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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 23:06

 

Avertissement :

 

 

Le thème du caca a déjà été traité en long, en large et en travers, dans un exceptionnel article que nous avons consacré au film d’animation sudco Aachi & Ssipak, excellent au demeurant. Nous vous invitons donc à vous reporter à cet article pour une belle analyse cinématographique et rapologique du caca : cliquez ici.

A toutes fins utiles, il nous a paru bienvenu de rappeler, en fin d’article, les plus belles lignes du Voyage au bout de la nuit, comme ça, gratos, pour le « communisme du caca ».

Le texte est une réponse de Sans Congo à la lettre de Joy Means Sick à propos du film Stateless Things de Kim Kyung-mook : cliquez ici.

Honnêtement, ce que vous allez lire est très hardcore ; que les enfants et âmes sensibles passent leur chemin ; quant aux autres, n’y voyez aucune volonté de dénigrement ni aucune insulte.

 

 

 

portrait1.jpeg 

 

 

Salut grand pédé,

 

Bien ou quoi ? Ici c’est la zère-mi mon frère, on se fait trop chier (vas-y direct j’utilise des mots pas bien). T’es bizarre toi d’utiliser du papier, pourquoi tu fais ça ? Mec fallait lâcher un com’ sur mon skyblog direct si tu voulais me parler. Vas-y moi j’ai pas de cahier, donc je te réponds au verso de ta lettre. N’empêche elle était trop longue ta lettre ouallah, et tu sais au foyer ils éteignent les lumières à 21 heures, la galère quoi.

 

Bon gars le truc dont tu parles à la fin de ta lettre là, le truc de bonhomme tu m’as dit, genre y’a deux clics pour voir la vidéo, bah vas-y je suis allé la voir au Festival du film coréen à Paris, ouais je suis passé deuspi à Paris juste pour te montrer que je suis un bonhomme et que j’ai pas peur. Je voulais pas voir ta tête de bolosse c’est pour ça que je t’ai pas appelé ; mais sinon j’ai vu ta reusse dans la rue, toujours aussi cheum mon vieux.

 

Bref, donc je suis allé voir ce film là du gars, Kim Kyung-mook. Y’avait deux films en fait, SEX/LESS et Faceless things, plus une dernière surprise du chef. Franchement je sais pas moi, mais franchement voilà quoi.

 

Y’avait trois parties dans la séance. La première partie c’est un mec qui se branle mais on voit que son visage, ça s’appelle SEX/LESS. Le délire dure bien longtemps. Tu vois un splitscreen avec à gauche le visage du mec et à droite ce qui ressemble à ses fantasmes. C’était pas mal fait, mais un peu long ; quand t’as pigé le concept, ça servait à rien de faire durer je trouve. Il paraît que c’est inspiré de Warhol – c’est un mec dans la salle qui a dit ça – moi je sais pas, je peux pas dire parce que je m’intéresse pas trop aux mecs qui filment un gratte-ciel pendant vingt-et-une heures et qui te disent que c’est une tuerie. Mais enfin pourquoi pas, au moins le réalisateur c’est pas un mytho, il a pas fait son crâneur genre ouais en fait j’ai vu un film de merde (oups) et j’ai voulu faire pareil. Pour le premier segment, il a avoué qu’il s’était inspiré d’une vidéo qu’il avait trouvée sur youtube, donc tu vois, un vrai gars, pas un mytho. Sinon dans les fantasmes, tu vois des trucs avec une image hypercontrastée, floue et zoomée, c’est pas mal fait. A la fin par exemple, tu vois je crois un gars les jambes en l’air qui s’écarte l’anus – j’ai crié le nom de ton daron direct, mais les gens ils ont pas compris. En tous cas, tu vois, il est un peu barré ton gars là, mais t’inquiète, on est encore soft ; fais tes étirements quand même stp, il va y avoir du sport tu vas voir.

 

sexless

 

sexless1 

 

La deuxième partie, elle est déjà beaucoup plus oche, c’est Faceless things. C’est un long plan séquence – le réalisateur a dit qu’il a fallu sept prises pour le réussir, la galère – dans une chambre où tu vois un éditeur d’une quarantaine d’années qui attend un ado qui est son amant. Et en fait, tu vas voir leurs retrouvailles et leur scène de cul. L’éditeur est méga trash avec l’ado et il le violente pas mal. Je me suis fait un peu chié (désolé) pendant, mais avec le recul j’ai trouvé le bout pas mal du tout. C’est hyper triste comme relation je trouve, surtout pour le tit-peu, mais en même pourquoi il se met dans une histoire pareille ? Mais franchement bien le plan séquence, et la composition de l’image était bien musclée, deux lignes en V ouvrent l’écran, ça donnait une belle profondeur à la pièce. Bref, assez solide mais très très cru mon pote. Je sais que t’es en train de te demander pourquoi je te raconte ça, mais attends attends, ça arrive, comme à allonger la foulée.

 

faceless things 2005

 

Vas-y mec, maintenant je te raconte le vrai truc de ouf. Tout ce qu’il y avait avant, c’était des trucs de puceaux.

 

Dans le troisième segment mon pote, tu vois un mec qui s’allonge torse nu sur un lit. Et après tu vois un gars qui porte une casquette apparaître, tu vois vite fait sa tête à l’écran, tu comprends que c’est le réalisateur, le mec sympa là, notre pote sur facebook. Et bah mon gars, le mec il baisse son froc et pose ses fesses sur la tête du mec qui a le visage masqué par un voile. Au début tu te dis ouais chelou comme délire qu’est-ce que je fous là je suis pas pédé moi déjà. Mais vas-y tu vois, je me suis dit à l’aise, commence pas à taper les gens, regarde ailleurs ça va passer ; et puis t’as vu, moi depuis la condi, je reste tranquille, je suis devenu zen ouallah, je lis des sourates, ça me calme.

 

Donc tu vois je me dis pourquoi pas, ptet que le mec veut se faire écraser le visage, ou ptet il veut se faire lécher le cul, c’est grave hardcore, mais tant qu’on voit pas à l’image, vas-y, bats les couilles. Mais le problème c’est que tu vois le réalisateur dire « non j’y arrive pas comme ça, viens on change de position », et tu les vois changer de position plein de fois. Là, j’ai commencé à me sentir pas bien, et quand j’ai compris le délire, j’ai commencé à balnave mon pote : en fait, le gars avec le visage masqué – un autrichien j’imagine – il voulait se faire chier dessus mon gars, et ouais, comme aç, du caca dans la face.

 

Entre nous, à un moment j’ai pensé faire une vanne sur ton daron, mais ouallah je me suis dit je peux pas faire ça ; même si je t’aime pas, je dois un peu de respect à ta famille, c’est une sourate du coran qui dit ça. Sinon, il y avait un passage en dessin animé qui était vraiment frais. En substance, le message c’est : on bouffe notre merde, on est des merdes, mais on veut pas l’admettre. Mais je dis pourquoi pas, mais c’est pas une raison pour filmer ce que je vais te raconter en-dessous.

 

Je sais que t’es déjà en train de gerber ton keugré, mais c’est pas fini mon pote, il doit encore te rester quelques chocapics au fond de l’intestin. Donc à un moment, le réalisateur il arrive à chier, un gros caca bien dense, épais et généreux. Moi je dis merci le kimchi épicé rince bidet, parce que tu vois, si le gars avait juste mangé deux feuilles de salade bio le midi, il aurait lâché quatre crottins de chevreau et le film tombait à l’eau. Non là mon gars, c’était un gros bonze millésimé, genre la joconde du caca ou un truc dans le genre, franchement bien le gars, respect.

 

Et donc mon pote, tu vois le caca couler et tu vois le mec allongé en dessous qui le prend avec ses mains et qui se l’étale sur le torse genre tartine de nutella mon pote, trop trop hardcore. Même un moment, c’est trop mignon parce que le réalisateur dit au fou en-dessous genre non arrête de me toucher les fesses ; mon gars truc de ouf, il est en train de chier sur un mec et il fait la chochotte genre non vas-y me touche pas l’anus, je suis pas ton mec. Vas-y gars, moi je dis, si tu chies sur quelqu’un, la  moindre des choses c’est de le laisser toucher quoi, c’est donnant donnant tu vois. C’est comme si je disais à quelqu’un vas y lâche moi un texto stp mais tu demandes au gars de l’écrire lui-même le texto. Moi je dis ça se ap, faut pas prendre les gens pour des cons.

 

Attends mec c’est pas fini, je sais que là il te reste plus grand-chose dans les intestins, bah tu gerber tes os et ta colonne vertébrale mon pote. Donc le mec – ouais le mec, parce qu’on sait pas qui c’est, dans le générique il y a un point d’interrogation à la place de son nom, tu m’étonnes, pas fou l’autrichien – donc le mec je te disais, il s’enduit de caca un peu partout, et il baisse son pantalon et il se met du caca sur la teub, genre comme si c’était un lubrifiant tu vois ; et là mon gars, il commence à se branler, et ouais ! Magic system mon pote, c’est cadeau : il est rempli de deurme et il se masturbe en plus. Et donc tu vois le réalisateur en train de filmer un mec – la vie de ma mère, obligé c’est un autrichien le mec – qui se branle avec de la deurme un peu partout et qui éjacule à la fin. Mec c’est pas un truc de ouf franchement ? Moi juste techniquement j’essaye de comprendre, par exemple l’odeur du caca, obligé ça déconcentre, c’est pas possible de faire ça quoi.

 

Les gens dans la salle ils étaient trop trop mal mon gars, sauf un rouquin qui regardait à l’aise en mangeant de chips. Sinon y’avait deux meufs devant moi trop golri mon pote. Quand je me suis assis avant, je les entendais discuter trop en mode ouais vas-y moi j’aime bien les films chelous indépendants c’est important de soutenir l’art nanani nanana, et mes couilles et tout, genre ouais j’ai vu un film argentin il m’a bouleversé. Genre elles croyaient qu’elles allaient voir un film façon depleschin ou honoré ou je sais pas quoi ;  et bam mon pote, tiens du caca en gros plan, paf dans ta gueule la culture, tiens tu te la pètes, regarde cette teube maronnasse en gros plan voilà, ça va c’est assez snob pour toi, vas-y bim. Elles sont sorties pendant le film ouallah, ils les a traumate mon pote, j’ai grave kiffé.

 

Tu sais cette histoire, ça me fait penser à un artiste italien barré lui aussi, Piero Manzoni, qui a mis son caca dans des boîtes de conserve, il a appelé ça Merde d’Artiste et il a vendu le délire au prix de l’or. Genre du caca qui vaut de l’or, un gramme de caca = un gramme d’or. Et mon gars, il a réussi à trouver des débilos pour acheter sa deurme : 30 000 € la boîte de conserve. Frais le mec, franchement il a pas froid aux yeux, une belle grosse queunelle de 450, du travail de pro ; à ce niveau là, c’est conseil de sécurité des nations unies direct. Mais le plus drôle tu sais, c’est que les gaz qui émanent de son caca ont fini par fissurer les conserves et les gens qui les ont achetées ont été obligés de les tèje parce que ça fouette un truc de ouf. Franchement, il est pas frais ce rital ?

