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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 23:13

Helpless, Kim Soo-hyun, 2012.

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« Aussitôt vu, aussitôt oublié. Long et fade ». Bim prend ça dans ta face, East Asia et Julien Thialon ont parlé. Le ton est sec, le verbe exclu et la marge pour une réponse réduite au maximum. Deux adjectifs et autant de certitudes déguisées en impressions : bienvenu dans le monde de la critique tweet décomplexée où tu bâches en deux phrases et sept mots près de quatre ans de boulot et quelques millions d’euros. Une question de goût ? Ouais mais moi par exemple, j’aime pas le camembert et je fais pas chier les gens avec ça, je dis pas que c’est mauvais, que ça pue et que ça dégouline. Rien de personnel là dedans, seulement si on se met à édifier en travail professionnel le simple déballage d’impressions et de goûts personnels, y a moyen que ça finisse par tourner chocolat.

Surtout, Helpless ne répond à aucune des adjectifs pré-cités. Long à la limite ça se discute, le film dure 117 minutes et c’est sûr qu’en cas d’incontinence prononcée (au hasard) ça peut paraître un peu long. On est au-delà du standard débile des 90 minutes donc pourquoi pas, d’un point de vue absolument relatif, le film peut être considéré comme long. Il pourrait aussi être court, au fond on s’en tamponne. Ennuyeux, interminable, soporifique auraient au moins eu le mérite d’y associer un point de vue personnel. « Long » c’est finalement un adjectif assez neutre dont la perception dépend éminemment du contexte. "Fade" par contre ça parait plus difficile à avaler quand il s’agit de caractériser le film de Byung Young-joo. Le terrain est glissant car l’adjectif s’applique au film dans son ensemble, on ne sait donc pas si ce sont les personnages, le scénario, la mise en scène, l’image ou bien même le son qui ont reçu la sanction de « fade » (même si on imagine bien que c’est un peu de tout ça à la fois). A ce moment là de l’article, la rédaction tient à préciser qu’il n’y a ici aucune attaque personnelle, juste une tentative d’analyse critique d’une attitude journalistique qui nous semble peu appropriée et dangereuse. M. Thialon est sûrement un chic type, il place d’ailleurs la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook dans son top trois cinéma de son questionnaire proustien, signe incontestable que c’est un gars bien et qu’il ira loin dans la vie.

 

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En tout cas tout le monde n’a pas aussitôt oublié le film en sortant de la salle, l’effet Pizza Mimmo cher à Kassowitz fonctionne et on se retrouve à plusieurs à remettre de l’ordre dans les détails de l’intrigue que l’on vient de nous proposer. Il parait que Byung Young-joo a planché pendant trois ans sur le scénario et même sans avoir lu le best-seller japonais dont il est l’adaptation, ça ressemble quand même pas mal à une franche réussite. A l’image d’un Memories of Murder, on y retrouve une impeccable gestion des temps morts et des hésitations propres à toute enquête plus ou moins policière, ici ponctuée d’accélérations soudaines ou de pétages de plomb au milieu d’un village pommé. Au deux extrémités du film, pas de bouts de gras, ça démarre en deux minutes sur l’aire d’autoroute où Kang Sun-young disparaît et ça se termine sans épilogue au 5ème étage d’un parking. Entre les deux, deux enquêtes en parallèle se croisent et s’affrontent : celle de Jang Mun-ho, le fiancé délaissé, et celle Kim Jong-geun, son ex-policier de beau frère qu’il engage pour retrouver sa meuf. La première se joue principalement sur le terrain des sentiments et des souvenirs et elle affronte des certitudes mis à mal par les faits. La deuxième se veut plus professionnelle et plus pragmatique. Plus suspicieuse aussi. Rapidement les deux s’accordent sur un fait : elle s’est enfuie sans laisser de traces et ne compte pas revenir. Il s’agit désormais de découvrir qui elle est vraiment et pourquoi elle agit de la sorte.

 

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Le film est une enquête psychologique, un thriller sans gunfights où la dramatisante pluie de la scène d’ouverture laisse bientôt place à des tons clairs et effacés. L’ombre c’est le passé de Kang Sun-young, pas celle qui abrite les assassins et menace les personnages. On ne voit que des très peu de sang, sauf au détour d’une scène assez sublime où le beau frère s’imagine un meurtre : une femme sort d’une salle de bain en glissant dans l’eau mêlée de sang, tremblante d’adrénaline, elle tente de retirer ses gants et de se calmer avant d’y retourner. La caméra s’attarde alors sur un papillon les ailes engluées dans une flaque de sang. L’image est belle, le montage et le découpage de la séquence parfaitement maitrisés et le tout ne sera évidemment pas « aussitôt oublié » par tout le monde. Autre fait notable, l’enquête se déroule de manière ouverte et honnête, le spectateur (s’il sait lire le coréen) est à égalité avec les personnages et peut librement mener l’enquête dans sa tête : ici pas de plan de personnage ayant une révélation en tenant dans ses mains une photo que l’on ne voit pas.

 

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A quelques exceptions près, il n’y a quasiment pas d’action, en tout cas dans la temporalité du récit. Les éclats de violence et d’adrénaline se passe dans la tête des enquêteurs qui tentent de reconstituer les faits, passages où la réalisatrice prend un malin plaisir à faire concorder les deux temporalités avec un jeu de montage et de mise en scène encore une fois savamment orchestré. Au risque de paraître sexiste, on se demande aussi si l’une des particularités du film n’est pas qu’il soit écrit et dirigé par une femme, chose plutôt rare pour un thriller. On ne s’attarde en tout cas pas sur les mêmes éléments qu’à l’accoutumée, on ne ressent pas l’habituelle violence sombre qui accompagne les crimes de sang mais plus une envie de comprendre, d’explorer un personnage principalement absent. C’est peut-être aussi l’une des clés de l’équilibre du film : si l’enquête est menée par deux hommes, il est borné par deux femmes invisibles : l’une fictive que l’on cherche, l’autre réelle qui orchestre.

 

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Si l’on s’attache aux détails du film, il n’y a pas beaucoup de fausses notes et de nombreux moments de brio : des passages avec un montage rapide et un découpage précis et elliptique (l’entrée du beau-frère dans la société pharmaceutique, les scènes de reconstitution mentale), une bande-son qui mêle subtilement ambiance sonore et musique souvent composée d’instruments aux teintes traditionnelles (assez proche de ce qu’utilise Na Hong-jin), ou encore une scène finale qui fait écho à L’Impasse de De Palma et qui utilise sans facilité l’inéluctabilité d’un escalier mécanique. Pour les fans, y a même une écharpe rouge au détour d’un plan. Ceci étant dit, dans les grandes lignes et dans l’ensemble, c’est vrai qu’on ne retrouve pas l’épique et la démesure des films de Park Chan-wook, ou d’autres maitres coréens du genre, et c’est sûrement cela qui a manqué à notre ami Julien, un être passionné qui vit de tout ou rien et qui a sûrement placé Oldboy au sommet de son panthéon personnel. Mais ce n’est aussi certainement pas l’objet du film ni son intérêt. Le terme de thriller correspond d’ailleurs assez mal à Helpless dont l’enquête se déroule en décalage par rapport aux faits. Il s’agit de fouiller les registres et les souvenirs pour cerner l’absence et les contours de la trajectoire d’une fille pourtant toujours en vie. C’est un cheminement à la fois personnel et policier, un tableau peint par petites touches et sans pluie ni nuit menaçante.

 

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En plus de tout cela, le film était projeté en pellicule est aujourd’hui c’est presqu’un événement. C’est aussi l’occasion de constater que mine de rien ce n’est pas exactement la même chose que le numérique et d’excuser les maigres aléas de la projection (mauvais cache au début du film donc mauvais format, coupure au milieu). Alors voilà pour nos avis à Chaw à nous, ça peut paraître prétentieux mais participer au festival c’est en faire un peu plus que deux lignes et (ô malheur) une note sur cinq, surtout quand on sait que d’autres se sont échinés des mois durant pour proposer une belle sélection, qu’une sympathique équipe de bénévoles est là dans la nuit noire et froide pour vous accueillir et que notre amie la responsable des accréditations porte le deuil de l’ordinateur qu’elle avait prêté pour projeter les sous-titres de Two Doors. Non franchement c’est pas cool. Non, non et non.

 

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PS : les images du film trouvées sur internet n'illustrent pas forcément les propos, de l'article c'est l'occasion d'être modeste et de relativiser l'impression laissé par le film, mais aussi de rappeler qu'entre la compression, la numérisation et le passage par votre écran, les contrastes et les couleurs ont subis des changements conséquents, sans parler du recadrage. Helpless est aussi présenté et vendu comme un polar sud-co, et ce n'est pas un hasard si l'on retrouve sur internet des images allant dans le sens d'un film à la The Chaser et autres Memories of Murder.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 23:05

Children, de Lee Kyu-Man.

 

Children


Children… raconte l’histoire d’un fait divers qui a marqué le pays au début des années 1990. Le 26 mars 1991, cinq enfants disparaissent du côté de Daegu, au sud-est du pays, alors qu’ils étaient partis jouer du côté d’un mont environnant pour attraper, nous dit-on, des grenouilles – koreanfilm.org précise qu’il s’agissait de salamandres, la nuance est importante, vous verrez. Onze ans sont passés sans qu’on retrouve leur trace. Au début des années 2000, leurs os sont retrouvés dans les alentours de leur hameau. On découvre des traces de torture qui laissent supposer une mort atroce.

 

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dans cette photo se cache un enfant heureux

 

 Le film met en scène deux personnages principaux : Kang Ji-seung (Park Yong-woo, Shiri), un producteur de documentaires télé qui s’accommode assez confortablement des règles de déontologie de son métier, et Hwang Woo-hyuk (Ryu Seung-yong, Possessed) un professeur de sociologie foireux qui rêve de se couvrir de gloire en résolvant cette affaire. Le producteur se retrouve à Daegu, au piquet, pour avoir pris un peu trop de liberté avec la réalité. Ils décident de mener l’enquête.

 

Il faut solder le cas Memories of murder tout de suite. C’est un peu la même histoire, c’est un peu la même énigme, c’est un peu les mêmes sentiers qui quadrillent les mêmes rizières ; mais le film de Bong Joon-ho est mieux, et c’est déjà une insulte que de devoir le rappeler.

 

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C’est un peu cruel de le dire mais Lee Kyu-man ne tient qu’une poignée de plans ce que Bong Joon-ho déroule pendant tout un film. Il faut tout de même saluer ces plans. Un des enfants, portant une cape nouée autour du cou, tourne autour d’un autre enfant qui joue avec une toupie. L’enfant court dans le sens inverse de la rotation de la toupie. Le plan est visuellement étrange, quelque chose ne tourne pas rond. Au bout de quelques minutes de jeu, un des enfants, celui qui porte la cape, jure qu’il va mourir. On le rassure qu’il n’en serra rien, en nouant sa cape contre son bassin ; ça c’est cruel. Ce nœud, ce regard qui précède la tragédie, tout y est, quelle tristesse. Le procédé est presque inhérent à la tragédie : une forme de préscience qu’on porte dans nos gênes, qui nous indique que tout va mal finir – un peu comme les oiseaux sentent l’orage. L’Antigone d’Anouilh, c’était déjà ça : un narrateur observe la première scène en nous disant quelque chose comme : « regardez comme ils ont l’air heureux, calmes, insouciants, ça va mal finir pourtant ».

 

La tragédie est pédagogique, elle est du côté du bon père de famille : juste milieu, point de salut au-delà. La Servante de Kim Ki-young – on revient toujours à ce film car tout y est – utilisait le même procédé : un avertissement précédait le film à proprement parler pour éduquer les masses, en les invitant à la raison pour ne pas subir les malheurs que la pellicule intransigeante leur promet.

 

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Il y a quand même des choses intéressantes à dire sur ce film, ou à côté du film. Children… est symptomatique d’une certaine manière de traiter les sujets que le réalisateur a pu montrer précédemment. Si Return, son premier film, sorti en 2007, n’a pas l’air ouf, le segment qu’il réalise dans le cadre du projet « Short ! Short ! Short ! » en 2010, the Famished, est assez coul conceptuellement parlant. C’est l’histoire d’un fantôme qui cherche ses souvenirs en train de regarder une pièce de théâtre sur des fantômes qui… cherchent leurs souvenirs. De la recherche et de la mise en abîme donc.

 

 

c'est pas inintéressant à voir The Famished

 

C’est exactement ce qu’on retrouve dans Children… Lee Kyu-man met en scène un fait divers. Déjà, l’expression « mettre en scène un fait divers » devrait interpeler : le fait divers relève de la réalité la moins saisissable, il nous échappe irrémédiablement, et d’autant mieux qu’aucune solution n’apparaît. Lorsqu’on cherche à le mettre en scène, il risque de perdre sa qualité de fait divers pour devenir une histoire – i.e. une trajectoire d’un point initial à un point final avec du logos pour mettre de l’ordre dans le paysage. Du coup, pour traiter un fait divers au cinéma, soit on prend radicalement le parti de l’étrangeté, c’est le choix de Memories of murder, soit on tricote comme dans Children…  

 

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mettre en scène un fait divers, discrètement

 

Le film est replié sur lui-même. La mise en abîme dans Children… réside dans un dispositif en escalier au sein duquel, à chaque marche, un groupe essaye de résoudre le mystère de la disparition. Tout en bas, entre une flaque de pisse, trois capotes et quelques seringues usées, se trouve la disparition des enfants. Cette disparition est la configuration initiale, le premier évènement. Chacun cherche à lui donner un sens, une matière sans épaisseur, un « effet de surface » dirait l’homme aux ongles noirs.

 

tout l’enjeu :

comment traiter cet évènement, comment le comprendre ? Il faut aussi garder à l’esprit la chaîne de significations : les parents regardent les enfants ; les deux enquêteurs regardent les parents et les enfants ; et le réalisateur regarde les deux enquêteurs, les parents et les enfants.

 

Première marche – les parents. Ils réagissent sur le mode du pathos : la disparition les habite, ils sont tout entier tournés vers la recherche de leurs enfants. Il n’y a pas d’histoire, pas de lignes pour eux ; ils ressentent uniquement : la disparition une source, un principe d’action qui les pousse à chercher sans aucune forme de stratégie, sans recherche d’ordonnancement. 

 

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Deuxième marche – les enquêteurs. Le producteur et le professeur sont beaucoup plus offensifs. Le producteur est dans un rapport délirant, obnubilé par la gloire qu’il s’imagine tirer de cette affaire. Il se représente comme partie intégrante de cette histoire et lie son destin à celui de cette affaire. Sa punition – i.e. sa mutation dans une modeste direction régionale de la chaîne de télévision qui l’emploie – est conçue comme une étape de sa chanson de geste. Il est dans le narratif. Il imbrique son histoire dans l’histoire qu’il se croit écrire en cherchant à résoudre l’affaire. Il délire comme le Raskolnikov de Crime et Châtiment : « mais parce que tout cela est trop bien agencé... tous ces détails s’emboîtent ; on se croirait au théâtre ».

