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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 00:08

 

 

 

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Une femme coréenne (2003), d’Im Sang-soo.

 

Le Présentateur (grand sourire) : Bonsoir, bonsoir à tous, chers téléspectateurs. Bienvenue dans l’émission Chaudière de culture, votre rendez-vous dominical de cinéma et de littérature. J’espère que vous êtes en forme malgré l’heure tardive car nous vous proposons ce soir un programme passionnant, haha (rire niais) ! Nous parlerons ensemble du dernier livre d’Yves-Michel Rebaudère, la révolte de Fatima, un roman bouleversant sur la condition des femmes au Tchad. (Regarde ses fiches) Nous recevrons également l’artiste Pol qui nous présentera sa future exposition consacrée aux couleurs de la lumière, ainsi que la grandissime diva Bianca Casselnoix avec qui nous aurons l’occasion de revenir sur sa longue carrière et notamment sur sa relation tumultueuse avec l’héritier du trône d’Iran qui vit aujourd’hui à Monaco. Mais pour commencer notre soirée, nous allons tout d’abord parler d’un film coréen intitulé Une femme coréenne, réalisé par le sulfureux Im Sang-soo. Alors ce film est étonnant, il a été très bien reçu et présente la sexualité heu… contemporaine heu… coréenne de manière crue hein on peut le dire (menton oscillant de bas en haut cherchant l’approbation de l’audience, Gilbert Feldspath de la revue Cinéma du monde acquiesce avec suffisance pendant que Joy Means Sick s’arrache des cornes au gros orteil et que Sans Congo accorde son pipeau). L’histoire de ce film donc est celle d’une famille heu … disons-le … meurtrie par le monde moderne hein. Le mari est partagé entre son boulot d’avocat étouffant et sa relation avec sa maîtresse. Sa femme, qui partage ses journées entre la danse et leur fils adoptif, finit heu… bien évidemment heu… par s’ennuyer sexuellement hinhinhin (rire grivois, un filet de bave coule sous les plis de sa mâchoire) et se met à s’intéresser à leur voisin adolescent, avec qui elle aura finalement une histoire d’amour …

 

Gilbert Feldspath, Cinéma du monde (le coupant de manière autoritaire) : … Oui le thème classique de l’absence de la figure mâle qui finalement entraîne n’est-ce pas un repli du désir vers une chaire disons … plus fraîche … comme dans Le Diable au corps de Raymond Radiguet ou encore dans une moindre mesure l’excellentissime livre de Bernhard Schlink, Le Liseur.  

 

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Le Présentateur (un peu perdu) : … Heu oui et donc le mari a son père qui a des problèmes d’alcool lequel finit par mourir… Voilà heu, et bien qu’avez-vous pensé de ce film ?

 

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Gilbert Feldspath, Cinéma du monde (prenant la parole sans coups de semonce) : Alors moi personnellement je tiens à citer cette phrase du réalisateur lui-même : « C’est l’histoire de ma vie, celle de ma femme, celle de ma famille, celle de mes amis ». Ce film est ancré dans une certaine réalité sociale coréenne, celle des premières années démocratiques du pays, et il montre manifestement les bouleversements dans cette société suite à un capitalisme acharné ayant transformé le pays en quelques années. Ainsi, il semble évident que ce qu’Im Sang-soo veut nous dire, au travers de la sexualité, thème que j’aurais l’occasion de développer plus tard, c’est que sa génération, celle qui est née dans les années soixante, a eu du mal à se faire à des idées nouvelles telles que la démocratie et le féminisme (il ponctue sa tirade en mimant une spirale de la main, l’air satisfait).

 

Le Présentateur (léchant les propos du critique jusqu’à la lie) : … Hum merci pour votre intervention, et vous messieurs, quel est votre avis ?