 

Mike Bidlo, Not Manzoni (Merda dArtista, 1969), 20

 

Mais revenons au film. En fait le film, c’est ce qui se passe en dehors du film. On est complètement manipulé, c’est pour ça je trouve pas ça net, j’aime pas avoir l’impression qu’on se fout de ma gueule. C’est dommage parce que sinon, franchement, il a l’air opé le réalisateur, genre très sympa et pas con du tout, juste mon gars, je pense, après peut-être que je me trompe, je pense que quand tu fais un truc comme ça tu peux pas juste dire ouais je m’en ouf de l’avis des gens, ou genre vas-y juste je transgresse pour que vous gerbiez – ça se tiendrait comme position remarque –.

 

A la fin, le réalisateur est venu pour répondre à des questions, franchement ça faisait bizarre, c’est comme si tu te fais cafouiller par des grands au collège et après ils viennent te voir genre gentil et tout, ils te disent si tu veux un mouchoir ou quoi. Donc le gars il était là, et les gens ils lui ont posé plein de question. Je lui ai demandé quand même c’était quoi son message, parce que j’étais un peu sceptique tu vois, mais il m’a pas donné de réponse satisfaisante : il m’a dit que c’était un truc genre voyeurisme et tout, mais vas-y mec, j’ai trouvé la réponse bidon. C’est pour ça que je te dis qu’il y a de la manipulation.

 

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franchement il a l'air posé le type là non ?

 

Après y’avait une meuf, elle m’a trop vénère ouallah, elle était en mode agressive avec le réalisateur, genre ouais vas y c’est vide ; genre elle était trop méprisante, comme si le gars il avait fait le film que pour elle. Moi je comprends que ça choque, que ça écoeure et que ça te vénère, mais quand même, le mec il t’a pas obligé à le voir son film, même si c’est, pardon de le dire, de la daube. C’est pas bien de faire ça je trouve, si t’es pas content, tu regardes pas et tu te casses, tu fais pas ton intéressant. Moi je dis, il faut faire comme il dit Booba « si t’aimes pas t’écoutes pas et puis c’est tout ». Franchement abusé la meuf, y’a des baffes qui se perdent.

 

Bon bon, j’écris une lettre bien longue. Finalement la question la plus importante moi je dis, c’est pas le sens du film tu vois, parce que le sens, honnêtement, je crois qu’il y en a ape. Ptet il a voulu faire le buzz, ptet il a des comptes à régler, ptet il est fou, mais pas besoin de faire aç pour transmettre un message, après je sais pas je me trompe peut-être. En revanche, la vraie question mon pote, c’est comment il a réussi à trouver un autrichien qui accepte de faire ça. J’imagine qu’il a quelques notions en allemand genre il connait des verbes irréguliers et tout. J’aurais voulu lui poser la question mais j’ai pas eu le temps, j’avais les boules.

 

En tous cas, tu sais mec, j’ai pensé, pour le réalisateur, je pense qu’il doit être déprimé de la life, faudrait qu’on essaye de faire quelque chose pour lui, genre l’inviter à boire des verres de malibu coco pour qu’il nous parle un peu, tranquille entre bonhommes quoi. Sinon ptet qu’on pourrait lui filer le numéro de notre pote Ryu Seung-wan, il est frais ce type, je suis sûr qu’il pourra le réconforter.

 

Vas-y mec, la lettre est trop longue, ça me soule d’écrire. En tous cas, va voir le truc si t’as le temps, c’est super dégueu, ça te changera pas trop de ta chambre.

 

Sans Congo du 18

 

PS : j’ai un poto sur Bourges qui m’a fait tourner la vidéo de Luka Rocco Magnotta, tu sais le hardeur canadien qui a découpé un étudiant chinois l’été dernier. Elle est fraiche la vidéo mon gars, je l’ai sur mon disque dur, dis moi si tu la veux, je te la grave sur un cédé direct.

 

 

 

AVT Louis-Ferdinand-Celine 1932

 

 

Chose promise, chose due, kiffez les amis, c'est Louis-Ferdinand qui offre :

 

 

« J’avais déjà vu bien des gens de la rue y disparaître et puis en ressortir. C’était dans ce souterrain qu’ils allaient faire leurs besoins. Je fus immédiatement fixé. En marbre aussi la salle où se passait la chose. Une espèce de piscine, mais alors vidée de toute son eau, une piscine infecte, remplie seulement d’un jour filtré, mourant, qui venait finir là sur les hommes déboutonnés au milieu de leurs odeurs et bien cramoisis à pousser leurs sales affaires devant tout le monde, avec des bruits barbares.

« Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient comme au football. On enlevait son veston d’abord, en arrivant, comme pour effectuer un exercice de force. On se mettait en tenue en somme, c’était le rite.

« Et puis bien débraillés, rotant et pire, gesticulant comme au préau des fous, ils s’installaient dans la caverne fécale. Les nouveaux arrivants devaient répondre à mille plaisanteries dégueulasses pendant qu’ils descendaient les gradins de la rue ; mais ils paraissaient tous enchantés quand même.

« Autant là-haut sur le trottoir ils se tenaient bien les hommes et strictement, tristement même, autant la perspective d’avoir à se vider les tripes en compagnie tumultueuse paraissait les libérer et les réjouir intimement.

« Les portes des cabinets largement maculées pendaient, arrachées à leurs gonds. On passait de l’une à l’autre cellule pour bavarder un brin, ceux qui attendaient un siège vide fumaient des cigares lourds en tapant sur l’épaule de l’occupant en travail, lui, obstiné, la tête crispée, enfermée dans ses mains. Beaucoup en geignaient fort comme les blessés et les parturientes. On menaçait les constipés de tortures ingénieuses.

« Quand un giclement d’eau annonçait une vacance, des clameurs redoublaient autour de l’alvéole libre, dont on jouait alors souvent la possession à pile ou face. Les journaux sitôt lus, bien qu’épais comme de petits coussins, se trouvaient dissous instantanément par la meute de ces travailleurs rectaux. On discernait mal les figures à cause de la fumée. Je n’osais pas trop avancer vers eux à cause de leurs odeurs.

« Ce contraste était bien fait pour déconcerter un étranger. Tout ce débraillage intime, cette formidable familiarité intestinale et dans la rue cette parfaite contrainte ! J’en demeurais étourdi.

« Je remontai au jour par les mêmes marches pour me reposer sur le même banc. Débauche soudaine de digestions et de vulgarité. Découverte du communisme joyeux du caca. Je laissais chacun de leur côté les aspects si déconcertants de la même aventure. Je n’avais pas la force de les analyser ni d’en effectuer la synthèse. C’est dormir que je désirais impérieusement. Délicieuse et rare frénésie ! »

 

 

 

 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 13:12

Ashamed, Kim Soo-Hyun, 2011

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Ashamed, c’est déjà un plaisir coupable à la base, un film qui te drague avec une bande annonce improbable, une musique qui titille nos papilles d’ados des années 90 et un festival d’écharpes façon arc-en-ciel, le double rainbow perso de notre poto Insecte Nuisible. Dans la salle on nous présente le réalisateur comme quelqu’un qui aime s’appuyer sur une narration complexe et une forme ouverte et au final ça semble suffisamment neutre et précis pour caractériser le film. Par exemple, Memento c’est une narration complexe, mais pas une forme ouverte, et du côté de la narration simple avec une forme ouverte, y a peut-être le cinéma de Kitano. Vous dire qu’au milieu des deux y Ashamed, ce serait quand même vous prendre un peu pour des cons.

 

 


 

 

En gros, c’est une histoire de flash-backs incessants mais pas chronologiques et faut s’accrocher pour faire de même avec les différents wagons de l’histoire. Il ne s’agit pas de remonter le fleuve comme dans Peppermint Candy, mais de sonder une sorte de lac de souvenirs par à-coups successifs. Du coup pour relater tout ça dans l’ordre (du film) c’est un peu galère, autant le faire dans l’ordre chronologique parce que malheureusement, on ne peut pas dire que les différentes strates chronologiques se nourrissent beaucoup entre elles ou en tout cas pas de manière inattendue. Du coup on va la faire en mode cours de physique de lycée.

 

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A t=0 (soit le temps présent du film même si certains s’indigneront en rappelant que le cinéma est toujours au passé), c’est l’histoire d’une prof d’art qui cherche une modèle qui puisse à la fois émoustiller son imagination et battre des records d’apnée. On apprend plus loin dans la film la raison de ce qui transforme en casting sauvage dans un sauna du coin : marquée par un fait divers - l’histoire d’une future mère tuée d’un coup de fusil et dont que le bébé aurait continué de remuer de longues minutes après sa mort – elle s’est mise en tête de faire une séance photo sous-marine, genre d’allégorie du fœtus, de la vie et de la mort. Elle arrête son choix sur Yoon Ji-woo, la pote d’une de ses étudiantes un peu rebelle, et on a nos trois personnages principaux de t=0 qui se barrent à la plage et qui, à cause d’un climat peu clément, vont devoir papoter en attendant de plonger.

 

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A t=-1, c’est l’histoire résumée dans le synopsis du site du festoch, une sorte d'exploration du passé de Ji-woo qui s'articule autour d'une romance lesbienne : « Yoon Ji-woo est employée dans un grand magasin. Son travail ne l’enchante guère, et sa vie privée n’est pas beaucoup plus joyeuse. Un jour après le travail, alors qu’elle pense au suicide, elle jette un mannequin du toit de son magasin pour regarder sa chute. Kang Ji-woo est quant à elle pickpocket dans le métro. Un jour, elle se fait surprendre par un policier en civil. Alors qu’elle tente de s’enfuir en voiture avec un complice, sa voiture heurte le mannequin tombant du ciel. Les deux jeunes femmes finissent ainsi menottées ensemble. » 

 

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Et le film, ben c’est une sorte d’allers-retours permanents entre les deux espaces temporels, rien de foufou a priori si le réalisateur n’avait pas décidé qu’entre t=0 et t=-1 il s’amuserait comme un petit chenapant à naviguer partout et souvent sans prévenir, attitude gaillarde mais pas vraiment condamnable, comme disait feu Robert Bresson dont les Notes sur le Cinématographe sont en soldes permanent chez Gibert : « créer ce n’est pas inventer des choses totalement nouvelles, c’est tisser entre deux choses préexistantes des liens nouveaux ». Faite de mémoire, la citation est plus qu’inexacte mais l’idée s’applique bien au travail de déconstruction et de montage opéré par Kim Soo-hyun dans Ashamed.

