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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 12:54

Black Republic, Park Kwang-Su, 1990

 

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INT. NEW-YORK – HOTEL SOFITEL – SUITE 2085 - NUIT

 

Pleine lune et livres entassés, d’épaisses volutes de fumée flottent dans la suite qu’occupent SANS CONGO (62) et JOY MEANS SICK (63) depuis plusieurs jours, depuis qu’ils ont accepté d’écrire un article pour Télérama, le point final d’une longue période de décadence. Sans Congo pose les pieds sur le bureau face à la grande baie vitrée et feuillette d’un œil la biographie de Stanley Kubrick.  Il la connait par cœur. De son autre main, il fait tourner les glaçons dans son verre à  whisky en pensant à ce qu’il pourrait dire sur Black Republic de Park Kwang-Su. Un coup d’œil aux bouteilles d’alcools vides du minibar, Joy Means Sick a intérêt à se grouiller. Il récite pour lui-même.

 

SANS CONGO

J’ai trouvé en partie le courage de faire du cinéma à force de voir de mauvais films.

Tout en les regardant, je me disais : je n’y connais strictement rien mais je suis sûr que je peux faire mieux que ça.

 

Un éclair traverse les yeux hagards de Sans Congo. Deux révélations pour le prix d’une, le dollar est vraiment bas en ce moment. Premièrement, il n’est pas Stanley Kubrick, d’ailleurs il ne fait pas de cinéma et n’en a pas envie. Deuxièmement, Stanley, aussi grand et vénérable soit-il, avait commis une erreur. Les gens aiment les films faciles et l’apparat et, surtout, ils lisent Télérama. Pire, le magazine est une référence. De mauvais articles, il en a lu des tonnes. Il sort le Guide du Cinéma 2009 de Télérama qu’un copain taquin lui a offert le jour où, avec JMS, ils ont accepté de signer avec le diable.

 

SANS CONGO

Oldboy « Mais s’il utilise tous les ingrédients du film d’action hyperbolique, il trouve, constamment, des solutions de cinéma inédites pour créer le monde instable du héros. C’est exactement ce qu’on attend d’un auteur ». Bon ok, je suis un peu dur, mais quand même qu’est-ce que c’est creux et facile ! Argh, quoi ? Deux « T » seulement ? Enculés !!!

(Il tourne les pages au « hasard »)

Sympathy for Mister Vengeance « Mais la froide accumulation de violences, de tortures et de meurtres tourne au gimmick. Et le soi disant polar métaphysique, à l’exercice de style ». Ouh putain !

(Il continue, frénétiquement)

Lady Vengeance « La question posée par le cinéaste – la violence pousse-t-elle au salut ou à la damnation ? – s’efface, cette fois, devant une psychopathologie difficilement excusable, même au second degré ». Pire « Le style de Park Chan-wook, mélange étonnant et détonnant d’exhibitionnisme et d’épure, de mauvais goût assumé et de … » Mauvais goût assumé !!!

 

Constatant que le monde n’a ni règles ni morale, Sans Congo se met à écrire frénétiquement, un sourire carnassier aux lèvres.

 

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INT. NEW-YORK – HOTEL SOFITEL – SUITE 2085 - NUIT

 

Cinq minutes plus tard. Dans un état second, Sans Congo termine sa première page sur son mac book nouvelle génération payé avec l’avance de Télérama. C’est le moment choisi par JMS pour revenir de sa quête d’alcool. Le con se met à mimer Didier Deschamps brandissant la coupe du monde, même à 63 ans, il reste un grand enfant.  Sans Congo ne lui laisse pas le temps de dégainer et mitraille.

 

SANS CONGO

Putain man je tiens un truc, le renouveau. Faut absolument que je te lise ça, j’ai compris, je crois que j’ai compris. Quarante piges qu’on se bute pour rien, dans l’anonymat avec nos principes à la con. Chiottes mec. Bon je te le lis.

« Black Republic, Park Kwang-su. Il y a dans Black Republic des références à l’actualité politique du pays. Park Kwang-su insère des images d’archives des manifestations d’étudiants à Séoul en 1987. Le rassemblement, à l’instigation des étudiants, mais aussi de l’Eglise sud-coréenne et des syndicats, devait commémorer la mort de Park Chong-choi, un étudiant en linguistique de 21 ans, qui passe l’arme à gauche alors qu’il était retenu en garde à vue par la police. On ne se change pas : les policiers l’interrogeaient pour ses prétendues activités pro communistes. Un peu à la manière du film de Jang Sun-woo, A Petal, avec l’emploi du massacre du Kwangju de 1980, Black Republic donne à voir un protagoniste principal qui fuit un lieu de conflit et qui arrive au début du film dans une petite ville à la recherche d’une place chez le premier employeur local, la mine. On comprend qu’il a participé aux manifestations et qu’il est recherché – pour des activités pro communistes ; on notera ici le luxe scénaristique de l’ennemi absolu. Cela étant dit, rien ne permet de dire clairement s’il a fuit les manifestations de Kwangju de 1980 ou celles de Séoul de 1987. »

 

JOY MEANS SICK

C’est bien, le ton pourrait être un peu plus péteux et je te trouve trop précis dans tes références historiques mais ça sent bon tout ça. En plus je dirais que c’est plutôt Kwangju que Séoul ; mais tant pis te casse pas la tête à réécrire. En fait le problème c’est que tes formulations sont trop claires.

 

SANS CONGO

Ouais c’est vrai. Mais attends, je continue ; qu’est-ce que tu penses de cette mauvaise foi créatrice :

« La double lecture du film, dans laquelle des éléments de l’histoire réelle s’insèrent dans le dispositif fictif, donne un aspect subversif au film. Discrètement certes, mais le ton y est : le policier corrompu du film répond au matraquage des étudiants à la télé. La figure du commissaire-petit-boss-local-shérif-lunaire apparaît comme une espèce de fantôme de plomb : l’ombre de l’Etat policier, sans s’étaler inutilement, plane au-dessus des zones troubles et tombe à pic comme une fiente de pigeon. »

 

JOY MEANS SICK

Stop. « Fiente de pigeon ». No good, no good, no good (il parodie le chauffeur de taxi pakistanais quand JMS lui avait demandé s’il avait des pornos pas chers à lui vendre). Ca passera pas ça, débarrasse toi de tes vieilles manies, rentre dans le rang. Allez bonhomme, tu peux le faire.

 

SANS CONGO

« Ainsi le personnage principal, dont le nom d’emprunt est Kim Ki-young – ah les élèves et les maîtres –, est subrepticement rejoint par le Commissaire alors que celui assiste de loin au cortège de mineurs en grève contre la fermeture des mines à cause de l’importation du charbon de l’étranger, comme s’il puait la confrontation. La reconstitution historique de la tragéctoire de KKY s’édifie au fur et à mesure du film, comme un voile transparent qui se retire pour laisser paraître une figure en couleurs, en épaisseur, en aspérités. »

 

JOY MEANS SICK

Génial le voile transparent, tout à fait dans le ton. Et je n’aurais même pas honte de l’écrire. J’ai peur que ce soit trop bien, il faudra couper des passages.

 

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SANS CONGO

 « KKY est un point ; il est atone pendant l’essentiel du film. De dimension zéro, volontairement inexpressif, il apparaît comme lessivé : une malédiction le suit comme son ombre. C’est dans cette lecture qu’il apparaît plus judicieux d’opter pour l’hypothèse des massacres de Kwangju. Ces évènements sont restés volontairement secrets, cachés, couverts. Il y a donc un double détour : détour de KKY, qui ne désire pas regarde en arrière ; détour de Kwangju, qui ne se donne pas à l’apparence. Il est d’ailleurs étonnant de constater le nombre de plans dans lesquels KKY présente son dos à la scène qui se joue. Volontairement posé au premier plan, il exprime le malaise d’être accablé d’une poisse sans nom : il s’agit de sortir du cadre, en bas à gauche de préférence, pour fuir en avant. La ligne de fuite est essentielle dans Black Republic : Kwangju derrière ; KKY en avant. »

 

JOY MEANS SICK

J’en ai une, j’en ai une !

« Park Kwang-su construit ses scènes comme des unités, rarement il les fractionne et petit à petit il les additionne, créant ainsi un film somme, somme de plans séquence ou de plans scènes, il cherche la meilleure place pour le spectateur et demeure là le temps de l’action, simplement. Nous sommes alors ramenés à notre place de témoin muet, témoin d’une république noire, putréfiée jusqu’à la souche. »

 

SANS CONGO

« Putréfiée jusqu’à la souche » Hahahaha mais quel con ! Arrête j’ai la larme à l’œil. Attends je tente une sortie, comme ça, à l’impro : « la géométrie des plans, dans Black Republic, est extrêmement révélatrice. Elle exprime la répartition des rôles sociaux au sein de cette petite ville ». Tiens je vais leur foutre du Bourdieu, ça va leur faire plaisir : « les personnages sont répartis dans un champ, selon une acception bourdieusienne, où chacun se différencie dans sa petite singularité. D’où l’utilisation généreuse des plis et des angles dans les différents plans du film : il s’agit de cliver les personnages, de s’assurer qu’ils sont bien différents. Parfois même, Park Kwang-su prend parti, de manière grossière, en tournant sa géométrie de distribution à l’avantage des bons. Ainsi KKY qui apparaît en 1ier plan, surélevé, par rapport au rejeton de son patron, rejeté au fin fond d’une méprisante plongée. Le Stakhanov sentimental et le cancer de l’argent ». Non pas cancer, c’est trop de droite : « la misère de l’argent ».

Ah et on pourrait recycler une page de ce guide 2009, en changeant les noms, je suis sûr que ça passe ; ça donnerait : « Alors que le premier film de Park Kwang-su, Chilsu et Mansu, a été unanimement acclamé, la critique s’est montrée plus divisée à propos de Black Republic. Certains y ont vu une maîtrise de la structure dramatique et une beauté du langage imagé quand d’autres n’ont trouvé qu’un mélodrame convenu parsemé ça et là des messages politiques. En toute honnêteté, la ligne de crête entre les deux tenants est étroite. Il semble pourtant que le choix le plus juste réside dans la ferme résolution de s’y tenir. »

 

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JOY MEANS SICK

Putain mais quelle bouse inspirée ! Clap Clap ! (Il renverse son verre) Merde tu vois ce que tu me fais faire ; aller pour la peine, je t’envoie ce paragraphe dans la face :

« On ressent chez Park, comme chez les cinéastes de son temps, un besoin de photographier a posteriori une époque marquée par la censure et la dictature. Dans les phases de transitions vers un avenir meilleur, de nombreux auteurs choisissent de se tourner vers le passé proche et de le marquer d’une pierre noire, ou d’une pierre tombale. »

« Le film s’appuie autant sur ses personnages que sur son décor. Le personnage de l’intellectuel qui se réfugie chez les ouvriers imprime bien moins rétines et mémoires que ces grands paysages de mines à ciel ouvert ». Par contre, petite note perso, le vice président qui se tape dix bornes de moto juste pour niquer sa copine-prostituée (coffee shop girl, quel doux euphémisme) au milieu d’une usine désaffectée, ça c’est un type qui va au bout de ses idées.

Allez, une dernière pour la route : « Si le film s’appuie sur une trame usée jusqu’à la corde – un personnage découvre un milieu établi et pourri, se retrouve en devoir d’agir par amour, se met en danger et se fait rattraper par son passé trouble puis se dirige vers une fin aussi sombre qu’annoncée par le titre – il n’en demeure par moins une œuvre mémorable pour son discours politique et historique, nous rappelant qu’au-delà de trottoirs parisiens, le monde bouge et se débat ».

 

SANS CONGO

(le regard fou, il prend en note chaque mot de JMS)

Tu t’emballes sur la fin, mais je note tout le reste. Putain on les tient. Je conclus.

«Dans le village au nord du pays, où il finit par se réfugier, il parvient à se faire embaucher comme manœuvre dans une usine qui fabrique des briquettes. KKY, joué par l’acteur Moon Sung-keun (Green Fish ; La Vierge mise à nu par ses prétendants), rencontre Song Young-sook (Shim Hye-jin ; aussi Green Fish, Acacia) dans ce patelin, une prostituée qui s’amourache de lui alors qu’elle est la favorite de Lee Seon-cheol (Park Joong-hoon ; Chilsu et Mansu, Nowhere to Hide, Heaven’s soldier, Haeundae), le fils du patron de la concession minière, petit gangster notoire. Le mécanisme qui se met en place entre les trois est pratiquement similaire à celui de Green Fish, de Lee Chang-dong. Les éléments du mélodrame sont réunis, ça c’est le point faible du film. Le point moins faible, c’est que les éléments politiques ne sont pas affichés de manière obscène. Et le point fort, c’est la grammaire du film. La petite ville minière est presqu’idéale. Elle fait penser à un archétype de romans du XIXe siècle. »

Et tiens, paye ta référence historique. Bon le style n’y est plus mais on a tout ce qu’il nous faut ; on collera ce dernier paragraphe au début du film. J’ajouterai peut-être une référence à la fin, comme ça, gratos. Il y a un gars, un normalien, qui a quitté son cocon pour aller travailler dans une usine avec des ouvriers ; Robert Linhart, L’Etabli ; un gars « cool » quoi.  Je suis sûr ça va acquiescer dans le VIe arrondissement. Bref, à nous les pass pour Cannes, les avants premières, la reconnaissance sociale. Merde, j’ai presqu’envie de me faire un film de Christophe Honoré. Tout ça va trop vite. Vite rempli mon verre, je veux boire pour fêter ça.

 

Sitôt dit, sitôt fait. JMS et SANS CONGO trinquent à leurs succès à venir, des petites lycéennes qu’ils vont pouvoir chiner avec leurs cartes de presse et leurs noms dans le Télérama de leurs parents. La grande classe. Au fond du trou, ils boivent leur whisky jusqu’à la lie.

Quelques heures plus tard on les retrouve à jouer à chat dans les couloirs de l’hôtel et à montrer leurs sexes aux dames. Ensuite, c’est le trou noir.

 

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INT. NEW-YORK – HOTEL SOFITEL – SUITE 2086 - JOUR

 

13h. La montre de Sans Congo est aussi impitoyable que précise, un mal de crâne de salopard lui arrache un rictus de douleur. Il est nu et sort de la salle de bain en titubant.

 

Dans la pièce principale, une femme d’une trentaine d’années refait les draps alors même que JOY MEANS SICK dort encore sur le lit, accompagné de vieilles putes habillées en lycéennes. Sale journée. Il tape dans un pied de table, se nique le petit orteil et pousse un hurlement de douleur. La femme de ménage se retourne vers lui. D’abord surprise, presqu’apeurée, elle finit par éclater de rire sans pouvoir s’arrêter. Elle repart de plus belle chaque fois qu’elle regarde le bide de Sans Congo qui commence à se vexer même si la douleur concentre encore 90% de son énergie. La connasse va même jusqu’à sortir son iphone pour prendre une photo. Instant de lucidité, il jette un coup d’œil à sa bedaine. Au rouge à lèvres, en lettres capitales, il y lit « I LOVE CHRISTOPHE C. » Clic. Le mal est fait, la photo enregistrée. Vite, récupérer cet instrument de malheur. Premier réflexe, bloquer la porte. Mieux placé, il l’atteint avant elle. S’en suit une poursuite dans l’appartement. Sans Congo récupère l’iphone et quelques griffures sur le torse. L’honneur est sauf, on l’arrêtera dans l’avion pour Paris.

 

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JMS & SC

 

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 17:04

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Happy end, de Jung Ji-woo.

 

Voici le trailer. Il est possible de voir le film sur youtube, sans les bons sous-titres. En même temps les paroles ne sont pas importantes. Pour ne pas dire inutiles. Et c'est une bonne raison pour se mettre à apprendre le thaï.