 

Le professeur de sociologie est dans un rapport carnivore. L’affaire l’importe moins que la supposée culpabilité de ses parents. Il en est entièrement habité. Il souffre de ce qu’il décrit pourtant lui-même à ses élèves, une forme de dissonance cognitive. Il est dans un rapport prédateur, « si ce n’est pas toi, c’est un de tes frères » ; son délire est un virus qui ronge tous les objets qu’il considère.

 

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"t'entends connard ???" ou l'impossibilité de réconcilier les marches

 

Troisième marche – le réalisateur. C’est là que le bât blesse. Le réalisateur mène aussi une enquête, à sa manière, selon le principe évoqué plus haut de la mise en abîme. Il propose une version idéalisée de cette histoire au terme de laquelle, versant dans le sensationnalisme excusable d’un producteur cupide, il trouve un coupable – et flippant qui plus est. Il est, malheureusement, prophétique ; il donne la Vérité. En surplomb, il critique les excès de ses créatures réduites aux marches inférieures – attention point Godwin philosophique imminent –, enchaînées à leurs chimères, répondant à leurs ombres. Il se tient, prestigieux, Philosophe – voilà désolé – à l’entrée de la caverne. Il est platonicien le con.

 

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" - c'est quand même horrible ce qui est arrivé à ces gosses...

- à l'Idée de ces gosses tu veux dire...

- ce que tu peux être chiant man " 

 

Telle est la défaillance. Le problème c’est qu’il ne se met pas – après c’est une question de goût aussi – dans une posture de fascination pour le réel, il ne laisse pas se propager la sensation que quelque chose lui échappe. On le constate assez rapidement par le truchement de plans idéal-typiques qui jonchent ici et là son film. Tel plan filmé depuis un hélicoptère montre par exemple une battue sous la forme d’un corps multiple, discipliné, ritualisé, qui signifie la mobilisation de la société ; ce plan dégage évidemment un fort remugle de fake. Telle autre scène, tout aussi fake, où on voit les parents cherchant leurs enfants dans un camion à ordure en pataugeant au sein de la benne dans une forme de chorégraphie un peu chelou. De la musique craignos accompagne leurs litanies dignes des pires chialeries de Failan.

 

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" stop stop, voilà bien, très bien Yeo-jin, plus intense le pécu Yeo-jin, jette le plus intensément ce putain de rouleau pécu bordel, voilà, plus d’émotion, plus d’émotion, n’oublie pas que tu as perdu tes enfants tiens file-moi le polaroïd toi "

 

Note gratos : nous sur ce blog, on a le soin du détail. Lorsqu’on évoque le mouchoir de Joy Means Sick dans ce qui est, probablement, le plus grand texte de ce site, Du Rififi chez les Canaries, on prend bien le soin de préciser qu’il est frappé de l’écusson d’Arsenal.


une des chialeries les plus pénibles de l'histoire du cinéma

 

Children est un donc un film bien paradoxal. Il met en scène un fait divers pour, visiblement, dénoncer l’acharnement médiatique et sensationnaliste. C’est ainsi qu’on voit le producteur mépriser, depuis la régie, un des pères qui témoignait de manière passablement larmoyante, en raison de ce qu’il juge comme un mauvais jeu d’acteurs – que voulez-vous, n’est pas brechtien qui veut. Or, Lee Kyu-man sombre exactement dans ce qu’il déplore. Roland Barthes, dans Le bruissement de la langue, a une jolie expression pour illustrer le propos : il y a comme un « besoin d’authentifier le réel ». D’où le piège, i.e. l’utilisation de formules cinématographiques toutes faites pour exprimer l’insondable et le mystérieux. Donc le réalisateur ne fait pas ce qu’il dit, son propos est anti-performatif.

 

Késako ?

Lorsque vous écrivez sur un livre « ne pas écrire sur le livre » votre énoncé n’est pas performatif

Lorsque vous criez « putain ça me fait chier la vulgarité » votre énoncé n’est pas performatif

Lorsque vous direz « je ne suis pas en train de lire un superbe texte de KBP » votre énoncé ne sera pas performatif

 

Bref, non performativité. En parlant de performativité, il faut remarquer que cette histoire a déjà été l’objet d’un film, Come Back Frog Boys, réalisé en 1992. En ces temps-là, on pensait encore qu’ils avaient fugués, d’où le titre. C’est quand même drôlesque de réaliser un film pour demander à quelqu’un de revenir, comme si la fiction pouvait avoir une prise sur la réalité. On est dans l’incantatoire le plus irrationnel : on veut du performatif. La frontière entre la fiction et la réalité finit par se brouiller.

 

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quand dire c'est faire les mecs !

 

Et demandez au Roi Heenok – bah oui lui aussi mérite son bout de gras – si vous n’en êtes pas convaincus : il sait ce que c’est lui la performativité. Le guignol avait posté sur youtube des vidéos de lui avec des flingues et de la drogue pour assoir sa crédibilité dans le rap game québecquois – quel étrange enchaînement de mots. Sa vidéo était totalement fictive, tout comme ses intentions. Et pourtant, la police a été alertée et s’est rendu chez le malheureux. Ils ont ainsi pu constater qu’il y avait bien de la drogue et une flingue, ce qui leur a permis d’arrêter le bonhomme. La réalité prolonge ce qui est bien une fiction, une mise en scène : on se doute qu’il n’est pas un criminel, mais il est arrêté quand même. Performativité.

 


 

En conclusion, rien de mieux pour finir ce texte que notre bon vieil Aristote dont les propos auraient dû être médités par Lee Kyu-man : « beaucoup de poètes tragiques ourdissent bien le nœud, et mal le dénouement ; mais il faut que l'un et l'autre enlèvent les applaudissements ».

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 13:48

Breathless, Yang Ik-June, 2009.

 

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Breathless. L'exact opposé d'un film de Kim Jee-woon, du spectacle de plomb, brut et chaotique. Une lumière crue, de la caméra à l'épaule, de la violence sans apparat. Breathless, la trajectoire d'un type à qui la vie a foutu un bon coup de pied au cul avant même l'adolescence : dans une dispute son père tue accidentellement sa petite sœur. Putain de background, aussi lourd à porter pour un scenario que pour Sang-hoon, le personnage principal, et ce dernier n'est pas celui des deux qui s'en sort le mieux. Quelques minutes plus tard, alors qu'il court avec le corps encore chaud de sa frangine sur les épaules, sa mère se prend un méchant tacle glissé sur la chaussée. 2 à 0. Depuis Sang-hoon traverse la vie en distribuant des claques et de rares gestes d'affection, il insulte son boss et gagne sa vie en récoltant les dettes. Parcours et stratégie du type qui n'a plus rien à perdre et qui survit parce qu'on ne s'attaque pas au vide sans tomber dans le trou. Il a un neveu, quand même, qu'il aime bien. Et une demi-soeur, qu'il évite et insulte, au début. Parce qu'ensuite, il va rencontrer une meuf, une lycéenne sur laquelle il crache par erreur et qui lui rentre dedans en mode super vener, au fond une preuve qu'il existe.

 

 

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IMDB ne s’y trompe pas lorsqu’à la page dédiée à Breathless, le site propose comme recommandations, entre autres friandises, La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, This is England de Shane Meadows, ou Un Prophète de Jacques Audiard. Excusez du peu : catégorie film noir frappé de bile acide, sous-section réalisateur de luxe, bureau va niquer ta mère. Le genre de trajet qui laisse généralement des traces de crampons sur nos joues de chérubins échaudés. D’ailleurs, sans déconner, ni faire de liens abusifs, le style de Sang-hoon, protagoniste principal de Breathless, ressemble à s’y méprendre à celui de Malik dans Un Prophète. Moustache à la limite du duveteux, petit bouc qui pointe pour Sang-hoon, dégaine directement sortie de la collection printemps-été 1992 Tati Barbès. Sans déconner, Song Kang-ho dans Green Fish, sorti en 1997, est quasiment habillé de la même manière, la paire de Nike en moins. Sang-hoon est intemporel, il entre dans le film de dos, lâche un taquet et un coup de savatte, se penche sur la rescapée et se fait fracasse par derrière. Tout est dit. 

 

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Sang-hoon, dont le rôle est joué par Yang Ik-June lui-même (quand un réalisateur se donne un rôle, s’il n’est pas perdu dans les vapes, il se taille du sur-mesure, c’est moins cher qu’un costume), « mouche à merde » comme le titre coréen du film l’indique (Ddongpari), donne dans l’affacturage musclé au sein d’un fonds vautour bricolé à la va-vite dans un faubourg de Séoul. Le plan est relativement simple pour qui a de l’épaule à revendre : le boss de la boîte, Man-sik, figurant parmi les rares sources d’eau potable dans le désert affectif aride qui encercle Sang-hoon, joué par Jeong Man-sik (oui oui ce surprenant bonhomme avait le rôle du paillasson timoré lèche-cul de procureur dans The Unjust), rachète les créances douteuses émises sur des débiteurs distraits ou indélicats pour une bouchée de pain. Par un miracle messianique qui le dispute à la barre à mine entre les dents, Man-sik transforme les miettes en boulangerie rentable à l’aide d’une équipe gonflée à bloc, violente mais efficace. Sang-hoon, c’est un peu le numéro 10, le joker, la vache à lait, le coup de pression sur pattes. Le genre de gars qui aurait mis un terme tout seul à la crise du crédit hypothécaire. Bref, un gars con et violent, avec qui il ne vaut pas mieux discuter.

 

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Donc une petite entreprise prospère, un modèle de civisme et de réussite pour Pôle Emploi. Un système qui fonctionne si bien qu’il n’y aurait pas eu de film sans la petite bête qui cherche toujours à pondre un scénario. Et donc on apprend que, d’une certaine manière, la violence de Sang-hoon provient d’un père violent. Classique, mais sans fioriture, et terriblement efficace. Tellement efficace qu’on se demande s’il n’y a pas de la triche sous une aisselle de faussaire : un rapide flashblack s’insère, presque discret, pour montrer mini-Sang-hoon, caché dans le coin d’une pièce alors que son père bastonne sa mère. Sa sœur veut s’interposer et se fait planter dans le bide. Sang-hoon la transporte d’urgence à l’hôpital où elle décède, tandis que la mère, veule, illuminée, regard vide et hagard, sort dans la rue pour rejoindre ses enfants, se fait tamponner à un coin de rue, et épargne à son mari le soin de la renvoyer six pieds sous terre. Mouais, quand même : on demanderait presque la photo pour vérifier que c’est bien licite au regard du cahier des charges. Mais enfin bon, comme c’est un passage extrêmement rapide et rondement mené, le réalisateur garde pour lui le bénéfice du doute. L’origine du mal-être de Sang-hoon était assez patente pour ne pas s’y attarder comme un film français.

 

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Dernières balises dans cette tempête ambulante, le neveu de Sang-hoon, Yeong-in, fils d’une demi-sœur effacée, tronche de victime attendrissante, et une lycéenne mère courage, Yeon-hee (Kim Kkot-bi), pour laquelle il s’est subitement pris d’une forme d’intérêt après la traditionnelle distribution de crachats et mandales en usage selon ses coutumes. Assez étonnant dans son principe, le trio forme en fait un ersatz de famille au sein duquel Sang-hoon semble, oui ça arrive, un être humain avec de la vie à l’intérieur. Encore une fois, deux passages, très ramassés et parlant, marquent clairement la frontière entre Sang-hoonino et Sang-hoonaccio. La musique est coupé, deux trois notes suspendues coulent comme des gouttes de stalactites dans un havre de paix caché aux regards. Leur vie commune est filmée, un après-midi de souvenirs, à l’aide d’une caméra d’amateurs tenue par un collégien qui s’essaye à la manipulation de l’engin. Bref, quelque chose de très intimiste qu’on aurait presque honte à voir parce qu’on a l’impression de dérober cet instant, véritablement privé. Ce qui peut paraître paradoxal. En effet, cette gêne est suscitée alors que le reste du film donne à voir d’allègres passages à tabac. Les voies du seigneur sont impénétrables.

 

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Après le décor, les motifs. Sans surprise pour personne, c’est globalement désolant. La figure du père évidemment, absente, dévoyée, minable. C’est un sujet tellement central qu’il serait malséant d’y perdre trop de gouache. On voit un peu ce qu’une telle défaillance implique : père (absent + violent) => famille désunie + perte d’autorité => société à la dérive. Ouais bon, voilà quoi. Le risque auquel on s’expose, avec de tels schémas, réside dans le fait de se tenir à des propos lénifiants concernant le désespoir bla bla bla. Ce serait, à l’aune des éléments d’observations les plus flagrants qui ressortent du film, ne pas rendre justice aux personnages du film, trempé dans de l’acier d’Olympe. Breathless est noyé sous une telle quantité de bad, que traiter du film convenablement reviendrait certainement à lui porter secours, non pas en l’extirpant à la canne à pêche, mais en vidant l’océan à la fourchette. Bref, une galère.

 

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Une galère qui ressort notamment d’un aspect marquant du film, la transitivité du coup de pression, nouveau concept KBP (toi aussi tu peux proposer des concepts KBP que nous serions heureux de réutiliser). Finalement, entre la poule et l’œuf, la quête de ce film se trouve au fond du trou de balle d’une aporie : qui a foutu la première torgnolle ? La torgnolle originelle s’entend, mystique, invisible, imprescriptible. Et là, c’est certainement le moment de se la péter en parlant de René Girard, dont un des bouquins, La Violence et le Sacré, évoque un sujet si bien intégré dans nos têtes de piafs en costard qu’on sentirait presque de l’impudeur fangeuse émaner du propos. Il dit quelque chose comme : certaines sociétés, pour compenser pour dépenser une quantité donnée de violence emmagasinée à t=0, comme une batterie, et parvenir à préserver la paix sociale, se trouvent un bouc-émissaire institutionnel pour qui sert de réceptacle à décharge. La bouc-émissarisation donc. Le lien avec Breathless ? Une micro-société qui se cherche son bouc-émissaire. Le film en reste au niveau de la baffe originelle. C’est pour cette raison qu’il se donne comme un écheveau de vipères à l’intérieur duquel on serait bien mal avisé de mettre le doigt. La violence, indifférenciée, s’offre sans médiation : elle est un vecteur, ou une force, qui s’empare des individus en leur astreignant un sens [=> zombification]. Breathless est ainsi un coup de pression permanent, un cataclysme où les quatre vents, main dans la main, rivalisent d’ingéniosité pour soutenir le mouvement perpétuel, i.e. La Baffe.