 

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Au milieu de tout ça, on remarquera (dans une liste pas forcément très complexe mais au moins ouverte) :

- une interminable discussion dans un restaurant chinois qui finit heureusement par partir en cacahuète et se ponctue par un magnifique « you fucked my wife ? », « Is my son your son ? », « Am I your fucking son too ? » (évidemment en coréen, ça c’est les sous-titres qu’on avait) qui laisse entrevoir un potentiel de dialoguiste trop peu exploité.

- quelques zooms qui heurtent les mirettes et dont on n’ose pas penser qu’ils rendent hommage à HSS

- sûrement l’une des photographies (de Kim Ji-eu) les plus réussis du festival (pour l’instant), avec des gros plans parfois étonnamment bien léchés et une variation de styles et de palettes qui n’enlève rien à la cohérence du tout (au niveau de l’image hein) : couleurs pastels sur la plage, intérieurs et nuits chaudes près du monastère, filtres doux et teintes désaturées sur la première scène d’amour, ton gris-brun lors de la fuite dans la forêt, couche verdâtre qui accompagne la décrépitude de leur relation…

- une scène d’amour lesbienne filmée d’abord de façon lente et pudique, avant que ne commence un deuxième round sans musique mais avec bruitages humides et explicites.

- une bande son qui alterne entre calme plat où seuls les dialogues résonnent et moments musicaux à base de synthé et de guitare (un truc pas loin de la BO de FF7 plutôt sympa)

- la scène d’amour qui contiendrait les mots clés threesome et handcuff la plus romantique du moment.

- un traveling avant sur un plan large et statique

- des scènes de repas, de beuveries et un peu de sexe hétéro filmé sans passion qui rappellent Hong Sang-soo (on parle de plus en plus de lui d’ailleurs, preuve qu’il doit bien incarner quelque chose)

- un délire chelou sur l’homosexualité, les gênes altruistes et les gênes égoïstes (d’ailleurs ce moment de philosophie profonde frappe le personnage pendant qu’elle fait la vaisselle ou le ménage)

- une très jolie scène métaphorique de danse au coucher de soleil sur la plage, interrompue brutalement par un coup de feu imaginaire (la narration complexe qu’on aime c’est plus ça que le bordel temporel qu’on nous sert à certains moments)

- des arrêts sur images et des intertitres rythmant la narration en l’interrompant (un concept intéressant)

- une scène qui doit être hautement symbolique mais qui aussi parfaitement dégoutante où Ji-woo embrasse son amoureuse entre deux relents de vomi.

- beaucoup trop de plans statiques avec des gens qui parlent longtemps en restant assis.

Le tout donne un sacré bordel, une plongée au cœur d’une certaine psychologie féminine à tendance mélancolique et au rythme incertain. Avec plein d’idées, plein d’écharpes, et une actrice vraiment pas mal (Kim Hyo-jin) que l’on retrouvera rapidement dans L’Ivresse de l’Argent de Im Sang-soo.

Enfin laissons le mot de la fin à l'avis express d'Elizabeth Kerr du Hollywood Reporter : "Three women explore the idea of love and the expectations placed on women in the lesbian romantic drama "Ashamed." Director Kim Soo-Hyun's second feature doesn't always work, but if he continues to write empathetic women he could become the Pedro Almodovar of Korea."

Voilà Pedro, t'es prévenu. 

 

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 08:20

FantasmesJang Sun-woo – 1999

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« She tried to kiss me but I walked away

      Went back to my planet and called it another day

Call it another way of being in love

Or call it being afraid of being lonely »

 

 


 

« I’ll miss you Miss Brooke ! » lança Joy Means Sick en donnant en une petite tape sur le postérieur de l’hôtesse d’accueil de l’établissement spécialisé de Santa Barbara. Jenna avait les larmes aux yeux, un décolleté plongeant et la gorge serrée. « Oh don’t be like that, I might come back you know ». Il dévisagea la jolie  poupée tremblotante avec un sourire étudié et se dirigea d’un pas léger vers la vieille Porsche qui l’attendait discrètement une dizaine de mètres plus loin. L’air de la Californie lui faisait du bien, il se sentait jeune à nouveau, il enfila ses Rayban.


David D. lui ouvrit la portière côté passager. « Hi David ». L’acteur avait l’air fatigué, il démarra sans dire un mot. « I told you I never wanted come back here ». « Come on David, that’s where we met,  good old times ». JMS se sentait taquin, il lui piqua les côtes de la pointe de son index. David serra les dents et le volant. Ils restèrent ainsi quelques minutes, silencieux, à regarder le paysage défiler derrière les vitres fumées. « I think I liked you better when you were a porn addict David… Here, I have a little gift for you ». JMS sortit de sa poche intérieure le DVD de Fantasmes de Jang Sun-woo. « You can watch it with your wife, I’m pretty sure she’s gonna enjoy it ». David pila net et jeta un regard furieux au rédacteur de KBP. La pique était plantée, nul besoin de s’éterniser. « Thank you for the ride bro’, I leave this shit right here – il glissa le DVD dans la boite à gants tout en ouvrant la portière – I’m sure you’re gonna need it sooner or later. Bye David ! ». La Porsche démarra dans un nuage de poussière et laissa JMS, son costard Armani et ses Rayban sur le bord de la route. Il jeta un coup d’œil à sa Rolex et scruta l’horizon. Une nouvelle voiture approchait, pile à l’heure.


La limousine s’arrêta délicatement devant lui et une jolie brune le fit monter. Le visage de JMS était désormais fermé. « A l’aéroport Miss Grey ». Il avait enfin retrouvé la piste de Sans Congo, fini de jouer.

 

Fantasmes Jang Sun Woo3


Fantasmes, après le doigt d’honneur politique brandi en 1996 avec A Petal, Jang Sun-woo avait repris du service et ses obsessions en adaptant au cinéma un bouquin qu’il avait aidé à écrire et qui avait valu quelques mois de taule à son auteur, Jang Jun-il. Ce qui n’était qu’une partie de A Petal prenait ici toute la place, l’apprivoisement de deux corps qui se défoncent au sexe SM come d’autres à la CC. A Petal présentait deux êtres sauvages qui se reniflent, s’attirent et se rejettent dans un bain de violence symbole du passé trouble d’un pays traumatisé. Rencontres animales et sauvages où il fallait lire entres les ligneq des coups et des griffes pour déceler l’amour, ce concept désormais au cœur de Fantasmes mais filmé sous un angle bien plus trash qu’à l’habitude.


En Corée ce sont les plus sages qui se laissent aller au excès le plus facilement, les mieux domptés qui brisent leurs chaines à la première barre à mine, à la première pulsion animale. Ainsi Y, jeune lolita lycéenne dans son uniforme bien repassé, pique le fantasme de sa copine Ourie en rencontrant en premier J, l’homme avec qui elle entretient des relations sexuelles téléphoniques depuis quelques temps. Elle est timide et perdue et à peu de choses près on aurait pu la retrouver dans Virgin Suicides. Sophia Coppola n’étant pas coréenne, l’histoire commence quand Y perd sa virginité avec un quasi inconnu dans une chambre glauquos. La scène est crue, la pièce baignée de lumière et la frontière avec le porno assez fine. Caméra à l’épaule, mobile, très peu de montage ou alors en jump-cut, unicité du point de vue, grand angle impitoyable et corps imparfaits, on se demande d’où vient le titre. « Fantasmes » ... sérieux ? D’ailleurs Google translate nous donne « Mentir » comme traduction du titre coréen, c’est aussi le dernier mot prononcé dans le film, le titre en anglais et certainement plus adapté comme titre. Mais moins aguicheur aussi. En même temps va essayer de bicrave un film coréen provoc et arty avec en tête d’affiche deux parfaits inconnus intitulé « Mensonges »…

 

Fantasmes Jang Sun Woo5


Jang Sun-woo est un fan de Nabokov. Sa lolita à lui a 18 ans (23 ans en vrai), c’est une #débutante (attention la série de mots clés porno commence ici) dans tous les sens du terme. Actrice débutante et jeune fille #vierge dans un film qui tourne autour du sexe, elle tombe dans le sexe comme on tombe dans la drogue. Et s’enfonce, et s’enivre. Elle n’a pas un physique parfait, elle est même moins belle que sa confidente Ourie, mais au final et un peu comme American Beauty, ben c’est elle qui tire ses coups, et y a de quoi faire rougir un abonné youporn. On reprend au rythme des cartons qui articulent poétiquement le film :


« Premier trou » : #virgin, #first time. : Il lui renifle les aisselles, les lèches « on dit que le diable n’a pas d’odeur ».


« Deuxième trou » : #blowjob


« Troisième trou » : … hein bon ça va on a compris, c’est la complète, œuf-jambon-fromage quoi. Indice : c’est pas l’oreille. Jang Sun-woo est fan de Nabokov, sa poésie a lui est un peu plus glauque, son époque aussi.


« Interview » : #casting, un retour sur la question de la pudeur évoqué durant le casting (réel ou fictif ? ) de l’actrice.Jang Sun-woo lui demande de se mettre nue et elle commence par refuser. « Mais il y a beaucoup de scènes de nu dans ce film… », « oui, allez, allons-y, laissons la pudeur, tout ça, allons-y ». Ca sonne comme une prise de conscience et le parallèle avec le personnage est troublant.

 

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« 2ème rencontre » : #brutal, #SM,  « je la coupe t l’emmène avec moi ». Le choc de l’exhibition de corps nus et de pratiques intimes digéré, la sauce prend, on arriver à regarder au delà de, à lire entre les lignes. La réplique fait évidemment penser à L’Empire des Sens d’Oshima mais aussi à Gilles Deleuze qui dans l’un des textes de Critique et Clinique envisageait le pénis comme un organe féminin ou plus exactement comme un organe des femmes, organe qui se serait échoué sur le corps des hommes (et qui ne demanderait qu’à retourner à sa place, mais la lecture est ancienne et les souvenirs peu précis). La voix-off en plein ébat, la voix-off qui ressemble à un extrait d’interview. A l’inverse des films de Terrence Mallick ce n’est pas une voix interne, c’est une voix qui se destine ouvertement à un autre, spectateur ou interviewer, au choix.


Le film devient plus intello au moment où J confesse ses penchants sadiques. « Ca me fait mal aux fesses mais je suis heureuse », le simple fait que l’on ne rigole pas suite à cette réplique est une preuve que l’on est entré dans le délire du réalisateur. Plus âgé, J est dans le film comme dans la vie, un sculpteur. Maigrelet et très loin des canons de la beauté grecque, c’est le maître qui ne demande qu’à se faire dépasser. Il aime frapper et apprend à aimer se faire frapper, et même à mendier les coups.