 

Joy Means Sick, Des Bons, des Brutes et des Cinglés (rote) : …

 

Sans Congo, Des Bons, des Brutes et des Cinglés : Hé bien notre avis, et je me permets de parler au nom de mon tendre ami, est que le film n’est au fond pas digne d’un très grand intérêt, qu’Im Sang-soo a pu montrer plus de classe dans des films comme Tears ou The President’s Last Bang. Im Sang-soo est bien sûr une personne qui sait utiliser une caméra, ce qui ne paraît pas être une condition nécessaire pour être réalisateur de films de nos jours, les mouvements et les prises de vue sont toujours charmants. Malheureusement il ne parvient pas réellement à sublimer la banalité de la situation de départ, même si le scénario peut paraître inédit pour le Pierre, Paul ou Jacques Coréen. Ou pour M. Feldspath. Malgré cela, il y a une série d’éléments extrêmement intéressants dans ce film, au titre desquels nous ne plaçons évidemment pas la sexualité qui jonche ici et là le champ narratif comme le doryphore détruit les champs de pomme de terre.

 

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Le Présentateur (extrêmement étonné et moqueur, cherchant la complicité de Gilbert Feldspath, lequel la lui renvoie par un regard méprisant) : Ha bon, comment ça ?

 

Sans Congo : Quoi ? Les pommes de terre ?

 

Le Présentateur (impatient) : Non la sexualité, voyons !

 

Joy Means Sick (qui a rangé ses cornes en petit tas sur son accoudoir gauche, il s’emporte) : Oh écoutez si on veut voir du cul on se matte un film porno et on arrête de se la péter !

 

Gilbert Feldspath (interloqué) : Mais non enfin comment pouvez-vous dire ça ? Ce film montre le destin héroïque de l’épouse, Eun Ho-jeong, remarquablement interprété par l’actrice Moon So-ri, pour la libération de la femme coréenne. Le dynamisme du cinéma sud-coréen passe par cette capacité qu’il a de représenter le sexe de façon brutale, naturaliste. On voit ici que cette sexualité est replacée dans le contexte d’une famille bourgeoise qui se délite (Joy Means Sick baille, Sans Congo répond à un texto, le Présentateur écoute religieusement). Encore une fois, la sexualité libère les peuples du joug bourgeois, c’est vraiment une démarche très pasolinienne heu … tenez comme ça je pense notamment au sublime Théorème pour l’affirmation brute, rocailleuse presque, de la nécessité vitale du sexe (Sans Congo, qui admire l’œuvre de Pier Paolo Pasolini, pense très fortement que Gilbert Feldspath est une sombre merde). Et que dire du rôle du mari infidèle, mené d’une main de maître par l’acteur Hwang Jeong-min, absolument fa-bu-leux ! (contraction de l’œsophage entre chaque syllabe). Je regrette vraiment que le cinéma d’auteur européen ne prenne pas plus de risques par rapport à la sexualité.

 

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Joy Means Sick (théâtral) : Putain mais il ressemble à Franck Lampard le type, comment vous pouvez le prendre au sérieux ! Et pour le cinéma européen, demandez à Sophie Marceau ou à Emmanuelle Béart qui montrent leurs fesses un plan sur deux. Non mais M. Feldspath vous racontez des conneries, vous êtes fatigants, attention M. Feldspath, vous m’épuisez sous le flot de vos billevesées (Sans Congo s’étonne de la préciosité de ce dernier terme qui tranche avec la rudesse du style de vie de son acolyte).

 

Le Présentateur (faisant un geste d’apaisement) : Calmez-vous je vous prie !

 

Gilbert Feldspath (subitement apeuré) : Mais… mais qui est ce Franck Lampard ?

 