 


 


Avec Choi Min-sik (Seo Choi), Jeon Do-yeon (Bora Choi), un couple de six-tonnes, et un troisième larron, Kim, interprété par Joo Jin-mo, plutôt poids plume, ou papillon, que les quatre vents ont originellement soufflé sur les côtes ultra-rentables  du drama sudco. Hé ouais, un triangle, donc un plan à trois, un marivaudage de canard, pas besoin d’être devin. Happy End a plutôt bien marché lors de sa sortie en 1999 (5e film au box office des films sudco en six semaines de présence sur les écrans), alors qu’il s’agissait d’un jeune premier. Ce fut aussi un succès d’estime. En tous cas, Darcy Paquet a « a-do-ré ». L’histoire du film reflète un peu la forme de post-modernisme dans lequel le cinéma sudco s’est renouvelé après la deuxième ou troisième nouvelle vague, chargée politiquement, qui toucha la France au début des années 1990. Il s’agit d’un couple, Seo et Bora donc, qui traverse une espèce de crise de la quarantaine de l’amour. Le mari a été viré de son job, et se retrouve dans un rôle d’homme au foyer, tandis que sa femme est l’exacte opposée : c’est une femme d’affaires accomplie qui se plaint de ce que sa larve de mari bave en rampant à longueur de journée aux quatre coins de leur appartement plutôt haut standing. Et elle de porter la culotte jusqu’au bout : elle a son amant, un ex, Kim donc, avec qui c’est foufou ; comprendre scènes de cul explicites d’une troublante antériorité à celles qui s’épancheront ça et là, quatre ans plus tard, dans le film d’Im Sang-soo, Une femme coréenne. Ah oui, l’inversion est vraiment totale : Seo, qui retrouve son adolescence en perdant son job, s’enferme dans une librairie à longueur de journée. Le bon sens aurait naturellement porté à croire qu’il passât ses journées le nez suspendu au-dessus de pages de mangas. Or, une interprétation trouvée sur le net prétend qu’il s’agit de romans d’amour. Faut voir. Difficile de croire que le grand Choi Min-sik, qui a accepté de se ratatiner péniblement pour ce film, ait poussé l’art et la manière de la serpillère à ce point de mollesse. Bref, un schéma classique => Bora + Kim = passion ; Bora + Seo = désillusion ; Kim + Seo = relations courtoises.

 

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Bon on passe sur l’aspect perte de virilité, sur le retournement sadien des valeurs, le nihilisme individualisant lipovetskien et la démocratie contre elle-même ; nul doute que ces biscuits auraient été plantés comme des lances sur le corps vierge et dénudé de la finesse cinématographique si M. Feldspath eût été parmi nous (cf. Une femme coréenne). Il paraît que le personnage de Seo a provoqué quelques remous à l’époque, sur le mode : les hommes au charbon les femmes au fourneau, non mais ho. Le pater familias piétiné par une Emma Bovary désinvolte et chouineuse, qui prend son pied de surcroît, voilà qui était plus que ce que le séoulite bon et beau et de droite ne pouvait supporter. Et vos serviteurs de remonter à la première version du Code civil, en son deux cent treizième article : « le mari doit protection à sa femme, la femme doit obéissance à son mari » ; « 343 salopes » ou pas oserait-on ajouter. Bref, rien de mieux que Napoléon pour clore un paragraphe inutile.      

 

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ou du Viagra (en fait c'est pas du Viagra dans le film)

 

On ne parlera pas d’énormément de choses, donc, à propos de ce film, si ce n’est qu’il s’agit d’un patchwork inachevé. D’une espèce de matrice googlesque du cinéma sudco. C’est un film qui, en ne provoquant rien, ou pratiquement rien, même pour un œil bienveillant, laisse une espèce de goût d’inaccompli, voire une sorte d’agacement face au phénomène « jeune premier ». Jung Ji-woo essaye, souvent très bien, de se la faire premier de la classe qui a bien encadré en rouge les théorèmes principaux des grands maîtres. C’est comme si Jung ji-woo avait réalisé le film archétypale, la nouvelle branche du début du XXIe siècle, qui participera à la troisième ou quatrième nouvelle vague du cinéma sud-coréen. Happy End se répète et persiste dans un paquet de films des années 2000. L’intérêt de ce film donc, c’est d’entrer dedans comme dans une généalogie, pour en identifier les lignes de fuite qui constituent une charpente virtuelle canonique pour les films à venir. Vive l’archéologie donc.      

 

Premier point : trop facile de rendre hommage à Stanley Kubrick dans son premier film. Stan, c’est un peu le Baudelaire des mauvais poètes, les Lucien Chardon qui écrivent sur les marguerites ; ou le Jacques Brel, horizon indépassable, de la nouvelle chanson française qui n’a de Brel ni le drame, ni la laideur, ni la misère. Jung Ji-woo ne s’en cache pas puisque le premier plan de son film, un beau couloir blanc à la perspective géométrique parfaite, est comme tracé à la règle en hommage au maître des Sentiers de la gloire, tout en rappelant l’épure de Shining, le rouge en moins (en fait le rouge arrive dans le plan d’après, une pièce chaude dans laquelle les deux amants s’adonnent aux plaisirs de la chaire). Pour vous prouver qu’il ne s’agit pas d’une circonstance, d’une référence facile, ou d’un pis-aller, deux autres preuves. La première, un plan dans la chambre de Kim, l’amant de Bora donc, dans lequel on aperçoit, discret mais centré, une petite affiche d’Orange mécanique en arrière plan. Bon il eût été judicieux de lâcher sa dédicace avec un peu plus d’amour-propre, mais enfin bon, au moins le bonhomme a du goût. Deuxième preuve, tout aussi distinguée, est le trio de piano de Schubert qui est joué deux ou trois pendant le film ; il s’agit évidemment du thème de Barry Lyndon. Au moins Jung Ji-woo, sauf erreur, ne fait pas de référence explicite à 2001 : L’odyssée de l’espace, le film préféré des faux admirateurs de Stan. Tout le monde sait que c’est Barry Lyndon le plus grand film de Kubrick. Donc référence empruntée et facile, mais dans les règles de l’art. Bergson disait que tous les philosophes avaient deux philosophies : la leur et celle de Spinoza. D’une certaine manière, cette sentence s’applique au cinéma. Tous les cinéastes ont leur cinéma et celui de Kubrick. Bah ouais, parce que Kubrick a voulu réaliser le meilleur film dans chaque genre de film. Donc c’est un peu difficile de dépasser la Bible. Du coup, tout le monde, consciemment ou pas, répète du Kubrick. Après, c’est une question d’orgueil.

 

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Mais bon, Jung Ji-woo donne aussi dans l’originalité. Il a inventé, en fait on ne sait pas si c’est lui qui l’invente mais on n’a qu’à faire tout comme, le « cadre surgissant ». C’est assez déstabilisant pour le noter. Lors d’une des scènes de copulation, la caméra filme la pièce depuis un angle ; le plan est fixe, comme si la caméra était posée sur un trépied. Et d’un coup paf, la caméra se lève et se rapproche des affreux fornicateurs. En fait, la fixité du plan résidait dans l’immobilité du caméraman assis sur un fauteuil. Du coup, ça fait très bizarre comme sensation. Genre un voyeur se trouvait là, à mater la scène (le spectateur ou le mari qui sait ?).

 

Juste au passage, petite parenthèse qui pour le coup ne se retrouve pas forcément dans le cinéma sudco des années 2000 : le product placement à la française. Si si, on voit apparaître la marque Carrefour et la marque Marie Claire. On voit subrepticement des sacs Carrefour apparaître à l’écran quelques secondes, et CMS fait des courses dans ce qu’on imagine être un Carrefour. Mais c’est étonnant comme choix. Encore plus étonnant est le choix des taies d’oreillers Marie Claire. Encore une fois, et sauf erreur, Marie Claire est un magazine. Alors là, deux hypothèses s’offrent à nous. Ou bien Marie Claire vend des magazines en France, et du linge de lit à l’étranger ; ou bien l’équipe de production a récupéré des taies d’oreillers spécialement mise en vente dans un magazine Marie Claire en Corée du sud. En tous cas, dans les deux hypothèses, il s’agit des prendre des noms bien frenchy pour les associer, subrepticement cette fois, avec l’image de l’amour fol. Bon, un peu facile encore une fois. Il aurait plus manqué qu’une apparition de Louis Garrel, entre deux scènes de sexe, avec une baguette et une capote – heu non, pas Louis Garrel, il était au collège à l’époque. Bref la folklorisation est une technique comme une autre, un peu regrettable, mais qui fonctionne à tous les coups. Mais là, quand on voit en plus qu’une scène du film se déroule dans un café nommé « La vie en rose » : là, non, sans nous, on dit stop. La France ce n’est pas que du romantisme, c’est aussi : Emile Louis, le stade Felix-Bollaert, Alain Finkielkraut, Franck Ribéry, et Magloire. On a aussi le droit de ne pas être romantiques, et de faire peur, comme les Russes.   

 

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A part ça, le seul intérêt du film, c'est bien évidemment Choi Min-sik. Comme pour Robert de Niro dans le Parrain 2, on regrette de ne pas en voir assez. Mais globement l'ascenseur émotionnel par lequel il passe est d'un maîtrise remarquable. A noter que le rôle qu'il joue rappelle Failan (au moins dans la fin du film). Son personnage est l'incernation du mélange des genres: on ne va pas raconter l'histoire pour ceux qui; mais quand même, son rôle est l'autoroute des drames sudco.

 

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Dans le même genre, la pluie, forcément.

 

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Les jeux de glaces, miroirs et autres verreries. 

 

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(c'est très bleu comme film quand même)

 

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Bon, on ne vous cache pas que l'histoire finit mal. Made in South Korea.

 

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      (à Rome, un mari pouvait légalement tuer son épouse adultérine; un grand lecteur de Marc Aurèle ce Seo)

 

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(Memento Mori cousine)

 

Et pour finir, bon élève qu'il est, le réalisateur n'hésite pas à placer une citation en l'honneur du saint-patron du cinéma sudco, Kim Ki-young, avec ce jeu d'élastiques, sisi, allez voir le texte sur The Housemaid pour vous en convaincre. Dans The Housemaid, le plan sur le jeu d'élastiques ouvre le film; dans Happy end, il le ferme, comme une conclusion (bon il le ferme pas totalement mais presque).

 

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Voilà quoi, film pas ouf, impression de se répéter. Du coup article cauteleux, style perdu, manque de verve, désabusé. Que faire ? Je vais me mettre au cinéma albanais la vie de ma mère. Les dimanches sont durs.

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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:56

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1996, A Petal, Jang Sun-woo. Pendant que certains bavent sur la frappe de Pavel Nedved dans les stades anglais, Jang Sun-woo, à l’autre bout du monde, balance une bastos qui ira se loger directement dans le crâne de l’Histoire officielle et de ses ramifications douteuses : l’unité de la Nation, le consensus nécessaire, l’armée irréprochable, le service du citoyen. A Petal est un film qui tourne autour du contexte du soulèvement de Gwangju, déclenché le 18 mai 1980 : une sorte préquelle au pilonnage de Misrata, une trentaine d’années plus tard, avec le charme suranné de la Guerre froide en sus, ce que notre triste époque n’a plus. Impossible donc de parler du film sans resituer le cadre de l’action. Le 26 octobre 1979, le président Park Chung-hee est assassiné par le chef des services de renseignement sudco, Kim Jae-kyu (pour un revival de l’évènement dans des décors pâte de bois : The President’s Last Bang, d’Im Sang-soo). Comme il fallait s’y attendre après une carrière de plomb de 18 ans, cet assassinat a permis à un certain nombre de personnes (étudiants, syndicats, etc. : toujours les mêmes, quelle plaie) de souffler un bon coup et, profitant de la fin brutale du régime autoritaire, de pousser la gueulante. Manque de peau, l’histoire se répète deux fois : une fois comme une tragédie, l’autre fois comme une farce. Et le général Chun Doo-hwan d’y aller de son coup d’Etat en rétablissant la loi martiale. Le soulèvement de Gwangju était une réponse à ce serrage du boulon. Pour en finir avec l’extra-filmique, 1996 c’est aussi l’année où Chun Doo-hwan est condamné à la prison à vie, entre autres pour son implication durant son soulèvement. La farce on vous dit…

 

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Deux animaux sauvages se rencontrent. Elle le suit, il l’a repousse, la nature parle et ils s’apprivoisent, violemment. En eux, autour d’eux, l’Histoire est en marche et cette grande dame laisse cadavres et blessés sur le bord de la route. Cette route, un groupe d’amis la remonte à la recherche de la jeune disparue. Trois temps se mêlent et se confondent dans ce film, dans cette histoire dans l’Histoire, et la temporalité devient vite relative. Il y a d’abord ces flash-backs, magnifiques images en noir et blanc aux odeurs d’archives. Parfois ils sont muets, parfois ils sont subjectifs, parfois ils sont musicaux. Il y a là deux niveaux. Les images internes, celles qui semblent tout droit sorties de l’esprit torturé de la jeune rescapée, et les images externes : la foule, l’armée, les manifestants. Deux niveaux et une même idée, reconstituer un souvenir personnel d’un évènement historique. Les images historiques se mêlent aux traumatismes personnels au point de ne plus savoir toujours les distinguer, le son et les images se mélangent, se dissocient, le cinéma est un rêve, là où la conscience rencontre l’inconscient.

 

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Côté statistiques, comme d’hab, c’est une question de conscience : la fourchette oscille entre plusieurs centaines pour la voix officielle et plusieurs milliers de morts pour les militants des droits de l’homme. Dans tous les cas, un évènement plutôt sanglant, comme dans chaque situation où on oppose la caillasse aux canons. Pour son film, Jang Sun-woo s’inspire du roman de Choe Yun, Là-bas, sans bruit, tombe un pétale et joue de la ritournelle de Shin Jung-hyun (le « Parrain du Rock » sudco), interprétée par la mythique chanteuse psychedelic garage Kim Choo-ja. La ritournelle, il n’y a rien de mieux pour inscrire une histoire, comme une incantation, au fond de l’oreille : au bout de quelques boucles, on se sent enfiler la peau d’un étudiant en sociologie du Jeollanamdo à l’aube des années 80. L’opening credits est vraiment très efficace dans son contraste entre une chanson psycho-détendue et ce qui semble être des images d’archives de la répression menée par l’armée. Tout de suite, on sent qu’il s’agira d’aller explorer sous les écumes ; il ne sera plus question de masses, de géopolitique ou de bilan humain. Ce sera un auteur contre l’Histoire. Un an auparavant, Matthieu Kassovitz employait le même procédé pour le légendaire La Haine. Des scènes d’émeutes défilaient sous le riddim proto-insurrectionnel de Burnin’ and Loothin’ de Bob Marley avec son groupe The Wailers. Même distanciation, même réduction, même microscope. L’Histoire retient des statistiques, l’histoire est faite de trajectoires chaotiques que l’œil affûté d’un ciné-chirurgien passe au scalp d’une lumière crue. L’histoire d’A Petal, c’est celle d'une jeune fille traumatisée après la mort de son frère, tué par la police, et celle de sa mère, lors du soulèvement. Sur sa ligne d’erre gisent des cadavres, de toutes sortes, des alcooliques, des violeurs, des morts, des vides ; et ses démons, forcément, parce que cette fille est comme le négatif du soulèvement de Gwangju. Le rebus, le témoin gênant.  


 

 


 


 

Le deuxième temps, c’est celui de l’histoire principale. On serait tenté de l’appeler présent d’énonciation mais cette notion n’a que peu de sens au cinéma et encore moins ici. Au fond tout est passé, ou tout est présent, enregistré sur bande, qui défile sous nos yeux, comme ces images d’archives, le discours du président, qui passe à la télévision dans cette même histoire principale. Le présent c’est peut-être bien le troisième temps, celui de la recherche de la jeune fille par les amis de son frère, ceux à qui elle chantait une chanson un jour de printemps, ceux désormais hantés par ce souvenir aigre-doux. D’ailleurs, histoire de compliquer un peu les choses, ce souvenir revient par des flash-backs récurrents, ajoutant une quatrième couche à nos trois temps. Enfin, les épisodes de ce troisième temps sont parfois accompagnés de la voix off de l’un des personnages, qui parle de cette expédition au passé avant de s’adresser finalement directement aux spectateurs sur les dernières images du film. Premiers mots au présent, Jang Sun-woo a choisi son camp. Son présent, c’est celui de la projection du film.