 

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La première fois qu’elle était rentrée chez elle, sa copine l’attendait pour la bastonner. « Connasse, tu m’as piqué mon fantasme » (en résumé). On entendait « coupez »  mais la caméra et le son continuaient pour nous montrer que même après la prise, l’actrice blottie contre un muret, continuait de pleurer.


La deuxième fois, elle raconte tout à Ourie et lui montre même ses bleus. Elle la fait croquer, virtuellement.

 

« 3ème ou 4ème rencontre » : #hotel, #69 et la première scène explicitement non simulée.


L’unique fondement de l’histoire d’amour de ces deux êtres, c’est le sexe et comme pour la drogue, la seule façon pour eux de continuer, c’est d’aller plus loin, encore est toujours. L’excès est relatif à l’expérience qui le précède et délicieusement vertigineux, ils perdent pied mais sans jamais se faire (trop) de mal. Simplement, comme tout feu ardent, ils se consomment, et consument. L’amour quoi.

 

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« Plusieurs orgasmes et après le diner encore » : le vrai trip en huis clos dans une chambre d’hôtel, accélérés et musique électro à l’appui. Conséquence, une scène de renierait pas le Cronenberg de Metropolis : « Comment est mon anus ? Il est tout déchiré non ? » demande candidement Y à Ourie en se penchant en avant.


Ca bascule, ils se quittent pour 3 mois (« 3 mois plus tard ») et se retrouvent encore plus fort. La caméra insiste sur les corps meurtris et pourtant leur histoire est heureuse. Pas de jugement, c’est l’une des grandes qualités du film que de se contenter de filmer une histoire d’amour, d’amour organique, impossible, physique, chimique et liquide, mais d’amour quand même. L’autre grande qualité du film, c’est sa musique. Un putain de choc, dès le générique de début, de quoi donner envie de se pencher sur les artistes underground du pays de la K-pop.


En tout cas les deux tourtereaux commencent à trouver leur rythme et vont ramasser leurs branches d’arbres dans les parcs avoisinant afin de ne jamais être à court de munitions pour leurs soirées coquines. Un vieux couple et quand il doit partir en France quelques temps (« J’repars pour le France, invité par l’association française des beaux arts »), elle l’accueille froidement en lui avouant avec une nonchalance étudiée « j’ai sucé un vieux ». La punition souhaitée tombe quand ils se retrouvent en tête à tête, un peu trop fort à son goût.

 

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Le sexe et la violence sont un peu le sel et le poivre du cinéma. Quand ça manque un peu de goût, suffit de saupoudrer le tout de sexe, si ça manque de piquant, on rajoute un peu de violence. La violence est truquée, le sexe est simulé, comme le veut la bienséance des salles obscures. Quelques malotrus ont bien osé brisé les règles (le tag « film contenant des scènes sexuelles explicites » abritent pas moins de 270 contrevenants), le genre reste plutôt marginal et le résultat souvent décevant. Dans Fantasmes, on reste très longtemps dans l’incertitude. Il faut attendre au moins la moitié du film pour être certain que tout n’est pas simulé mais bien évidemment l’intérêt du film n’est pas là.


« Hier en bouffant ta merde, mon cœur battait très fort ». « C’est là que j’ai compris que tu m’aimais ».


Le grand final, c’est une fuite de motels et en motels, où elle lui tatoue artisanalement « Je t’aime » à l’intérieur de la cuisse. Une douleur insupportable, son Everest à lui. Le sadique est de plus en plus masochiste, l’élève a dépassé le maître. L’élève a même réussi à se débarrasser de son frère et va reprendre ses études. « Manche de houx » : Elle a finit son éducation parallèle et renvoie Papy chez bobonne à Paris où elle lui rendra une ultime visite avant de déménager à Rio (comme ça le SPAM est total).

 

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« Ma femme m’a demandé ce qu’était ce « mon amour » tatoué sur mes cuisses. C’est alors que j’ai commencé à mentir ». Fin, générique et musique de dingue.


Fantasmes, c’est tout un tas de parties qui s’additionnent dans un film aux allures expérimentales. On y retrouve quelques motifs de A Petal, notamment la porosité de la frontière en le fictif et le réel : des scènes de sexe clairement simulées en côtoient de tout aussi clairement explicites, un extrait de casting succède à de la pure fiction, une voix off en mode interview s’introduit en plein milieu d’une scène d’amour et la baston nocturne entre les copines se poursuit même après le « cut » du réalisateur. Expérimental, si ça tant est que cela signifie quelque chose, le film l’est non pas parce qu’il s’aventure sur des territoires jamais explorés, mais parce qu’il fourmille d’idées qui ferait pâlir de peur la plupart des réalisateurs/producteurs/chefs op’ professionnels de la profession. Fantasmes, comme son auteur, est jusqu’au-boutiste et c’est cela que l’on aime dans le cinéma coréen. Choi-min sik qui se coupe la langue, Y qui rend une dernière visite à son amant à Paris et qui se présente en habit d’écolière avec un manche de houx taille xxl pour lui donner la plus belle fessée de sa vie. Et après 1h50 de film, de sexe et d’ecchymoses, même moi j’y vois une belle preuve d’amour.

 

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QUELQUES EXTRAITS EN BONUS (AMES SENSIBLES S'ABSTENIR)

(impossible d'inclure les vidéos dans l'article, il faudra se contenter de liens qui renvoient sur vodkaster)

 

LE COTE INTELLO

 

LE COTE ARTY 

 

 Et plus encore (le côté érotique avec la liste de toutes les vidéos)

 

 

Quelques images pour notre série sur LES OUTILS DU CINEMA COREEN

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Fantasmes Jang Sun Woo17

 

 

Et pour finir, l'affiche internationale, plus sage et paradoxalement plus appropriée.

kinopoisk.ru-Gojitmal-628076

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 15:47

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Café noir, de Jung Sung-il.

 

Une nouvelle fois cette année, le Festival Franco-Coréen du Film nous donnait l’occasion de découvrir l’œuvre d’un critique de cinéma passé derrière la caméra. L’année dernière, on avait pu voir au FFCF le poignant Ballad of a Thin Man (cliquez ici pour lire le compte-rendu), qui portait un regard désabusé sur les ravages du monde de la prostitution sud-coréenne, au sein duquel deux jeunes Occidentaux cherchaient à percer. Cette année, le FFCF nous proposait une œuvre à peine moins tragique.

 

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Une longue descente aux enfers dans les bas-fonds de Séoul

 

Kape neuwareu (c’est plus classe en Coréen quand même, mais le son [f] n’existe pas ?) raconte l’histoire de Young-soo (le grandiose Shin Ha-kyun qui remet le col montant à l’ordre du jour), un professeur de musique sortant d’une liaison avec la mère d’une de ses élèves, Seong-yoon.  A côté de cette relation, il chavire sur la ligne de crête de l’amour vite fait et des relations sexuelles amicales avec une de ses collègues, Mi-yeon (Kim Hye-na), chipie mais sincèrement amoureuse. Après avoir constaté l’impossibilité de fonder un amour nouveau avec la femme mariée, malgré l’amour qu’il lui porte, il rencontre Seon-hwa (Jung yu-mi), jeune femme qui attend le retour de son amant exactement un an après leur séparation, et qui désespère de son retour en raison du retard qu’il a pris. Young-soo, romantique transi, se prend à espérer l’abandon salutaire de l’amant en question pour pouvoir le remplacer dans le cœur de Seon-hwa. Je sais, dit comme ça, ça ressemble à un film de Hong Sang-soo (que le réalisateur a par ailleurs contribué à défendre et à promouvoir, dans le cadre de sa revue Kino, avec Kim Ki-duk ; cette revue avait le mérite de présenter des films inaccessible à l’époque).

 

Le film de Jung Sung-il se situe à l’intersection entre Les souffrances du jeune Werther de Goethe et Les nuits blanches de Dostoïevski. C’est sympa de l’apprendre, d’autant plus que votre serviteur n’a lu aucun des deux bouquins, mais ce n’était pas vraiment nécessaire de le savoir dans la mesure où  Café noir est avant tout fidèle au cinéma sud-coréen. Les augustes inspirations dont il se réclame ne paraissent pas avoir apporté ce quelque chose de Tennessee, même s’ils servent de fondement à l’histoire. Et puis honnêtement, quand on a la prétention d’explorer les méandres de la misère humaine, s’être frotté à Dostoïevski, Goethe ou Shakespeare, c’est la base. Quand je lis que Park Chan-wook a été inspiré par Dostoïevski, je me dis que c’est la moindre des choses, une manière de montrer patte blanche. Donc Goethe et Dostoïevski, c’est juste un prétexte : derrière, c’est le cinéma sud-coréen qu’on aime qui se cache. On notera tout de même le générique, qui apparaît au beau milieu du film, entre la partie Goethe et la partie Dostoïevski. Un clin d’œil sympa, et pour le coup vraiment original, à Godard, passé maître dans l’art de faire apparaître ses génériques de manière insolite.

 

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Alors c’est vrai, le film dure 3h20. Le genre d’obstacle effrayant, surtout lorsqu’on vous explique : (i) que le film est prétentieux ; (ii) qu’il se réfère à des livres que tu sais que c’est stylé mais que t’as trop la flemme de lire ; (iii) qu’il rend hommage à la nouvelle vague française ; (iv) que le réalisateur est un critique de cinéma. Ajouter à cela un festival déjà intense et une longue journée de taf dans les jambes, et votre corps devient le lieu d’affrontement ultime entre les forces du Bien, qui vous incitent à la conscience professionnelle et au travail bien fait, et les forces du Mal, qui vous poussent à vous contenter d’un avis express à la East Asia :

 

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Malade le jour fatidique, enclume de 3h20, mais dans le doute : 2/5

 

A priori rien qui ne te pousse à frotter le bas de ton jean devant le FFCF. Et encore ! Y aller c’est une chose, ne pas gerber à la fin du film, c’en est une autre. Pour illustrer cela, c’est le moment pour votre serviteur de se faire le relais de propos dont il a été le témoin, lundi soir à la sortie du film, dans la ligne 4 du métro, direction Porte de Clignancourt, en rentrant chez lui. Deux jeunes filles, des lycéennes je présume, absolument scandalisées par Café noir qu’elles venaient de voir, se débattaient à qui mieux mieux pour détruire le film de Jung Sung-il et m’épargner le rôle du procureur de justice qu’il aurait fallu que j’interprète pour donner une vision équilibrée de l’état de l’univers Ω :

 

Lycéenne 1 : (rire alternant entre l’étouffé et l’expansif) « poufffffff…. hihihihihi…..pfff….hihihi mais c’était quoi ce film »

 

Lycéenne 2 : (idem) « hihihi…. Je sais pas…. pfffffou…. Trop chelou quoi….. hihihi…. poufff »

 

Lycéenne 1 : « trop trop chelou quoi… et le passage couleur et NB, c’est n’importe quoi… pfff »

 

Lycéenne 2 : « mais grave et puis la meuf quand elle danse là dans le bar… c’est quoi cette chanson iranienne des années 50 quoi n’importe quoi… »

 

Lycéenne 1 : « HYPER-PTDR MDR MEGA-LOL HYPER-EX-PTDR LLOOOLLL… mais trop quoi et puis ces deux trav’ à la fin c’est n’importe quoi… »

 

Lycéenne 2 : « ouais n’importe quoi… pffffou… ahahahaha…. Mais les Coréennes kiffent le cul on dirait c’est fou… »

 

Lycéenne 1 : «  ouais mais de toute façon je sais pas toi mais j’arrivais pas à faire la différence entre les filles tellement elles se ressemblent quoi… et le mec il sert à rien quoi… »

 

Lycéenne 2 : « HYPER-LOL SUR-PTDR… ouais c’est vrai… bah dis donc il était plus facile à comprendre le film d’hier [je suppose qu’elles parlaient de Late Autumn]… putain c’était quoi ce Wong Kar-waï puissance 20 »

 

Lycéenne 1 : « ouais ce Chabrol là… on dirait un film des Dardennes qui dure 3 heures… »

 

Lycéenne 2 : « ahhh noon attends moi j’adore les frères Dardennes » [WTF ?!]