Sans Congo (conciliant) : Oubliez. Bon cet acteur n’est pas mauvais non plus, mais c’est vrai qu’il a un peu une tête de nœud et qu’il est plutôt fade, même s’il est excellent lors de la scène de dispute avec sa femme, laquelle ponctue un très beau plan-séquence. Et puis il y a un truc très gênant dans ce film : ils boivent du vin avant et après avoir fait l’amour. Bon c’est pas grand-chose, mais c’est gênant, c’est un topos un peu trop couru si vous voyez ce que je veux dire (évidemment Gilbert Feldspath ne voit pas, et le Présentateur voit ce que Gilbert Feldspath voit, donc il ne voit pas non plus). Nous on préfère quand le mari nettoie les fesses de son père malade, c’est plus réel ça, les enfants qui s’occupent de leur parents, et c’est un thème chiant, difficile, c’est pas de la branlette comme une bouteille de vin sur une table de nuit. C’est très facile une bouteille de vin sur une table de nuit. Alors qu’un père à l’article de la mort qui crache du sang sur la chemise neuve de son fils, déjà c’est plus dur. Et quand le fils dit que le sang sur la chemise lui a donné envie de faire l’amour à l’infirmière, c’est encore plus gênant. Et c’est beaucoup plus dur que de faire dire bêtement à la maîtresse à destination du mari infidèle « hum chéri je me suis branlée en pensant à toi aujourd’hui ». Ce film alterne entre la branlette cinématographique creuse et la mise en scène de moments authentiques. Vous semblez juste plus sensible à la branlette M. Feldspath (Le Présentateur est gêné).

 

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Gilbert Feldspath (plutôt rassuré cette fois) : Je vous interdis de dire que je me masturbe monsieur. Enfin je ne comprends pas votre charabia. (Se tournant vers le Présentateur) Quand même, je souhaitais ajouter ceci : Im Sang-soo est très fin dans sa description de la sexualité féminine. Cette sauvagerie, cette immédiateté du désir. Cela me fait penser au livre de Louis Calaferte, La mécanique des femmes. Un livre vraiment cru. Peu d’écrivains ont su saisir « l’obscénité » du désir féminin avec autant de précision. Ce désir est magnifiquement retranscrit à l’écran (Le Présentateur fait oui-oui-oui-oui-oui-oui de la tête).

 

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Joy Means Sick (professoral) : Non alors faux, nul, zéro, nul. « Voyez-vous là-bas cette femme au sourire béat, dont le visage ferait croire qu’il neige entre ses cuisses, qui minaude la vertu, qui baisse la tête rien qu’à entendre parler de plaisir ? Le putois et l’étalon n’irait pas en besogne avec une ardeur plus dévergondée ! ». C’est Le Roi Lear, c'est plus simple, c'est plus limpide et c'est plus connu que votre référence à deux balles. Elle est marrante cette citation hein ? (Sans Congo fait « Yeah » du poing) Pourtant, elle ne décrit pas réellement ce qu’il se passe dans la tête d’Eun Ho-jeong (Moon So-ri). 

 

Le Présentateur (naïf) : ah bon ?

 

Joy Means Sick : non pas vraiment. Vous faites votre travail de manière superficielle, le thème central est celui du corps, la sexualité n’en est qu’un effet. Cette idée de libération dans la société coréenne passe par une réappropriation du corps. Le corps est un élément essentiel du film : il ronronne, il s’encastre, il se plie, il se tord, il se frotte, il s’agrippe, il se masturbe, il se met littéralement en branle. Ce n’est pas pour rien si l’épouse est une danseuse. Il y a une scène du film où la femme danse toute nue dans son salon, ses mouvements sont lents, légers, gracieux, généreux. Elle découvre son corps en le redéployant. Elle étudie ses mouvements selon différents rapports, elle le soumet à la gravité. Elle subit une sorte de réinitialisation totale du champ magnétique qui la traverse, ses coordonnées polaires en sont complètement effacées. Lorsqu’elle fait l’amour avec son mari, elle ne ressent pas grand-chose et lui dit « je crois que j’ai perdu mon point G ». Voilà une idée intéressante : celle d’un corps qui n’abrite aucun pôle, qui ne souffre donc d’aucun ordre. L’épouse a ainsi l’occasion de redécouvrir son corps tandis que son époux s’affaisse littéralement sous le poids des instructions sociales et de son rôle de Salaud au sens sartrien du terme. Les rencontres avec sa maîtresse sont balisées. Ses désirs ne souffrent plus d’aucune intersection. Il ne s’étonne plus de son corps, il le gère comme une usine : vulgairement, il a besoin de se vider les c… il appelle sa maîtresse. Spinoza disait déjà que l’on serait bien étonné de ce que peut un corps. L’épouse, pour une ou des raisons que l’on ne cherchera pas à découvrir, expérimente les divers rapports corps-environnement auxquels elle est soumise (« ho ho » se dit Sans Congo, il a dû bien se faire chier cet hiver le bougre). Avec le jeune ado, ils se font une séance innocente de touche-pipi au cinéma. Belle joie innocente du corps. A la fin, lors de son rapport sexuel avec l’adolescent, elle chantonne « where is the hole ? ». Le temps de l’expérimentation est déjà révolu, elle rentre dans les rangs, les pieds bien sur terre. Le puceau, quant à lui, est excité comme un malade à l’idée de coucher avec une MILF. Diogène le cynique, qui était notoirement connu pour se masturber sur l’agora, aurait dit : « Plût au ciel qu’il suffît aussi de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim ». J’ajouterais, en allant dans le même sens, que vous auriez pu retirer quelques bénéfices de ce que l’intelligence s’activât au moindre frottement de crâne M. Feldspath.