 

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Dans L’Orestie d’Eschylle, une mise en garde, prononcée de manière anodine par le choryphée, aurait pu siffler la fin de la récréation, avant même qu’elle ne commence : « Malheur à celui par qui viendra la violence ». Comme ça, on se dit : pète-sec, rat de bibliothèque frustré qui paiera en année de misères les quelques grammes/centimètres qui lui ont toujours manqués. Et pourtant. Breathless est peut-être l’effet le plus irrationnel, le plus absurde, de cette injonction. Une fois que la boîte est ouverte, il n’y a plus personne pour la refermer. Pire, on finit par se complaire dans la haine qu’on porte en soi. Comment comprendre la toute première réaction de Sang-hoon lorsqu’il trouve son père les veines ouvertes ? Il le voulait vivant pour lui, pour se le charcuter.

 

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La transitivité du coup de pression signifie donc que La Baffe première, Big Bang immoral et Source intarissable de tous les coups de pute, agit comme un coup de dé qui configure, sur l’échiquier social, l’ensemble des plus et des moins, des grandes infortunes et des petites surprises. Ensuite, ce n’est que de l’électricité qui se propage sur un matériau conducteur, l’être humain en l’espèce. Ce schéma est parfaitement valable pour Breathless : chacun a quelque chose à redire, à un petit truc à transmettre à son voisin. Ensuite, le bon sens voudrait que, quitte à se soulager de ce genre de choses, on le fasse sur plus faible que soi. Et la misère sociale de se résumer comme suit : [père de famille frustré] se vide sur [mère de famille et/ou fils] se vide sur [fille, ou victime des victimes]. Mais le transitivité n’est pas nécessairement verticale, elle peut aussi être horizontale : c’est le cas de la boîte à gros bras qui se fait sa marge sur des débiteurs fauchés. Cette transitivité n’est pas univoque non plus, elle n’implique pas nécessairement de violence physique. La violence symbolique est également un de ses modes. Il n’est qu’à voir le nombre de scènes ou des billets sont jetés à la face de certains personnages, de façon méprisante, afin de l’humilier ou de l’annihiler moralement. C’est par ailleurs cette même violence qui s’applique aux débiteurs, qui eux, justement, sont en manque d’argent. Tout est en cash dans le film de toute manière, mélodie des enveloppes pleines, pour bien insister sur le fait que l’argent met de l’huile dans les rouages, en bien ou en mal. De temps en temps, on tombe sur des cas sociaux en roue libre, comme la dissuasion nucléaire française, en mode « tout azimuts » : Sang-hoon est le digne représentant de cette espèce – il met même des kèches sur la bouille du petit Yeong-in, c’est dire. Et face au fait accompli, des stratégies de survie se mettent en place : une mère qui s’enfuie, une fille qui essaye de se tenir droite, une salle de jeu, l’alcool, la playstation, etc. Breathless, ou la machine métaphysique qui broie ses membres.

 

 

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Bon, ok pour la transitivité du coup de pression. Mais encore faut-il la retranscrire convenablement. A cet effet, c’est immanquable, la caméra portée associée aux gros plans est de rigueur. Il faut dire que Breathless ne lésine pas sur la promiscuité. On se retrouve littéralement le nez sous chaque coup de poing. Breathless est un film de stigmates qui s’intéresse plus aux marques de la douleur qu’à la douleur elle-même. Les propos du réalisateur, dans le cadre d’une interview donné au site Cinemasie, sont fort éloquents : « La caméra est comme moi. La haine, la violence. Je voulais la montrer comme si c'était votre voisin, votre  ami. Même si les gens ne veulent pas regarder la violence, je l'ai montrée ainsi pour les forcer à regarder. Je veux sentir ces gens proches de moi. C'est une façon de montrer leurs sentiments"1. Donc point de salut dans le plan large, la vie est secousses à en gerber ses cornflakes. Peut-être trop. En effet, si la caméra ne nous laisse pas le choix quand il s’agit de se détourner des scènes violentes, elle en vient parfois, par son implacable proximité, à être contre-productive. Il n’est pas évident que les scènes sont plus violentes sous prétexte d’être filmées sur le mode, en gros, d’une personne qui regarde, très proche de la scène pour en ressentir les effets, mais pas assez pour y prendre part. Il est probable qu’on parvienne à des effets autrement plus révulsant en reculant d’un pas ou deux. Souvent, les passages à tabac perdent en visibilité et on se retrouve à deviser, ici le dos d’un lycéen ambitieux, là le coude d’un Sang-hoon un chouia taquin ou la hanche d’une mère terrorisée. Bref, trop de gros plans tue le gros plan. Et en lisant que le réalisateur en voulait de plus gros encore, on remercie le saint obstacle qui l’a contraint à renoncer. De plus, si c’est tout pour la castagne, Yang Ik-June ménage les règles de bienséance à certains endroits pour ne pas tomber dans le glauque irrécupérable : on entend alors les scènes, mais la visibilité est obstruée à l’aide de subterfuges classiques (porte fermée, etc.).


 

 

 


 

Ici, au milieu du chaos, un plan large, composé, statique. Une soudaine prise de recul pour un récit au 1,2ème degré, filmé d'un point de vue subjectif (1er degré) mais qui reste du cinéma (+0,2).


 

Une violence physique découpée en morceaux, et une violence plus sourde filmée façon reportage, sans enjolivures ni articulations pénibles dans le scénario. Ca bouillonne, l'action avance et on s'efforce de lui coller au cul. Pas de découpage ultra stylisé, pas de cadres étudiés pendant des heures (petits espaces donc grands angles) et pas de lumière chiadée (hautes lumières complètement cramées), c'est cru et ça se bouffe façon Huns : mortifié sous la selle d'un cheval au galop. La sève de Breathless, c'est l'énergie captée par la caméra, la vie et la fureur des personnages, la pression quasi constante et ces quelques moments de répit qu'on sait aussi éphémères que funestes. On n'arrête pas un train aussi furieux sans y perdre quelques plumes. Rédemption impossible et structure classique soit, mais pas le genre de crochet qu'on prend à l'estomac sans ciller et comme dirait le grand Jean-Claude Convenant : « Y a pas à tortiller du cul pour chier droit ».

 

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Transition façon JT, puisqu'on cause poésie, un petit mot sur les rapports humains entretenus par nos personnages. On a déjà parlé de la classe ultime avec laquel Sang-hoon serre sa meuf : je te crache dessus et je t'explose le nez, on peut aussi parler de ses caresses un peu rudes et de sa langue fleurie. Les ricains ont leur « F word », la Corée a son « Chibaloema » et Breathless est son étendard le plus fièrement brandi. Rien que ça parle mal et que ça distribue des taquets, champions du monde à l'aise dans le domaine.

 

 

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Faut quand même bien avouer que l'attaque en bouche du « Chhhhhiiiibaloema » est particulièrement plaisante.

 

Mais trêve de parole, place à l'artiste :

 

 

 


 

1 : ITW Cinemasie : http://www.cinemasie.com/fr/fiche/dossier/409/

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 19:16

 

 

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The Murderer, Na Hong-jin.

 

 

 


  Alborosie - Murderer

 


Ami lecteur qui ne souhaite pas se faire spoiler au Kärcher, passe ton chemin.

 

 

 


La bande annonce

 

The Murderer – c’est le titre anglais - s’annonce étrangement comme une séquelle de The Chaser. Il ne manquerait plus qu’un dernier film pour trianguler une bonne trilogie, un truc genre The Decoy, histoire de se la donner comme un illustre prédécesseur, à ceci près que ce triptyque aurait pour thème quelque chose comme la course absurde, en empruntant à la concision titulaire d’un certain John Grisham, auteur prolifique de romans d’espionnage qui ne durent que le temps d’un trajet en avion (au choix : The Client, The Partner, The Broker, The Associate, etc.). Entre The Murderer et The Chaser, les histoires sont différentes, et les parallèles troublants.

 

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Mais d’abord, un peu de géopolitique avec les Joseon-jok. Les Joseon-jok, ce sont les 2 millions de Coréens vivant en Chine, la plupart habitant la préfecture de Yanbian, dans la province de Jilin, qui dispose d'un statut de préfecture autonome. Ce mot désigne l’ancienne appellation des Coréens, et, sauf erreur, reste la manière de les appeler en chinois. La Mandchourie, terre particulièrement fertile, a naturellement été une annexe de la Corée pour une partie de la population, d’autant plus que la frontière entre la Chine et la Corée (le fleuve Yalu, désormais traversé par « le pont de l’amitié sino-coréenne » - ahh le socialisme) n’a été fondamentalement tenu qu’à partir de 1910, date de l’annexion de la Corée par le Japon. Donc les Joseon-jok, ce sont plusieurs cas de figures : tantôt des Irlandais fuyant la famine pour émigrer aux Etats-Unis, tantôt des membres du FLN se réfugiant en Tunisie – la Mandchourie ayant été une base de repli des nationalistes coréens dans leur lutte contre le Japon-, tantôt des allemands américains prenant fait et cause pour leur pays d’accueil – des Coréens ont rejoint le Parti communiste chinois contre le Kuomintang. Bref, comme on peut aisément l’imaginer, les Joseon-jok sont des sortes de « pieds-noirs » de l’Est. En Corée du Sud, ils peuvent, toute proportion gardée, être considérés comme des étrangers, ou des citoyens de seconde zone.

 

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Le Royaume de Goguryeo "empiétait" sur la Chine actuelle, du coup les implantations coréennes furent plus naturelles

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Un des deux personnages principaux est un joseon-jok. Gun-nam (Ha Jung-woo) est un type criblé de dettes qui tente de se refaire au mah-jong alors qu’il s’enfonce chaque fois un peu plus au fil des parties. La raison de sa dette, c’est un visa vers la Corée du Sud payé à sa femme pour qu’elle refasse une santé au compte bancaire « Monsieur et Madame ». La stratégie du couple repose sur les filières internationales du love : il s’agit pour la femme de brancher un sudco pour lui plumer quelques billets. Le thème de l’immigration affective est un sujet plutôt évoqué dans le cinéma sud-coréen (Land of Scarecrows, The Secret Reunion, etc.), ce qui témoigne notamment de sa bonne santé sur les questions sociales. Donc à voir les premières minutes du film, baignées dans un cadre provincial et enneigé, les impressions recueillies penchent plutôt en faveur vers du mélodrame de cerisier estampillé Lee Chang-dong, laissant gésir le thriller jus de groseille post-Park Chan-wook au fond du verre vide d’un adolescent, récemment converti au cinéma sud-coréen, mais sanguinairement repus.

 

L’incipit scénaristique est exquis. L’écriture visuelle de Na Hong-jin rayonne sous une lumière froide comme l’aube. Les cinq premières minutes sont innervées d’épithètes et d’appositions sur fond d’une espèce de rage socialement contenue que Gun-nam lâche en forme de crachat à la sortie d’une énième partie foireuse de mah-jong, comme Paul Nizan commence son récit initiatique : « j’ai eu vingt ans, et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » (Aden Arabie). Avec une espèce de discipline narrative spartiate, Na Hong-jin raconte tout le film en quelques plans. La coupe est franche, les atouts cisaillent : un insert de bouteilles d’alcools vide par-ci, un plan de cadre brisé par-là, deux trois kèches au réveil comme toujours, des vitres brisées comme souvent. Le début du film annonce la suite : contraint, étouffant, désespérant. On s’attarde sur ces premières minutes, comme pour The Chaser.

 

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M. Myun (Kim Yoon-seok), blouson de bogosse, col fourrure de bogosse, moustache de bogosse et lunettes aviator de bogosse, vient ouvrir une issue à cette impasse. Un contrat sur la tête d’un sud-coréen, passablement encalminé au fond Milieu, qui permettrait à Gun-nam de rembourser ses dettes. Gun-nam hésite, puis accepte. Na Hong-jin régale, il n’a pas oublié ses fans. M. Myun est un dur à cuire. Calmement assis en retrait de deux gros bergers allemands prêts à se mordre la glotte, il a tout de l’ordure comme on l’aime : très cruel sur l’homme, solide comme un épais morceau de caoutchouc, facétieux comme Song Kang-ho.

 

Cette première partie du film semble passée au crible fin. Le tamis est sévère, les détails sont saillants. Du naturalisme pur jus. Le mec filme en HD, donc il distribue les friandises. Sur la tronche des protagonistes, on voit les imperfections, les aspérités. Les gueules accrochent, la vraie vie quoi.

 

Gun-nam exécute de justesse son contrat. La cible était également convoitée par un ponte malfaisant de Séoul, costume taillé sur mesure, mais quand même (Jo Seong-ha). Gun-nam arrive dans la cage d’escalier, lieu du crime, quelques secondes après une grosse bagarre qui a éclatée entre les hommes du troisième larron (notamment le chauffeur de la victime, le salaud) et la victime, qui s’est honorablement défendue face à une avalanche d’estocades affûtées. Il arrive dans la cage d’escalier pour son baptême du feu, à la fin duquel le chauffeur se retrouvera lamentablement suspendu au-dessus de sa nuque brisée, et parvient à trancher son bon de sorti : le pouce que M. Myun lui avait demandé fera office de reçu. Sauf que Gun-nam s’est fait baisé. Evidemment, il n’y a plus personne, le film se transforme en Le Fugitif. M. Myun, jamais à court d’idées rentables, propose au ponte d’éliminer Gun-nam pour étouffer l’affaire, alors que la rumeur commence à tourner autour de lui, sans que ce dernier sache que c’est proprement Myun qui a commandité le meurtre, un peu comme Filippo Inzaghi qui pousse la balle au fond, après un gros taffe de Andreï Chevtchenko. Une vraie crapule ce Myun.

 

 


 L'essence d'Inzaghi se trouve toute entière dans ce but immonde, LDC 2005/2006, contre Lyon, en quart.


 A partir de là, le film part en couille, et ça se met à courir jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’écœurement, jusqu’à la mort. Alors que la bobine commençait vaguement à sonner comme une dénonciation sociale, toilettée, distinguée, mais limitée, The Murderer se transforme en chasses à l’homme à croisements complexes sur un terrain de jeu vaste comme une mégalopole. Myun est à la poursuite de Gun-nam, Le Ponte finit par poursuivre Myun, Myun ajoute Le Ponte à la liste. Gun-nam cherche d’abord à sauver sa peau – il a la police au cul – avant de se retourner contre ses chasseurs, la loi du Talion sous le coude. Bref, c’est carrément bordélique. Et rien que ça court. Le film est fondamentalement bestial et répond à The Chaser de manière éminemment élégante. Déjà, le sens de la course reste le même, mais les rôles sont inversés. C’est toujours Kim Yoon-seok qui court après Ha Jung-woo – on se rappelle que dans The Chaser, le premier joue le flic torturé et le second l’assassin tortionnaire -, sauf que, si vous permettez ces facilités de langage, c’est désormais Ha Jung-woo le « gentil » et Kim Yoon-seok le « méchant », les guillemets se trouvant être d’utiles intermèdes pour abréger une trop longue explication sur le dégoût primitif des « thrillers du millénaire » à l’endroit d’un manichéisme content de lui, de Wesley Snipes et de Tommy Lee Jones.