 

 

 

 

Bref, à l’histoire des glorieux, Jang Sun-woo nous met sous le nez l’histoire pourrie, celle qui n’est pas d’équerre, celle qui tâche. A l’unité de la nation, la désintégration d’une jeune fille. Viol, tabassage, charnier, traumatisme, mendicité et tout le toutim. Le parallélisme, à défaut d’être audacieux, était épineux. Prendre une anti-Marianne, la Cosette d’un système politique autoritaire, pour réécrire l’histoire d’un évènement qui a une certaine portée politique, c’était la porte ouverte à un puissant courant d’air de bons sentiments. Il n’en est heureusement rien. Jang Sun-woo est le quatrième mur mobile, le mur qui a des oreilles, qui retravaille les dites et redites jusqu’à saisir la quintessence d’un truc un peu incompréhensible. Entre l’histoire officielle, relayée dans le film par le biais des divers médias qu’un des protagonistes, un alcolo qui recueille la jeune fille sur le mode de l’amour vache, feint d’ignorer ; entre les témoignages parcellaires, ceux qui était au soulèvement, ceux qui n’y était pas, et ceux qui interprètent l’évènement à la lumière de ce qu’ils ont entendu, ou de ce qu’ils veulent entendre ; et ce gros sac d’ondes sonores et le témoignage, corporel, étouffant, angoissant de cette jeune adolescente, l’équation semble d’une complexité toute limpide : qui croire ? C’est là, peut-être, qu’entre en jeu le doigt d’honneur du poète. Jang Sun-woo est un virtuose. L’image est sa matière. Il donnera donc son dû à chacune des composantes de l’évènement, sans jamais – au moins en apparence – tomber dans l’escarcelle d’une des perspectives. Ce travail d’investigation autorise le réalisateur à toutes les expérimentations. Encore  - ou déjà – le mélange des genres, mais avec une autre portée. Un petit passage type film d’horreur pour illustrer un cauchemar plutôt baddant que fait la jeune fille ; ou, plus rafraîchissant, un bout du film en dessin animé aquarelle, toujours pour mettre des images sur les sensations de la jeune fille, précédant ainsi le Kill Bill de Quentin Tarantino d’une petite décennie.

 

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Puisqu’il s’agit de traumatismes, mêler ainsi les différents passés est une évidence. Ce qui l’est peut-être moins, c’est de trouver des codes qui permettent aux spectateurs de s’y retrouver sans s’encombrer de scènes ou de banc-titres explicatifs. Le noir et blanc pour les traumatismes, déréalisation de souvenirs mixés avec des images d’archives, on en déjà parlé. En ce qui concerne les deux autres niveaux du récit, ils ne sont pas si clairement séparés au début du film. Seule une différence de ton nous pousse à nous poser des questions : une histoire glauque et salace, des cadres stricts, un montage qui en un cut nous fait passer d’un coup de latte à un coup de rein, et de l’autre côté une petite musique guillerette, des cadres plus souples, des êtres lancinants qui en viennent à confondre vacances et recherches. Certes les personnages changent, mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un montage parallèle, deux histoires destinées à se percuter façon Inaritu. En fait, on s’en aperçoit progressivement, ce ne sera pas le cas, la faute à un mauvais timing, un décalage historique qui fait que ce groupe ne mettra jamais directement le nez sur la jeune fille, l’incarnation du traumatisme de Gwangju. D’ailleurs, le 18 mai 1980, Jang Sun-woo était… en prison, pour avoir organisé des rassemblements d’étudiants. Cet évènement majeur, il n’en a connu que les échos, avant de chercher les traces.

 

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Forcément, une petite crotte de nez aussi. Les voix officielles, relayées par la radio et la télévision. Des propos d’une actualité troublante. Le soulèvement de Gwangju est décrit comme étant le fait d’une bande de gangsters ; puis la responsabilité est portée vers les groupuscules communistes. Le rapprochement avec ce qui se passe actuellement dans le monde arabe est tellement facile à faire qu’il ne serait pas professionnel de ne pas en parler. En Tunisie, en Egypte, en Lybie, puis maintenant en Syrie, à chaque, le modus operandi a été d’une banalité accablante. D’abord la télévision d’Etat nous explique que ce sont de jeunes bandits drogués qui foutent la merde et terrorisent les gentils citoyens. Puis on agite le mouchoir vert de la menace Al Qaïda – bah oui, ce n’est pas Robert Hue, en survêtement Licra mauve, qui va défriser la tignasse de grand-mère. Enfin, on comprend que ce sont juste des gens qui en ont marre. Bref, l’histoire tombe comme une catastrophe : il s’agit d’y faire face sans utiliser d’excuses flinguées.


 

 

 

 

 

Et au milieu de tout ça, il y a la rencontre de cette jeune fille, fantôme fou de Gwangju, et d’un ouvrier alcoolique, marginal s’il en est, solitaire comme un vieux loup. Elle va vers lui alors qu’il pisse dans la rivière et commence à le suivre, le tout emballé sous des instruments à cordes traditionnels – au passage, il faudrait recueillir les stats du nombre de films sudco qui mettent à l’écran une rivière durant les cinq premières minutes. Ca l’énerve, il la défie plusieurs fois du regard, elle continue de sourire, ils s’arrêtent, il la viole et elle passe des larmes au rire. L’homme se sent plus léger mais bien plus sale, la gamine continue de le suivre à la trace, peut-être même à l’odeur, toutes les hontes de son pays et de ses habitants, elle les incarne et les ballades à travers le pays. Ensuite c’est l’histoire de deux animaux sauvages qui s’apprivoisent. Elle l’a choisi, il finit par l’accepter, une transition qui ne se fait pas sans cette sourde violence glauque que la Corée finira bien par inscrire sur son CV. La petite a peut-être bien 15 ans et ça il finit par le réaliser lorsque, poussé par l’instinct paternel, il est tenté de lui acheter des fringues. La fange colle à la peau et pour s’en débarrasser, il cogne. La morale est une affaire de société, de civilisation, et dans sa maison perdue et à l’abandon, elle ne devrait plus avoir cours. Les deux finissent même par s’attacher, elle vient dormir avec lui et il s’inquiète quand elle fait des cauchemars. Mais bon voilà, avec deux éléments chimiques aussi instables difficile d’obtenir quoique ce soit sur du long terme. Et puis on n’est pas là pour faire chialer dans les chaumières.    A Petal  est un film politique, un point de vue auquel on remplacerait bien le « t » par un « g » et une histoire que l’on magnifierait volontiers d’une majuscule, un truc qui vous redonne le goût du cinéma coréen après plusieurs mois d’absence.

 

               

                SC & JMS

 

 

Et pour la suite des évènements:

 

Quelques chansons de Kim Choo-ja et de Shin Jung-hyun

 

 

 

 

 

 

Quelques images des manifestations à Séoul et à Kwangju (très mauvaise qualité, juste s'inspire de la vibe)

 

 

 

Et comment les Américains ont perçu le phénomène (ah l'ère Reagan, la guerre des étoiles, et les derniers temps du bloc de l'est)

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 18:50

La Chanteuse de P’ansori – Im Kwon Taek – 1993

 

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Liste technique


- Réalisation : Im Kwon Taek, son 96ème film. Respect.


- Scénario : Kim Myung-gon, d'après le roman de Lee Chung-joon, une tragédie dignes des grecs en Corée et découpée en série de souvenirs, ça se salue.


- Chef Op' : Jung Il-Sun, le chef opérateur d'Im kwon Taek depuis le début des années 1980.

 

- Casting : Myung-gon Kim (« mon papa à moi, est un … » chanteur de p’ansori itinérant, c’est méchant quand même), Jung-hae Oh (s’il n’y a pas de doublage elle chante super bien mais au cinéma elle a uniquement joué pour Im Kwon Taek et toujours sous le nom de Songhwa, étrange), Kyu-chul Kim (Dong-ho, son nom m’a fait penser au petit paysan de Welcome de Dongmakgol tout au long du film, du coup j’aime bien sa tête).

 

LE FILM SUR YOUTUBE (bonne chance pour le trouver dans le commerce et merci à DrStrangeFlick)

 

 


 

 

 

Dong-ho, c’est le genre de type trop normal pour participer à une tragédie grecque. Du coup il s’est barré en plein milieu de la pièce et on le retrouve à trainer d’auberges en auberges pour entendre la fin de l’histoire. C’est pas un picoleur le Dong-ho, il cherche juste sa sœur, une chanteuse de p’ansori. Il nous raconte le début de l’histoire et ces interlocuteurs la finissent ; on est très peu dans le présent quand on explore le passé. Un troisième larron manque pour l’instant à l’appel, il s’agit de leur père adoptif, Yu-bong. Lui c’est un peu le papa de la famille Jackson, en version coréenne et traditionnelle. Nous sommes dans les années qui suivent la seconde guerre mondiale.

 

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Chassé par son maître pour une histoire de fesses et brisé par une histoire d’amour qui finit mal, Yu-bong se retrouve sur la route avec ses deux enfants adoptifs. Il vit de ses chants tout en formant ses deux marmots : Dong-ho au tambour, Song-hwa au chant, c’est un peu Makelele qui laboure le terrain pour Zizou, comprenez que si Song-hwa a le talent, Dong-ho n’en est pas moins nécessaire à son bon fonctionnement. Le hic c’est que Dong-ho atteint un point et un âge où il en marre du foot p’ansori et de ce coach père qui n’arrête pas de les rabaisser et de les exploiter, le tout au nom d’un chant traditionnel que Dong-ho sait destiné à péricliter. « Quand le jazz est, quand le jazz est là … ».

 

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Adapté d’une nouvelle de Lee Chung-joon, La Chanteuse de P’ansori était une sorte de cadeau fait à Im Kwon-taek après le succès de The General Son. S’en suit un joli pied de nez, sorti dans une seule salle (mais je peux dire des conneries, j’y étais pas) il a fini par battre les records du box office de l’époque (depuis il a été chassé du top 10, voir notre article). Comme quoi, c’est pas si con de laisser un réalisateur doué faire les films dont il a envie.

 

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Quand on parle de ce film, difficile de passer à côté du p’ansori, d’ailleurs la BO a fait un carton à l’époque. En même temps, j’ai du mal à m’imaginer pertinent sur le sujet (en plus on va s’en servir pour les bonus). Je me suis déjà frotté à l’opéra chinois avec Adieu ma Concubine, le p’ansori est peut-être plus sobre et plus digeste, mais tout aussi étrange. Pas vraiment le genre de trucs qu’on fout sur son mp3 d’habitude (raison de plus pour que ce soit à sa place dans un film). Ce serait un manque de tact que d’aborder un art sans creuser un peu plus. Pour avoir une meilleure idée de la chose, suffit de lancer le film, on a très vite du p’ansori (ou plus simple de taper pansori sur youtube) pour les autres un résumé plat consiste à parler d’un récit chanté accompagné au tambour, un peu comme les troubadours et leurs mandolines au fond.

 

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Plus frappant encore que le pansori, est le choix de tourner tout le film en longue focale. C’est quand même pas le parti pris le plus discret et, à moins de l’avoir ratée, aucune scène ne fait exception. On pourrait se demander pourquoi mais les seules réponses intéressantes sortiraient de la bouche du réalisateur, et ce dernier ne daigne pas répondre à son portable. Du coup, il ne nous reste qu’à questionner les conséquences de ce choix. Premier point, la longue focale écrase les perspectives. Im Kwon Taek s’en sert admirablement lors d’un plan séquence fixe de plusieurs minutes où les personnages avancent le long d’un chemin de campagne tout en chantant. Ce n’est pas qu’une astuce, dans un plan composé comme un tableau, les personnages se rapprochent lentement avant de danser au premier plan. On est à la campagne, en été, dans une autre époque, le rapport au temps n’est pas le même. Dans le même ordre idée, dans la scène où Dong-ho s’en va, la vitesse perçue est ralentie, nous ne sommes pas dans un monde qui peut changer à chaque coup de téléphone. Visuellement, les plans d’ensemble et de paysage filmés en longues focales sont les plus marquants, parce qu’ils sont inhabituels, qu’ils ne correspondent absolument pas à une vision normale mais surtout parce qu’ils font ressentir plus que jamais la présence du cadre et de ses bords latéraux. Le résultat peut être un effet d’écrasement ou de pression sur les personnages, on vous laisse libres d’interpréter cela à votre manière. On remarquera juste qu’un autre film a été tourné avec ce même parti pris, il s’agit de la Balade Sauvage de Terrence Mallick, un road movie avec beaucoup de plans en extérieur, le cadre strict et étouffant d’une banlieue américaine moyenne et deux personnages qui en sortent violemment sans pour autant s’en libérer complètement. Pour en finir avec la longue focale, et surtout pour un film d’époque, on peut rapprocher ce choix de la peinture traditionnelle orientale et ses formats verticaux qui dictent la narration : l’œil ne s’y ballade pas pour y chercher les éléments intéressants comme face aux grandes peintures occidentales, ou pas de la même manière, l’image est un tout que l’on peut embrasser d’un seul regard, on ne s’y perd pas, comme dans les plans larges en longues focales.

 

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 Allez un petit paragraphe très critique de cinéma en fin d’article pour ceux qui veulent juste un avis sur le film : c’est bien, c’est très bien et en plus on en sort plus cultivé. Im Kwon Taek et la culture traditionnelle coréenne (Ivre de Femme et de Peinture, Le Chant de la Fidèle Chunhyang, etc.) c’est un peu comme les allemands et les machines outils, du sérieux.

 

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BONUS

 

 

DrStrangeFlick, on le remerciait en introduction, on vous recommande sa chaine youtube l'une des plus propres et des mieux fournies du marché. http://www.youtube.com/user/DrStrangeflick

 

Quelques films que l'on peut y trouver :

 

Yaaba (Idrissa Ouedraogo, 1989)

 

 

 


 

 

 

 

Vive l'amour - Ai qing wan sui (Tsai Ming-liang, 1994) 

 

 

 


 

 

 


 

 

Et pour la route, Yol (Yilmaz Güney, 1982)

(ça par contre ça se trouve en DVD facilement - et ça vaut le coup d'investir)

 

 

 


 

 

 

La Balade Sauvage de T. Mallick, la longue focale en image le temps d'un trailer

 

 

 


 

Et puis non finalement, pas de pansori en bonus, on vous laisse chercher tout seul c'est plus ludique et puis y a le film sur youtube.

 


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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 18:35

Observations :

 

A l’ouverture du film, deux femmes en blanc dansent dans un espace qui semble aménagé pour un rituel de sacrifice, un truc chelou, une sorte de rite de purification que l’on déduit de la blancheur des robes qu’elles portent. La chorégraphie s’effectue sous une musique planante, déstructurée, à base de percussions, de cloches, de flûtes. J’attends qu’une vache entre dans le cadre et me prépare à exercer mon pouvoir de police pour la salubrité publique (L2122-2 Code général des collectivités territoriales). La vache ne vient pas. Encore une occasion ratée. Une sorte de voix-off diffuse une complainte, puis des pleurs, puis des rires, puis les deux emmêlés. Le ton est ne laisse pas indifférent. Dans sa danse, une des femmes fait semblant de se pendre. L’ouverture est saisissante. Le jeu sonore est peut-être trop peu exploité dans le cinéma : la montée en volume attrape presque toujours aux tripes.  

 

Suite du texte de mardi dernier (cliquez ici

 

 

 

Puis l’habituel plan de rivière, des petits jouent au bord des rives. Belle photo de carte postale sur une fin de journée : les couleurs rougissent sous l’effet rôtissoire du soleil couchant ; le ventre vide, je m’évoquais un poulet fermier qui achevait sa cuisson rotative. Putain, j’ai la dalle. En parlant de poulet, une tortue avance lentement. Je sentais que le film serait essentiellement silencieux, la suite ne m’a pas donné tort : putain j’ai faim.

Générique.

 

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LAND OF SCARECROWS

(au cas où tu ne l’aurais pas compris)

 

 

Première image ? Un épouvantail baddant. Où l’immédiateté narrative du cinéma que la littérature peine à reproduire. A travers une vitre, un enfant dont on fait les préparations mortuaires, la trav’ semble être la personne qui fait ces préparations : on a complètement du Failan dans cette image. Comme une cadence battue sur un navire phénicien, les images se succèdent, il s’agit de s’accrocher. Très vite le thème « central », sans constituer le centre du film, apparaît par le gigantisme d’une plaine vide, un panneau planté au premier plan : « ici, future décharge ».