 

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Sans Congo (sautant de son fauteuil) : Haaaan ça m’aurait pas plu !

 

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Gilbert Feldspath (offusqué) : Mais enfin je vous interdis de …

 

Le Présentateur : Je vous en prie, ne répondez pas à la provocation.

 

Gilbert Feldspath (passablement agacé) : Tout de même, quel animal, quel maroufle, ce plateau est mal fréquenté. Mais je ne me formalise pas, vous ne m’intéressez pas messieurs de je-sais-pas-quoi, j’écris des livres moi, je pense en me levant le matin. Je voudrais quand même revenir sur le thème de la Guerre de Corée, pour sortir un peu de la question de la sexualité. On comprend durant le film que la famille de Yeong-jak vient en fait du Nord. Son père et son grand-père ont fui le nord alors que le reste de sa famille y ont péri. Sur son lit de mort, quelques instants avant de passer l’arme à gauche, le père de Yeong-jak (le mari) chante un chant en l’honneur du général Kim Il-sung. Il y a également une sous-intrigue : on assiste à l’excavation de cadavres, apparemment tués lors de la Guerre de Corée par les soldats du nord. C’est le mari qui s’occupe de défendre les droits des familles des victimes. Encore une fois, on voit que le sujet de la guerre revient souvent dans le cinéma sud-coréen. Cette guerre qui a détruit le peuple, cette guerre atroce …

 

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Joy Means Sick & Sans Congo (de concert) : PONCIF !

 

Gilbert Feldspath (vraiment désorienté) : Mais enfin laissez-moi finir ! (Se tourne vers le Présentateur) Dites-leur enfin !

 

Le Présentateur : S’il-vous-plaît laissez le finir !

 

Joy Means Sick (intransigeant) : Non non et non, trois fois non, la charlatanerie n’a que trop duré. Je propose que Sans Congo poursuive proprement le boulot, je ponctuerai par la jointure finale.  

 

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Sans Congo (qui achevait de bâillonner Le Présentateur et Gilbert Feldspath) : Hou j’aime comme tu parles. Et puis on est sur notre blog de toute façon. Bref, j’aimerais évoquer la forme visuelle sous deux aspects différents. Le premier tient à la qualité du spectateur. Celui-ci est en fait réduit à du voyeurisme. Durant pratiquement tout le film, la caméra semble épier les personnages, ou s’introduire dans leur quotidien de manière impudique (comme dans les plans larges pris par le haut du lit). Il y a énormément de plans filmés au travers de l’embrasure d’une porte ou du chambranle d’une fenêtre. En fait tout le monde épie un peu tout le monde dans ce film. Cela donne la sensation d’être un corps étranger à l’intérieur de cet espace. Cette sensation ne peut pas être anecdotique : par cet effet, Im Sang-soo renforce le caractère intimiste du film et donne donc plus de percussion aux échos des corps. Bref, ce parti pris s’inscrit astucieusement dans le sens de l’œuvre. Le deuxième aspect tient au traitement des couleurs. Le film a plusieurs teintes (teinte verte lors de l’assassinat du fils, bleue pour la maladie du grand-père, rouge-mauve pour les scènes d’intérieurs dans lesquels évolue l’épouse). Pour revenir à ce rouge-mauve particulier, il exprime bien la chaleur du désir qui se recouvre d’une étoffe froide. Cette ambiance rappelle grandement l’œuvre du peintre Mark Rothko, en particulier sa série Four Seasons qui s’inspire de la bibliothèque de Michel-Ange à Florence et donne l’impression d’être attrapé par les murs. A ce titre, cette teinte rouge-mauve est complètement cohérente avec le désir de l’épouse de se redéployer.