 

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Surtout, The Murderer est à la force brute ce que The Chaser est à l’intelligence subtile. On se souvient du tour de passe-passe de The Chaser : l’assassin qui va s’engouffrer directement dans la gueule du commissariat avec un bon paquet de vannes, une procédure légale protectrice et des repas chauds. Point de raffinement dans The Murderer : le salut réside dans la fuite incessante et le passage en force. Gun-nam passe facilement 65 % du film à courir ; ça en devient crevant de le suivre, on se prend à avoir pitié de ses mollets. La survie de Gun-nam réside purement et simplement sur ce que dicte son instinct : descendre d’un immeuble par la gouttière, sauter du quatrième étage, tomber sur le toit d’une caisse de flic, se faire encercler par plusieurs policiers, se démener tant bien que mal, trouver une issue, et courir le plus vite, le plus loin possible. D’une certaine manière, ici aussi, Ha Jung-woo se jette dans la gueule du loup, mais ce n’est qu’à la force de ses cuisses qu’il se fraye un chemin. Ces chemins, qui sont remarquablement aiguillonnés dans The Chaser, parallèles et perpendiculaires se croisant sur un immense échiquier scénaristique réglé comme de l’horlogerie suisse, sont anarchiques, bordéliques, emmêlés, enchevêtrés dans The Murderer. Pire, les voies sont à faire, ces voies que seule dicte la peur de mourir. C’est le Far West sur une ville dont les recoins et les possibilités sont encore à découvrir. The Murderer, c’est un peu Un Indien dans la ville, Forrest Gump, Into the Wild, Cliffhanger, Gladiators, et de l’hémoglobine généreusement tartinée à l’écran. When there is a will, there is a way : ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Et Gun-nam d’enfoncer un barrage au volant d’un semi-remorque, après avoir éjecté une nuée de charognards à la botte de Myun, le genre de plaie qui s’accroche. Il y a quelque chose de drôlement dérangeant dans cette énergie inépuisable. Gun-nam survit comme un acharné, Myun détruit comme un résigné : la nonchalance et l’abnégation semblent être les faces d’une même médaille, une tragédie as usual. Et Hitchcock peut ranger sa fameuse scène du biplan dans son cercueil : Cary Grant est un gentil danseur, ce sont les Erinyes que Gun-nam a aux trousses.          

 

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Range ton style man, tu fouettes.

 

Juste comme ça, pour revenir à la HD : les courses poursuites, et bien on se cramponne au siège. Le film propose une scène de carambolage de plus impressionnantes qui soient : complètement in vivo, comme si nous nous trouvions à un mètre cinquante de l’accident en filmant avec nos portables alors que les débris et les carcasses ne font que frôler. C’est limite si on ne sent pas le petit courant d’air au-dessus des tempes. Absolument bluffant. Ce mec est posé dans son style comme un roi est enfoncé dans son trône : à la tablée, Mann, Michael de son prénom. Les deux se tutoient. Quel con, c’est franchement grandiose. Et tant pis si c’est poseur tant que c’est puissamment bandant.

 

 

 


 Il ferme bien bien sa gueule là, le Cary Grant.

 

Finalement, ce qui ressort de The Murderer, ce sont les bêtes sauvages que l’on voit à l’écran. Gun-nam est un prédateur contrarié, genre carnivore qui s’ignore. Voir notamment ces fameuses sucettes-saucisses, de véritables biberons dans sa bouche, des corn dogs, ou kondogeu, qu’il tête pour se faire les canines. Il passe plusieurs jours à chasser sa cible, objet du contrat. Il recherche des signes comme un affamé, toujours aux aguets, là où sa proie laisse des signes (fouille du courrier, étude de la cage d’escalier, etc.). C’est d’ailleurs lui qui commence par l’évoquer cette métaphore, lorsqu’il raconte cette histoire de chien qui a la rage, ce chien qu’on dépèce et qu’on finit par manger. Et c’était pour ne plus « continuer à vivre comme un chien » (M. Myung) que Gun-nam accepta le contrat. De chien méprisé, le voilà loup solitaire. Le plat qu’on lui offre à son arrivée à Ulsan, il ne le mange pas, il le sacrifie, il le dévore de sa bouche, de ses yeux, de toutes les convulsions de son corps. C’est de la même manière que M. Myung et sa meute d’hyènes se font de la protéine entre copains. Eux aussi déferlent. Eux aussi se donnent. Ils tranchent singulièrement avec le style BCBG qui enroule le ponte de Séoul (cf. l’arrivée de blédards de la bande de Myung au rendez-vous avec le ponte dans le lobby feutré d’un hôtel de luxe).

 

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Leur comportement ajoute à l’aspect machiavélico-darwinienne de la mise en scène. C’est de la pure animalité contre la pure filouterie de The Chaser. Gun-nam, bête traquée, se réfugie de terriers en taudis exigus, toujours dans les coins sombres. Puis il reprend progressivement du poil de la bête, se fait les dents sur quelques maillons faibles, et s’installe durablement dans la chaîne alimentaire après avoir vidé les larmes de son corps : style de pouilleux, vengeance de bâtard. Myung, postiché dans sa crasse, toujours un os à grignoter, est du genre bête assurée qui pète au lit : il va au charbon comme on sort un steak du congélateur, manie la hache comme une fourchette, et n’aime rien tant que de se curer les dents, allongé sur son matelas, en repensant à ses victimes. Quelle classe.     

 

Dans cette catastrophe sans fin, Na Hong-jin paufine les références. Il fait remarquablement avancer la cause du thriller sud-coréen en lui adjoignant de nouveaux outils : la désormais sacro-sainte hache y côtoie les couteaux à sushis. Mais si les thrillers sud-coréens étaient la joie des couteliers, ils réjouiront désormais les bouchers : Na Hong-jin introduit dans la liste des armes conventionnées le fémur de bœuf, arme qui s’avère d’une redoutable efficacité : genre matraque massaï, il fend les crânes comme on ouvre des kinders suprise. A côté de cette nouvelle arme, peut-être plus classique et convenue, mais d’un apport appréciable, on notera la clé de 44 : des connaissances en bâtiment seront évidemment utiles à la manœuvre. Néanmoins, on regrette l’absence du marteau minsikien, véritable Notre Père dans le genre. De même, le style est propre sur lui et les protagonistes s’offrent comme des bétyles inviolables. Institution oblige, il y va également de son petit passage sur les îlotiers incompétents, seul moment « marrant » du film. Les hommages à Park Chan-wook sont appuyés : monsieur a du goût. Ainsi trouvera-t-on dans The Murderer pléthores de couloirs étroits, d’escaliers ensanglantés, de caves de tortures, d’ascenseurs glauques. Les lumières clignotent, le teint est blafard, les murs ont quelque chose d’humide. Cette poésie finit toujours par prendre. Enfin, dans la plus juste des rétributions, Na Hong-jin donne en présent à Quentin Tarantino l’oreille découpée d’un corps de traître.          

 



Juste kif.

 

The Murderer commence en lutte sociale et s’achève en apocalypse sanglante. Le film en est inondé. Et finalement, dans cette infinie débauche d’énergie, il en reste quelque chose à en devenir claustro. Point de liberté pour les bêtes : l’instinct a quelque chose d’harassant. A sa mort, Gun-nam semble paisiblement endormi, comme après une dure journée de taf.

 

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Et tout ça pour une histoire de cul.

 

 

 

Back to Black, c'est le cas de le dire. 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 21:35

A Bloody Aria, Won Shin-Yeon (2006)

 

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Fiche sélective :

 

-On ne cite plus les directeurs photos, c’est l’ « emballé-désaturé » classique des thrillers sudco. Il paraît que le Final Cut Pro dans la péninsule est mis sur le filtre « thriller-ultra-racé » par défaut

 

-Tous les acteurs sont dans la place, mais gros big-up pour Lee Mun-shik ; et pour le principe, même s’il a un rôle secondaire, Oh Dal-su, peut-être le second couteau le plus aiguisé des thrillers sudco, un sorte de croisement entre Benicio del Toro et Jim Morrison, trop coul.

 

(Hommage aux Bogosses)

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 Pour visionner le film sur Youtube :

 

 

 

On commence par de la formule incantatoire, une sorte de Notre Père cinématographique. Ciel bleu, aigle incisif, en ronde, en attente. Loubardise giratoire d’un malfrat au bord du larcin puis basculement spontanée et plongée du bec - affilé. La caméra est comme happée par le mouvement aquilin avant qu’un plan ne coupe la chute par le passage d’un train. C’est à croire que les cinéastes de la péninsule se refilent leurs astuces puisqu’on retrouvera la même ouverture, à peu de choses près, chez Kim Jee-woon dans Le Bon, la Brute et le Cinglé. Et pour la version sans aigle, c’est Peppermint Candy de Lee Chang-dong. Bref entre chics types, entre potes, on se renvoie l’ascenseur, sympa quoi.

 

Après ce bref interlude, le film s’ouvre en empruntant une voie magistrale. Route vide, Mercedes blanche grande classe, musique classique, un quinquagénaire bien sur lui au volant et une adolescente sage comme une image. Les premiers instants d’un film sont importants, donc monsieur le réalisateur soigne le style : alternance de plan larges de la route et d’inserts de l’intérieur de la voiture. C’est une espèce de mise en branle majestueuse qui actionne les leviers du « strass & paillettes » dans une sobriété toute contenue. Le would-be capitaliste de bas étage bave sur la maigre dot du CROUS et reprend les litanies des chansons de rap sur le mode « millionnaire avant trente ans », mais quelques gammes au-dessus : acheter une classe C, s’abonner au Financial Times, et retenir un balcon à l’Opéra Garnier.  

 

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(C'est un peu ça le début du film, la voix de la poufiasse en moins)

 


 

 

Plus prosaïquement, quand on connaît la suite, on ne peut que faire le rapprochement avec Funny Games - le seul, le vrai, celui de 1997. D’ailleurs la transition sonore depuis l’aria d’eunuque à la k-pop éculée n’est pas sans rappeler le douloureux hard-rock (autrichien ?) qui pilonne les premiers instants du film de Michael Haneke. Tout ça pour dire que ça à l’air séduisant et intelligent. Tiens, un policier zélé qui arrête la caisse qui vient de griller un feu rouge. Un personnage bizarre qui introduit la discorde dans cette pax romana de patriciens. Un policier (l’acteur Han Suk-kyu : retenez bien son nom) qui n’est pas corrompu et qui fait normalement son boulot. Vraiment chelou ce type, qu’on retrouvera à la fin du film – le cinéma sudco aime la douce géométrie hellène malgré ses bras ouverts au tumulte baroque, sur ce point voir Secret Reunion. Bref, cette longue introduction était nécessaire parce qu’elle symbolise un « âge d’or » du film qu’on ne retrouvera plus. Prochaine étape : âge de bronze, ou l’insoutenable suspension.

 

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On aura compris que Bloody Aria schématise le drame de la thermodynamique, son deuxième principe notamment, celui du mouvement inéluctable vers le désordre. L’entropie se propage lentement mais sûrement pour foutre son petit désordre dans le film, après avoir tenu en respect, de part et d’autre, la Dikè et l’Hubris. Il ne s’agit pas de radoter mais enfin quand même, il faut garder à l’esprit que le thriller sudco aime jouer selon la séquence ordre-désordre-ordre, abstraction faite du bien et du mal. D’ailleurs, la voiture du professeur est la mesure-étalon du film. Elle se dégradera à mesure que le film se barrera en cacahuète. Le blanc c’est forcément bien vu puisque ça implique une forme immaculée. Le professeur de chant, bon chic bon genre de mec qui donne des interviews sur Radio classique, marque une halte au bord d’une rivière – le cadre du film- et essaye de coincer sa pépé sur un remake de la Flûte enchantée. A l’intérieur, il essayera de se faire la jeune ado, qui s’avère être une de ses étudiantes.

 

(Papageno und Papagena für Leben, sisi)

D’abord stoïque face à l’ardeur tortuegénialesque de ce ténor lubrique, elle panique complètement lorsque Pavarotti passe en mode violeur en lui pleurant au nez qu’elle est encore vierge  – oui le lien entre la voiture et l’étudiante est tellement grossier qu’on se gardera bien de l’établir, même si ça ferait une couverture chargée d’érotisme suspect pour Tunning & Bitches. On choisit quand même bien nos films, parce qu’après Incohérence, le rapport professeur-étudiante est réutilisé, même si ce n’est pas le sujet central du film. D’ailleurs, au-delà d’Incohérence, Save the Green Planet c’était bien vu aussi puisqu’il sera notamment question de torture dans A Bloody Aria. Bref, Papageno tout feu tout flamme tente quelques léchouilles sur une Papagena inévitablement crispée. La confusion des sentiments qui s’ensuit provoque la séparation du couple. La zone est irrémédiablement « contaminée » par l’agression. L’infraction est souvent ancrée dans un plan sous-jacent dans les thrillers sudco : il est presque toujours question dans ces cas d’un espace qui devient « malade ». D’ailleurs, la succession des évènements ne donne pas tort puisqu’on assiste à l’arrivée des affreux. Et là : bam. 

 

BA3 

 

Pour lire une étude très sérieuse documentée du viol au cinéma, nous vous conseillons de faire un tour sur le blog Drink Cold:

-pour le cinéma japonais : cliquez ici (bande de pervers)

-pour le cinéma de Hong-Kong : cliquez ici (...quand même)

 

Exit le dandysme maniéré et urbain, la bande de fripouille qui rapplique est : moche, sale, violente. Bref une entrée à la Mad max dans ce microcosme tolstoïen. Ce qui se déroule par la suite, sans surprise, c’est la violence. Donc inutile de s’endormir dessus. On sait que la Corée du sud a une longueur d’avance sur le sujet. Il y a des moments franchement crispants dans le film, justement parce que la violence est retenue. En fait, ce qui fait peur, ce n’est pas l’horreur ; c’est l’attente de l’horreur. Le film est comme suspendu, le lien avec la musique est alors bienvenu. C’est de l’angoisse face au vide. La bande des quatre fait bader en la personne de son chef, un gars qui a l’air complètement normal. Comme on l’avait déjà fait remarquer pour The man from nowhere de Lee Jeong-beom, les méchants les plus flippants sont paradoxalement ceux qui ont l’air les plus sympas. Quand on connaît la boucherie finale et qu’on constate la relative cordialité des échanges, il y a largement moyen de chialer sur l’injustice du monde (cf. notamment la Maison des 1000 morts, de Rob Zombie).