 

Dur - on saisit le propos sans s'éclater les méninges :

 

ð  Corée du sud = polluée = sombre = stérile / Philippines = naturelle = lumineuse = fertile

 

Damned. C’est dommage ; ça m’énerverait presque tiens : le film est très beau mais j’ai peur qu’on y débite de grosses conneries. Jang Ji-young (la trav’, ci-après « T ») a un délire bizarre avec des bocaux dans lesquels elle insère des objets divers, qu’elle fait mariner dans une eau - polluée ?- comme des cornichons de fer et des anti-pastis industriels. Dans ces bocaux, elle semble exprimer ses émotions du moment et ce qu’elle vit. Ce sont des sortes de témoignages.

 

  ð  Bocal intitulé : « tears_#63-1996 » - dans le genre je-raconte-ma-vie, c’est plutôt laconique.

 

En même temps, à heures précises, elle prend des médicaments parce qu’elle risque de devenir stérile. Ailleurs, c’est meilleur (YEAH !). Aux Philippines, l’image est beaucoup plus lumineuse. Devant la télé, deux jeunes filles regardent une émission diffusant un mariage. Ce pays est représenté comme tourné vers la Corée du Sud.

                 

Rain (ci-après désignée « P ») se coiffe pour aller préparer son « mariage de rêves » avec un « prince charmant sud-coréen ». Elle se retrouve dans une sorte d’office d’arrangement où les questions sont autrement plus fonctionnelles que les gentilles poufferies de l’émission de TF1 (cf. « a-t-elle le sida ? ») ; bref face à la révolte que peut susciter ce Tournez-manège trash, une chose rassure : l’être humain, dans sa misère, est le même en tous points du globe ; on pourra toujours s’en prévaloir, le cas échéant, pour une révolution future. 

 

Entre les deux, Loi-tan (ci-après désigné par « SCP », sud-coréen philippin, et non société civile professionnelle), enfermé dans un mutisme édifiant. SCP est embauché pour travailler dans un resto mais se fait bien vite virer. Un type sur la lune, un inadapté. A sa mère, à qui il demande qui est son père adoptif, cette dernière lui répond « tu n’as qu’à penser que ton père est mort ». Sympa : kimkidukesque. A partir de là, nous assistons à une sorte de ritournelle narrative en trois notes : la T, la P, et la SCP. Trois temps, comme une valse anglaise.

 

T veut aussi aller aux Philippines : elle semble l’exprimer par son - « chang, Ji_Suk#2.2005 »-. Là-bas, elle rencontre P. Invitée dans le foyer de P, la famille se met en scène pour l’arrivée de la  T : une sorte de remake de J’irai dormir chez vous = folklore facile et nourriture adaptée.  

 

D’où la question qui s’impose : les cultures sont-elles communicables ? Face à un élément extérieur, les cultures ne se mettent-elles pas en scène ?

 

ð  Misère du tourisme / Chimère des ruptures / Le voyage reste intra-muros.

 

Une fois en Corée du Sud, P participe du mythe de la gentille princesse immigrée  – elle se coiffe avec son petit miroir de Barbie, assise au bord du lit, sage comme une image, comme une immigrée. Toutes les histoires sont des drames, l’immigration est une épreuve difficile. Le rêve des déplacés : édifier un Panthéon des immigrés, Vito Corléone y trônera comme le plus grand chacal que les routes internationales ont transporté.

 

 

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Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free,

The wretched refuse of your teeming shore.

Send these, the homeless, tempest-tost to me,

I lift my lamp beside the golden door!

Emma Lazarus

 

 

ð  Rapport cinéma / journalisme : encore et toujours, pas de grandes œuvres avec de bons sentiments. Le journaliste prendra sa plume pour dire que le sort réservé aux immigrés est injuste, au nom de vagues concepts humanistes. Le cinéaste s’en abstiendra. L’œuvre d’art finit toujours, en dernier ressort, par insulter quelqu’un : le cinéaste devra donc sublimer la société politique. Là où le journaliste traitera le sujet en termes de masses et de grands principes, le cinéaste répondra par du singulier, du remarquable, de la technique de précision. Le cinéaste a le devoir moral de ne pas chialer, de se montrer stratège.

 

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(Venge-les tous Robert)

 

Entre la Corée du sud et les Philippines, chacun cherche sa place. Les vautours, les ordures planent autour. Le problème qui lie les trois est certainement celui de la vision, de la visibilité, du fait de se donner à voir. Tiens, Super-Rhizome, aide-moi, quel lien improbable et intéressant puis-trouver ?

 

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(Super-Rhizome sur le point de trouver une idée)

 

ð   Super-Rhizome : « Hum, les équipes de football d’Espagne et de Corée du Sud ont un maillot rouge…non…c’est faible…voilà mieux, pourquoi les Philippines n’ont-elles pas changé le nom qu’elles ont reçu en l’honneur de Philippe II d’Espagne ? Le lien est tout trouvé : ce sera Les Menines de Velázquez. »

 

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(Qui est le sujet de ce tableau ?)

 

Ce tableau pose la question de la subjectivité : qui voit qui ? Qui est agissant ? Qui est objet ? Le réalisateur semble exploiter ces paradoxes, à deux moments particuliers du film : tout d’abord lorsque la T est devant son miroir et qu’elle enroule des bandages pour cacher ses attributs féminins ; elle se détourne d’elle-même. Dans le miroir en face duquel elle se trouve, lequel est tourné vers le spectateur, son reflet n’apparaît pas pour nous, alors qu’elle semble bien s’y voir. Ce reflet inexistant pose la question de l’intrusion : qui est invité ? Qui est autorisé à voir ? Qui agit ? A qui appartient l’image ? Le second passage méninesque intervient lorsque SCP, cherchant son père, demande à la T, qui se trouve dans une loge, si elle a une idée de l’endroit où il pourrait se trouver. Le plan est pris de l’intérieur de la loge, la caméra étant tournée vers la lucarne, vers l’extérieur de la loge. Dans l’espace ouvert par la lucarne, on voit le visage du SCP qui demande le renseignement à la T. Sauf qu’en plus, un miroir, à l’intérieur de la loge, faisant face au spectateur, est tourné vers le visage – la bouche plus précisément –, de la T, laquelle est de dos par rapport au spectateur. On voit la réaction gênée de la T dans le petit miroir ; mais encore une fois, pour qui se joue la scène ? Qui est l’intrus ? Les miroirs démultiplient les points de vue, les rendent tous solubles dans l’acte de vision : les frontières sont effrangées, le film pourrait exister sans spectateur.

 

ð  Plus Ménines tu meurs… / Congrats Mr Roh !

 

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Glauquisme bon enfant des épouvantails, générosité des barils déversés. Le film fait la part belle à l’ordure, aux déchets. Les illustrations font florès :

 

-          Une vieille filmée de dos. Elle a des morbacks. Elle se gratte c’est dégueulasse. Un médecin, lors d’un examen médical, la sent : c’est dégueu. (vous souvenez-vous du professeur Giro de Natural City) ;

 

-          La T est presque stérile à cause de la pollution. Le médecin lui conseille d’utiliser une machine à mesurer la pollution avant d’utiliser certains aliments ;

 

-          Le SCP se trouve sur un banc avec un clochard qui lui annonce la fin du monde : « une tragédie va frapper », « le sol pue et donne la nausée », « les enfants vont être les premiers à être malades » : panier à course de l’Apocalypse ;

 

-          La T dit que les ordures lui ont déréglée les hormones, ce qui fait qu’elle se sent homme ;

 

-          La vieille se bat contre une autre femme au prétexte qu’elle verse ses déchets devant sa maison ;

 

-          La T va voir un gourou chelou qui lui parle d’eugénisme, de mutations génétiques, et lui suggère de manger des oignons et des gousses d’ail et de passer un an à la montagne pour réguler ses hormones ;

 

-          Une émission télé évoque une possible mutation génétique en parlant de la carpe à visage humain (OH NON ! ONCLE BONMEE, DEGAGE DE LA !).

 

 

 


(Le Gay Fish, ou les ravages de la pollution)
   

 

Pollution. Pollution. Pollution. Pollution. PollutioN.

Quid de la génération wifi, la première à baigner complètement dans les ondes ? Ne pas dormir près de son téléphone portable, etc. Mais la mutation n’est-elle pas le propre de la vie : nous perdons notre petit orteil, qui s’en alarme ? Qui crie au scandale ? Qui s’est arrêté de consommer ? L’homo sapiens sapiens n’est pas la fin de l’homme. Et finalement, pour pousser le raisonnement jusqu’au bout, l’homme est-il le début et la fin de la vie ? La conséquence dernière des gazes, des molécules, des atomes, des protons, des bosons, des cordelettes vibrantes unidimensionnelles ? Bref : que la nature lance une pichenette sur l’humanité, et alors ? Si l’homme devait disparaître, plus personne ne serait là pour regretter.

 

Stratégie cosmique de la tortue : pendant que l’humanité se doigte sur son sort, le cours du temps, le long accomplissement du temps, suit tranquillement les sillions de l’hyper-espace. Que les choses poursuivent irrémédiablement leurs cours. En plus d’être un des animaux les plus lents, c’est aussi un de ceux qui vit le plus longtemps. Achille et la Tortue : vue de l’esprit paradoxale, Achille n’atteindra jamais la Tortue ; est-ce une manière de dire que les carottes sont cuites ? Triste conscience de soi-même.

 

 

 

(Achille et le torture, façon Ulysse 31, qui ouvre le dernier film de Kitano)

 

 

 

Land of Scarecrows est une collation d’image. La réalisation est franchement stylé (à ce titre, le film mérite que l’on se compromette aux alentours du Reflet Médicis - ah bin non suis-je bête c'est trop tard ! Mouhahaha). Le propos, en revanche, est peut-être moins transcendant, même si la manière avec laquelle le réalisateur ponctue ce triolisme à distance est un bel atterrissage sur les pattes.

 

 

Comme sorti d’une transe soufi, Carter San-Congo releva la tête, et par le même mouvement, crut sentir les pulvérisations sanguines remplissant ses veines. Sa décision était prise. Il s’en irait. Tout de suite, maintenant. L’urgence ne lui permettait pas d’attendre.

 

Sur de son fait, accompli pour la première fois de son existence, Carter laissa une note sur son bureau, salua ses collègues, et se promit de ne plus jamais recroiser la route d’aucun autre être humain.

 

«  Le monde dans lequel nous vivons nous ressemble, il n’y a pas de forces occultes, de mur de l’argent, de superpouvoirs malicieux ; il n’y a que du désir, de la volonté, de l’organisation, de la discipline et du travail. Les révolutions n’existent pas ; ce que l’on nomme « révolution » est toujours la conséquence fatale d’états de faits antérieurs qu’un ou plusieurs individus ont su tourner à l’avantage de la représentation qu’ils se faisaient du monde, sans jamais y parvenir totalement. Aujourd’hui, les gens qui s’accommodent des injustices ne sont pas plus condamnables que ceux qui les dénoncent dans des journaux que seuls les instruits, i.e. les privilégiés, lisent. En somme, misérable pensionnaire des sociétés développées, arrête de te toucher sur les hypothétiques figures révolutionnaires, la bolcho-pride est peut-être l’illustration la plus flagrante de l’inutilité du raisonnement romantique, exemplaire, idéal, sur l’état du monde ; sans prendre de risques inconsidérés, je n’engagerai que peu mon intégrité physique en mettant ma main à couper que les producteurs de tee-shirts Che Guevara et autres keffiés – parfois jaune, bleu, marron - doivent avoir de belles piscines à récurer à l’approche de l’été.

 

Finalement, la nature a horreur du vide, que ce vide soit physique ou juridique. Si le pouvoir peut, après dévastation ravageuse, se ramasser selon le mot fameux du Général – et Dieu sait que la Terre n’a jamais connu qu’un seul Général-, c’est surtout un joujou qu’on s’arrache. Donc, misérables humains, vous avez le monde que vous méritez ; on ne peut pas se plaindre que ce que les politiques ne représentent personne et avoir un taux d’abstention à décrêpir les cheveux d’Afro-américain. Ce ne sont pas les politiques de merde qui provoquent l’abstention, mais l’abstention qui provoque les politiques de merde. Car en dernier lieu, le peuple en toujours en faute de ne pas s’occuper de son propre sort.

 

Pour ma part, Carter San-Congo de mon état, je me retire dans l’Amazonie vivre Into the Wild, avec mes bières, mon 22 long rifle, mon harmonica, et un vaste projet de construction d’opéra. Je chasserai le crocodile, j’écrirai des poèmes. Je vous salue. »

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 21:36

 

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Land of scarecrows, Tah Gyeong-roh

 

Encore une soirée de chien pour Carter San-Congo. Son commandant lui a ordonné de faire une petite descente dans le Quartier Latin, au Reflet Médicis plus exactement. S’il y avait bien quelque chose qu’il ne supportait pas, c’était de changer les couches de la marmaille. Entre collègues, c’est ainsi qu’ils qualifiaient les rondes dans le cinquième arrondissement de Paris. Carter participait innocemment à une énième discussion sur les favoris au ballon d’or 2010 lorsqu’une vieille bourgeoise défraichie alerta le commissariat - « l’Epave » pour les adeptes - à 21h47 pour signaler un attroupement suspect sous sa fenêtre, rue Champollion. Inutile de dire que le temps ne fut pas long avant que le cours naturel des choses ne désigne Carter pour cette futile mission de proximité.

 

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Carter arriva sur place avec un léger vague à l’âme, quelque chose ne tournait pas rond dans ce monde, et ça commençait franchement à l’écœurer. Cela ne lui était jamais arrivé depuis son installation « forcée » à Paris. Le dernier plan foireux dans lequel John O’Meanseek l’avait trempé (cf. Windstruck) a été la goutte qui a fait déborder le vase des autorités fédérales. Il avait dû quitter le territoire en catastrophe pour éviter les foudres de Washington. Destination Paris. Son grand-père, d’origine française, lui avait enseigné la langue. Arrivé en France, il n’avait eu aucun mal à se prévaloir de ses faits d’armes pour se mettre au service de la police judiciaire. Son origine étrangère ne lui permettant pas d’être un bœuf-carotte à part entière, il se trouvait cantonné à un rôle de « consultant », même si la hiérarchie l’autorisait à aller par moment sur le terrain ; rien de passionnant pour autant ; rien qui ne soit à la hauteur des escapades-revolver qu’il partageait avec son funeste comparse.

 

Le Chinois a dû mettre quelque chose de bizarre dans sa bouffe ce soir ; s’il y avait bien une sentence sur laquelle on pouvait tomber d’accord de part et d’autre de l’Atlantique, ce serait la suivante : entre le restaurant chinois et son estomac, il faut choisir. Carter le savait pourtant, mais c’était plus fort que lui. Elle était là sa misère : tout semblait plus fort que lui.

 

 

 (Première Classe 1, un grand moment de rap français ; Vive Lino)

 

Arrivé devant le cinéma, Carter ne trouva bien évidemment pas âme qui vive. Seul un jeune homme, des cheveux sales trônant fièrement sur sa tête, la dégaine soigneusement négligée, vêtu d’un blouson en cuir marron sciemment abîmée, mimait un acte intense de réflexion en fumant une roulée. Malheureusement, l’idée qu’il se faisait des élucubrations vaseuses qui nourrissaient la minuscule cervelle de ce moineau sorbonnien ne permettaient pas à Carter de le contrôler pour trouble à l’ordre public.

 

Le monde, l’histoire sont faits de chocs, de poc-pocs. Carter allait l’apprendre ce soir-là lorsque la jeune ouvreuse du cinéma, blonde de son état, l’interpela : « monsieur, vous m’avez l’air de vous ennuyer ; je crois que je peux faire quelque chose pour vous : je vous offre une place pour un film qui commence dans cinq minutes ». Etonné, Carter lui répondit qu’il ne souhaitait pas aller au cinéma. « Mais si, s’il-vous-plait, si vous n’entrez pas, nous perdons nos subventions de la CNC ; nous donnons un film sud-coréen, Land of Scarecrows de Tah Gyeong-roh, je ne comprends pas, c’est un film exceptionnel pourtant, mais personne ne veut le voir ». Carter ne releva pas cette antithèse qui cognait salement le bon sens. Il n’avait vraiment pas envie de sauver le monde. Il finit par accepter pourtant, pensant que ce film ne pouvait pas l’atteindre négativement outre mesure.