 

[…]

 

La vie de ma mère, promis, je vous le raconte tel que ça s’est déroulé à côté de moi [Lycéennes pleines de vie, si vous êtes lectrices de ce blog, sachez que vous avez toute mon amitié].

 

Bref, pas facile de dire qu’on a sincèrement aimé le film : (i) même si on a trouvé la longueur éprouvante, mais non inutile ; (ii) pas parce qu’il se branle sur des références livresques qui ne sont par ailleurs pas si affichées que cela ; (iii) en raison du témoignage vraiment bluffant du réalisateur en faveur du septième art. Dès le premier plan, qui montre une jeune fille à genoux demander pardon à Dieu avant de s’engloutir ce qui semble être un Double Whopper (à moins que Pierre ne censure encore une fois le propos en précisant qu’il n’existe pas de Burger King en Corée du Sud), tu sais que d’une certaine manière le film va être à la hauteur tant de ses admirateurs que de ses détracteurs. Le plan fixe filmé en objectif grand angle, où pullulent des traces d’un rouge assez vif, inévitablement associées à la sexualité dans ce contexte, est saisissant de contraste tant dans sa forme que dans son fond (demandez pardon à Dieu et faire acte de gourmandise). La fille est assez mystique, elle est pâle et a les yeux creusés, alors qu’autour le fast-food est d’une propreté aseptisée.  La scène est un peu la rencontre d’une photo de David Lachappelle avec un plan digne de Robert Bresson, première période, par exemple montrant Anne Wiazemski dans Au hasard Balthazar. Bref, c’est d’emblée intrigant, ça lie de la gravité à l’humour, de la passion à la légèreté, du 1,5e degré sauce Im Sang-soo, de la photo de haute facture. La carte de visite est carrément sexe.

 

David lachappelle

 

+

 

Anne Wiazemski

 

Puis direct, une succession de plans d’immeubles de la ville. C’est assez long pour se demander si Café noir n’est pas aussi, ou surtout, un hommage à la ville de Séoul. Vous n’allez pas échapper aux références nouvelle vague, d’autant plus que Jung Sung-il affiche clairement et revendique haut et fort cette filiation. D’ailleurs la francophilie de Café noir s’insinue jusque dans les détails puisqu’à un certain moment, on peut voir une jeune femme dans un café lire un livre de la prestigieuse collection « Critiques » des éditions de Minuit [BTW : la profondeur de champ de cette scène est géniale avec les têtes distribuées en zigzag jusqu’au point de fuite ; ça fait carrément penser à une scène de Citizen Kane]. Donc Café noir ressemble d’emblée à un 2 ou 3 choses que je sais d’elle transposé dans la capitale de la Corée du Sud. Le film est autant une carte postale qu’un guide pour voyageur. Les pérégrinations de Young-soo le mènent du Namsan à l’Hôtel de ville, de la rivière Cheonggye au fleuve Han. Une attention toute particulière est portée à la N Seoul Tower, plantée au sommet du Namsan, ce qui reste énigmatique. On pourrait imaginer un pouet pouet autour du mutisme agaçant de Young-soo, ou des « congestions sur la ligne des sentiments » (ouhhh). Le film est assez subtil pour exprimer une symbolique plus affinée, et il est préférable de s’en tenir à une forme d’ignorance convenue. En tous cas, la ballade qui est offerte dans ce film change des réclames cheap de l’office du tourisme sud-coréen qui ont précédé les films présentés au FFCF cette année, même si, n’ayant jamais posé les pieds à Séoul, c’est grâce à cette pub pourrie que j’ai pu reconnaître les lieux dans le film. D’ailleurs, pour s’assurer du soin porté au décor par l’équipe du film, il suffit de rapporter que celle-ci a visité plus de 140 maisons pour sélectionner celle de l’amante de Young-soo.

 


 Il va sans dire que la bande-son est particulièrement soignée

 

Et pour vraiment s’en convaincre, rien de mieux que de mobiliser la parole du réalisateur :

 

I walk and walk the streets of Seoul. The buildings torn down. Erected anew.

Simulacra in the name of ‘restoration.’

False history. Fake modernity. [mais c’est qu’il écrit pas mal en plus !]

Political gestures unfurled in front of them, like a live theater.

The season of politics here is winter.

 

I had to make this film during a cold winter.

The wind blows from the right.

The riot police lined up in the streets.

Random interrogation of pedestrians.

Protests approaching suicides.

Some were burned to death during a demonstration.

The former president killed himself [ndlr: le Président Roo Moo-hyun, qui s’est jeté d’une falaise sur soupçon de pot-de-vin touchant sa femme].

I wanted to capture that Seoul, gagged and bound.

Was it Jean-Luc Godard who said, make your cinema political, instead of making a political film?

I, along with my camera, my crew and cast, wandered around in Seoul.

The movie’s ‘dead time’ is the real time of Korea, the time in which our despair dwells.

Goethe, Frankfurt 1774. Dostoevsky, St. Petersburg 1848. Seoul, 2009.

Dead times.

No more deaths.”

 

Une carte postale, un souvenir, c’est un cadre et une certaine distance affichée avec son objet. On ne sera donc pas étonnés de voir une succession de plans fixes, extrêmement soignés et équilibrés. La composition est à chaque fois exquise, délicieuse. On aurait presque envie de manger ces images tant elles faites pour faire émerger le désir. Au milieu, comme victime d’une symétrie qui l’accable, comme la société a pu rendre dingue le jeune Werther, on assiste à la lente décomposition de Young-soo, interprété par le génialissime Shin Ha-kyun. Il était déjà foufou dans Sympathy for Mister Vengeance, et foufou de chez foufou dans Save the Green Planet. Au terme d’un virage assez radical vis-à-vis des deux films précédents, Shin Ha-kyun porte, dans Café noir, le visage du cinéma coréen, rien que ça. Ce mec est franchement un génie. Une passivité exceptionnelle. Lors de la session « Meet the Director », Yoon Sung-hyun avait lancé une idée assez intéressante selon laquelle les meilleurs acteurs sont ceux qui savent écouter. Avec le rôle de Young-soo, on est en plein dedans. Le personnage joué par Shin Ha-kyun est complètement atone, anémique, amorphe, asocial, il est « sans », se laisse voguer, perdre et mourir. Bref on lui donne quand même un rôle fondamentalement naze, le genre d’enrhumé vaguement artistique (et encore) dont Louis Garrel est friand.

 

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3h20 en face d’une chips, franchement, ça m’aurait rendu dingue.

 

Au lieu de se laisser victimiser par le scénario, Shin Ha-kyun est lourd comme une montagne ; c’est véritablement lui qui mène le tempo, même si le sort l’accable. C’est ça qui est fort dans le cinéma sud-coréen, tous les personnages résistent à leur manière et cherchent à faire de leur mieux. Au bout de ses pérégrinations, Young-soo décidé de mettre un terme à ses jours par pur volonté (il dort plusieurs jours, se réveille, puis décide que finalement non, le monde ne l’intéresse plus). C’est paradoxal : le mec crève l’écran alors qu’il ne fait que subir. Le lien avec Oldboy ne saurait se limiter au marteau. Choi Min-sik et Shin Ha-kyun, chacun à leur manière, persévèrent et vont au-delà de la tragédie qui s’annonce pour eux, le premier avec ses poings, le second avec son ironie. J’ai toujours cru qu’Oldboy était un film romantique : j’en suis désormais persuadé.

 

S’il n’y avait que Shin Ha-kyun. Rajouter à cela un rythme absolument fascinant. Très lent certes, mais réglé comme de l’horlogerie suisse. Ce n’est pas Young-soo qui marche si vous remarquez bien, mais le monde qui défile. Young-soo se laisse souffler comme une feuille de cigarette par le bout des sentiments. D’où le prétexte à la découverte de Séoul et des différentes singularités qui la peuplent, selon un mode très godardien encore une fois. Sauf que Jung Sung-il fait de la Nouvelle vague mieux que la Nouvelle vague parce qu’il apporte avec lui son directeur photo et cette petite tragédie  optimiste qui sonne comme une ritournelle oscillant entre les sanglots et la joie. Tout de suite, tu ranges ton Truffaut dans ta poche et tu regardes le monsieur renouveler le genre avec audace et déférence.

 

Et avec de la maîtrise. Musique et image se répondent, elles alternent et tracent des lignes pour les protagonistes. Café noir fait penser à ces énormes machines dont les soupapes s’activent comme les éléments d’un orchestre. Les différentiels de tension se résolvent en différence de rythmes, au milieu, comme toujours, Young-soo, immobile. Il y a un nombre incalculable de plans où Young-soo est mis sur une ligne, tandis qu’autour de lui, d’autres éléments évoluent plus ou moins rapidement sur des lignes de fuite différentes. C’est du Einstein dans le texte. Au bout du compte, on obtient un film qui ressemble à une gigantesque valse. Une sorte de tentative pour mettre de l’ordre dans le chaos. C’est un peu le château de Versailles que propose Jung Sung-il, ou la recherche d’une pose pour un peintre. Un petit insert très rapide des Ménines de Velázquez est ainsi l’occasion d’offrir un plan-photo avec des enfants immobiles, ce qui permet subrepticement d’interroger sur la frontière entre le film et la réalité. Toi, qui te fais fondamentalement chier à voir ce film de 3h20, ne pourrais-tu pas te l’approprier, lécher les murs, t’endormir sur ce trottoir, te réveiller sur une baffe, danser, chanter, t’énerver ? C’est peut-être l’ambition maximale du film, celui de rechercher les pistes vers l’Ouvert, c’est-à-dire le plan de tous les plans, la condition de possibilité des plans. A partir de ce moment-là, si on va voir le film en espérant un plat réchauffé, on risque d’être déçu. Mais si on y va pour communiquer, c’est-à-dire s’emmerder, puis s’émerveiller, puis se casser éventuellement, on en tire quelque chose me semble-t-il.