 

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 C’est à ce moment là que se joue toute la tension. Objectivement, il ne se passe rien ; par la mise en scène, on redoute le pire. Exemple anodin qui ne vaut que par sa subjectivité : on a pu se demander s’ils ne mangeaient pas un être humain pendant la séquence du barbecue. L’arrivée des « méchants » a aussi le malencontreux effet de démultiplier les ardeurs sur la proie féminine. C’est ainsi que In-jeong (la jeune femme) devient intercesseur de la violence. Elle en marque le tempo, elle en est l’origine, elle lui donne un prétexte. Le chef de la bande des quatre prend la mouche lorsqu’elle lui avoue qu’elle ne veut pas qu’il la raccompagne ; un jeune homme pris en otage par la même bande se fait humilier sous son regard ; celui-là même se trouve entravée dans son désir de vengeance par cette meuf. Bref il y a un jeu de va-et-vient autour d’In-jeong qui donne les clés de la suite : ce ne sera pas elle le centre du propos.  

 

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Ce moment de suspension est (de loin) le plus intéressant du film. Le spectateur est à la recherche de signes : à l’affût de la moindre parole, du moindre geste, il s’agit de mettre une forme sur ce sentiment d’oppression qui accable – bon ce n’est pas Shining non plus, mais quand même. Et peut-être que l’endroit dans lequel se déroule l’intrigue n’y est pas indifférent. Vierge – ce mot revient assez souvent-, vide, silencieux, neutre presque : rien de mieux pour que le délire craintif s’y propage comme de l’électricité sur un plaque de cuivre. Ce pourrait être un puéril verger façon Rousseau, si seulement il y avait des arbres. Ici, c’est plutôt roches, rocailles, poudre rocailleuse au bord d’une rivière discrète, presque stagnante. Ce pourrait être les alentours d’une usine de traitement de minéraux à deux détails près : le pont, le train qui passe. Donc à première vue, nous sommes dans un non-lieu. On aurait alors ouvert les vannes des thèses utopistes – ou contre-utopistes en l’occurrence-, genre : déploiement de violence dans un monde qui n’existe pas. Sauf que non, pas du tout. Ce tableau est sur-squatté dans le cinéma sudco. On serait presque amené à faire le constat inverse. C’est bien dans un lieu familier, chez vous, chez moi, chez Kim-Bong-Park, que se déroule l’intrigue. Donc vous avez raison d’avoir peur : on règle les comptes dans un endroit où les familles vont pique-niquer. (D’ailleurs regardez la photo et comparez avec LCD). Won Shin-Yeon, c’est un peu le vampire, la face obscure de Lee Chang-dong. D’ailleurs, allégeance oblige aux postures et mimiques allant-de-soi dans le cinéma sudco : un pique-nique est organisé entre cette bande de gai-lurons. La filiation est donc assumée, et l’histoire sera mémorielle.

 

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Comme souvent au pays du matin calme, A Bloody Aria fait la diff notamment par l’emploi du perspectivisme. Le film est découpé selon divers points de vue : certains sont évidents, d’autres cachés. Les exemples font florès, on peut par exemple relever le moment où deux des affreux se regroupent autour de la Merco apparemment laissée à l’abandon, alors que le professeur de chant se trouve à l’intérieur tout en étant rendu invisible par les vitres teintées de la voiture. Mais au-delà des points de vue patents et des points de vue occultes, il y a un point de vue en fond, qui gronde, un point de vue tragique qui remontera à la surface comme un gros coup de massue sur la nuque, et qui témoigne du caractère fermement organique du scénario. (ATTENTION GROS SPOILER : MIEUX VAUT FINIR LE FILM AVANT D’ALLER PLUS LOIN) Han Suk-kyu (qui joue le policier : haha vous aviez oublié !) intervient sur les lieux du crime. Il y reconnaît le jeune homme que les affreux détiennent, à l’article de la mort : il s’agit de son petit frère. Il reconnaît également le chef de la bande, Bong-yeon (Lee Mun-shik). Les deux étaient ensemble à l’école, et le second était la grosse victime du premier. Type humiliation sévère : Sancho does Asia utilise une expression heureuse pour le sujet, en considérant que le film de Won Shin-Yeon est un « bully-revenge ». Beong-yeon s’est vengé sur le frère du keuf. Pourtant, on assiste dans la scène final à un truc franchement dérangeant : une sorte de syndrome de Stockholm intertemporel. Beong-yeon se prend une rouste comme au bon vieux temps, tout en lui disant à quel point il continue de l’aimer. Bref, un truc dur et sévère, grouillant et incontrôlé : une déclaration d’amour et un fracassage de crâne. Plus grand écart tu meurs, le tout rondement mené.

 

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C’est une manière un peu cruelle d’achever ce film, et c’est l’amour qui trinque, cet « infini mis à la portée des caniches » (Céline, Voyage au bout de la nuit). Chez les gens de la « haute », de la mégalopole, de Séoul la toute puissante, le monde apollinien cherche à violer les pucelles et ça renifle des culottes. Dans la cambrousse, chez le peuple, la verve dionysiaque pousse l’expression d’un sentiment brut et entier au point d’une vengeance sophistiquée et d’une violence irréelle. Cherchez l’erreur. En tous cas c’est un film comme on les aime, plein d’idées. Et la photo est exceptionnelle, cela va sans dire.

 

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 Pour lire l'avis d'Insecte Nuisible, (presque) toujours recommandable : cliquez par là  

 


 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 18:28

A Million, Jo Min-ho, 2009

 

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Ca commence comme un film de Sergio Leone, un 4x4 blanc en plus. On est dans le désert australien, un homme sort de la voiture, tout de noir vêtu. Il s’éloigne. Plan très large, paysage magnifique, couleurs bien saturées.  Du grand ensemble au très gros plan, l’homme, de dos, se colle un flingue sur la tempe, hésite. On est tombé sur ce film par hasard il y a quelques mois et on peut dire que l’accroche a bien rempli son office. Depuis on se le garde sous le coude, on a mis du temps a passé à l’acte et ça s’explique. Très rapidement on est projeté deux ans plus tard. Vers la civilisation et une mise en scène bien plus excitée, bien trop connue. Une femme est dans une ambulance, deux policiers l’interrogent, apparemment elle faisait partie des participants à un jeu qui a mal tourné. Et là, catastrophe : un générique qui nous présente tous les candidats rapidement, au moment où ils apprennent qu’ils ont été sélectionnés pour un jeu de téléréalité sur internet où ils peuvent gagner un million de dollars (un milliard de wons). Catastrophe parce que ce générique fait atrocement penser au spot « télécharger c’est du vol » et sa musique insupportable qui pollue les dvds achetés légalement. Voilà sûrement pourquoi on a attendu si longtemps pour regarder ce film comme des malfrats sur Youtube et cette fois on est revenus en spectateurs avertis. On va commencer par les mauvais points mais autant annoncer la conclusion tout de suite : c’est très sympa.

 

LE FILM sur Youtube :

  

 


 

Juste avant A Million (à 23h30 sur youtube) passait sur Canal un film calibré pour les fêtes, grand succès au box-office : Le Concert. A Million, c’est l’opposé. Le Concert, c’est la « beauté » classique, la musique classique, le guide du parfait petit scenario plein de bons sentiments, un film sûrement sincère mais calibré, touchant mais standard. C’est aussi les pires scènes de « retenez moi je vais faire un malheur » mais c’est surtout c’est Tchaïkovski. Et là forcément… Le générique final de A Million se déroule quant à lui sur un air de rap coréen, un choix beaucoup moins facile mais assez jouissif après près de deux heures de mauvaises musiques et d’effets clips (montages en musique) dignes de D&Co ou Master Chef. La musique, c’était le point fort du Concert, c’est le point faible de A Million. Niveau scenario, on vise l’efficacité avec pour modèles affichés les séries US. On pense à Lost mais aussi à Koh-Lanta et à Battle Royal. A la fin on singe même Oldboy, c’est con de prendre un carton rouge à 5 minutes de la fin du match. Vengeance, manipulation, musique classique, face à face final... le tout sans la grandiloquence et la maestria de PCW. C’est noël donc on ne donnera pas d’amende pour cette fois mais tu vas frotter les chiottes pendant quelques temps Jo Min-ho.

 

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Une chose est de plus en plus certaine, la relation Corée Etats-Unis au cinéma c’est une affaire qui marche. A Million aurait très bien pu être écrit par les scénaristes de Lost, à la différence près que cette fois ci on va vers une vraie fin, elle est d’ailleurs annoncée dès le début, dans l’ambulance : on sait que cette fille ne va pas mourir. Cette fille, c’est un peu le Jack de l’affaire, toujours à vouloir sauver les autres, innocente jusqu’au bout, fade. Y a bien un petit twist mais franchement rien de bien méchant. L’adolescente sage, si ça existe encore, va pouvoir s’identifier. Après l’ambulance et le générique, on retrouve nos huit candidats à l’aéroport. Il monte dans une caravane qui les emmène dans le lieu où se déroulera le jeu. On n’en sait pas vraiment plus si ce n’est que c’est très loin et dans une « restricted area ». Denis Brogniart le « director » profite du repas pour leur toucher deux mots des futures épreuves : une par jour, un éliminé par jour.

 

 

A Million korean movie 2

 

 

Première épreuve, c’est Koh-Lanta tout craché : faire deux équipes, construire un radeau, aller chercher un drapeau. Même le montage de l’épreuve fait penser aux Lantanaï et aux Korok de TF1 : les jaunes sont devant, on est sûrs qu’ils vont gagner mais… catastrophe, machine tombe à l’eau et les rouges l’emportent ! Il ne manque plus que la douce voix de Denis. Sauf que là, surprise, pas d’immunité et conseil direct. Tout le monde peut voter, tout le monde peut être éliminé. Prend ça dans ta face l’analyste financier, c’est pas un métier qui paie au cinéma. Le lendemain, seconde épreuve, premier cadavre, les participants découvrent qu’il n’y a pas que l’argent en jeu et ça devient sympa. Le soir même ils se barrent et s’aperçoivent qu’ils sont entourés par un immense désert. Le director a toujours un coup d’avance, c’est bien connu. 

 

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La force du film, c’est de s’appuyer sur les codes de la télé qu’elle imite et pastiche. Rythme soutenu, quand on regarde le film sur youtube, il arrive fréquemment que la fin d’une vidéo correspondent à peu près à ce qui aurait pu être une fin d’épisode de série, tout en « suspens ». De beaux paysages aussi, très hémisphère sud, qui donnent des envies de vacances et de million de dollars quand on plafonne au zéro Celsius en France. Ce n’est sûrement pas un chef d’œuvre mais c’est efficace et, à quelques exceptions, plutôt bien écrit et filmé. Qui dit manipulation dit théorie des jeux et comme à chaque fois la bougresse se fait malmener quand elle est confrontée à la réalité (en même temps on en ferait pas des thèses de doctorat si c’était si simple). L’être humain n’est pas raisonnable, le méchant n’a beau avoir qu’une arbalète pour 6 participants, reste qu’il peut toujours en tuer un avant qu’on ne lui saute dessus, donc on le laisse filer et on prend le risque de tous mourir plus tard. En matière de carreaux d’arbalètes, un tien ne vaut pas mieux que deux tu l’auras.

 

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S’en suivent des trekkings sur des dunes géantes, des épreuves de canoës, des dissensions chez les participants, de l’amour et des pleurs… Bref ce qui dans la réalité aurait été une émission de télé-réalité sympa mais cruelle donne un bon divertissement comme on peut les aimer en période de révision digestion des fêtes de Noël. A regarder au chaud sous la couette.

 

 

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Pour finir, un petit tour d’horizon des candidats et du casting qu’on nous dit « 3 étoiles » :

 

- Park Hee-sun (argh, Hansel et Gretel) : Denis Brogniart en mode vicelard, amateur d’arbalète. « The Director », le grand méchant.

 

- Park Hae-il (Memories of Murder, The Host) : Han Gin-tae, réalisateur de documentaire qui ne va nulle part sans sa petite caméra numérique, le sage de la bande, pas très intéressant, jusqu’au moment des révélations finales.

 

- Shin Min-ha (A Bittersweet Life et surtout beaucoup de dramas) : Jo-Yun-jin, celle que l’on voit dans l’ambulance au début et qui nous raconte l’histoire depuis son lit d’hôpital par la suite, pas vraiment super funky. Ah oui et apparemment elle (son personnage hein) faisait de l’interim avant de participer au jeu, excitante jusqu’au bout la grognasse.

 

- Lee Min-ki (Haeundae, Oishii Man et surtout beaucoup de dramas), ancien marine et jeune loup de la bande, peut-être le personnage le plus intéressant. Malheureusement il dérape sur la fin et devient très cliché.

 

- Go Eun-A, la bimbo (« elle a un frère, Mir, qui est le rappeur du groupe MBLAQ » : http://www.nautiljon.com/people/mir+-mblaq.html :  LOOOOOL !).

- Jeung Yu-mi (A Bittersweet Life, Oishii Man, The Room Nearby), étudiante en droit, compétitrice dans l’âme, la femme forte.

 

- Jeong Seok-yong (The City of Violence, Le Roi et le Clown), le cameraman, pas mal du tout comme personnage et puis c’est bien aussi de voir des plus de 35 ans parfois.

 

- Lee Cheon-Hee (acteur et mannequin, Une Femme coréenne et surtout beaucoup de dramas), analyste financier, se fait buter tout de suite (oups !).

 

- Yu Na-mi (qui fait de la natation synchronisée) nageuse de compétition dont la principale caractéristique est d’être tout sauf une compétitrice. Voilà.

 

- Kim Hak-seon (The Host, certainement un mec qui meurt rapidement) : un diabétique asocial et boulimique, caricatural mais sympatoche.

 

  

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BONUS

 

 

On vous présente un petit site qui recèle de renseignements inutiles comme les universités où ont étudiés les acteurs, leur taille, leur poids et leur groupe sanguin :

 http://www.nautiljon.com/asian_movies/a+million.html

  

La page wikipedia de koh lanta, pour mieux connaitre toutes les règles du jeu, le poids de riz exact qu'on leur donne et surtout tous les noms des tribus depuis le début (oui tout le monde s'en fout mais c'est les vacances et dans un trivial poursuit special télé fait en famille dans un moment de désespoir ça peut permettre de briller).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Koh-Lanta

 

 

Et puis le lien est tout trouvé, Moundir l'aventurier de l'amour :

 

 


 

 

Et le bonus des bonus, puisque c'est la période, le bêtisier du foot 2010 :

 

 

 


 
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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 23:35

The Man From Nowhere

 

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 Mardi 9 novembre à 19h, Samedi 13 à 17h (Action Chrisitine), 119 minutes.