 

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Dans la salle, quatre lascars à tout casser, « elle avait raison la blondinette : c’est la crise » pensa-t-il. Encore plus rachitique que le butin de la prise de la Bastille, le cheptel se limitait ici à : un couple dont la vie approchait calmement de son terme, un quinquagénaire qui était déjà endormi, un asiat’fashion haut comme trois pommes et un chauve. Pensant automatiquement à Will Smith, Carter se demanda qui était le plus suspect. Sans aucune hésitation, mais sans raison valable non plus, Carter arrêta son jugement sur l’asiatic-pop-designed : il porte des lunettes beaucoup plus grande que son corps, ce ne pouvait être qu’un Zgorbfien en touring intergalactique.

 

 

 


 

 

Quelques secondes avant que le film ne commence, un silence de mort l’entourait, comme si quelque chose se tramait. Alternativement, un halogène clignotant et le tintement des canalisations, enrobés dans les chuchotements irréguliers des courants d’air, le mettaient dans une disposition shakra-wide-open propice à l’image, à la digression métaphorique, à la magie du cinéma...

 

...

 

Une fois rentré au commissariat, Carter devait dresser un rapport de sortie. Le chemin du retour, qui lui sembla très long, était l’occasion pour lui de ruminer ces quatre vingt-dix minutes  de contemplation. Pensant maladroitement qu’il se sentait « chose » du fait de sa sensibilité féminine, Carter avait l’impression que c’était maintenant ou jamais. Il avait toujours suivi. C’en était trop. Quelque chose avait changé en lui ; il allait le dresser ce procès-verbal : un procès-verbal contre l’humanité.

 

 

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Vu, le 30 septembre 2009, à 01h56 ;

 

Land of Scarecrows, de Tah Gyeong-roh

 

 

Lieu:

 

Quelque part entre la Corée du Sud, à Honghae, et les Philippines.

 

 

Signalements:

 

Protagonistes :

 

-Jang Ji-young (Kim Sun-young), artiste foireuse – ou amateur – qui sévit dans le milieu incertain de l’art contemporain, se travestit en se faisant passer pour un homme, ses vêtements larges font penser à Charlot ;

 

-Rain (Bich Phuong Thi) est une jeune Philippine qui cherche à vivre en Corée du Sud, et qui finit par épouser le travelo ci-dessus évoqué ;

 

-Loi-tan (Jung Du-won) est un jeune Coréen du sud, adopté en bas âge, d’origine philippine, qui cherche à renouer avec ses racines (on nous signale un autre cas : Take off – un jeune Américain qui cherche à renouer avec ses origines coréennes, la magie de la transitivité en somme)

 

Points communs :

Graves problèmes de communication / les trois sont liés par une sorte de filiation, une filiation de galériens de la vie peut-être.

 

Signes distinctifs :

Plans larges ; froid ; 21 grammes ; plans fixes ; Kim Ki-duk ; documentaire ; objectif ; Film Socialisme ; mutisme ; disséquer ; découpe-le-scénario-en-plein-de-petits-bouts-mélange-les-dans-un-saladier-et-recolle-les-morceaux-comme-tu-le-souhaites ; Inarritu ; photo patate ; Godard.

 

 

(La Bande-annonce de Film Socialisme, c'est le film en accéléré - bien vu)

 

Menace :

Oncle Bonmee rôde dans les environs, sa marque n’est pas loin – les forces de l’ordre devront se tenir en état d’alerte. Des verbicistes satisfaits chercheront à forcer les barrages. Nous recommandons au Préfet de se focaliser particulièrement sur l’expression « un poème en image », qui en plus d’être un pléonasme, constitue la panacée qualifiant les films dont on n’a pas compris grand-chose. Les censeurs autoproclamés s’y réfugieront à coup sûr. Dans le même ordre d’idées, une veille pourra être mise en place sur le mot-clé « hypnotique » qu’on ajoute pour signifier le fait qu’on a perdu le fil à un moment de l’histoire et qu’on a essayé tant bien que mal de suivre.

 

UncleBonmee.jpg

(mais qui es-tu ?) 

 

 Antécédents :

 

Land of scarecrows est le deuxième volet (après Le dernier repas, 2006), d’un tryptique sur la pollution environnementale. C’est autre chose que Home ou Ushaïa, on est dans l’ordre de la micro-analyse sociale des effets d’une pollution réelle, ou, selon les temps lyriques du film, exagérée, voire fantasmée.

 

bacon-tudes-crucifixion.jpg 

 

Observations :

 

A l’ouverture du film, deux femmes en blanc dansent dans un espace qui semble aménagé pour un rituel de sacrifice, un truc chelou, une sorte de rite de purification que l’on déduit de la blancheur des robes qu’elles portent. La chorégraphie s’effectue sous une musique planante, déstructurée, à base de percussions, de cloches, de flûtes. J’attends qu’une vache entre dans le cadre et me prépare à exercer mon pouvoir de police pour la salubrité publique (L2122-2 Code général des collectivités territoriales). La vache ne vient pas. Encore une occasion ratée. Une sorte de voix-off diffuse une complainte, puis des pleurs, puis des rires, puis les deux emmêlés. Le ton est ne laisse pas indifférent. Dans sa danse, une des femmes fait semblant de se pendre. L’ouverture est saisissante. Le jeu sonore est peut-être trop peu exploité dans le cinéma : la montée en volume attrape presque toujours aux tripes.  

 

 

 

Lygeti - Arc-en-ciel

 

Puis l’habituel plan de rivière, des petits jouent au bord des rives. Belle photo de carte postale sur une fin de journée : les couleurs rougissent sous l’effet rôtissoire du soleil couchant ; le ventre vide, je m’évoquais un poulet fermier qui achevait sa cuisson rotative. Putain, j’ai la dalle. En parlant de poulet, une tortue avance lentement. Je sentais que le film serait essentiellement silencieux, la suite ne m’a pas donné tort : putain j’ai faim. 

 

La suite de l'article, avec des observations filmiques plus étoffées, après-demain, soit : jeudi (hé oui)...

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 14:43

Fiche technique évasive

 

Réalisation : Im Sang-soo, affranchi du fond, se lâche sur la forme. Une partition aérienne, tout en style.

 

Photographie : pas trouvé le responsable, mais chapeau. Lee Hyeong-deok !

 

Musique : Kim Hong-jib, un pote de longue date, déjà collaborateur sur Une Femme Coréenne, The President Last Bang ou Le Vieux Jardin. Parfaitement dans le ton et dans l'excès.

 

Casting :

 

- Jeon Do-yeon, Eun-i, la servante, récompensée à Cannes pour Secret Sunshine, parfaite en soubrette naïve au visage plus qu'éloquent. C'est son corps qui parle.

 

- Lee Jeong-jae, Hoon, le maître de maison, déjà vu dans Il Mare, caricatural mais dans un style parfaitement adapté, le 1,5ème degré incarné, on en reparle plus bas.

 

- Yoon Jeo-jeong, Byeong-sik, la gouvernante, après Mother et Poetry cette année, les grand-mères coréennes jouent des épaules et s'imposent place du 7ème art.

 

 

housemaid

 

Effleurer sans déflorer, parce que franchement on a grave aimé The Housemaid. Preux chevaliers de l'amour fol, de la joy véritable, et contrairement à ce que le film donne à voir, nous avons décidé de l'évoquer seulement, de manière décousue, successive, impressionniste, sensitive, pudique peut-être. On se souvient de notre premier slow prépubère et on pose délicatement nos mains sur les hanches du film. C'est bien de simplement noter des idées, d'ouvrir des pistes. C'est plus facile, on laisse la place à l'interprétation du lecteur, et au bout du compte, cela nous permet d'avoir raison quoiqu'il arrive. On pense à tous ceux qui ont écrit des articles sur Oncle Bonmee... franchement chapeau, nous on passe notre chemin. Mais revenons à nos moutons et posons juste les bases: une jeune servante rejoint une vieille gouvernante dans le service d'une riche famille. L'épouse est enceinte, et le mari volage. Le mari et la servante finissent par coucher ensemble. Le mari l'engrosse. Ambiance.

 

Une chose est sûre: ce texte va nous permettre d'assurer notre rente de fréquentation quotidienne parmi les cyber-égarés sur la voie du Saint Onanisme (cliquez sur  Une femme coréenne pour vous, et nous, en assurer). Sympa Im Sang-soo.

 

Bienvenue donc dans l'univers fulgurant des pensées de Joy Means Sick et Sans Congo; la télépathie, c'est chic... 

 

  

... Im Sang-soo se lance dans un remake d’un classique des années 60, il se sait attendu. Malin, il commence son film par un contre-pied total, une feinte pas si gratuite qui dépoussière radicalement la chose : 50 ans après, la Corée et le cinéma ont beaucoup changé. Tout est léger, enlevé, aérien. Im Sang-soo se démarque de l’œuvre originale, commence un nouveau film sur des bases anciennes. En Corée on a été choqué dans les salles...

 

... une ouverture poc-poc, super bien faite, à la The Shield. C’est un début « dedans », en plein milieu de. Dès l'introduction: de la nourriture, de l’abondance. Mais quel lien entre le film et la gastronomie ? Penser à un bonus avec de la nourriture, la nourriture semble être un élément important...

 

... donc ça se passe en pleine ville, Séoul sûrement, c’est rapide, morcelé, fragmenté. Beaucoup de femmes déjà, de la virtuosité aussi. Un suicide, une attraction, même pas de fascination, juste de la curiosité. Est-ce Euni, la pas-encore-servante, qui veut aller voir le cadavre pour se divertir ?..

 

... on ne se suicide pas là par hasard, « ils connaîtront ma douleur », finira-t-elle par crier. C’est le départ, la mort, la silhouette de craie qui rendent plus présente que jamais la suicidée. Une bien triste façon de laisser son empreinte, un écho qui résonne 1h30 plus tard, comme une prémonition, comme l’Antigone d’Anouilh. Si déjà tu savais petite Euni, jeune et tendre écervelée...

 

... la curiosité se dissipe, la vie et ses parties reprennent, toujours avec des plans serrés, un espace fragmenté, chacun dans son coin, dans son cadre, dans sa bulle. C’est la ville et c’est fini, Euni va rejoindre une bulle luxueuse, le film flirter avec le huis-clos...

 

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... Im Sang-soo se libère rapidement du fond. La forme est éblouissante. Trop tape-à-l’œil pour certains rabat-joies, réjouissante pour d’autres. Même les simples champs contrechamps sont nickels, un léger décalage entre la prise de parole et l’arrivée sur le visage, du jeu à contretemps, une pensée pour Zizou, le petit espace, l’entre deux, Lizarazu...

 

... « N’apparaît jamais autrement devant la famille », une demande de la maitresse de maison transmise à la servante par la vieille gouvernante, histoire de bien marquer les différences sociales, les seules qui l’avantagent finalement. La partie peut commencer, chacun sur sa case. Dames ou échecs ?..

 

... la posture des personnages : droits, secs, fins, filiformes, efflanqués. Modèles d'exposition. Noir et blanc, le jeu se pose sur un décor qui rappelle étrangement un damier; les dames se tiennent prêtes, les pions sont inutiles. Un travelling lie Euni et Mira, la petite fille du foyer, histoire de retourner le couteau dans la plaie avec le sourire du chat d'Alice au Pays des merveilles...

 

... le cadrage est tordu, on recherche de l’oblique; tordu: comme la tension qui traverse la tour de Pise, comme les personnages. Au ras du sol, près du corps, la caméra fouille l’intimité: l'épouse, femme enceinte, fait du yoga (Une femme coréenne).

 

... déjà vu quelque part ce plan : Euni, fatiguée, tête renversée, sur son lit (Une femme coréenne). Le mari rentre du boulot, quelle belle enflure. Le genre de mec qui joue du Beethoven le matin avant d'aller travailler; sorte de chant nuptial, Euny frémit de tout son corps, elle sent très fort le sexe. Jouer sa petite sonate de Beethoven avant le petit déjeuner devant elle, c’est vraiment un écrasement total par l’être (économique, culturel, physique, etc.) sur cette petite servante. Le déséquilibre est tellement brutal que ça devient burlesque : cadre de travers, personnages à la fois détachés et noués, un pied dedans, l'autre dehors. On en parlait déjà un peu dans le texte sur Une femme coréenne, le 1,5ième degré...

 

... il aime filmer les femmes, de tout âge. Il ne fait d’ailleurs que ça, ce qui rend le personnage du mâle très intéressant. Complètement caricatural, une sorte de fantasme made in Korea : riche, musclé, torse rasé, amateur de piano et bon vin qu’il goûte comme à l’école en faisant plein de bruit lorsqu’il avale l’air pour dégager les arômes dans sa bouche...

 

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... elle sent le sexe : quand elle nettoie la salle de bain. C’est bon, la pulsion a frappé. La servante finira dans son escarcelle. Petit rire malin, la musique laisse entendre qu’une cochonnerie se trame, et hop plan-route. Intérieur design, luxe minimal, spacieux, climat venteux, impression de vide, ménage à trois: Ghost-writer de Polanski, non ? Puis un plan-pipi dans la neige, assez incompréhensible, mais il aime bien les corps le bougre...

 

... rares sorties et donc peu de mouvements. Mais dès qu’il en a l’occasion, Im Sang-soo se fait plaisir sur des scènes de translations : ces scènes de route souvent filmées d’un seul et même plan. De courtes explosions avant de s’enfermer à nouveau dans le manoir. Mention spéciale pour ce travelling qui commence au niveau des arbres avant de se pencher au dessus de la route. C’est sûrement gratuit, mais c’est stylé...

 

... le cinéma n’est pas la réalité et ce film n’a aucune envie de se contenter du réel. Il y a des gens qui vont voir des films avec idée préconçue de ce que doit être le cinéma, heureusement que le cinéma est multiple...

 

... dans la maison de campagne, le mari descend dans la chambre de la nouvelle servante : pourquoi n’a-t-elle pas de débardeur ? Bref, c’est qu’elle aime la chose. Présence, immédiateté physique. Interposition du désir dans le champ social qui brouille les cartes. « J’adore cette odeur », la bestialité reprend le dessus. Elle voulait se le faire, et elle était bien fière de son chèque...  

 

... les bons films donnent toutes leurs chances aux personnages...

 

... et forcément le fantasme vire à l’érotisme porno : « suce » intime-t-il avant d’étirer ses muscles saillants pendant la fellation. Fantasmées, ses compétences au piano le sont aussi : est-ce un parti-pris que de filmer les scènes de piano de manière aussi grossière ? Il est bien trop évident que l’acteur ne touche pas le clavier. Pour continuer sur le mec/mac, superbe première apparition. A chaque fois qu’il rentre chez lui accompagné de ses deux acolytes en manteaux longs, ça roule des mécaniques. Entre le 1er et le 2nd degré faut jouer serré...

 

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... semaine assez exceptionnelle, deuxième fois qu’on évoque l’éjaculation buccale dans une salle grand public après Submarino de Vinterberg (film super bien au passage, mais vraiment gênant : les sociétés nordiques sont peut-être les plus heureuses du monde, quand leurs artistes imaginent le malheur, franchement c’est moche)...

 

... choix intéressants au niveau de la photo : lumière crue pour les pauvres (Euni, la gouvernante), travaillée sur des visages maquillées pour les riches. Tout ça c’est facile, c’est aller dans le sens du vent me direz vous, mais c’est bien fait. Surtout dans le film, c’est la chaire qui attire le mâle, pas le mascara, et là on est tout de suite ça rend la chose plus subtile. En témoignent ces deux scènes d’amour successives. Esthétique et chiante avec la femme, crue et charnelle avec la servante...