 

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Et si tu restes un peu, c’est parce que tu sais que ce n’est pas un charlatan. Avec un peu de chances, si tu acceptes d’attendre un peu, comme dans une queue au supermarché, tu tombes sur de véritables bijoux, même insignifiants, mais bijoux quand même. A un moment du film, Young-soo marche derrière Seon-hwa, laquelle avance le long de la rivière Chyeonggye une lanterne à la main. On entend le Nisi Dominus de Vivaldi (merci à Epikt !). C’est tellement chargé que tu te demandes si toi non plus tu n’as pas envie de la rattraper cette Seon-hwa, ou si peut-être, tu ne te sentirais pas confortable dans le désespoir de Young-soo. Dans le même genre, peut-être le moment qui m’a le plus mystifié, alors que c’est tout con : un travelling (caméra dans une voiture), qui filme une succession d’immeubles de différentes tailles et couleurs, sous une ambiance sonore faite de cordes et de percussion. Encore une fois, c’est tout à fait anecdotique, mais c’est un moment qui m’a électrifié, va savoir pourquoi. Bref, ouvre tes shakras, le film fera le reste.

 


  

Jung Sung-il donne à voir une œuvre totale. Totale même dans la douleur qu’elle peut infliger en raison de sa longueur. Les références ne sont pas si prétentieuses que cela. Si on préfère la médiocrité, il ne faut pas monter sur ses chevaux face aux comédies niaises. D’ailleurs, le réalisateur est tellement généreux qu’il distribue même un clin d’œil à My Boyfriend is type B, c’est dire. Pas de problème à ce que les dialogues soient d’un certain niveau donc, à partir du moment où ils communiquent un certain niveau d’idées. Je ne suis pas un fan d’Eric Rohmer par exemple, mais je trouve Ma nuit chez Maud tout à fait génial, juste parce que le mec n’a pas peur de te mettre au beau milieu de son film une discussion sur la thèse pascalienne de la religion et la théorie des probabilités en mathématiques. Ce n’est pas emprunté, et on en ressort moins bête.

 

CafeNoir

 

Donc l’accent mis sur les références aurait pu sombrer dans le mélangisme pop et petit-bourgeois post Guerre froide. Il n’en est rien. Jung Sung-il te parle de The Host comme Gilles Deleuze discutait des liftés de McEnroe. C’est franchement jouissif. On en sort repus, avec un cure-dent à la bouche. Allez, un petit cadeau pour le plaisir des yeux, la danse de Jung Yumi, qui fait écho à celle d’Anna Karina dans Bande à Part.

 

 

 

 

 

Une telle débauche d’énergie et d’audace pour à peine 7 000 entrées selon les dires de David Tredler. Bravo Monsieur Jung Sung-il, vous êtes un génie !

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 14:54

Anti-Gas Skin, Gok Kim & Sun Kim, 2010

 

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Pour bien comprendre les personnages de cet article, tu peux avoir envie de lire ça : Windstruck - Sale temps pour la flicaille...

 

Sinon tu peux très bien prendre le train en marche.

 

John O'Meanseek était las et la journée avait été longue. Epuisé par une semaine de dur labeur dans sa nouvelle usine du Pas de Calais, malade, il avait tout de même rejoint son indécrottable compère sur les bords de la Seine. Ses ouvriers lui donnaient du fil à retordre et il avait grand besoin de se changer les idées. Renouer avec ses anciennes passions, revoir Carter San-Congo, fouler les pavés parisiens, tout ça lui redonnerait sûrement la force qui lui manquait cruellement. Sur le quai de la ligne 4, direction porte d'Orléans, il avait commencé par dissoudre un Fervex dans sa demi-bouteille d'eau, espérant secrètement l'arrivée de ce nouveau métro dont on lui avait tant parlé. Il en laissa passer trois, le quatrième était tout aussi vieux, il monta en maugréant.

 

Rien à redire, Carter avait fait du bon boulot. Sur place, leur petite entreprise bénéficiait désormais d'une réputation honorable et de contacts étendus. De l'avis de John, ce type aurait pu avoir une belle carrière dans les relations de presse. En plus, il a la gueule de l'emploi.

 

Quelques minutes plus tard, on leur présenta l'affaire de la manière suivante : « Un mystérieux tueur en série portant un masque à gaz court toujours. Quatre personnes sont à sa recherche : un politicien candidat aux élections municipales de Séoul, un soldat américain dont la petite amie vient d’être assassinée, un jeune homme qui se prend pour un super-héros et une fille-loup leader d’un culte du suicide. Chacun a des motivations bien particulières pour le retrouver. »

 

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Tout commence par une scène étonnante de maitrise, une dilatation du temps qui se concentre sur des fragments. Une petite fille rentre chez elle après avoir longuement regardé l'affiche et le portrait du tueur au masque gaz. Arrivée chez elle, elle pousse la porte, découvre le cadavre de maman, le tueur immobile, les gouttes de sang qui tombent du couteau, ses yeux d'enfant, un reflet sur la flaque. Ca dure quelques minutes silencieuses et ça permet aux metteurs en scène de montrer qu'ils savent faire du cinoche dans les règles.

 

Ensuite on découvre un à un les quatre personnages principaux, d'abord « la fille loup », ensuite le « politicien », puis celui qui se prend pour un super-héros, enfin le GI américain. Quatre parties unies par un même ton, un même style, mais qui se raccrochent chacune à des genres différents. La fille loup et ses séances de mysticisme rappelle un teenage movie teinté d'horreur, le politicien le drame familiale bien pesant, Super Bosik un film de super héros au second degré et le GI... rappelle immédiatement qu'on a jamais vu un blanc bien jouer dans un film Coréen. Ca aurait pu partir dans tous les sens et donner un cocktail des plus disgracieux, un mix de The Faculty, des Noces Rebelleset de Kick-ass. Et bien non. On assiste à un film étrange, au rythme lent, au calme silencieux, au style très froid et homogène. Le premier sourire arrive au bout de 15 minutes, et se fait bien vite réprimer par un coup de pression de la femme à barbe. 

 

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Deux heures plus tard, Carter et John sortaient du cinéma sans trop savoir quoi en penser. Ils décidaient de zapper la séance suivante (Hello Ghost) pour creuser un peu plus cette affaire, errèrent une bonne demi-heure dans les rues sous un soleil glacial puis s'installèrent à la Rhumerie. Ils sortirent carnets et stylos et se livrèrent à un examen minutieux des différents éléments du film.

 

Les Personnages :

 

  • L'ado barbue ou la fille-loup : On nous la présente à travers une séance de psychothérapie où on ne la prend guère au sérieux. Elle est persuadée de s'être fait violée, par son père ou par un prof, sans jamais être sûre. Quand elle aborde le sujet devant la thérapeute, elle prend un taquet, la femme en blanc (on est plus dans un contexte psychiatrique que psychologique) préférant largement l'écouter raconter ses rêves, ceux où un prof de musique la considère comme la plus belle de son groupe d'amies par exemple. Un rêve c'est quand même moins conséquent qu'une réalité. Elle est aussi le leader d'un groupe d'ados qui se sape en sweat à capuche bleu marine et qui vouent un culte à la mort. En plus de classiques séances d'exorcisme, ils s'amusent à s'allonger sur l'une des traces d'une victime du tueur au masque à gaz, prenant la position indiquée par le contour à la craie, se mettant à la place du mort pendant une minute. Elle est la fille d'une famille friquée dont le père dort dans le même lit qu'elle. Elle porte la barbe, mais dans certains plans sa pilosité disparaît, peut-être lorsqu'elle est mieux dans sa peau (exemple : quand elle chante).

 

  • Le candidat à la municipale : sa fille ainée le déconsidère. Il est candidat à l’élection municipale de Séoul. Alors qu’il désire porter une cravate rouge, sa femme la remplace par une bleue ; la couleur de son parti est le bleu. Il a l’air d’être un mec old school, dépassé par la modernité : sa femme le domine, ses filles ne le respectent pas, et il est à la recherche de « la recherche et de l’innocence » d’antan. Un pasteur lui dit qu’il ressemble à Jésus. Il tombe en admiration d’une fille paralysée. Alors qu’on lui propose de reprendre à son compte le mot « réforme », il se fend d’une sentence de vieillard : « la politique, c’est comme l’amour de deux hérissons, quand on est loin on veut être proche, et quand on est proche on se pique ». Sa femme, lui et leur pasteur hésitent pas mal avant de voter. On lui dit qu’il sera tué s’il est élu.

 

  • Bosik-man : Officiellement officier municipal qui aligne les voitures mal garées, officieusement Bosik-man le protecteur de la ville. Il se donne pour mission de retrouver un tueur. Il s’entraîne à des séances de kata. Son idole est Superman. Sa devise : « Super… Bosik… Fire ! ». C’est une personne scrupuleuse du respect des règles. Il mange des cendres de photos de soldats et de Rambo en guise de potion magique. Il porte sur lui un tee-shirt Bosik-man qui ressemble à la tunique de Superman.

 

  • L’Américain : steak haché sur pattes, c’est un GI en Corée du sud. Sa petite copine coréenne a été tuée. Depuis il pleure à longueur de journées, et répète son amour de la Corée. Une policière sud-coréenne l’aide dans son enquête pour retrouver le tueur. Il a une lubie pour les seins : il cherche du réconfort auprès de la policière en les lui malaxant, et déclame son amour des Coréens (« Les Coréens sont si bons » ; « Aucun Coréen ne ferait de mal à un autre Coréen ») sur le soutien-gorge de sa défunte copine. Il copule avec un talus qu’il aménage comme une tombe pour sa petite copine. Il a une tête de pine, un accent de merde, une tenue trop grande. Il cherche à obtenir le pardon. Il porte toujours un couteau sur lui.


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Carter et John relevèrent la tête en même temps. Mouais, tout ça ne les avançait pas à grand chose. Pas abattus pour autant, ils continuèrent de creuser, reliant machinalement les éléments possibles entre eux :

 

  • La trace sur laquelle s'allongent le crew des sweats bleus est celle du cadavre de la copine du GI.

  • Récurrence des affiches alertant la population contre le tueur au masque à gaz dans toutes les histoires

  • Omniprésence des masques à gaz au sein de la population : étudiants manifestants, super-héroïne, tueur

  • Le bleu, couleur du parti du candidat, couleur du crew d'ados mystiques, couleur affectionnée par le tueur. A l'image, le bleu semble plus saturé que les autres couleurs.