 

Réalisation : Lee Jeong-beom (son second film à 29 ans)

Scenario : Lee Jeong-beom (le premier draft a été validé après 3 mois seulement puis réadapté selon le casting, notamment le rôle principal : initialement un agent nord coréen de 60 ans)

Casting : Won Bin (qui a définitivement validé son billet Première Classe avec Mother et qui du coup a pu mettre la pression pour obtenir le rôle), Kim Sae-ron (petite fille qu'on a pu voir dans Une Vie toute neuve de la franco-coréenne Ounie Lecomte).

 

En gros : Gros succès au box-office coréen cet été (il aurait mis Inception au tapis), ça sent le déjà vu très sympa : un ancien "agent" sort de sa retraite pour sauver une petite fille avec qui il s'était noué d'amitié et affronte le crime organisé pendant que son passé ressurgit. Le trailer est sympa et, en plus, on peut apercevoir le héros fatigué trainer sur l'autoroute une hachette à la main. Ah les outils dans le cinéma coréen...

 

A PRIORI : tout réalisateur coréen qui veut toquer à la porte du Panthéon se doit de passer par un film de vengeance ou un thriller violent, quoique pas très finaude (surtout la seconde partie) la bande annonce est alléchante et rares sont les films qui peuvent se vanter d'avoir mis une raclée à Inception cet été : de quoi se laisser tenter mais attention à l'excès d'enthousiasme, placer trop d'attentes sur le film risquerait de le tuer dans l'oeuf.

 

Normalement on y sera mardi et on en reparlera ! C'est bon on a été le voir, et voici le compte-rendu de l'ouverture du FFCF.

 

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17h15 : Joy Means Sick et Sans Congo se présentent aux portes de l’Action Christine. Quelques minutes plus tard, le temps pour JMS de déployer son mètre quatre-vingt dix pour aider à coller des affiches, ils se retrouvent affublés de leurs accréditations, fiers comme des pinsons. Oui mais voilà, il est 17h30, le film ne commence que dans deux heures et il pleut. Ils partent donc en quête de casse croûte afin de calmer leurs estomacs avant la séance.

 

18h : une fois leur panier repas constitué, les deux compères sont de retour : on les a prévenus, il y aura du monde. Une heure avant on compte déjà une petite vingtaine de personnes, pas question de se faire sucrer leur avant-première. Ils restent donc solidement plantés entre le relais château Christine et le cinéma, attendant de pied ferme l’ouverture des portes.

 

19h : deux longues files d’attente s’étendent de part et d’autre du cinéma. A droite, les privilégiés, invités et accrédités. A gauche, la plèbe, réservations internet et téméraires, et… JMS et SC, la carte FFCF sur le torse, dans un élan de justice sociale. Le geste n’est pas compris, on nous remet à notre place, à droite. En tout on compte de quoi remplir facilement trois fois la salle, une petite dizaine de caméras (dont une chaine télé coréenne) et quantité d’appareils photos numériques. On prend un peu de retard mais personne ne s’énerve. Hôtes et hôtesses sont souriants, on est accrédités, on la joue relax et on finit par entrer. Ce ne sera pas le cas de tout le monde. Bien tenté les mecs, on pense à vous.

 

Voici venu le temps de faire une petite dédicace à Dong-suk Yoo, le directeur artistique du festival, et surtout un homme de goût : c’est lui qui nous a invités à être Daily Bloggers. Merci donc DSY, et puis le costume : bogoss. C’est ce même DSY qui fait la majeur partie du speech d’ouverture, les personnalités défilent, on ne va pas s’étendre. On notera juste que selon le goguenard responsable en France d’Asiana Airlines, le FFCF veut devenir le plus grand festival du monde (comme leur entreprise) et que The Man From Nowhere a fait, selon la présentation, 7 millions d’entrées en Corée. Et merde, ça sent le happy-end.

 

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Et puis le film commence, par un crochet. Il s’ouvre sur un fond noir que déchire une flamme allumant une cigarette. Un visage se détache du fond indifférencié, un peu occupé, un peu distant, un peu ennuyé. The Man from Nowhere essaye de ne pas se faire repérer par le physio dans la queue devant la boîte de nuit la plus select des années 2000, Les thrillers sud-coréens. Une descente de flic dans une discothèque, une baston en bonne et due forme, un gros gorille éclaté par un inspecteur un peu vénère et une meuf qui met un coup de taser avant de se faire la malle avec la marchandise. On tend l’oreille pour voir s’il n’y a pas du Nina Simone en fond sonore tout en guettant la moustache de Collin Farrel. Ah Miami Vice… Nulle trace de Won Bin pour l’instant, normal, l’intrigue part sans lui et c'est en le bousculant qu’elle le fera entrer dans la danse. Sauf que là on n’est pas dans Grease. C’est bon, le film est bien sapé et le physio aime bien sa gueule, il gagne son sésame : on se glisse doucereusement dans nos fauteuils, ça va mordre de la trachée.

 

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Quand on veut voir un bon match de football, on regarde du côté de Barcelone ; mais quand on veut se frotter à un bon thriller, il semble de plus en plus évident que c’est à Séoul qu’il faut chercher. La Corée du sud est en train de déposer une belle franchise sous ce label, et The man from Nowhere est complètement dans le tempo. Le seul bémol, paradoxalement, réside dans son immense succès au box-office qui est le signe que le film est une tragédie inachevée. Nous disions dans un de nos articles qu’il n’y avait pas de happy-end dans la cosmologie sud-coréenne. Ici, c’est en partie faux. En même temps, on croule sous des trombes de malheur du début jusqu’à la fin. Les héros ont la poisse accrochée jusqu’aux os, donc un bon petit rayon de soleil en épilogue, ça soulage un peu tout le monde.

 

Forcément, après avoir fait le forcing pour faire le film, Won Bin se devait de soigner son entrée. Et franchement ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Won, sérieux, la mèche constamment sur l’œil, c’est tout much, ça fait plus Star ac’ qu’ex-agent des forces spéciales. Enfin bon, même s’il ne joue du coup qu’avec la moitié du visage, il le fait plutôt pas mal et monte en puissance progressivement. Mother n’était donc pas un coup de pot, le mec est doué. Et puisque l’on parle des acteurs, saluons tout de suite la performance de Kim Sae-ron, troublante dans son rôle d’enfant abonnée par tous (on affectionne le terme « troublante », ça fait très critique de cinéma).

 

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Au-delà, The Man from Nowhere est un pur thriller élégant et racé. Du tonus, du cœur, de l’envie : tout ce qu’on aime. Aucun personnage, même les secondaires de secondaires, ne semble avoir été écrit par la petite sœur du scénariste. Nous lui en savons gré, bien évidemment. Tae-shik (Won bin) est un antihéros placide dans la droite lignée de ces illustres prédécesseurs en la matière. D’ailleurs, les thrillers sud-coréens ont semble-t-il dépassé le paradigme tarantinesque du gangster en costume noir ajusté, chemise blanche, lunette noire, cravate fine. En Corée du sud, l’âme damnée est un peu plus extrême, tout en restant sobre : costume noir, chemise noire, outil de bricolage à la main (hache, marteau, comme vous voulez). Tae-shik c’est personne, un Ulysse perdu dans une odyssée infernale et lugubre. On passe sur les détails mais ça donne : trafic d’organes, de drogue, enfants séquestrés, et épouse écrasée par un six tonnes.

 

Le film se déroule ensuite de façon plus ou moins éclatée (on suit différent points de vue) mais, loi de la gravité oblige, on colle de plus en plus aux basques de Won Bin, the man from nowhere is now everywhere. Le tout est très bien fait, calibré, efficace. On n’atteint quand même pas les sommets d’un Oldboy, d’un The Chaser ou encore d’un Memories of Murder, et surtout le film se sacrifie finalement sur l’autel de la rentabilité. Mais globalement on ne va pas faire la fine bouche.

 

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Pour ce qui est du syndicat du crime, c’est une bande de joyeux gai-lurons. Ce qui invite à méditer sur cette sentence : les méchants les plus méchants sont aussi ceux qui ont l’air les plus sympas. Reprenant à son compte le théorème du Joker, le réalisateur fait du duo maléfique un couple drolesque et pince-sans-rire qui gonfle un peu le film de quelques bouffées d’oxygène parfois salutaires. Les policiers aussi, dans leur relative incompétence, sont l’occasion de déconner un petit peu. A noter également que le schéma classique du héros qui mène son enquête parallèlement à celle de la police est scrupuleusement respecté ici. Plus largement, The man from Nowhere semble clairement en communication avec The Chaser. Et la plante de Tae-sik amène inévitablement à voir une passerelle avec Léon, et Natalie Portman, notre première amoureuse.

 

Sinon très grosse dédicace à la scène du saut par la fenêtre en un seul plan ! On est avec Won Bin dans le couloir, on passe avec lui à travers la vitre et on atterrit avec lui. Tout simplement génial, incroyable, un direct au foie qui sonne pendant cinq bonnes minutes. Après une brève enquête sur l’Internet, il semble que le caméraman et Won bin, attachés à deux cordes, sautent tous les deux par la fenêtre. La scène a été filmée en plusieurs prises (tu m’étonnes…).  Et c’est pas tout, on notera aussi une nouvelle façon d’utiliser un sèche-cheveux, un face à face extrêmement stylé entre deux supers guerriers au milieu des basses et des lasers d’une boite de nuit, des scènes de baston au top du hip-hop, et une alternance élégante de scènes méchamment sanglantes et de petits passages comiques. On met à part les deux scènes qui entourent le départ de la « grande sœur » exploitée par les méchants chinois : on nous dit qu’elle rentre chez elle alors qu’on sait tous bien qu’elle ne fait que franchir une étape dans le malheur… Et pourtant, ici on se place du point de vue des autres enfants, comme si on y croyait. On adopte un ton qui serait presque heureux, les adieux se font sans larmes, sans musique triste et c’est d’autant plus cruel à regarder. La sobriété ça paye, et ça s’applaudit.

 

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Quelques nuances cependant : la musique, vraiment pas top voire franchement chiante, les passages de flash-back pas très subtils (grosse lumière blanchâtre, tons clairs, ralentis, sourires niais… héhé si tu savais ce qui t’attend) et puis la fin : sans elle jamais le film n’aurait fait ses 7 millions d’entrées, avec elle jamais il n’entrera au Panthéon. Tristes tropiques. En tous cas, n’hésitez pas à aller voir le film samedi 13 novembre, ça vaut le coup ! 

 

 

TRAILER

 

 


 

 

L'idéal pour se faire un a priori par vous-même, ce serait de regarder Cruel Winter Blues, le premier film de Lee Jeong-beom, sur Youtube (dans un méchant format 4/3 qui en découragera certains). Perso, on ne l'a pas encore vu.

 

 

 


 

 

Liens :

- Fiche FFCF

- Fiche London Korean Festival

- Site Officiel (anglais)

- Topic sur le forum Mad Movies

 

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Published by Kim Bong Park - dans Thriller
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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 21:06

 

Fiche technique sélective :

 

Casting :


- Seol Gyeung-gu, Kang Min-ho, légiste manipulé, père paniqué. La machine met un peu de temps à se lancer mais emporte le film dans son élan une fois en route.

 

- Ryoo Seung-beom, Lee Seong-ho, déjà très bon dans Crying Fist voilà un mec qui aime les cheveux longs, les prisons, et qui pourtant a la classe.

 

- Seong Ji-roo, détective Jong-gang, distributeurs de vannes grasses et gratos à l’encontre du détective Min (Han Hye-jin), il anime presque tout seul vingt premières minutes bien mécaniques.

 

 

affiche big

 

 

Cher Marquis,


Combien d’heures, combien de litres de sang écoulés avant que ne me parviennent de vos nouvelles ? Le coursier que vous me faisiez parvenir aux alentours de vingt-deux heures ce dimanche, je le renvoyai bien vite vers vous. Depuis je résidais emmuré dans une angoisse étroite et il me fallut attendre l'instant présent pour qu’enfin la conclusion de cet épisode malheureux arrive à mes oreilles. Comme je vous comprends mon bon ami ! Et comme je m’en veux d’avoir pesté contre votre retard ! Que n’aurais-je pas donné pour être présent quand vous souffletiez cet infâme maraud de Kreu Le Loc’h qui blasphémait Oldboy place de la Concorde ? Que n’aurais-je sacrifié pour croiser le fer à vos côtés quand le rustre appela son père, ses dix frères, ses cent cousins, tous aussi huguenots et bretons que lui, pour vous affrontez, vous, seul avec votre lame et votre génie ? Quelle sublime déesse n’aurais-je pas abandonnée pour vous voir enfin triomphant de cette racaille, érigé fièrement sur la pile de leurs cadavres votre chemise pleine de leur sang ? Partout Paris résonne de vos exploits et pourtant cher Marquis voilà que vous quittez la ville à nouveau, sans même que nous n’ayons pu échanger ne serait-ce qu’un regard fraternel. Malheureusement je ne sais que trop bien que l’affaire ne peut avoir d’autre issue pour le moment et vous promets de venir bientôt séjourner chez vous comme vous m’avez si souvent pressé de le faire. Chargé comme vous l’étiez je me doute que votre voyage ne sera ni des plus courts ni des plus agréables, aussi ai-je souhaité rester fidèle à notre correspondance cinématographique et vous évoquer la pièce que vous n’avez pu voir : No Mercy du coréen Kim Hyeong-Jun qui était présenté ce dimanche à l’Etrange Festival.

 

Chose plutôt rare, le spectacle nous fut présenté par une célébrité au patronyme inquiétant, un mélange de slave et d’espagnol qui ne me dit rien qui valût : Alejandro Jodoroswky. Fort gai et souriant, il débita dans un accent exotique quelques sentences originales qui aiguisèrent mon intérêt. Je notai ainsi : « J’aime beaucoup les films orientaux parce que je ne connais pas les acteurs »; j'esquissai un sourire quand il confessa acheter les dvds au hasard dans les quartiers chinois et laissai échapper un petit rire complice lorsqu’il ajouta qu’il regardait même les films sans sous-titres et sans n’y rien comprendre. Il cita William Blake et vit mon estime s’accroître encore un peu plus « Tout ce qui est excessif est génial ». Sur l’origine de la citation, cher Marquis, je confesse mon ignorance mais je la trouve bien à plus à propos que les mots de votre concitoyen Charles-Maurice de Talleyrand « tout ce qui est excessif est insignifiant ».