 

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Joy Means Sick (admiratif) : Wouaouh ! C’est complètement classe ce que tu racontes.

 

Le Présentateur et Gilbert Feldspath (cris étouffés) : mmmhmmhmmhhm mhmhmhmhm mhmhmh !

 

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Joy Means Sick (conclusif) : Bon bon, c’était quand même sympa. Je vais juste finir en évoquant un point dont on aura l’occasion de reparler lors de l’article sur The President’s Last Bang. On a parfois l’impression qu’il y a beaucoup d’humour noir dans le film, de l’ironie dans le visage de chacun des personnages. C’est un niveau particulier d’énonciation que l’on a décidé d’appeler le 1,5ième degré : c’est trop absurde pour être du premier degré et pas assez détaché pour être du second degré. Donc c’est entre les deux. Une manière de désinvolture à peine perceptible. Comme si les personnages évoluaient sur une nappe, une pellicule surréelle à quelques centimètres de la réalité. Ils glissent, et ne semblent pas véritablement affectés par ce qui leur arrive. Les exemples sont légions dans le film. C’est une distance très étrange, comme si personne ne prenait au sérieux le film. Il faudra s’attarder plus profondément sur le thème la prochaine fois.

 

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Sans Congo : Mais il se fait tard, il est déjà l’heure des bonus !

 

Joy Means Sick : On fait quoi des deux bolosses ?

 

Sans Congo : On les garde pour un prochain article ! Allez hop hop hop les bonus maintenant :

 

BONUS:

 

  • Private clin d’œil : le film que l’ado et Eun Ho-jeong voient au cinéma n’est autre que Tears, le deuxième film d’Im Sang-soo. Et le mec qui se fait gazer à l’écran n’est autre que l’acteur qui joue l’ado lui-même ! Une belle mise en abîme.

 

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  • Mark Rothko : pour sa page wikipédia c’est par là – cliquez ici

 

 

 

  • Fahrenheit 451 : à un moment du film, l’ado raconte à Eun Ho-jeong l’histoire de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Une adaptation du livre a été réalisée par François Truffaut en 1966. Le résultat est un film rétro-kitch-pop-britannique assez sympa. Pour les amateurs, voici le film (anglais sans sous-titre malheureusement…) : cliquez ici.

 

  • Les Inconnus : les deux sketchs cinéma cinéma. Bouleversifiant. Culte.

 

 

 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 19:01

Fiche technique  

 

Réalisateur et scenariste : Lee Chang-dong (artiste catégorie poid lourd, ministre démissionnaire, un type trop top pour survivre longtemps dans les sphères politiques)

 

Casting : Sol Kyung-gu (Yong-ho, 2h05 au bord de la rupture, un animal sauvage auxquels on n'associera aucun autre nom, il risquerait de les bouffer tout cru)

 

Musique : Lee Jae-jin (ceux qui ont vu le film ont au moins deux mélodies dans la tête: celle qui accompagne le train à chaque nouveau chapitre, celle que je fais mettre dans les bonus)

 

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Note de la rédaction: la lecture de l'article n'est pas conditionnée à la vision du film. Par contre ce dernier est disponibe sur youtube dans une bonne qualité. Il faut absolument le voir. Un lien en fin d'article.

