisme. Voilà pour l’intro, comme dans les films de l’après-midi tout est bien qui finit plus ou moins bien, l’accréditation est récupérée par la suite, les sièges sont confortables, les organisateurs sympas et on assiste à une séance surréaliste de redistribution des places récupérés par les ouvreuses avant le film. Au passage la rumeur veut que ce soit la dernière fois que le festival se tient rue Saint André-des-Arts, l’endroit commence à être trop petit.
Penny Pinchers donc qui, selon la présentatrice, illustre à sa manière « la vision instable de l’avenir des hommes coréens ». Dans les faits, il s’agit de la rencontre improbable et intéressée entre une yamakasi de la récup (elle saute d’un immeuble à l’autre tranquille) un poil crevarde et un pseudo-playboy hédoniste qui peine à trouver un job et encore plus à payer son loyer. Le reste c’est de la physique, le plus attire le moins, et le terrain de la rencontre est forcément pavé des milliers de wons qu’elle entasse sur compte en banque. Elle (Hong-sil) a besoin de lui (Ji-woong) pour une raison obscure, une histoire de placement financier qui serait louche si jamais c’était à son nom à elle, bref le truc foireux qui l’oblige à trouver un proche en qui elle aurait assez confiance pour lui confier 200 millions de wons sur deux mois (on parle de plus d’un million d’euros quand même). Mais le bât blesse, à force de vivre de rigueur et de récup et d’axer sa vie autour de l’utile sans jamais l’allier à l’agréable, la demoiselle a négligé de se faire des potes. Conséquence : elle se rabat sur son voisin de toit, la cigale précédemment citée. Le bonhomme a un beau profil que tout oppose à l’autre tête d’affiche : il survit confortablement en grattant l’argent de maman qui trime dans un restaurant de province, fait partie d’un club de chômeurs fans de scooters, passe sa vie la main dans le pantalon et présente un certain attrait pour les vidéos porno. Rien de bien méchant, sauf peut-être pour un mec qui dit être né en … 1984 dans un film qui date de ... 2011. Parmi les autres personnages remarquables du film on trouve aussi le banquier de Hong-sil - et forcément à miss fourmie, un mec qui gère du fric ça lui fait tourner la tête – et une copine du club de scooters de Ji-woong plutôt matérialiste.
Hong-sil a de l’argent et donc du pouvoir, surtout vis-à-vis de ceux qui n’en ont pas. Le scénariste (qui est aussi le réalisateur) sort alors les grosses ficelles pour lancer son film sans perdre trop de temps (chose qui ne paraît pas condamnable dans une comédie) et en deux trois coups du destin et de manipulation par le billet vert, Ji-woong se retrouve à la rue et Hong-sil avec un mec qui a toutes les raisons d’accepter la contrat qu’elle lui propose : pendant deux mois, il doit faire tout ce qu’elle lui dit et au final il touchera 5 millions de wons. Pendant ce temps là, il peut dormir sur sa terrasse, dans une tente avec moustiquaire, à la bien. La suite du film est une sorte d’éducation mutuelle entre les deux, ça ressemble à un conte initiatique avec une musique oldschool (guitare, synthé, timbales et maracasses, « tschi-tscha ») et des acteurs qui cabotinent comme on les aime dans les comédies de ses contrées lointaines qui bordent le côté est de l’océan Pacifique. D’ailleurs plus ils en font, plus la salle se marre. C’est pas très subtil mais c’est généreux, on retrouve l’idée des clowns et cette relation indirecte avec le public invité à tenir le rôle du complice comme dans le théâtre de Guignol : on lui donne une info à l’avance (Ji-woong dit qu’à titre personnel il préfère les filles calmes aux filles bavardes) et on observe avec lui les réactions des personnages (Hong-sil qui en bonne extrémiste qu’elle est devient muette le temps d’un rendez-vous avec son banquier). Autre exemple, quand Hong-sil est contrainte de boire le café hyper-sucré qu’elle s’est concoctée pour justifier sa tentative de vols de sachets de sucre dans un starbucks local. Le tout est parsemé de blagues absurdes et, il faut bien l’avouer, parfois très pipi-caca. La règle se confirme : plus c’est gros, plus ça marche. Pour vous donner des références occidentales on pourrait parler d’un style grand guignol, de théâtre de boulevard ou de vaudeville… ou bien d’American Pie et de 40 ans toujours puceau. Des trucs populaires en tout cas, et qui n’ont pas la prétention de rivaliser avec Kubrick ou Welles.
Au niveau de la mise en scène et de l’image on notera un attrait prononcé pour le doré quand il s’agit d’éclairer les visages des différents protagonistes, un travail de lumière pas hyper subtil mais avec des choix prononcés, une musique omniprésente, quelques excentricités types split-screens et surtout un magnifique chassé dans le dos qui tardera pas à se retrouver sur ce tumblr dédié à la violence dans le cinéma coréen. Au final ce qui fait la qualité du film c’est sans doute sa sincérité, dans le ton et dans le propos. C’est du divertissement avec une pseudo-morale (SPOILER : elle devient plus humaine, il devient plus raisonnable et au bout de cette route qu’on savait déjà toute tracée : ils s’aiment), une vulgarisation de La Fontaine en plus sucrée. « Et bien dansons maintenant ».
PS : la séance de Penny Pinchers était organisée par l’association k.inedu, un atelier du FFCP soutenu par AFELACC (Association Française des Enseignants de Langue et Culture Coréenne) qui organise des rencontres avec des étudiants du secondaire autour de films coréens. Y avait un débat après le film auquel on n’a pas pu assister vu que la séance de Love Fiction approchait dangereusement. L’initiative mérite d’être saluée en tout cas.