 

alejandro jodorowsky

Hélas cher Marquis, cet homme que je pensai remarquable se prit les pieds dans le tapis au plus mauvais moment. « La vengeance est tellement excessive que ça dépasse Oldboy ». Les mots résonnent encore dans ma tête et j’ai longtemps hésité à les coucher sur papier. L’homme tenta bien de contextualiser ses dires, les limitant uniquement à la vengeance et non au film, le mal était fait. J’usai de tout mon flegme anglais pour ne pas hurler, j’eus de violents piquotements dans les narines et mes yeux se révulsèrent. Sentant bien qu’il avait commis l’irréparable, il tenta une dernière bravade et ajouta qu’il connaissait Park Chan-wook et qu’il avait même soupé avec lui. Après la séance, ne pouvant mettre le gant sur cet affreux personnage, je décidai de provoquer en duel le premier passant venu. Ce fut votre coursier et ses tristes nouvelles, je lui laissai donc la vie sauve. Je vous rassure tout de suite cher ami, pas la moindre seconde, pas la moindre ligne de dialogue, pas le moindre plan de No Mercy ne parvient à caresser les chevilles de l’inestimable chef d’œuvre de Park Chan-wook. Le spectacle peut être qualifié de moyen, on ne s’y ennuie pas mais le style est d’une lourdeur affligeante.

 

L’histoire en quelques lignes. Le corps d’une jeune femme est retrouvé près de la rivière Keum, découpé en plusieurs parties, comme la rivière par les travaux. Il manque un bras, mais grâce au talent du légiste Kang Min-ho (Seol Gyeong-gu) et la perspicacité de son ancienne élève Min Seo-Young (Han Hye-jin) on le retrouve facilement sur un chantier situé non loin sur la rive. On soupçonne très rapidement Lee Sung-ho (Ryu Seung-Beom) le chef des activistes écologiques qui militent contre ces travaux, longue et pénible démonstration à l’appui. Oui, on nous propose bien une présentation PowerPoint. En salle d’interrogatoire, la détective première de la classe répète son discours devant le malheureux prisonnier qui reconnait la pertinence de l’enquête et avoue son crime. Dans le même temps, notre légiste prépare sa retraite, sa fille rentre en effet bientôt en Corée et il entend bien profiter d’elle au maximum. Dans une droite ligne de dialogues purement utilitaires, son collègue nous glisse qu’elle est malade et qu’il est bon d’avoir enfin un spécialiste de cette maladie en Corée. Evidemment, cette fille, il n’est pas prêt de la revoir. A l’aéroport un inconnu à casquette lui apporte de la part de Lee Sung-ho des photos d’elle attachée à une chaise, dans une cave sûrement. Il se précipite alors au commissariat où ce dernier lui apprend ce qu’il attend de lui. No Mercy est lancé, alors pas de pitié.

 

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Je m’explique. Epuisé par une journée que je passais en Province pour assister à une conférence sur le cinématographe, je vous propose de vous donnez d’abord les éléments à mon sens ennuyeux de No Mercy avant de nuancer quelque peu mes propos. La chose qui me frappait avec le plus d’insistance, c’est la lourdeur du style du réalisateur. Quel manque de confiance en soi, en son histoire et en son outil ! Quel manque de recul ! Quel dommage ! Chaque sentiment est souligné par une musique extrêmement intrusive qui rend certaines scènes intéressantes complètement indigestes. Cette musique, principale coupable à mes yeux, trouve en la caméra une alliée à son goût : elle se met à trembler de manière grossière aux moments où Kang Min-ho perd pied, des zooms très secs ponctuent les plans mettant en scène un personnage remarquant un objet hors-champs et notre réalisateur semble particulièrement apprécier cette figure de style qui consiste à tourner autour des personnages à vitesse grand V pour illustrer le désarroi méditatif qui les secoue. Mais le problème ne touche pas que la forme, il heurte aussi le fond. Le scenario de No Mercy se veut alambiqué et elliptique, il est finalement truqueur et explicatif. Ce dernier adjectif s’incarne tout entier dans la personne de Min Seo-Young, toujours éclairée de côté et parfaitement coiffée, insupportable première de la classe qui répète sans cesse ce que vient de nous être dit par des moyens plus subtils. Et quand, pris au piège, le légiste lui avoue que sa fille a été enlevée, au lieu d’être surprise ou choquée, elle a immédiatement les larmes aux yeux. Evidemment les dialogues vont dans le même sens, je décernerais volontiers un prix à l’un de ces deux là : « je vous conseille de fouiller votre passé » et « c’était ça la vengeance de Lee Sung-ho ». Moins grave, le script s’appuie sur de nombreuses béquilles pour avancer : un coup de frein qui fait tomber les bonnes photos au bon moment, des policiers qui reconnaissent les hommes sur la photo scannée par le héros, la salle aux murs couverts de photos emprunté à Se7en, etc. Un mot sur la photo un peu trop propre à mon goût et trop poche des séries américaines du moment.

 

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J’en terminerai avec un exemple, l’intrigue tournant autour de la blessure du petit chien. Pour trafiquer des preuves et sauver sa fille, notre médecin utilise le sang de son propre chien qu’il incise au scalpel avant de lui faire un bandage de fortune. Il est pressé, confus et manque de sommeil, soit. S’inquiétant de son absence, l’inspecteur Min se rend chez lui et découvre l’animal et sa patte bandée et ensanglantée. Elle l’amène aussitôt chez le vétérinaire, le risque d’infection sûrement, tout ça sur ses heures de services. Cette dernière lui apprend que la blessure résulte sûrement d’un coup de scalpel. Plus tard, le docteur Kang fait tomber son scalpel dans la maison de Lee Sung-ho au moment même où les policiers viennent la perquisitionner. Deux minutes plus tard ces derniers repartent avec deux seuls objets : ce qu’ils pensent être l’arme du crime et le scalpel que l’un d’eux a trouvé sur le sol. Au commissariat, un trouffion s’interroge : « c’est bizarre tout de même, Lee Sung-ho n’est pas médecin ? » Perspicace, mais pas autant que l’inévitable inspecteur Min dont le regard s’éclaire avant que l’on soit projeté dans le passé pour nous rappeler cette scène chez le vétérinaire qui lui disait justement que le chien de Kang avait été blessé au scalpel ! Elle s’interroge alors sur le véritable rôle du docteur Kang dans cette affaire.

 

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Je m’en tiendrai là au sujet des faiblesses du film, mais sachez que si quiconque ose comparer sa qualité à celle d’Oldboy, je me tiens à son entière disposition et me ferais un plaisir de lui faire entendre raison. Puisqu’il faut être juste vis-à-vis du premier film de Kim Hyeong-Jun, reconnaissons lui tout de même de nombreuses qualités. L’histoire, bien que mal racontée, est ma foi fort distrayante et la révélation finale en deux temps, intéressante. Un premier coup attendu, pour frapper ensuite le spectateur bien plus fort et directement au foie. Résonne alors cette phrase « ce corps est un indice, ce n’est plus un être humain » (et pas dans le flash-back bien heureusement) - bien qu’en sortant du cinéma cet effet de fumée perde de sa consistance alors que l’on s’interroge sur la compétence réelle de ce médecin légiste incapable de reconnaitre les différentes parties de corps décomposés. Les scènes d’autopsie sont fort bien réussies, elles sont filmées de manière clinique et aseptisée mais sans concessions : le corps humain y est traité comme de la viande, une carcasse mon bon marquis. Un petit mot pour un champ/contrechamp plongée/contreplongée avec deux gros plans filmés en grand angle dans une petite cellule, passage qui me parut fort réussi. Enfin le mot de la fin revient aux acteurs. Ils sont trois magnifiques héros à porter le film sur leurs épaules : Seol Kyeong-gu (docteur Kang), Ryoo Seung-beom (Lee Seong-ho) et Seong Ji-roo (Yoon Jong-gang, gros flic raleur un peu benêt et très drôle). Si la performance du dernier cité relève du comique et s’exprime dans le premier tiers du film, les deux poids lourds qui le côtoient montent quant à eux progressivement en puissance jusqu’à atteindre des sommets dans la dernière demi-heure quand, enfin, on arrêtera de les maquiller et de les filmer avec une lumière appuyée. Leurs yeux exorbités, leurs visages ensanglantés et crispés dans des rictus douloureux valent bien plus que n’importent quelle musique, n’importe qu’elle ligne de dialogue. Ne serait-ce que pour la prestation de ce trio de mousquetaires, le film vaudrait le coup d’être visionné.

 

Le film, lui se conclue sur ses belles paroles : « Savez-vous ce qui est plus difficile que mourir ? C’est pardonner, parce que la douleur du pardon est plus longue que la vengeance ». Il serait alors dommage de ne pas signaler ce morceau de rap coréen avec quelques passages intriguant dans ma langue natale tandis que défile le générique sur un fond noir et une pluie de pétale de rose numérisés.

 

En espérant que ce récit vous ai distrait sur votre route,

 

Sir Alan Joy Greenpaths, Comte de Meanssek.

 

Paris, le 6 septembre 2010.

 

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BONUS

 

Puisque l'on parle de William Blake, c'est l'occasion de rappeler un peu l'oeuvre d'un Monsieur peintre et poète.

Page Wikipedia ici (en en anglais, plus complète, ici)

 

  Poèmes:

 

A Divine Image (extrait 1)

 

Cruelty has a Human heart

And Jealousy a Human Face,

Terror, the Human Form Divine,

And Secrecy, the Human Dress.

 

The Human Dress is forgéd Iron,

The Human Form, a fiery Forge,

The Human Face, a Furnace seal'd,

The Human Heart, its hungry Gorge.

 

 

A Divine Image (extrait 2)

 

 

To Mercy, Pity, Peace, and Love,

All pray in their distress:

And to these virtues of delight

Return their thankfulness.

 

For Mercy, Pity, Peace, and Love,

Is God, our father dear:

And Mercy, Pity, Peace, and Love,

Is Man, his child and care.

 

For Mercy has a human heart,

Pity, a human face:

And Love, the human form divine,

And Peace, the human dress.

 

Then every man of every clime,

That prays in his distress,

Prays to the human form divine,

Love, Mercy, Pity, Peace.

 

And all must love the human form,

In heathen, Turk, or Jew.

Where Mercy, Love, & Pity dwell,

There God is dwelling too.

 


Quelques tableaux à la volée

 

 

Blake ancient of days

 

 

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william blake jacobs ladder

 

 

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Et puisque celui qui a parlé de William Blake c'est Alejandro Jodorowski, voici une petite vidéo sur lui et le début de son chef-d'oeuvre, El Topo, histoire de se faire une idée du monsieur: 

 

 


 

 

 


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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 23:59

FICHE TECHNIQUE

 

Réalisation : Na Hong-jin (36 ans et plein de talent)


Scenario: Na Hong-jin (36 ans et plein de talents apparemment)


Casting: Kim Yoon-seok (Joong-ho Eom, ex-flic et mac, échec et mat), Ha Jeong-woo (Young Min Jee, psychopathe narquois), Seo Yeong-hie (Min-jin, joli défouloir)


Musique originale : Choi Yongrock


Directeur de la photographie : Lee Seong-jae


Année de sortie : 2009

 

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Début : Premiers plans chez les grands


D’abord, on montre qu’on a du style. On pose l’intrigue en deux temps. Premier film et premiers plans, donc beaucoup de choses à prouver.

               

La caméra filme un plan large : une voiture de luxe se gare dans les ruelles étroites du quartier de Mangwon à Séoul. Une prostituée en sort avec son client. On reste sur la voiture et le couple d’une nuit disparait dans l’arrière-plan. La caméra prend de la hauteur par un mouvement vertical. On entend la fille dire que « ce ne sera pas long ». Fondu enchaîné, réponse du berger à la bergère, du scénariste à sa marionnette.


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La caméra au même endroit. Manifestement, ça a été plus long que prévu. Il pleut. La voiture est couverte de feuilles et de tracts de charme mouillés. Le temps passe, rien ne change. La voiture commence à pourrir dans le décor. Une patrouille de police passe par là, examine la voiture. Elle demande à un homme près de celle-ci, Joong-ho, si elle lui appartient. Il est sous son parapluie. Il fume. Il a un regard agacé et pensif. Genre qui calcule. Verdict : « Toi salope, si je t’attrape t’es morte… ». Ecran de titre : The Chaser.

  

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L’histoire, donc.

 

C’est celle de Joong-ho, ancien flic devenu mac, dont la start-up sulfureuse traverse une crise préoccupante : ses prostituées ont une fâcheuse tendance à disparaitre sans laisser la moindre trace. Relou quand on sait qu’elles ont généralement touché une belle avance. En bon gestionnaire des ressources humaines, Joong-ho fait le lien le plus évident entre départ et argent et s’imagine déjà en train de distribuer des taquets. Ambiance donc…

  

Et puis le client est difficile en ce moment. Quand il ne vous réserve pas une sex-tape surprise, il refuse toutes les filles qu’on lui propose. Sauf Min-jin, cendrillon du sous-sol des bas-fonds, malade et maman d’une petite fille pas si naïve que ça. Le genre de fille qui peut laisser trainer ses savates trouées, personne n’ira la chercher. Mais Joong-ho a beau avoir été flic et mac, il n’est pas si con que ça. Du coup il finit par remarquer que toutes les filles qui ont disparu ont été appelées par le même numéro, 4885, Young-min. Persuadé qu’il s’agit de son voleur de poulettes, il demande à Min-jin de lui textoter l’adresse une fois sur place, histoire de rendre au coco une petite visite de courtoisie. Malheureusement pour lui, rien ne se passe comme prévu et il se retrouve à tourner comme un con pour un drive-by sans cible dans les ruelles de Mangwon, jusqu’à ce que…


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… Jusqu’à ce que la machine scénaristique se mette en branle. Tout doucement, la bête de scénario se met à ronronner. Young-min, qui est en train de séquestrer Min-jin, se fait interrompre par un couple de vieux qui sonne chez lui en se trompant d’adresse. Rrrrrrr. Joong-ho, qui essaye en vain de contacter Min-jin, commence à interroger des gens dans le quartier. Rrrrrrr on vous dit. Young-min, qui soigne ses stats en se faisant le couple de vieux, décide de se débarrasser de leur voiture. Et là ça commence à frémir sérieux. Mangwon, c’est trop petit, impossible qu’ils ne se rencontrent pas. On sent que le frein à main va être lâché. La montée en puissance est impeccable. Chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. Après quelques mètres, Joong-ho et Young-min finissent par se rentrer dedans à un coin de rue. On pourrait croire à une faiblesse du scénario, pourtant leur rencontre était hautement probable, sinon nécessaire vu la configuration des lieux.