 

Odyssée d’un bonbon à la menthe

 

S’il n’est pas exceptionnel, Peppermint Candy est quand même un film excellentissime. J’essaye de m’expliquer rapidement (je suis en ce moment sous intraveineuse d’informations relatives à l’Equipe de France – donc passablement indisponible). Peppermint Candy, c’est une sorte d’étude de cas, une esquisse profonde et complète du caractère de Yong-ho (Sol Kyung-gu), un type a priori banal et sans histoire. Ce qui va faire tout l’intérêt du film, c’est de voir la vie de ce type, non pas se dérouler, mais s’enrouler, comme se replier sur elle-même. En effet, la feinte du film réside dans le fait qu’il débute par la fin : le suicide de Yong-ho. Ensuite, c’est de la géométrie : on remonte dans le temps à travers six tableaux, périodes marquantes de la vie de Yong-ho, au rythme régulier d’un train se déplaçant de gare en gare. Ces tableaux correspondent en même temps à des périodes successives de l’histoire contemporaine de la Corée du Sud : la dictature militaire, les périodes de troubles liées aux revendications démocratiques, le boom économique des années 80 lié à la transition démocratique, et notre époque actuelle (celle dans laquelle Yong-ho se suicide). De là à établir un parallèle entre le destin de cet homme et celui de la Corée du Sud, c’est un pas que je me garderai bien de franchir. En effet, vu la qualité et la rigueur du film, et malgré le fait que cette piste de lecture n’est pas dénuée d’intérêt, la thèse du parallélisme semble peu féconde.

 

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Car il s’agit bien de l’existence d’un monsieur-tout-le-monde. La toile de fond historique sert plus largement de support à l’histoire, de cadre neutre. Ce n’est pas un vecteur fataliste. Le film n’explique pas le suicide de Yong-ho en remontant dans le temps, et c’est bien là son grand mérite. Cette précision me paraît importante car cette vision des choses s’inscrit en faux contre une certaine idée relativement dominante dans le cinéma coréen selon laquelle le destin du peuple coréen est merdique et que le Coréen est par principe persécuté par le cours des choses. De ce point de vue là, Peppermint Candy semble au-dessus de tout soupçon : à chaque fois, Yong-ho paraît libre de ses choix. Et s’il a connu des coups durs dans sa vie, il a aussi pu jouir voire profiter du système. Finalement, Yong-ho c’est vous, c’est moi, c’est n’importe qui. Après on a tous nos petites histoires, nos petites craintes, nos petites mesquineries qu’on trimballe au fond de la tête et c’est là où le film devient disons arbitraire : il choisit les petites histoires de Yong-ho pour les présenter. C’est par ce processus de banalisation que le travail esthétique du film s’effectue pour parvenir à cerner de véritables « évènements », c’est-à-dire les « grands moments historiques » de la vie d’un quidam. A mon sens, ce film rappelle un peu le travail de Maupassant dans le roman Une vie : une grande œuvre littéraire mise au service d’une existence quelconque.  

 

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 Sans concessions donc. J’en profite pour faire d’une pierre deux coups : utiliser à la fois une citation que j’aime bien et un argument d’autorité. André Gide a écrit « ce n’est pas avec de bons sentiments qu’on fait de la bonne littérature ». C’est complètement le cas de ce film, il n’y a pas de bons sentiments. Au contraire, au-delà du scénario et des personnages, la démarche de Lee Chang-dong est presque celle d’un chirurgien : le réalisateur travaille à la déconstruction d’une vie avec le sérieux et l’exigence d’un praticien professionnel. Il mobilise toute la finesse d’un scénario remarquablement ficelé.

 

Comment faire passer Yong-ho de « j’aimerais devenir cette fleur sur le bord de la route » à « j’ai trop la haine pour mourir seul » (comprendre : j’en buterai bien quelques uns avant de me flinguer) ? Avec beaucoup de souplesse. En créant des éléments symétriques, comme lorsque Yong-ho, au moment de sa vie où il est un entrepreneur à succès, retrouve par hasard un type qu’il avait torturé alors qu’il était un policier sous le régime dictatorial ; ou en s’appuyant sur des motifs réguliers, comme sa femme, sa première amoureuse, ses coups de nerfs, voire ses bonbons à la menthe. A ceci doit s’ajouter une manière de filmer quasi-clinique : le plan fixe est le principe, le reste l’exception. Le plan large filmé de manière fixe, c’est un peu la politesse des grands cinéastes, parce qu’on assume la composition du cadre. La surabondance des plans fixes renforce l’idée de « tableau ». Et lorsqu’il y a des mouvements de caméra, ils sont presque toujours au service de la narration, pour mettre en lien différents éléments. Bref, c’est épuré, c’est racé, c’est élégant.  