 

... avec son épouse, ils font l’amour, mais c'est de l'anti-sexe. Lui, ça ne l’intéresse presque pas, elle lui parle de sujets divers (on entrevoit Choderlos de Laclos). Quand elle décide, selon l’expression qui semble consacrée, de le finir à la bouche, c’est l’homme de Vinci que l’on voit: filmé de haut, avec les bras et les jambes écartés. Bien vu. En fait, ce n’est plus une histoire d’êtres humains, c’est une histoire de caractère, l’histoire se veut par-delà. Le caractère-méchant, le caractère-pute, le caractère-niais, le caractère-désabusé, le caractère-lucide, un jeu de société, une esquisse morale et légère, du Marivaux... 

 

... personnage de l'épouse : prototype de la bourgeoise vide. Refus de travailler, refus d’élever ses enfants et finalement elle est réduite à l’état de mère porteuse avec pour seul rôle : enfanter. Elle peut lire Beauvoir et faire du yoga, à refuser d’être une femme comme les autres elle se retrouve réduite à son seul rôle biologique. Du coup c’est la servante qui prend sa place, auprès de sa fille d’abord, auprès de son mari ensuite...

 

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... la petit fille, androgyne, robotique, symptomatique. « Il faut être poli avec les gens pour montrer qu’on est supérieur », tout est dit. La petite a résumé le film, selon l’enseignement de son père. Elle dit à la servante : « j’ai pitié de vous ». Vraiment tranchant ce petit bonhomme...

 

... Euni : « elle semble naïve comme une enfant ». Grosse performance d’actrice, elle n’a même pas besoin de parler, son visage le fait pour elle, sans ne rien cacher. Récompensée pour Secret Sunshine de Lee Chang-dong. « C’est écrit sur son visage » (qu’elle m’adore) lâche la petite fille...

 

... tourner, tourner, tourner et faire tourner au vinaigre...

 

... la servante tombe dans le panneau, comme toutes naïves éparpillées à la pelle dans les romans du XIXe siècle: elle commence à être toute croque sur le patron. Aïe, son jeu de jambe n'est pas du tout à la hauteur, c’est un peu comme Auxerre qui va se retrouver contre le Real Madrid et le Milan AC du vice. Bref, ça va être une belle boucherie à l’Abbé-Deschamps...

 

... même la vieille gouvernante, ça fait longtemps qu'elle ne la ramène plus. Elle se plie devant la supériorité totale du patron (il ne parle même plus, il désigne de la main, comme lorsqu’il pointe ses cravates). Bref, dans tout le film, on ne fait que jouer au roi du silence, et malheur au premier qui ouvrira la bouche. « J’ai peur en imaginant les choses affreuses qui vont t’arriver », c’est la Pythie cette gouvernante...

 

... pourquoi s’avancer autant dans le réalisme uniquement dans les scènes de cul quand le film s’en détache si souvent ? Dans Baise-moi d’accord, c’est cru, c’est dur, c’est trash. Ici… c’est flouté « artistiquement ». Bof. Et puis remonter comme ça dans un même plan des sexes unis et floutés au visage de l’actrice pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’une doublure, c’est vraiment un tour de force gratuit. Ca me fait penser à Gaspard Noé tiens...

 

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... le rôle de la vieille, sorte de vigie, elle regarde, elle fouine, elle est le coryphée de cette tragédie. La tour de contrôle. Elle annonce tous les coups d’avance, elle sait tout. Normal, c’est un film d’archétype. Un roman de caractères. Elle l’a vue mille fois cette histoire. C’est une fêlure, la belle-mère le dit elle-même : les hommes de cette famille sont ainsi, on ne leur refuse rien, et les enfants seront pareils ; malades comme les Rougon-Macquart. La vieille est témoin de tout...

 

... après Mother, Poetry, les grand-mères coréennes au cinéma ça commence à peser très lourd...

 

... la belle-mère pousse l’échelle sur laquelle se trouve la servante, en apprenant que celle-ci est enceinte. Là, ça vire au Cluedo. « Ils sont increvables ces gens là », une vraie petite pute, comme Dieudonné qui joue un patron au charme suranné (« vous savez mon grand-père disait que l’ouvrier est le meilleur ami de l’homme »). « J’aurais dû la faire tomber de plus haut pour tout régler. Ca m’énerve »...

 

... couple de garces de haute facture qu’elle forme avec sa fille. En mode lionnes, griffes et clubs de golf dehors. « Dans ma maison, avec la minable qui lave mes culottes ». Les kèches au féminin aussi. Jamais de réponses dans ce genre de cas. Euni a bien haussé le ton et s’est trouvé à deux doigts du front contre front avec « Madame » (que l’on découvre plus petite pour la première fois à cette occasion), elle finit quand même par encaisser les baffes en s’excusant...

 

... les contrastes, dans Une femme coréenne c’était avec la lumière froide. Ici, ce sont les oppositions chaud et froid. Nous sommes manifestement en hiver, et puis il y a les jacuzzis, le thé brûlant. Une sorte de harem...

 

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... encore un plan stylé : le départ pour l’hôpital de l'épouse, qui va accoucher. Plan qui reste fixé sur le grand salon, pendant un moment tout se passe hors champ, puis la gouvernante revient et crie « c’est la libération ». S’ajoutent au palmarès le plan séquence dans la chambre du couple où s’aventure Euni, celui de la baignoire ensanglantée, la plongée totale dans le jardin juste après la dispute dans la buée, l’affrontement maitre de maison belle-mère  « seule votre fille pourrait me donner des enfants ? »...

 

... tiens réglons les choses: un remake, ce n’est pas une profession de foi. Ce n’est pas identique, et ça n'a pas à reprendre les mêmes thèmes que le film initial: quel serait l’intérêt d’aller voir le film dans le cas contraire ?..

 

... photo avec les nouveau-nés, summum d’hypocrisie. Elle le mord, il lui dit « repose-toi bien ». Jamais on ne tombe dans le dramatique, toujours cette distance vis-à-vis du récit, savamment entretenue...

 

... et dans tout ça la petite fille qui parle comme une adulte de 40 ans, lucide quand le navire tangue, détachée de ce monde d’adultes. C’est d’ailleurs avec elle que le film se finit, son regard devant la torche suspendue au chandelier, son visage lors de son anniversaire...

 

... on ne change pas le monde en faisant des films : à bas la thématique sociale...

 

... musique pas mal du tout, notamment lors de la scène finale (contrepoint, on s’attend à une partition dramatique et un morceau enjoué nous tombe sur la gueule). Le film commence par une fin et finit par un début (musique qui nous emmène quelque part au lieu de clore) : on imagine facilement une histoire de fantôme dans cette grande villa...

 

... et la copine de la servante, elle ressemble étonnamment à Yajirobé de DBZ !

 

Sans Congo & Joy Means Sick

 

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BONUS:

 

" Bambini, venite ! " claironne la suave Callas. Do you like Pier Paolo ? On vous colle le lien pour visionner le Médée de Pasolini. Déjà parce que c'est un super film. Ensuite parce que chez Pasolini aussi, on ne sait pas toujours où s'arrête le premier degré et où commence le second (même si les deux réalisateurs ne semblent pas animés par le même feu cinématographique -après hein, nous ne sommes pas dans le coeur des hommes). Enfin, parce que Jason fait un peu penser au mari. Espiègle, toujours un peu vicieux, un peu rieur, il trompe Médée avec Glaucé, la fille du roi de Corinthe. Sauf que Médée, pour se venger, elle ne suicide pas; non, elle bute : ses enfants qu'elle a eus avec Jason, Glaucée, et son père le roi. Ah les méditerranéennes...

 

 


 

 

Et une parodie de Pasolini par les Monty Python, pour ne pas trop se prendre au sérieux, parce que quand même.

 

 

Puisqu'on est dans le comique, on continue avec Chouchou (à l'affiche du film de Blier en ce moment) et Loulou en pleine dégustation de vin. On est clairement dans le second degré, soit 0,5 degré au dessus de The Housemaid et en matière d'alcool ça fait la diff'.

 

Enfin, rendons hommage à la grande musique, quoique Beethoven n'a pas vraiment besoin de nous pour cela :

 


 

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 22:26

Green Fish (1997), Lee Chang-dong.

 

Green Fish Poster 

 

Lee Chang-dong revisite Jacques Prévert, longtemps avant Poetry : trois allumettes une à une allumées dans la nuit, la première pour te demander si tu as dîné, la deuxième pour te demander ton âge, la troisième pour allumer une clope, et l’obscurité toute entière pour te suriner l’estomac, pour te prendre dans mes bras, pour t’oublier. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, telle semble être la morale la plus appropriée pour le film : Green Fish, c’est dark.

 

Générique d’album-photos. Dès le début de son histoire, Mak-dong appartient au passé d’une certaine manière, il est figé. Inutile de courir, de se désarticuler, de fayoter pour son boss. La mort transforme la vie en destin écrivit Malraux, un autre ministre de la Culture. Bingo, Mak-dong, le petit fonctionnaire du crime aura une fin quelconque, sombre, délabrée, étroite, injuste. Ce film est le terrain d’un conflit des normes : entre le droit et le fait, entre la morale et le pis-aller, entre la dignité et l’immonde, quel justice, pour quel territoire, pour quel être humain ? Avec Mak-dong, la justice sera expéditive, directe, martiale. Dans les deux sens, peut-être même que la justice ne sera pas juste. Demandez à Antigone et à la manie qu’elle avait de fouiner au-delà du Code. Demandez à la chèvre de M. Seguin, ou à ce qu’il en reste, elle vous aurait répondu que Michel Audiard avait tout dit déjà : « quand les mecs de 120 kilos parlent, les mecs de 60 kilos se taisent et les écoutent » (Cent mille dollars au soleil).

 

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Il aurait dû y être sensible pourtant, ce modeste Mak-dong. Dès le début du film, en uniforme propret, il cherche à planter son petit coup de pression à trois mecs qui importunaient Mi-ae, sûr de son bon droit et de l’institution qu’il représentait. Mais la récolte est sèche : quelques mandales bien placée lui sonnent le tocsin ; la fin de l’ordre, de la géométrie, du droit. L’uniforme ne vaut rien dans le noir, personne ne la voit, seules les canines comptent. Premier avertissement donc. Mak-dong reste les yeux fixés sur son objectif : du bif. Pas n’importe comment, mais du bif quand même. La ville a bien changé tout de même, les immeubles ont poussé comme des champignons. Il ne reconnaît pas. Puis vient la confrontation avec à la police : son ami ayant grillé un feu rouge, le policier accepte de les laisser partir moyennant un bakchich. Le pote de Mak-dong a un billet trop gros, le policier lui dit qu’il va faire de la monnaie. Haha quel drôle de fauve celui-là ! Ainsi donc, dans l’état de nature, on rendrait la monnaie ? Quedal, le flic se casse avec. La clarté agonise alors de son dernier râle dans une franche rigolade : Mak-dong et son pote, hilares, prennent en chasse le policier pour qu’il leur rende la monnaie. Cette fois, l’uniforme est une proie. Ce sera le dernier coup de grâce, l’ultime révolution. Ensuite, plus rien ou presque, mais une chose est sûre : c’est sombre.      

 

C’est Mi-ae qui l’invitera dans ce gouffre, peut-être pensait-elle utiliser cette bonne poire comme un marchepied au début. Qu’importe, après un deuxième cafouillage, mené par le très grand Song Kang-ho, Mi-ae négocie pour lui une entrée dans cette fratrie de malfaiteurs. Le boss, Bae Tae-gon (Mun Seong-geun), l’embauche après un entretien laconique : il ouvre les jardins du chaos où seule la force préside aux destinées des pensionnaires. Il en a bavé Bae Tae-gon pour en arriver à ce niveau. Et son ascension s’est faite en respectant scrupuleusement le carnivore du dessus. Ah les jeunes, des petits poètes, ils veulent plaire, ils sont fous, on n’est pas sérieux quand on a 36 ans. Mak-dong est vif, un peu plus libre peut-être, mais la liberté est un placement à risque dans ce genre de milieu. Mak-dong tâtonnera, toujours dans le noir, pour se faire sa place. C’est qu’il apprend vite le petit. Et Lee Chang-dong sert des clairs-obscurs de papa ours : comme cette scène de discussion entre Mak-dong et Bae Tae-gon où seuls les visages se dégagent du noir. Bae Tae-gon, très stylé à ce moment là, raconte son histoire à la troisième personne. Nul doute qu’il est en train d’adouber Mak-dong, de le faire entrer dans son système institutionnel. Mak-dong ne peut plus agir en électron libre.

 

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Autour de lui, c’est la guerre : ça s’écrase, ça s’humilie, ça se rabaisse, ça s’empoisonne, ça se vend. Mi-ae, entre la murge et la chnouf, perdue dans espace infiniment clos, se laisse aller, résignée. Elle ne semble plus vraiment porter attention à ce milieu. Elle s’est complètement mise sous la protection de. Mais Mak-dong ne la laisse pas indifférente pour autant ; l’amour sera même, disons-le, naissant entre eux. Et puis plus rien. C’est ça le chaos : rien qui ne dure, quelque chose qui viendrait à naître s’anéantit dans le même mouvement. Le droit ne vaut rien ici, il n’y a pas de structure. La loi, c’est celui qui gueule le plus fort, ou met la claque la plus humiliante. Green Fish est l’histoire d’une particule dans un chaos. Lorenzino se mue progressivement en Lorenzaccio. Et lorsque, gonflé d’un courage d’adolescent, Mak-dong cherchera à honorer ses idéaux, ce sera la figure du père qui punira : chaque chose à sa place et une place pour chaque chose, mon petit.       

 

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Mak-dong aurait pu, aurait du même, s’appeler Mad Kong : le « Glorieux Fou », dans un mélange de chinois et d’anglais qui ne correspond pas si mal aux coréens. Comme souvent chez Lee Chang-dong, son film commence par un train, par un départ, une translation dans l’espace. Mak-dong vient de finir son service militaire et se prend pour un preux chevalier. Il défend une demoiselle en détresse et se fait casser la gueule par trois loubards. La fille est sauve, lui à terre entre deux compartiments et la scène résume bien la vie d’un type qui devra s’abimer pour avancer. Ses idéaux pour s’approcher de Mi-ae, ses doigts pour s’intégrer dans la mafia, et puis et puis. A la station suivante il descend pour se venger, un coup par derrière et un sprint, insuffisant, le train repart sans lui. Plus tard son futur patron lui demande s’il a un talent particulier, il sèche et Mi-ae répond : « Si si, il est bon à la course ». Ca tombe bien : courir il ne fait que ça, après l’argent, après l’amour, après  les trains, après son rêve. Parfois un sprint, parfois un marathon, en tous cas il y laisse des points de vie et se retrouve à Séoul, enrôlé dans un petit groupe mafieux dont le chef est maqué avec Mi-ae, celle-là même qui l’a aveuglé d’un foulard rouge alors qu’il respirait le vent de la liberté à la porte du train. Très symbolique.

 

miroir mon beau miroir 

 

Kong donc, parce que ce type un peu fou cherche la gloire. Oh pas une gloire de film américain, non, il veut simplement que sa mère arrête de faire le ménage chez les autres et que sa famille le regarde avec fierté. Très belle scène d’ailleurs que celle où il annonce à sa mère qu’il va désormais gagner de l’argent. Le plan est décomposé en trois parties et autant de façons de percevoir Mak-dong. Il y a tout d’abord ce reflet dans le miroir, Mak-dong se fait beau gosse et se regarde déclarer à sa mère qu’il va subvenir à leurs besoins, il est très fier de lui, il demande lui demande d’ailleurs s’il a du succès auprès des filles, c’est le personnage qu’il aimerait être. A la fenêtre son grand-frère, qui est un peu attardé, lui fait coucou, ou se fout de sa gueule, au choix. Au premier plan passe sa mère qu’il l’écoute d’une oreille l’air de dire « ça va on te connait mon petit Mag-donk, j’ai changé tes couches pour rappel ». Nul besoin de souligner qu’il s’agit du regard que sa famille porte sur lui. Enfin lui, masse insoluble qui n’est pas image, qui se cherche et se dévisage : il est filmé de dos.

 

Mad aussi, Kong l’est assurément. Il ne fait pas les choses à moitié le couillon. Un contre trois ? Même pas peur, et quand on lui demande de faire semblant d’avoir été blessé par un politique gênant, il se fracasse les doigts à plusieurs reprises sur la porte des toilettes. Avant cela, il s’était encore une fois dévisagé dans un miroir (on pourrait les compter, déjà dans le train…), histoire de tendre un peu plus vers cette image qu’il aimerait donner de lui-même. Un type déterminé.