 

Fait chier, comme pendant le film, Carter et John commençaient à renoncer à comprendre. Sauf que là, y a plus le GI américain pour les faire exploser de rire, enculant une tombe en beuglant son amour de la Corée. Un traitement finalement intéressant d'ailleurs, que celui de ce GI qu'on filme volontairement mal, qui joue comme une bouse et qui incarne un personnage aussi caricatural que mal écrit. On a entendu parler de satire politique à propos du film, à ce niveau là la lecture serait facile : les américains aiment la Corée avec un imaginaire complètement fantasmé et la souille et la tue.

 

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La méthode, voilà à quoi se raccrochaient maintenant nos deux compères. La méthode. Prochaine étape, le lien de chacun avec le masque à gaz, en mode niveau 1 de compréhension.

 

  • L'ado barbue : fascinée par la mort, perturbée sexuellement, elle se fait tirer par le chauffeur de son père dans une usine désaffectée en lui ordonnant de mettre un masque gaz (impossible de se souvenir où elle l'a trouvé) et en lui demandant à quel niveau il la place. Il y a aussi une forte probabilité pour que la tenue bleu marine de sa bande soit un appel au crime pour le tueur au masque.

 

  • Le candidat : menacé de mort en cas de victoire, par le masque ou des opposants utilisant cette menace, il en récupère un (masque) sur un étudiant.

 

  • Bosik-man : A tout super héros il faut un super ennemi. Quoi de mieux qu'un type qui porte un masque à gaz et qui terrorise la population ?

 

  • L'américain : Le masque, c'est peut-être lui, en tout cas le masque c'est au moins celui qui a tué sa copine. En fait, puisqu'on en est aux hypothèses, admettons qu'il ait tué sa petite copine, sûrement équipé d'un masque, pour qu'elle reste « pure et innocente » comme il le confesse lors d'une séance d'exorcisme foireuse. Ce qui ne veut pas dire qu'il est le tueur qu'on voit au début. De toute manière il le dit lui-même « un coréen ne ferait pas de mal à un autre ».

 

La fatigue s'accumule et la tentation est grande de saisir la première clé de lecture venue et de se rattacher aux schémas classiques. On a une ville terrorisée par un marginal, élément indépendant et perturbateur qui sert de révélateur au sein d'une société en pleine crise, on appellera ça le schéma "M Le Maudit". L'ado perturbée est inévitablement fascinée par cette figure mystique et menaçante, la peur de mourir s'ajoute à la peur de gagner pour le candidat (syndrome du type qui se demande au fond ce qu'il fout là mis en évidence par son détachement vis à vis de ses collaborateurs, sa relation avec sa famille, son envie de marcher seul et à ses risques et périls ou encore son intérêt pour la jeune fille paralysée), Bosik trouve une excuse pour donner un sens à sa vie et l'américain... se révèle être un gros gamin perdu, capricieux et dangereux. Quand à la fin la fumée se répand dans la ville, la fille couche avec l'employé de son père et le tue (en mode loup garou), le candidat s'esquive de la soirée en l'honneur de sa victoire, Bosik-man combat son alter ego féminin et l'américain joue du couteau sur les corps endormis. Bref chacun fait ce qu'il a envie de faire quand il échappe au regard des autres et accomplit son fantasme.

 

Et au sein de cette société complètement paumée, la seule qui rencontre véritablement le tueur, est une petite fille de 5 ans. La vérité sort de la bouche des enfants ; manque de pot, elle ne dit strictement rien.

 

John et Carter renoncèrent à cette enquête : trop volumineux ou insignifiant. Il n’avait plus la souplesse d’antan, ni l’envie. Ils se quittèrent en ayant la désagréable impression de s’être fait flouter. De toute manière, ces deux petits guignols de frères Kim méritaient tout au plus une simple amende à la loi pour infraction au code de la route, rien à avoir avec ce gros ponte de Kwak Jae-young, leur véritable ennemi.

 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Films Chelous
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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 10:31

 

affiche

 

End of Animal, de Jo Sung-hee (2010).

 

S’il y a eu un consensus à la sortie de la séance, c’est bien sur la perplexité qu’a suscité le film End of Animal parmi les petites gens qui butinaient aux alentours du cinéma Saint-andré-des-arts. En gros, si personne n’a vraiment compris ce qu’il s’y passait, certains n’ont pas du tout aimé tandis que d’autres se risquaient à avancer quelques arguments pour défendre l’œuvre. Alors que la communauté des ffcfiens avançait lentement mais sûrement vers une Saint-Barthélemy cinématographique entre les pros et les contres, Sans Congo, qui ne s’était toujours pas remis des quelques côtes fêlées que lui a infligé Jo Sung-hee, chercha le moyen de réconcilier les Guelfes et les Gibelins. Mais qu’est-ce qu’il a bien voulu dire le bougre ?

 

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Devant le cinéma, à la sortie de la séance de End of Animal

 

Voyant que l’on commençait les exécutions sommaires d’enfants et les viols à grande échelle, Sans Congo sentit qu’il était temps pour lui de prendre son courage à deux mains. Il se chercha un endroit en hauteur à partir duquel il pourrait haranguer les foules. Après avoir enfilé les habits de Camille Desmoulins, il entonna la Marseillaise d’une voix si émotive qu’il parvint à immobiliser tout un chacun. Profitant de ce moment de répit, il leur « tint à peu près ce langage » :

 

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Sans Congo, le 14 octobre 1789, à Saint-Michel

 

« Mes amis, je comprends votre confusion et votre courroux. Mais si vous voulez bien m’écouter, je crois que je pourrais vous donner une clé de lecture qui vous réunira tous, comme vous l’étiez jusqu’à maintenant, autour de notre passion commune pour le cinéma sud-coréen. J’imagine que certains se sont endormis pendant la séance, je vous rafraichirai donc la mémoire.

 

Pour la petite histoire, End of Animal raconte l’histoire d’une jeune femme enceinte qui se nomme Sun-yeong. Alors qu’elle effectue un trajet en taxi, un nouveau client hèle le taxi pour partager le trajet avec elle. Cet homme, jeune et athlétique, casquette vissée sur le crâne, prétend tout connaitre de la vie du chauffeur et de Sun-yeong [pouvoir prémonitoire qui n’est pas sans rappeler celui de So-jin dans Possessedégalement au FFCF 2011 ; les liens entre les films sont intéressants cette année]. Par ailleurs, il fait état d’un mystérieux compte à rebours. Quand ce compte à rebours arrive à zéro, le taxi s’arrête et ils perdent connaissance. A son réveil, Sun-yeong se retrouve seule. Elle voit un mot du chauffeur de taxi lui indiquant qu’il est parti rechercher de l’aide. Elle réalise en outre qu’il n’y a plus d’électricité et qu’elle se trouve au beau milieu d’une cambrousse vide, même si le véhicule ne semble pas très loin de Séoul.

 

voiture

 

Pourquoi cette translation ? Comment comprendre l’intervention de l’homme à casquette en doudoune North Face ? Mon propos défendra l’idée que l’homme en doudoune, que l’on appellera communément Jack, c’est comme Dieu, qu’il s’ennuie profondément du haut de sa toute-puissance et qu’il est terriblement peiné de la faiblesse des créatures qu’il n’a même pas contribué à créer. Afin d’égayer la trop longue éternité sous laquelle il bronze, Jack s’amuse avec des adultes désespérément enfants à ses yeux. Lors d’une de ses expériences, il se rend compte qu’il est allé trop loin. Pour donner du sens à cette thèse, il va falloir remettre de l’ordre dans End of Animal. Ce discours ne suivra donc pas le film de manière linéaire, mais dialectique.

 

L’hypothèse Jack donc.

 

Jack is always connected

 

Pour comprendre Jack, il faut prendre le film par un épisode proche de la fin. Nous voyons Jack assis dans petit troquet. Il semble être en train de se demander comment améliorer la molécule d’oxygène pour rendre l’air plus respirable. « J’ai l’impression que tout le monde souffre » dit-il. La maîtresse de maison lui explique que les impôts augmentent, qu’il n’y a plus de travail : elle le prend pour Dieu. Que des préoccupations sommaires. Mais il faudrait avoir vraiment foi en Jack pour croire qu’il est enclin à résoudre le problème du chômage – Jack n’en veut pas de cette foi. Queneni, cette question ne l’intéresse pas parce que Jack est joueur. Bref, le voilà dans ce petit restaurant à chercher son prochain terrain de jeu. Pour être sûr de sélectionner une personne au hasard parmi celles-ci qui sont dans le lieu, il forge une procédure pour pouvoir véritablement tirer au sort. Eh oui, pensiez-vous que le hasard échappe à Jack ? S’adressant à son voisin, il lui demande d’effectuer une opération qui lui permettrait à lui, Jack, de choisir une personne avec une infinitésimale part d’indétermination qui lui échapperait (le Mac Fatum de Vladimir Nabokov). C’est d’ailleurs intéressant de voir ce qu’il lui dit : « tiens, mais des barreaux dans ces échelles au hasard, il y a des chances que certaines de tes intentions m’échappent ». Jack s’emmerde et sa drogue réside dans l’indétermination. Dans la mesure où il éprouve quand même un minimum de sympathie pour certaines personnes, il ne manque pas de donner quelques conseils, notamment pour prévenir d’un cancer à venir. Comme le disait Epicure, les Dieux s’ennuient, leurs querelles sont insignifiantes, ils sont inconscients de leurs actes et ils se moquent de nos malheurs. Nos élites nous ont trahis ! De l’épicurisme au populisme, il n’y a qu’un pas.

 

Au terme de cette procédure au hasard épsilonesque, Jack tombe sur… Sun-yeong. Il la rejoint un soir dans sa chambre. Celle-ci l’aperçoit devant la télévision en train de voir le match Chelsea-Barcelone (théâtre du fameux « it’s a fucking disgrace » de la part de Didier Drogba). Preuve de plus de l’immanence de Jack, il raconte, devant une Sun-yeong hagarde, son désespoir face à la perfection arrogante du jeu du FC Barcelone, qu’il oppose aux efforts guerriers des joueurs de Londres. C’est un peu comme si Jack reprochait au Barça d’appliquer scrupuleusement les règles de l’art au point d’en dénaturer la portée, tandis que Chelsea s’efforce d’en maintenir le sens. Il y a quelque chose de la théologie paulinienne dans cette position : « la Loi nous a maudits ; le Christ nous délivre de cette malédiction », ou encore Saint-Paul aux Philistins : « la Loi est maudite et vous serez maudits par la loi ». On reconnaît l’attraction de Jack pour les faibles, mais sans commisération. Jack est capitaliste : il ne respecte que l’effort et la persévérance, parce que Jack est pure persévérance dans son Être. Le cinéma sud-coréen est un cinéma qui a des idées.