 

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Ce film est donc extrêmement intelligent. Il nous prend vicieusement à parti dès les premières minutes : voici ce pauvre type qui s’est suicidé, voilà ce qui s’est passé durant sa vie, tirez les conclusions vous-même, moi, réalisateur accompli, mathématicien à mes heures (j’déconne) et ministre de la Culture, j’ai d’autres chats à fouetter. Et le plus fort dans ce film ouvert, c’est qu’on ne peut pas raisonnablement y rester indifférent pour peu qu’on se mette dans le bain. La performance de Sol Kyung-gu est beaucoup trop précise et poignante pour qu’on puisse se dire que c’est un charlatan, et in extenso qu'il s'agit d'un film qui se fout de notre gueule.  

 

De ce fait, je ne peux qu’exhorter mon tendre lecteur à visionner le film de toute urgence. Je garantie sur mes propres deniers le kiff qu’on en retirera. Perso, ce film m’a rendu spirituel, philosophe. Je me faisais cette réflexion : et si la liberté résidait dans le branle des rivets du déterminisme ? Et ouais, j’adore ces films qui ouvrent des étendues immenses à la masturbation intellectuelle. Peppermint Candy en fait assurément partie.

 

Sans Congo.



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Un bonbon à la menthe qui arrache la gueule...


... et qui demande beaucoup de temps avant d'être parfaitement digéré. Perso, c'est la deuxième fois que je vois le film et je ne me sens toujours pas de taille. Difficile donc de se lancer dans cet article, rédigé au conditionnel. Si j'étais grand et fort...


Je pourrais tout d’abord parler du scenario et dire que l’histoire se déroule à l’envers  mais se serait peut-être déjà me tromper. L’histoire s’enroule et commence dans le présent par une fin. Voilà, déjà, c’est compliqué, trop pour supporter l'écriture lourde au conditionnel, mais sachez que l'intention y était. Le présent c’est celui du film, donc notre passé, 1999. De toute manière, passé, présent et futur n’ont pas vraiment de sens au cinéma. On ne raconte pas le présent. Ce que l’on voit, ce que l’on lit se situe forcément dans le passé et crée son propre référentiel dans le présent, avec des règles de narration que Lee Chang-dong dépasse allégrement. Il commence donc son film par la fin. Ca, à la limite c’est classique : le héros va mourir, comment en est-il arrivé là ? Boum, flash-back de 1h30 avant que l’on ne revienne à ce début-fin, que la boucle ne se boucle et le film ne se finisse. Mais bon, ici c’est bien plus complexe, et un peu plus long. Lee Chan-dong découpe son film en six parties et nous projette cinq fois en arrière, sans jamais revenir dans le présent. C’est comme trouver le journal d’un type qui vient de se suicider, on commence par la fin puis on remonte progressivement dans le temps pour mieux comprendre. Chaque nouveau chapitre répond aux précédents et lance une nouvelle question, toujours la même, qui pousse à plonger plus encore dans le passé, 10 pages ou 5 ans plus tôt : mais comment en est-il arrivé là ? Sans rien dire sur l’histoire, histoire de ne pas vous la gâcher, on peut dire que le film s’arrête quand la question se tarie, quand le héros sort du mécanisme, ou plus exactement avant qu’il y entre. Ben oui ça se déroule à l’envers, donc ça s’enroule, c’est compliqué je vous dis.