 

Joong-ho sort de sa voiture pour insulter l’automobiliste. Young-min, qui se serait bien passé d’un tel accrochage, lui fait savoir qu’il ne désire pas être indemnisé. Suspect le gars. D’autant plus suspect qu’il a du sang sur sa chemise. Joong-ho commence à flairer le truc. Il y a un flottement dans l’air, comme si l’histoire planait quelques secondes. Le réalisateur, très paradoxalement, filme cette scène de manière relativement « calme ». Pendant quelques secondes, on a l’impression qu’il pourrait ne rien se passer. Mais cette opportunité fait déjà partie du passé lorsque Joong-ho parvient à le confondre. Il fonce tête baissée dans la gueule d’une tragédie. A partir de là, plus de chichis, le Scénario abattra froidement toutes les cartes offertes aux personnages. L’histoire n’est plus jouée, elle se déroule et tout est déjà joué d’avance. Il n’y a plus qu’à attendre la fin, douloureusement. Répétition infinie d’une poisse qui ne s’accroche qu’aux plus faibles, le réalisateur dit lui-même à propos de son premier né : « je voulais que les spectateurs continuent d’avoir peur après le film, en rentrant chez eux ». Si ce n’est pas de la peur, force est d’admettre que le film laisse une boule au ventre terriblement désagréable.     

 

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La suite du film, c’est l’affaire d’un huis-clos dans lequel le scénario resserre progressivement son étreinte sur les personnages. Young-min et Joong-ho se retrouvent chacun enfermés. Le premier, c’est dans un commissariat. Au départ, il y était en raison de son altercation avec Joong-ho. Lors de sa déposition – et sur un ton de défi - il raconte aux policiers qu’il est le tueur des prostituées récemment disparues. A ce moment là, le film nous traite comme Young-min traite les policiers. Sourire narquois, génie de manipulation qui attend les coups de bottins de ceux qu’une intelligence limitée rend impuissant. Il nous prend à l’envers. Première feinte de frappe : le méchant après lequel on croyait courir se jette dans nos bras et on ne sait pas quoi en faire. On se croyait parti pour un film noir bien balisé et on se retrouve plongé dans un schéma inconnu. On vous l’a dit : renversant. A partir de là, on ne peut qu’attendre le prochain virage où l’on risque bien de rencontrer l’inattendu. Le suspens hollywoodien a été jeté aux toilettes d’entrée, le scenario est un diamant qui trône sur la chevalière de Mac Fatum. Et Young-min, il a l’air de s’y plaire dans ce commissariat. On apprend qu’il était déjà venu se dénoncer trois fois pour l’assassinat des prostituées et qu’à chaque fois, on l’a relâché, faute de preuve contre lui. Il joue quoi. Les taquets dans la gueule qu’il reçoit ne semblent pas l’affecter plus que ça. Il est dans le contrôle absolu et reste, du moins en apparence, le maître du jeu. Sauf une fois. Lors d’une confrontation face à un flic dans une salle d’interrogatoire, celui-ci lui demande s’il est impuissant. Young-min ne réagit pas. Le flic a fait mouche. Young-min vit manifestement mal cet aspect là de son être : il se jette sur le flic pour l’étrangler. Bingo. Mais bingo de courte durée car Young-min se ressaisit vite et la porte entr’ouverte est immédiatement claquée. Young-min est une impasse, un point singulier du système mis en place. Le scénario l’a crée pour qu’on se casse les dents dessus : comment croire quelqu’un qui ment en disant la vérité ? Une vraie plaie.

 

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 Quant à Joong-ho, c’est dans son enquête qu’il va s’enfermer. Au départ, il fait une fixette sur la fugue des prostituées. Il n’imagine pas une seconde que Young-min a pu les tuer. Il dit lui-même au policier que ce gringalet n’a pas pu faire ça. Joonh-ho au début du film, c’est quelqu’un d’affairé. Il se veut businessman alors qu’au fond, c’est un petit maquereau véreux qui ne s’en sort pas vraiment. Sur le portable de Mi-jin, il est enregistré sous le nom « Ordure ». Le genre de mec qui n’est pas fondamentalement nocif, mais qui reste profondément médiocre. Le cas de Young-min n’est pour lui qu’une énième couille dans ses affaires. Et lorsqu’il décide de prendre les devants pour mener sa propre enquête, ce n’est certainement pas par un geste d’humanité, c’est un flux de trésorerie qu’il cherche à préserver. Puis, petit à petit, au cours de son enquête, il s’engouffre. Tout d’abord, sa rencontre avec la fille de Min-jin et la responsabilité qu’il endosse en s’occupant d’elle le fixe une bonne fois pour toute dans sa trajectoire. Bien calé sur le rail qui le mènera jusqu’à sa destination finale, le comble de la folie, la locomotive Joong-ho est gourmande en charbon. Et ce charbon, c’est Young-min qui le fournit. Ses provocations, son attitude, sa petite tête à claques, tout est fait pour que Joong-ho devienne dingue. Obnubilé par son enquête, il finit par péter franchement les plombs en passant à tabac Young-min dans le commissariat. Les policiers laissent faire, eux non plus n’en peuvent plus de cet épouvantail. A ce stade, ça devient presque de l’exorcisme. Droits de l’homme ou pas, il s’agit de lui matraquer la gueule, de se défouler. Une vraie plaie, de la race de celles qu’il ne faut pas gratter mais qui vous démange sans relâche. Toujours est-il que la montée en puissance de Joong-ho est incroyable. Elle se fait sans rupture. Le contraste entre le personnage au début et à la fin du film est saisissant. Il s’est fait engrainer par Young-min. Comme un naze. La partie d’échecs (attention voie à double sens) a commencé, Young-min prend le dessus, le reste est une série d’équations mathématiques dont le résultat tombera aussi sûrement qu'un coup de marteau sur la tête du perdant. Niveau bricolage, ils sont bons et ouverts d’esprit en Corée. 

 

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La montée de haine progressive de Brad Pitt dans Seven (David Fincher) pour Joong-ho, la provocation ultime du foutage de gueule de Kevin Spacey dans The Usual Suspects (Bryan Singer) pour Young-min et pour notice le précepte hitchcockien : « pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire ». Na Hong-jin nous pond un objet haut de gamme quand d’autres se serait contentés d’un meuble Ikea. Mais au-delà de ces deux films, la très grande force de The Chaser réside dans les liens et les nœuds de manipulations qui relient les différents acteurs (acteurs compris au sens large) du film. C’est pour ça que ce film fait grandement penser à La Lettre volée d’Edgar Allan Poe. L’objet central de ce livre, c’est une lettre anodine dont le contenu est compromettant. Cette lettre n’est pas cachée justement pour que son contenu ne soit jamais révélé. De ce point de vue là, le lien avec Young-min est aisé à établir.

 

Lorsqu’il arrive la première fois dans le commissariat, le discours de Young-min manque parfois de cohérence. Les policiers s’en rendent compte. Or il ne faut pas oublier qu’à ce moment là, il utilise la voiture d’un couple qu’il vient de tuer et que Min-jin est toujours séquestrée dans sa maison. Les policiers peuvent, en grattant un peu, détruire l’édifice. Le seul moyen pour lui de s’en tirer à ce stade, c’est de lâcher du leste. Il toussote et dit « je les ai tuées ». Bien vu. De même qu’on laisse le contenant (l’enveloppe) à la vue de tous pour que le contenu (la lettre même) ne soit pas révélé, Young-min dévoile en quelque sorte le contenant, c’est-à-dire le fait qu’il est un assassin, pour ne pas avoir à dévoiler le contenu, c’est-à-dire les détails exacts des différents assassinats et surtout l’endroit où est séquestrée Min-jin. A partir de là, ça devient le bordel. On cherche à récupérer la lettre, mais il y a des règles à respecter en fonction des différents acteurs présents autour de la table. Les rôles se distribuent par rapport à la lettre. 

 

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Au loin, il y a la société civile qui est friande de scandale mais ne soupçonne pas une seconde l’existence d’un meurtrier derrière Young-min. D’ailleurs l’expression de société civile du voyeurisme serait plus juste pour rendre compte des dérives sensationnalistes 2.0 qui la minent. Le réalisateur semble insister sur ce point. Il en va ainsi de « Tête de nœud », l’employé de Joong-ho. En rentrant au bureau après avoir distribué des tracts, il allume la télé pour mater du K1. Ainsi également d’un client qu’une prostituée va voir dans une chambre d’hôtel. Elle lui dit qu’elle va se doucher, le client ne veut pas qu’elle entre dans la salle de bain. Elle y va quand même et y trouve un autre mec avec une caméra près à filmer la bête à deux dos. Ainsi également du traitement fait du maire qui reçoit de la merde, cet évènement est ensuite repris dans divers média durant le film. Ainsi enfin de la prostituée qui dit que Young-min lui envoyait des photos d’elle en SMS en sang. Mais plus près encore que la société civile, ce sont les médias qui semblent battre le rythme. Les médias, véritables mouches à merde (c’est le cas de le dire), sont durant tout le film occupés à couvrir un évènement qui n’a rien à voir avec l’histoire principal : il s’agit d’un habitant qui a jeté un sac de merde sur le maire de Séoul. Ils enclenchent, ils aggravent l’histoire. Ils ont un rôle catalyseur. Ils fonctionnent par horde. Un peu de manière sauvage. Scandale, théorie du buzz et compagnie. 

 

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Encore plus près, le procureur qui s’inquiète du sort réservé à Young-min (il se fait vraiment maltraiter dans le commissariat) et craint le scandale que constituerait le fait qu’il soit innocent si la déferlante médiatique venait à s’en emparer. Le procureur fait donc pression pour qu’on le relâche afin d’éviter un autre revers pour la police après l’échec de la mission de protection du maire. Plus près encore, il y a les policiers présents dans le commissariat. Ils savent que ça pue derrière Young-min, mais ils n’ont aucun moyen de s’en emparer. Ils ne peuvent pas le faire parce qu’ils sont liés par le procureur. And last but not least, Joong-ho : lié à la fois par les médias, le procureur, les policiers, et accessoirement par le lien progressif qui l’unit à la fille de Min-jin, il devient véritablement hystérique. Il pète littéralement les plombs d’avoir une pauvre lettre de merde, juste là devant lui, sans avoir la possibilité de s’en emparer.           

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Allez, on en remet une couche : chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. En verrouillant de la sorte les marges de manœuvre de Joong-ho, on rend l’histoire véritablement tragique. Proche de nous, on pense aux films de Park Chan-wook comme Oldboy ou JSA qui fonctionnent un peu de cette manière : ce qui arrive aux personnages les dépasse. Il n’y a que des malentendus. Les rencontres sont catastrophiques, ce sont des séries aléatoires qui se percutent (on repense au croisement entre Joong-ho et Young-min). On court calmement vers l’Apocalypse, le ciel finira par tomber sur la tête de quelqu’un. Le cinéma coréen qui a une certain idée de lui-même emmerde profondément le happy-meal-ending. Il n’y a pas de free lunch dans la cosmologie coréenne. On finit toujours par payer, pécuniairement, physiquement ou moralement. Mac Fatum accepte tout moyen de paiement. Il y a toujours l’idée d’une infraction et d’un équilibre à rétablir, quitte à ce qu’il le soit au détriment du personnage.  


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 Cette tragédie, elle est servie sur une matrice à son image. Le film est plein de moments absolus où les personnages se dissolvent pour laisser place au lieu de la tragédie. A chaque fois, on a l’impression qu’ils se retrouvent là un peu par chance. Ce « là », c’est le « là » de la tragédie. Ce n’est pas de leurs fautes, ce n’est pas non plus une faiblesse du scénario, c’est une constante qui doit être respectée. Il fallait nécessairement que chacun se retrouve à tel ou tel endroit. A ce titre, on ne peut pas reprocher au scénario de ne pas donner à chaque personne une intelligence de situation lui permettant a priori de faire les meilleurs choix en fonction des informations dont il dispose.

 

Ces lieux se déclinent de différentes manières. Il y a d’abord Mangwon, le quartier perché sur une colline. Mangwon, c’est un peu comme Montmartre, c’est petit, étroit, escarpé, pleins d’escaliers, et on revient toujours sur ses pas. Sauf qu’à la différence de Montmartre, il n’y a pas de bobos et encore moins d’artistes. C’est pas fun et c’est plutôt crade. Le caractère sinueux de Mangwon sonne en écho aux voies tortueuses qu’emprunte le scénario. Et finalement, si on retombe toujours sur ses pas, c’est que c’est une prison. Et une version moyenâgeuse, avec ses cachots souterrains, ses armes improvisées et ses maisons isolées au point de ne plus avoir de réseau. Les moyens modernes ne sont plus adaptés. Au premier rang d’entre eux, les voitures. Les poursuites se font à pied à Mangwon, musée de l’héritage des Bas Fond de Kurosawa, des pièces de Shakespeare et des tragédies antiques. Les voitures, omniprésentes dans le film, sont, comme notre monde survitaminé, des sortes d’accélérateurs de particules, de pellicule. Les personnages s’y enferment pour mieux foncer vers le prochain croisement. Elles dynamisent et dynamitent l’histoire en nous propulsant à 200km/h sur l’autoroute de la tragédie. Pas étonnant que le résultat soit sanglant.

 

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Alors voilà, ça se termine avec un marteau et on peut voir quelques dents quitter prématurément la mère mâchoire. Ca vous rappelle les plus grands ? Na Hong-jin connait ses classiques et affiche ses ambitions. Bravo.

 

  Sans Congo & Joy Means Sick

 

 

 

 

BONUS : pour les valeureux arrivés à ce stade du texte, nous proposons cette semaine une remise de pendules à l'heure et surtout un lien vers le film sur Youtube. Bon l'image n'est pas de super bonne qualité. Mais quand même. Vive internet.


 

Remise des pendules à l’heure:


Aparté et doigt d’honneur pour un coup de marteau littéraire. Philippe A., journaliste de chez Libération, moraliste à ses heures décernant des titres de « merde humaine ». En résumé (version longue ici), t’es passé à côté du film. « L’histoire jugera ».

Alors on t’explique, Joong-ho n’est pas une « merde humaine » mais un humain dans la merde. Ce que le film t’envoie dans la gueule, et dans celle du maire, c’est la vie de tous ceux qui comme lui hantent les bas-fonds du Séoul. Une véritable mise en abîme. Il est là le sujet du film, dans les bas-fonds de la société, celle dont on se désintéresse, celle dont même les plus jolis minois ne séduiront jamais cette pute de chance. Demande à Min-jin et arrête de te boucher le nez. 

Ah tiens. Et un petit big-up aussi. Oldboy de « l’action pure » ? Lol. N'importe quoi. 

 

The Chaser VO sous-titré anglais :

 

 

 

 


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Published by Kim Bong Park - dans Thriller
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