 

En attendant, on comprend que Jack et Sun-yeong ont une relation sexuelle (eh oui… il y a comme un bug dans la matrice… on a déjà vu). D’ailleurs, pour ne point heurter les sensibilités, on voit juste le début et la fin supposée de l’acte. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire pour Jack, immanence huilée comme une Ferrari, que l’acte soit effectivement consommé dans la mesure où Jack est pure volonté. Cherchait-il de l’amour auprès de Sun-yeong ? Dans le Hiéron de Xénophon, le tyran de Syracuse, Hiéron donc, explique au poète Simonide qu’il est malheureux de ne pas recevoir assez d’amour de la part de ses sujets et de la crainte permanente dans laquelle il vit de se voir la victime d’un complot. Simonide lui propose de devenir un roi bienveillant mais Hiéron objecte qu’un tel changement n’abolirait pas le souvenir de ses crimes. C’est ça la misère du pouvoir. Comme dirait Léo Strauss « la plus grande misère de la tyrannie est qu’on ne peut pas s’en défaire […] il vaudrait mieux renoncer à toute tyrannie avant même d’avoir essayé de l’instaurer ».

 

enfant

 

En partant, Jack conseille à Sun-yeong de ne pas sortir de chez elle, ce qu’elle ne fait pas bien évidemment, selon le syndrome traditionnel de la « chèvre de M. Seguin ». Si l’homme est à l’image de Dieu, il faudrait quand même un jour essayer de comprendre les conséquences sur les caractéristiques de ce dernier du fait pour l’homme de ne jamais prendre en compte les mises en garde et de foncer tête baissée vers la première interdiction qu’on lui pointe du doigt. Jack apparaît d’ailleurs comme poétique à certains moments. La poésie de la flemme de la toute-puissance. Il est presque désolé d’être si transcendant. Mais le problème, c’est que Jack est tellement Tout qu’il est difficile d’interpréter ses intentions. En effet, lorsqu’il dit à Sun-yeong qu’il la quittera si elle le lui demande, anticipe-t-il la réponse de celle-ci ? Quelle est la marge de mansuétude dans un tel cas de figure ? Jack est empêtré dans son piège à con qu’il a lui-même contribué à créer. D’ailleurs, cherche-t-il véritablement à se faire aimer ?

 

Jack est un gars simple. Il veut se faire aimer au-delà des apparences, comme le Solal de Belle du Seigneur. Mais Jack veut également donner une petite leçon à Sun-yeong (rappelez-vous que Jack s’ennuie). Dans le Coran, on apprend que le diable (Ibliss) était en fait l’ange préféré d’Allah. Ils finirent par se brouiller sur la question de la bonté des hommes. Ibliss était persuadé qu’il ne fallait pas leur faire confiance, qu’ils sont profondément mauvais, ce qu’Allah récuse. Ibliss propose alors à Dieu un pacte : il demande à Dieu l’autorisation de détourner les hommes du droit chemin, et de lui attribuer un domaine, l’Enfer, pour les y recueillir, ce que Dieu accepte. C’est toute la problématique du Bien et du Mal dans le Coran. Jack a peut-être été inspiré par Ibliss en se rendant compte qu’il est plus drôle de tourmenter que d’apaiser. Cela dit, voilà bien longtemps que Jack n’est plus en relation avec Dieu. Jack tient ses comptes personnels, qui n’ont rien à voir avec les comptes divins.

 

Sun-yeong se trouve donc transportée dans un univers que l’on qualifie très vite de « post-apocalyptique », ce terme s’entendant comme contenant pêle-mêle les éléments suivants : plus d’électricité, une trace de sang sur un frigo, l’eau coupée, le vide, l’hiver, l’ours, les rugissements. Pourquoi pas, mais ce serait contradictoire avec l’idée de Jack. En effet, il s’ennuierait encore plus dans la fin du monde. Le décor est plus un large terrain de jeu qu’autre chose. D’ailleurs, prenez la Creuse en hiver : vous n’avez pas d’électricité, c’est vide, les gens sont bizarres, et ce n’est pas pour autant qu’on dit que ce département est « post-apocalyptique ». Tout ça pour dire que l’hypothèse post-apocalyptique induit en erreur. Le cadre dans lequel se trouve Sun-yeong est un terrain de jeu pour donner une leçon. Mais comme Jack est plus puissant que la réunion de tous les ordinateurs de tous les univers possibles, il serait bien présomptueux de chercher une raison à son acte. On pourrait dire qu’il s’en prend à elle pour la renforcer, à cause de sa mollesse et de sa faiblesse. On pourrait également dire qu’il le fait par pur amusement. Si comme le disait Voltaire : « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », cette hypothèse ne tient qu’on concevant un Dieu Bon et Beau, calculateur leibnizien qui a sélectionné, parmi la totalité des mondes compossibles, celui qui se révèlerait véritablement optimal. Mais Jack c’est une chiquenaude que vous vous prenez dans une cour de récréation : il n’est pas sûr que l’univers s’en porte mieux après.

 

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Dans ce décor vide, Sun-yeong, qui est toujours enceinte, possède un talkie-walkie qui est le seul objet électrique qui fonctionne. Devinez qui se trouve à l’autre bout ? Jack, évidemment. Ce dernier lui dit que ce talkie-walkie est « comme une sorte de prière entre [eux] ». Donc Jack se joue d’elle, mais il l’aide un peu, dans un mode qui ressemble au rôle de Takeshi Kitano dans Battle Royale. Je vous dis : ne cherchez pas à comprendre Jack, c’est juste une catastrophe qui vous arrive. Sun-yeong trouve un enfant qui se révèle être un perturbateur. Il a l’air vide, agit comme une pile électrique qui se répète et qui fait de la récitation mécanique. Dans le schéma, il fonctionne un peu comme de la mémoire cache qui surréagit temporairement au moindre stimulus. C’est au vrai sens du terme (ce sera au moins ce que finira par montrer le film), une variable d’ajustement. Il l’a met souvent face à des choix. C’est peut-être un piège tendu à Sun-yeong qui sait. En tous cas, le dostoïevskisme vieux jeu critiquant Dieu parce que rien ne justifie la souffrance d’un enfant est nulle et non avenue. En effet, Jack, ce n’est pas Dieu. Jack n’a signé aucun contrat, il n’est que la grammaire du droit.

 

Par ailleurs, Sun-yeong tombe sur un affreux jojo en bicyclette qui cherche à la violer. Alors qu’il lui explique qu’il veut l’aider, il finit par lui expliquer qu’il n’est toujours pas marié, qu’il n’a fait l’amour que quatre ou cinq fois dans sa vie, et qu’il s’occupe de sa mère (hitchcockienne). Entre un espace immense et suspendu, et cette affreuse teigne, on ne peut que se rappeler le film Bloody Aria de Won Shin-yun dans lequel un chanteur d’opéra et son élève, dont la Mercedes blanche immaculée tombait en rade au milieu d’une cambrousse paisible, mais à côté d’une bande de barjot particulièrement effrayants. 

 

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On comprend donc que Sun-yeong passe par des épreuves intenses et finit à la limite du cadavérique. Et c’est au moment où l’Affreux est sur le point de tuer Sun-yeong qu’on assiste à un Jack ex machina. Pourquoi ? Encore une fois, difficile de le dire : pitié, ennui, etc. Jack arrive plein d’amour pour l’Affreux. Peut-être que l’Affreux l’a amusé. En effet, l’intervention de Jack n’a rien à voir avec l’intervention de Dieu avant le sacrifice du fils d’Abraham. Vous pensez bien qu’on se moque des sacrifices quand on mange des corn-flakes aux étoiles pour le petit-déjeuner. De la même manière, le calvaire de Sun-yeong n’est pas celui de Job. Si Jack cherchait de l’amour, il ne veut certainement pas de pots de colle.

 

Pourquoi pot de colle ? Hé hé, mais parce que figurez-vous que Jack a engrossé Sun-yeong ! Pas con Jack. Il s’est même laissé feindre l’ignorance en croyant pendant un temps qu’elle avorterait, ce qu’elle n’était pas disposée à faire. Jack a vaguement entendu parler de l’histoire de ce Dieu qui a aussi eu un enfant, Jésus de son prénom. Jack l’a vu venir la carotte : il perdrait le contrôle du marmot qui se mettrait à promettre des folies aux hommes. Hors de question pour Jack de ne partager ne serait-ce que le début d’une once d’un commencement d’immanence avec un chialeur. Donc Jack profite de l’épuisement de Sun-yeong, qui n’a pas accouché dans une crèche, pour récupérer la créature. Mais comme Jack est quand même un gars bien, il propose à Sun-yeong de lui envoyer une wishlist. Si on avait été dans un truc divin divinatoire, on aurait eu une fin de film sur le mode Mont des oliviers, couché de soleil et barbe biblique. A l’inverse, on voit à la fin de End of Animal, Sun-yeong composer une liste à base d’éléments triviaux (de l’électroménager, un appartement, etc.). Voilà la morale : Jack est un entrepreneur. Il accepte de réparer ses errements, mais il ne permet pas qu’on lui lèche les bottes. Point de religion en affaire. On se rappellera notamment la chanson de Jacques Brel, Au suivant, dans laquelle le Belge balance un clin d’œil à Jack : « je crois qu’il est plus humiliant d’être suivi que suivant ».

 


 

 

End of Animal, c’est donc l’histoire de Jack, qui ressemble à Dieu, mais qui ne l’est pas. Un gars aussi big que Dieu, mais avec moins de prétention. Juste pour info, Jo Sung-hee réalise là son premier film, qui a été financé par son école. Donc les étudiants, arrêtez de polluer Youtube avec vos bouses. Il suffit juste d’une bonne idée ; mais point trop n’en faut. »

 

Jack - Emergency

 

Jack is waiting

 

La prière de Jack.

 

Jack is afraid of the dark

Jack almost never sleeps

Jack is a dreamer

Jack has a lot of money

Jack is lazy

Jack is busy

Jack loves his mother

Jack has no kid

Jack has got a new toy

Jack is tired

Jack is always laughing

Jack has no time

Jack has seen Aladdin a hundred times

Jack knows important people

Jack is in love with another little girl

Jack go dancing every Saturday

Jack doesn’t want to go to school today

Jack wakes up at 6 and goes to work

Jack plays soccer with his friends

Jack has got a brand new car

Jack is a nice boy Jack drinks too much

Jack is waiting for his birthday

Jack hates modern art

Jack wants to be a fireman

Jack can’t stand poor people

Jack wants to go to the zoo

Jack is sad but keeps on living this way

Jack goes to bed at 21

Jack will try speed dating tonight

Jack likes happy-ending

Jack comes home at 22

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Films Chelous
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