 

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Un mot sur la réalisation. Green Fish est le premier film de Lee Chang-dong qui, pour rappel, est un écrivain de métier. Quand il débarque place du septième art il vient pour imposer son style. Depuis il est fidèle à ses premiers amours : il ne coupe ses plans que quand cela devient nécessaire, il n’embellit pas la réalité et quand la scène devient violente la caméra se calme. Il s’autorise même l’emploi de figures récurrentes par la suite : un personnage handicapé, un train, un pic-nic au bord d’une rivière, etc. Une très belle esthétique du coup de pression aussi, qu’il décline en plusieurs scènes et tout le monde y passe, du génialissime Song Kang-ho « mec t’as pas du feu » au retour du big boss qui claque des kèches en filant sa métaphore du petit chien. Tout ça, on en reparle plus bas, dans le top 10 des meilleures scènes du film et on finit en vous laissant méditer sur les paroles de cinéastes méconnus qui s’accordent bien avec la mélodie de Green Fish. Voilà pour la culture.

 

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« La violence est devenue, selon moi, un élément essentiel du scenario. Elle a une vraie nécessité dramatique. Je ne pense pas que les gens croient à un diable avec des cornes fourchues donc ils ne croient pas à un châtiment après la mort. Aussi la question devenait-elle, pour moi : à quoi les gens croient-ils ? Qu’est ce qui fait peur aux gens ? La douleur physique». Fritz Lang

 

« Au début, le plus beau compliment que l’on pouvait me faire, c’était de dire que j’avais créé de belles images. Aujourd’hui, si on me dit ça, j’ai l’impression d’avoir raté le film » Wim Wenders

 

« La première et la plus importante des leçons si l’on veut devenir cinéaste, c’est donc d’apprendre à s’établir en tant qu’auteur, d’apprendre à imposer sa propre vision sur le film » Emir Kusturica

 

« Ce n’est pas parce qu’on tourne une scène violente que la mise en scène doit l’être » Bertrand Blier

 

 

 

Bonus :

 

Devoirs à la maison de prof Joy Means Sick.

 

Dans vos agendas vous notez une dissertation de deux copies doubles avec une marge supplémentaires de trois carreaux. Le sujet : Peut-on raisonnablement penser qu’il existe un lien entre Green Fish et A Bittersweet Life de Kim Jee-woon ? Pour vous aidez, et parce qu’il faut remonter la moyenne de la classe, quelques pistes de réflexions :

- un saule pleureur clôt Green Fish un autre ouvre A Bittersweet Life. (mettre les images des deux films)

- le personnage principal est amoureux de la femme de son patron qui finit par le trahir (justement au moment où Mak-dong devient tueur, comme Sunwoo)

- les paroles qui ouvrent le film de Kim Jee-woon à mettre en rapport avec le rêve de Mak-dong qui se réalise après sa mort : « Une nuit d’automne, le disciple se réveilla soudainement en pleurant. Alors le maitre lui demanda : As-tu fais un cauchemar ? Non.  Alors as-tu fais un rêve triste ? Non, dit le disciple. J’ai fait un beau rêve. Alors pourquoi pleures-tu autant et si tristement ? Le disciple sécha ses larmes et répondit d’une voix calme : Je pleure parce que le rêve que j’ai fait ne peut pas se réaliser…. »

Tout ça en sachant que Kim Jee-woon appartient à une autre génération. C’est à rendre pour la fin de l’année.

 

Et je mets un 20 à celui qui m’explique ce que veut dire « sieddo samunoie bojaeddio ».

 

 

 

Top 10 arbitraires des phases les plus marquantes du film.

 

1 – Mak-dong qui rate le train, on en a déjà parlé, pas mal le travelling au raz du sol au passage (vidéo 1 / 5’03).

 

1 – Mak-dong et son frère qui poursuivent les flics pour qu’ils leur rendent la monnaie sur leur bakchich (2 / 6’07).

 

1 – La première entrée en boite, la lumière rouge, le visage de Song Kang-ho, les alternances de vues subjectives et d’entrées de Mak-dong dans le champ (3 / 1’05).

 

1 – Song Kang-ho / Pan-su qui demande du feu à Mak-dong après l’avoir gratifié de l’un des plus beaux high-kick du cinéma (3 / 5’30)

 

1 - « Turn the music on » puis le sous chef parle à l’oreille du boss qui dévisage Magdonk en se marrant. Lui les fixe le nez encore en sang avant que son regard ne soit inévitablement attiré par Mi-ae qui s’est mise à danser. Tout est dit et sans un mot. De la sobriété au cinéma par Lee Chang-dong (4 / 6’35).

 

1 – Mak-dong en mode Mad Kong qui lâche un coup de pression pas si gratuit à un mauvais chanteur de karaoké, tapotage de cotes et insultes devant les filles compris, comme au collège (5 / 2’38).

 

1 – Song Kang-ho qui crame au briquet les parties génitales d’un diacre impliqué dans une relation adultérine (c’est quand même plus efficace que cent Ave Maria) (7 / 6’20)

 

1 – Le piquenique, l’explosion du cercle familial et les ronds de la voiture de Mak-dong (9 / 0’00)

 

1 - « To make dream come true, I’ve climbed from the bottom to the top here ». Bae Tae-gon à quelques centimètres du vide, boss fatigué et contesté, du haut d’un immeuble de plusieurs étages, le regard plongé vers le bas. (10 / 6’47)

 

1 – Et bien sûr le combo ultime, « votre braguette est ouverte », viens là que je te surine et je sors des toilettes sur du Corona : I don’t wanna be a star ! (11 / 0’00).

 

On aurait aussi pu mettre : le chassé encaissé par Song Kang-ho, son coup de pression dans le parking, la distribution de patates signée Bae Tae-kon, celles qu’il encaissent face au big boos, la poursuite de la poule, Mad Kong seul contre tous qui vient laver dans le sang l’honneur du Mi-ae interrompue en pleine chanson …

 

 

Corona I don’t wanna be a star. Et là c’est technique, on vous a déniché la version utilisée dans Green Fish, le Lee Marrow E.U.R.O Beat mix qui était sur le CD deux titres à l’époque. Lee Chang-dong ? Un homme de goût.

 

  

 

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir. Voici Le Doulos, un film de Jean-Pierre Melville, datant de 1962. On vous aurait bien mis Razzia sur la Chnouf, un des titres les plus poétiques du cinéma français, mais on l'a pas trouvé ! Tant pis, au lieu de Ventura et Gabin, ce sera Reggiani et Belmondo

 

 

Bon et attention, là on va prendre une petite chicane qui va nous faire passer de Lee Chang-dong à Jim Jarmush, un autre type très sympathique. Prêt ? Alors vous me dites Green Fish, je dis poisson. Voyons voir, poisson, je dis Arizona Dream, dont j'extrais la B.O et soustrait ce titre d'Iggy Pop :   

 
Très bien, j'ai donc maintenant Iggy Pop, je l'élève au carré, je factorise par Tom Waits et j'obtiens une scène mythique de Coffee and Cigarettes, le film de Jim Jarmush :

 
Et pour finir, le poème original de Prévert:
Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras
 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 22:48

Fiche technique (sélective) :


Réalisation et scenario : Lee Chang-dong, récompensé par le prix du scenario sur la Croisette, sujet de nos admirations les plus sincères.

 

Casting : Jeong-hee Yoon (Mija), parisienne depuis sa retraite au milieu des années 90… Un retour aux affaires tonitruant. Coquette et naïve, jamais dépassée pourtant, un personnage d’un autre temps.

 

Les passages en italique entre guillemets sont extraits d'une interview de Lee Chang-dong donnée à l'Huma : cliquez ici

 

affiche-poetry

 

Mija a 65 ans. Enfin non, 66 précise-t-elle coquettement au médecin. Elle a mal à l’épaule, c’est comme… comment dit-on déjà… de l’énergie… de l’électricité. Oui c’est ça, comme si de l’électricité traversait son bras. Ces derniers temps Mija a du mal à retrouver certains mots. Mija porte des robes à fleurs un peu kitschs, Mija a des yeux qui pétillent et un sourire qui brisa bien des cœurs. Elle appartient à un autre temps Mija.  Elle s’en rend compte chaque fois qu’elle essaie de comprendre Wook, le petit fils qu’elle élève seule, l’adolescent sale et malpoli qui mange des chips devant la télé et met sa musique trop fort. Elle vit dans un autre monde cette belle grand-mère, un monde où poésie rime avec beauté. Elle aime les fleurs, elle aime regarder son petit-fils manger. Un jour, elle s’inscrit à un cours de poésie. Mais la vie la rattrape sans lui apporter de bouquet de roses : son petit-fils a participé à un viol collectif qui a entraîné le suicide de la victime. « Rien d’agréable en effet ». Alors elle cherche à comprendre et enquête à sa façon, avec un cœur de poète qui peine à produire des vers.

 

Poetry commence par une rivière. Un beau sujet la rivière dans le cinéma coréen, on y reviendra. Conscient que les premières lignes de son poème doivent être parfaites, l’ami Lee se fend d’un fondu superbement lent, un effet éblouissant dans tous les sens du terme. Puis il enchaine les plans comme des tableaux avec une unité de temps religieusement respectée. « Il ne faut pas enjoliver. Ce qu’on voit sur l’écran est ce qu’il y a de plus proche de ce qu’on voit dans la réalité. » Voilà, ça commence par des scènes où durée réelle et durée fictive se confondent. Beaucoup de plans séquences aussi. A 56 ans, Lee Chang-dong sait prendre son temps et nous pousse à être attentifs aux détails, à nous ouvrir. Tout ça le professeur de poésie l’expliquera plus tard et, comme dans toutes ses interventions, il sera très juste. Il s’agit de « voir vraiment ».

 

poetry

 

 

« Je m’intéresse plus aux situations qu’à l’anecdote. Quand je fais un film, la question qui me taraude, quel que soit le personnage ou l’événement, est l’idée du film. Ici, la question est : jusqu’à quel point une ligne de texte peut-elle changer la réalité ? ». Quelques réponses dans le film : ces lignes de texte dessinent des fuites et des boucliers rouge sang comme les amarantes. Finalement elles se mêlent à la réalité et aident Mija, et son estomac peuplé d’enzymes fatigués, à la digérer.

 

Lee Chang-dong n’a peut-être pas de flingue à la ceinture mais quand il parle, on l’écoute. Alors s’il dit que la question du film, ce sont les lignes de texte, on ne peut qu’acquiescer. Mais autour de la poésie, il y a un thème qui au fil des minutes se veut de plus en plus central et finit par se tordre, lui aussi, en point d’interrogation. Le conflit des générations.

 

Des questions, on pourrait aussi en poser à Lee Chang-dong. Pourquoi a-t-il tenu à l’écart toute une génération ? Son histoire comporte une grand-mère et un petit fils, la mère est absente. Ces gens qui travaillent, ces adultes dans la force de l’âge, n’ont pas le temps pour la poésie. « Ecrire de la poésie… Pourquoi faire ? ». A chaque problème ils veulent une solution. Une solution oui, la solution non. Cette solution c’est souvent l’argent et pour la pauvre Mija c’est un problème. La quasi-totalité des personnages dont l’âge est compris entre 25 et 55 ans résument la vie à une équation mathématique qu’ils veulent simplifier au maximum pour atteindre un résultat convenable dans ses approximations. Les autres sont inscrits au club de poésie. Ce n’est pas par hasard que Lee Chang-dong est allé chercher l’éblouissante Jeong-hee Yoon, elle aussi appartient à une autre génération.

 

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Sur l’écran l’opposition entre le nouveau et l’ancien éclate au détour d’un plan, à la faveur d’un dialogue, à la merci d’une scène. Elle est tout d’abord incarnée par les personnages de Mija et Wook. Opposition ou incompréhension, et un dialogue sur les téléphones portables dans la salle du trône du sieur Wook, la cuisine de sa dévouée grand-mère. « Il est chef ». Un plan, celui de l’inscription au cours de poésie. Dans la salle du fond des jeunes filles exercent leurs jeunes corps à des danses qui n’ont de traditionnelles, celle des clips MTV. Cette musique envahissante on la retrouve quand Mija tente de se concentrer sur sa pomme, de la voir vraiment, d’en extraire quelques vers que l’on servira à la poésie. Dans sa chambre Wook écoute Fun Radio à fond, enfin la version coréenne. D’invasion il est encore question quand Wook invite ses potes dans sa chambre. Pas de quartier, terre brulée, il ferme la porte à clé et enferme sa grand-mère à l’extérieur de son monde.

 

Mais tout ce qui s’oppose se rencontre et les liens entre le vieux et le jeune âge sont nombreux. Quand on demande à Mija pourquoi la poésie, elle parle de l’école primaire et des prophéties de sa maitresse d’alors. Entre cet épisode et sa vie actuelle, un vide sidéral, l’âge adulte aussi appelé âge de raison. « Elle était petite et moche, je me demande pourquoi ils ont fait ça » s’interroge l’un des pères des adolescents. « En ces temps où la poésie agonise… »

 

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Selon les mots fameux que l’on peut glaner ici et là, la rose est sans pourquoi. Elle ne dure qu’un matin. Elle pousse sur du fumier. Poetry, n’est-ce pas. La rose, triste lieu battu et rebattu, ouvre la voie au paradoxe de la poésie. Réclamée en tout point, présente nulle part. La poésie n’existe pas, il n’y a que des moments poétiques. La poésie est une limite incertaine, mais néanmoins souhaitable, à l’élan et au travail poétiques qui seuls subsistent. Poetry n’est pas la poésie, c’est l’écriture d’un poème. Booba : « mon rap, un poème sans poésie ».  

 

Mija et son poème. Le poème ne viendra pas à elle, elle ira au poème. L’écriture est un cheminement, tortueux, qui emplit l’outre corporelle d’images, de perceptions, de sensations, de sentiments. Poetry est un retour, une incantation. Un pont, une rivière et ses berges se répètent chez Lee Chang-dong. En son for intérieur, Mija vibre. La recherche poétique implique une vibration, un retour sur soi qui donne l’impulsion à un dépassement. Mija recherche son poème, elle s’inscrit à un cours de poésie. Mais Mija, atteinte d’Alzheimer, perd ses mots. Aïe. Ma pauvre mère, c’est le monde qui se dérobe pour toi. Les verbes resteront, ils forment le témoignage de ton corps, mais les mots... Il s’agira donc de se réapproprier les choses, de façonner le monde à son image. On s’attardera sur les fleurs, les abricots juteux. L’esprit se reflore, le sens nouveau des mots remontera à l’existence. L’élan poétique est toujours une vibration. Mija pointera du doigt : etetet. Belle accumulation poétique se soustrayant à l’autorité du « est ».       

 

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Quitte à subir les interventions égrillardes d’un policier, quitte à supporter un petit-fils violeur, quitte à chanter la beauté de fleurs en plastique, autant se retrouver un instant dans la nature, s’asseoir, attendre la pluie, entendre les feuilles frissonner. Pour Mija, Lee Chang-dong réduit les bruits pour ne faire émerger qu’un seul son, éclatant. Le professeur de poésie l’exposait brillamment : le poète, c’est quelqu’un qui voit, qui écoute, qui perçoit. Avec ou sans la fée verte, le troisième œil du poète se cogne contre le fond des objets ; il se noie dans leur profondeur. Le poète ne dit pas ce qu’ils sont car on ne saurait épuiser un être. Mais, juste un instant, avoir une sensation qui ébranle le corps. Le cosmos est néantisé, l’attention est toute entière tendue vers ce cri, cette fulgurance, ce déchirement.