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Et voilà j'aurais pu parler du scenario et ne m'en tenir qu'à la structure, oubliant qu'il ne s'agit que d'une coquille vide, façonnée au service de son contenu et non l'inverse. Moins aguicheuse, la sève du film est aussi plus savoureuse. Cette sève, ce sont toutes les subtilités mises en place par Lee Chan-dong pour peindre son héros et les époques qu’il traverse avec toute la retenue d’un peintre naturaliste. Certes il choisit les moments clés, des tournants, mais ce ne sont rarement ceux que l’on attend. Ils correspondent à des ruptures psychologiques chez le personnage principal bien plus qu’à des ruptures narratives qui s’appuieraient sur des faits. Les sauts dans le passé ne nous envoient jamais là où l’on pouvait s’y attendre. Logique de remonter la rivière Psychologique quand on parle de suicide, et son parcours est rarement linéaire. Aussi ne pensez pas que l’on vous livrera à la fin LE passage qui explique tout. Non, ce ne sera qu’un élément de plus jeté dans la marmite qui a explosé 2h plus tôt. De même, l’une des grandes forces du film, c’est que l’on ne "connait" pas le personnage principal avant la fin du film. On le découvre un peu à chaque nouveau segment et on essaye de le comprendre. On se tend vers lui comme rarement au cinéma, ne cherchant plus à anticiper les actes d’un personnage mais à connaitre un individu. Là où la plupart des films construisent, Peppermint Candy explore. Pour sortir de la sorte des sentiers battus au cinéma et ne pas se perdre, il faut être sacrément balèze. Ce bonbon à menthe, il s'agit de le laisser fondre le plus longtemps possible dans la bouche.

 

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On pourrait aussi parler de la réalisation, de la règle et de l’exception, du plan fixe et du mouvement. Là encore, Lee Chang-dong explore. Il est nouveau au cinéma et dit lui-même s’être engagé dans cette voie parce qu’il cherchait peut-être un nouveau moyen d’expression; il est aussi écrivain. Pour ce film il alterne astucieusement des scènes tableaux, où la notion de cadre prend tout son sens : l’histoire se déroule à l’intérieur, et des mouvements qui traduisent toujours un besoin de changer d’outils narratifs ou de prendre parti. Exemple, cette scène de torture qu’il ouvre par un gros plan sur une radio diffusant de la variété avant de glisser sur un journal et enfin d’arriver sur le prisonnier, enfermant dans un même sac ceux qui ont détourné les yeux et les oreilles, la désinformation du régime et les tortionnaire. Ce sac on peut l’appeler Corée, on peut l’appeler scène de torture numéro X du film Peppermint Candy, peu importe, comme pour Yongho, il s’agit de comprendre et non de dénoncer le passé.


 

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On pourrait encore parler de l’acteur, Sol Kyung-gu, qui parvient à tenir deux heures en équilibre au seuil de la rupture sans jamais tomber dans le pathétique. Pas étonnant qu’il ait retrouvé Lee Chan-dong pour un autre film brillant et sans paillettes, Oasis.


On pourrait enfin parler de l’histoire de la Corée, de ses révoltes étudiantes, de ses années 1980 et de sa dictature militaire. On pourrait… mais on ne fera jamais le tour. Le mieux c’est de voir le film. Pas pour comprendre cet article, mais parce que c’est ce qui se fait de mieux en la matière. Une progression quasi-mathématique pour un film-somme : réflexion sur la liberté, sur l’histoire, sur l’homme, sur un pays…

 

Et surtout, on laisse fondre dans la bouche et on ne croque pas.

 Joy Means Sick

 

 

BONUS

 

LE FILM SUR YOUTUBE (A VOIR ABSOLUMENT, tu le découvres en streaming, tu savoures ton Peppermint Candy et si t'es chaud t'achètes le DVD, faut soutenir):


 

 

 
 

 

PLAYLIST DE JMS & SC:

 

DJ JMS: Petite chanson coréenne (attention si ton QI dépasse les 150 ceci peut être un spoiler)

 

 

 

 

 


DJ Sans Congo : Les Bonbons de Jacques Brel.  Lorsqu’il les apporte, et lorsqu’il les reprend. C'est vrai que ce n'est pas vraiment en lien. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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