 

Mija s’accroche pourtant à une idée de la poésie. Elle n’est pas grivoise, elle n’est pas simple, elle n’est pas abjecte. Et pourtant, inconsciemment, le travail poétique se fait à partir de son quotidien, pénible. Mija demande comment avoir l’inspiration, les réponses sont empruntées. Seule encore, presque prophétique, surgit la réponse du professeur de poésie : « le plus difficile n’est pas d’écrire un poème, le plus difficile, c’est d’avoir envie d’écrire un poème ».  L’instant poétique ne réside pas uniquement dans ces fleurs, dans ce soleil, dans cette pomme, dans ce chant d’oiseaux. L’inspiration, c’est se verser dans le cosmos, dans tout ce qu’il contient de grand, de fort, de faible, de salé, de triste, d’innombrable. C’est une évacuation. Le récipient se remplit doucement, puis il est plein, et il déborde : l’inspiration est toujours une urgence. Elle s’impose, elle est évidente. Il fallait que ce soit cette phrase, ce mot, cette virgule, ce souffle. L’inspiration est un soulagement, enfin. Le poème était suspendu, il allait tomber, il fallait qu’il tombe. Reste l’évènement, le déclic. Le moment de la réconciliation. La grande difficulté du poème, c’est la défaillance du langage.

 

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Ecrire un poème, c’est miser sur le plus grand diviseur commun à l’humanité. Donc, frapper tous azimuts : on se souvient du purin, du viol, de la maladie, des injustices. Les grandes œuvres se moquent des petites peines. Les grandes œuvres répondent au monde, elles parlent pour les animaux.   

 

Enfin, Mija accouchera de son poème. Dans la Valse de pantins de Martin Scorcese, Robert de Niro accouchait finalement de son sketch. A contextes différents, l’idée reste la même. A mort la poésie des marguerites, la poésie qui n’en est pas. Mija écrit un poème à son image, à l’image de l’humanité.

 

Poetry, à notre sens, est un film qu’il faut laisser décanter, sédimenter, comme un bouquin de Zola. Il fait partie de ces films qui sont toujours bon à voir, même si on a l’impression de s’ennuyer en le visionnant. Au bout du compte, il en reste toujours quelque chose de bénéfique, un lointain souvenir nostalgique.

 

« Les films qui tentent de répondre à ce genre de questions apportent des réponses fausses. Prenez les films hollywoodiens, la justice sort toujours victorieuse. Ce n’est pas avec ce genre de films que la justice peut progresser. Je ne suis pas sûr de ce que je veux vraiment. Que le public qui rencontre le film sorte transformé même si c’est de façon minuscule et invisible. Qu’il n’oublie pas le film et que celui-ci le travaille, même si ce n’est qu’un petit peu. »

 

Sans Congo & Joy Means Sick

 

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BONUS

 

 

Conférence d’Yves Bonnefoy sur la parole poétique.

Le grand poète livre sa réflexion sur la parole poétique, une conférence très instructive, pour ceux que ça intéresserait. Nous retenons ce lien car il semble que la démarche de Lee Chang-dong dans son film est assez similaire à ce qu’explique Yves Bonnefoy. Une strophe comme : « Et si nue devant eux // Etait l’étoile, // Si proche était ce sein // Du besoin des lèvres », ça vous classe un homme parmi les beaux gosses du Verbe.

 

 

 

 

 

La remarque du professeur de poésie, à propos des pommes, sur la réalité des pommes, etc. nous a fait pensé à Magritte, alors voilà pour la révision des classiques :


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Un tour de son œuvre : sur Sinnerman de Nina Simone, sympa

 


 

 

 

Mother de Bong Joon-ho avec qui le dialogue est profond (mais on ne peut tout dire dans l'article), trailer:

 

 

 

 

   

K’naan “Never let them see you down smile while you bleeding”, petit clin d’oeil au type qui explique qu’il n’a pas de souvenirs heureux, il sourit en permanence. K'naan, lui, vient de Mogadiscio, c'est dire s'il sait de quoi il parle.

 

 


 
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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 21:17

 

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Failan (2001), film de Song Hye-sung (Song Hae-sung).

 

A ma gauche, Choi Min-sik. Poète. Lutteur. Révolutionnaire. 96 tonnes de style. 4500 bars de pression. Moulin à claques. Turbine à gaz innervant. Interprète à ses heures. Prologue du Patrimoine mondial de l’Humanité. Monument historique. Stade olympique. Point de jonction entre la place Tian’anmen et l’avenue des Champs-Elysées. Etoile filante. Centrale nucléaire fabuleuse. Antichambre du Verbe. Dernier jour du monde.

 

A ma droite, Le Mélodrame classique. Pesant. Cruel. Infantilisant. Rigide. Opium discount du peuple. Intersection entre la bureaucratie soviétique et le libéralisme dictatorial. Fils d’une Chungmuro en putréfaction et d’une joyeuse enfilade d’apparatchiks cupides. Lourdeur faite bobine. Pellicule insipide. Aberration scénaristique. Faute de grammaire. Ver de terre amoureux d’une étoile. Douloureusement. Péniblement pénible.

 

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Le ring c’est Failan (2001), un film adapté de la nouvelle de Jiro Asada, La Lettre d’amour. Il s’agit de l’histoire de Failan (Cecilia Cheung), une immigrée chinoise qui débarque en Corée du Sud pour rejoindre sa tante. Malheureusement pour elle, on lui apprend que sa tante s’en est allée au Canada. Elle se retrouve donc comme un poireau sous l’Epée de Damoclès du rapatriement en Chine. C’est à ce moment là que Kang-jae (Choi Min-sik), petite frappe négligeable,  entre dans l’arène : il accepte, moyennant rétribution, de faire un mariage en blanc pour que Failan obtienne un permis de travail. Ce pauvre type est par ailleurs empêtré dans une existence plutôt pourrie : membre d’un gang, son boss (Kong Hyeong-jin) lui demande d’endosser la responsabilité d’un meurtre qu’il a commis. Après plusieurs hésitations, Kang-jae accepte d’aller en prison pour lui contre sa promesse de lui offrir un bateau. Mais entre-temps, Failan se rappelle au fin fond de sa mémoire : on lui annonce sa mort. Dure corvée, il va devoir identifier son cadavre alors qu’il ne l’a jamais vue. Ce voyage est pour lui l’occasion d’une certaine forme d’introspection.

 

Le promoteur du combat semblait pourtant être un honnête gentilhomme, un certain Song Hae-sung. Vraiment, un chic type vu de loin. C’était en fait un tricheur, adepte d’une espèce de triche insupportable. Nous l’avons appris à nos dépens. L’arbitre était bien évidemment de mèche. Ils se sont fait un paquet de thunes sur le dos de braves gens. Les gants rembourrés de plomb, la carcasse piquée aux stéroïdes, le Mélodrame classique eut raison de Choi Min-sik au terme d’un combat tendu de bout en bout. Retour sur un scandale honteux.

 

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Le cinéma mélodramatique sud-coréen est né dans les années 60 sous la dictature militaire avant d’être entretenu durant une quarantaine d’années comme on choie une courtisane. A partir de cette décennie, les régimes dictatoriaux successifs font des mélodrames les cohortes disciplinées du cinéma institutionnel de Chungmuro (l’équivalent d’Hollywood en Corée du Sud). Loin de nous l’idée de réduire Failan à cette catégorie de film, laquelle vivote laborieusement depuis la transition démocratique. Pourtant, certains éléments de structure très prononcés s’affichent effrontément dans le film, à des degrés divers, ce qui nous fait dire que le mélodrame classique a entraîné des lésions lourdes dans la psyché d’un certain nombre de padawan-cinéastes sud-coréens.  

 

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Si on prend Failan, et qu’on lui soustrait Choi Min-sik (soit 70% du film), il reste un terreau, un petit appendice orphelin qui cherche tant bien que mal à rejoindre la tribu du Mélodrame classique. Comment le reconnaît-on ce petit poupou ? On le reconnaît à son premier trait : le caractère de réalisme décoratif. On a d’un côté affaire à un petit village bien propret, rangé, doucement enneigé, dans lequel Failan travaille comme blanchisseuse. De l’autre côté, le quotidien de Kang-jae est crade, entassé, congestionné, vétuste. Les univers sont à leurs images. On est dans un expressionnisme bas de gamme. Plus haut et plus fort, cet expressionnisme devient carrément trivial à la lumière de la réduction du jeu des acteurs au niveau d’une équation parmi les plus rigolotes : un plan = une émotion = une expression. Si Choi Min-sik est évidemment immunisé contre les directives du scénario, le boss du gang et Failan semblent s’en délecter. En particulier le personnage de Failan. Elle est passive, effacée, son visage est presque toujours celui de la soumission ou de l’incompréhension. D’aucuns appelleront cela une interprétation intériorisée. Certes, mais c’est quand même limité. Au-delà de l’expressionnisme de comptoir que l'on nous propose, le mélodrame classique se distingue par les remugles du misérabilisme condescendant qui en émanent. Ici encore, Failan n’est pas en reste. La répétition des coups du destin (tante partie au Canada, maladie, arrestation de Kang-jae) sont comme une manière de faire comprendre que les carottes sont cuites et qu’on est condamné à souffrir. On cherche à faire émerger des « martyrs exemplaires » qui se casseront les dents contre les barrières sociales. Ajoutez à cela la soumission principielle de la femme et Failan cumule alors un gros paquet de points d’handicap sur la ligne de départ de la vie. Juste ce qu’il faut. Les merdes ont lieu hors-champ bien sûr, comme la mort de Failan par exemple. La caméra s’échappe bien vite des situations tendues en prétextant lâchement des travellings vers le haut, comme pour fuir la misère « triste et sale » afin de parvenir à la pureté méditative céleste. Pour le reste, on ne parle pas de la musique, du noir et blanc, des plans pris au travers des vitres, etc. Tous ces éléments ont fait la fortune du mélodrame classique. Ce cinéma un genre abject qui prend les gens pour des cons. L’idée sous-jacente est celle d’une suite d’épreuves immuables et surnaturelles que le héros doit surmonter, sans le pouvoir, pour atteindre une forme de Rédemption. A l’époque, on voulait faire oublier que le pouvoir avait été usurpé au peuple, d’où le recours à cette forme de fatalité qui cajolait l’inertie caractérisant naturellement une bonne partie de nos organes. Voilà, c’est contre tout ça que Choi Min-sik se bat.  

 

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Il n’est pas vraiment aidé par le personnage qu’on lui lègue d’ailleurs. Enième petit gangster foireux pris dans des rapports de forces pour un oui ou pour un non, il doit identifier le cadavre de Failan, officiellement sa femme. On voit au fur et à mesure que ce mec, c’est un héros et un lâche, comme tout le monde. Il s’écrase lamentablement, puis se bat courageusement. Il s’invente des quêtes d’honneur, des questions de principes, tout en passant à côté du système. Son donquichottisme amateur ne dure jamais très longtemps, mais juste assez pour comprendre que ce n’est pas un type à ployer sous les anathèmes discrets de la fatalité. En acceptant d’aller au trou à la place de son boss, (il l’appelle bourré, confirmant l’axiome statistique selon lequel il ne vaut mieux pas utiliser son téléphone portable à partir d’un certain niveau d’alcool dans le sang), il laisse surgir la tare qu’il porte : la détestation de soi. Il se hait, mais ce n’est pas de la poésie, c’est très fin. Il se déteste parce qu’il a intériorisé en lui tout ce qui le révulse dans le monde extérieur. Et c’est Choi Min-sik qui joue tout ça.   

 

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Cette hypothèse de l’intériorisation permettrait d’introduire une piste divergente dans la relation à distance entre Kang-jae et Failan. On pourrait dire rapidement que c’est une histoire d’amour, une sorte de relation à distance temporelle et spatiale. On pourrait même dire que c’est l’histoire d’un ratage cosmique en reprenant l’idée de la nouvelle d’Henry James, La Bête dans la jungle. On concluerait alors que Kang-jae est triste parce qu’il a raté sa vie, il a raté la vie qu’il aurait pu avoir avec Failan. Cela ne semble pourtant pas solide. Kang-jae intériorise une haine qu’il porte au monde extérieur, ce qui se transforme en haine de soi. L’histoire de Failan est pour lui l’occasion d’une catharsis. Son évocation et son parcours lui enlèvent littéralement la tumeur de fiel qui le ronge. Cela le rend plus léger, plus serein; il a enfin confiance en lui. Et il en va de même pour Failan, lorsqu’elle bâtissait l’idée qu’elle se faisait de Kang-jae sur une photo d’identité de dandy. La photo est une raison de vivre, un prétexte, elle n’est en aucun cas le fondement d’une histoire d’amour réelle. Dans les deux cas, les photos ont un effet auto-réalisateur : ce sont des miroirs renvoyant chacun à lui-même et à ce qu'il désire profondément.  

 

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Durant la Seconde Guerre mondiale, les Américains bombardaient à la tonne et ratissaient large dans la mesure où ils jouissaient d’un arsenal de guerre quasi-inépuisable. Les pilotes de la Royal Air Force Britannique, moins bien lotis en armement, durent gagner en précision et en bravoure pour ne pas gaspiller leurs munitions, fait qui a participé de leur renommée légendaire. Si Choi Min-sik avait été un pays, il n’aurait eu qu’une seule bombe, et cette bombe, elle aurait été délicatement déposée au-dessus du palais d’Hitler. Straight to the point tout en sobriété. Parlons-en de bombes. Dans ce film, Choi Min-sik entrouvre les portes d’une élégance épurée inversement proportionnelle à celles des blousons Bombers qu’il se trimballe sur les épaules. On ne parle plus du personnage, on parle de l’acteur. Les plus grands acteurs sont peut-être paradoxalement les personnes les plus pudiques qu’il peut nous être donné à voir parce qu’au fond, ils n’ont jamais rien fait de plus que jouer leur propre rôle.

 

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Leur propre rôle apparaît clair comme dans de l’eau de roche à condition de jouer un certain type de personnages. Ce sont des petits médiocres qu’il s’agit. Les petits nuls, les n’importe qui, avec leurs petites affaires, leur petit boulot, leur petit auto. La grandiloquence flatte les mauvais acteurs, les charlatans, les fainéants. Les grands acteurs subliment l’insignifiance, ils la rendent héroïque. Ils la remplissent de tout ce qu’ils sont, ils débordent la quotidienneté; ils brisent, par une retenue impériale, les séries existentielles perdues d’avance qu’on leur impose. Des exemples, on vous en donne à la pelle : Jean Gabin dans Rue des Prairies (Denys de La Patellière), Max Von Sydow dans Les Fraises Sauvages (Ingmar Bergman), Toshiro Mifune dans L’Idiot (Akira Kurosawa), Al Pacino dans Panique à Needle Park (Jerry Schatzberg), Robert de Niro dans La Valse des pantins (Martin Scorsese), et on en oublie …   

 

C’est à partir de là qu’on commence à ressentir cette sensation assez incompréhensible d’attachement envers un acteur. Choi Min-sik est très largement de cette trempe. Il fume ses cigares, envoyés par Fidel Castro himself, dans le club très fermé des « Acteurs à Mille Mille de Toute Terre Habitée ». Juge de proximité incorruptible, rigoureux jurisconsulte des extrêmes, il porte pendant le film un regard de Macédonien sur le cours des choses. Choi Min-sik est au cinéma ce que Zinédine Zidane était au football : une exigence infinie au service d’une idée simple.  Une âme trop grande pour un corps trop faible. Quelle classe putain.

 

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La fin du film est bête et méchante. On ne va pas la gâcher pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu (on vous rappelle que vous pouvez le voir en cliquant ici). Franchement, c’est dégueulasse. L’injustice seule ne saurait faire la tragédie.    

 

 

 

Bonus :

 

  • Puisqu'on parle de boxe. Le 15 avril 1985, à Dallas, Marvin Hagler et Tommy Hearns se retrouvaient sur un ring. Ils ne s'aimaient pas vraiment. A un point tel qu'on a baptisé leur combat "The war". Un combat référence dans l'histoire de la boxe anglaise.

 

 

  • Pour approfondir sur la notion de mélodrame classique, on vous conseille la lecture du livre d'Antoine Coppola, Le cinéma sud-coréen: du confucianisme à l'avant-garde. Le livre est partiellement disponible sur google books : cliquez ici.

 

  • Et pour finir, voici deux interviews très sympas. La première est de Marlon Brando, qui parle en français et aborde différents sujets. La seconde est de Klaus Kinski, qui rembarre vite fait bien fait une journaliste qui faisait banalement son boulot. Attention, la grosse quantité de classe qui irradie ces vidéos peut causer des perturbations à votre connexion internet. 

 

 

 

 

Sans Congo

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