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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 20:21

 

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A Holiday in Seoul, Lee Yong-min.

 

Nam Hi-won (jouée par l’actrice Yang Mi-hi) est une obstétricienne à l’hôpital Venus – ça ne s’invente pas –. Son mari, Son Jae-kwan (No Neung-geol) est un journaliste. Séoulites, cela va sans dire, le couple est dans la quintessence de cette nouvelle classe sociale argentée dont les réalisateurs comme Han Hyung-mo ou Shin Sang-ok esquissent dans les années qui suivent de gourmands archétypes. Ils décident de passer une journée de congés ensemble – d’où le titre du film –.

 

Comme souvent, le film est introduit par une séquence en forme de prémices, durant laquelle on découvre un personnage secondaire, vieux soudard accoutumé aux nuits passés à dormir sur des bancs publics. Le contraste est volontairement accentué en vue d’introduire la demeure cossue et bourgeoise des époux. Comme une rupture désinvolte des règles du récit, le fils de ce vieillard, d’allure modeste, donne à la camera le montant du salaire de son père. Plus tard dans le film, on parlera de cravate coquette représentant la moitié d’une année de travail du bougre. Histoire que chacun reste à sa place. En surplomb, la voix du narrateur-moralisateur s’étonne de ce que les gens se lèvent tard.

 

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En attendant, les époux commencent la journée comme des ados attardés coincés dans des corps d’adultes. Ils se figuraient, lambinant autour d’un programme proto-hipster dont ils prenaient un plaisir louvoyé à retarder le départ, de resto en ciné, de ciné en shopping. Lee Yong-min étale en l’espace d’une séquence une réussite insolente et lourdement fardée. Lorsque Hi-won détaille par le menu le riche programme qu’elle a concocté, elle met son couple en scène : son programme est le programme d’une classe sociale. On se prendrait presque à regretter le compte instagram qu’ils ne peuvent pas encore alimenter.

 

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Envoyés extraordinaires et impuissants d’une classe qui émerge, le couple vit sous filtres, une dizaine tout au plus. Ce qui donne, à l’aspect catastrophique que le réalisateur a souhaité introduire dans cette belle journée tranquille, un caractère courtois et convenu. C’est un film très propret, très tranquille, un film qui ressemble à un grand magasin d’électroménager en zone industrielle à la sortie d’une grande ville de province.

 

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Alors évidemment, A Holiday in Seoul montre ce à quoi on peut prétendre lorsqu’on est suffisamment touché par la grâce – et peut-être déjà, par le pouvoir en place –. En dehors de la trame du scénario, il donne l’impression d’enchaîner les postures-clés correspondant à une pièce très enviable de l’échiquier social d’alors. En ce sens, les personnages semblent très vite ne plus s’appartenir, s’effacer, se recroqueviller avant de muer en principes d’expression d’un mécanisme finement réglé, enduit de ce que le zeitgeist pouvait légitimement accepter. Entre autres : jouer les hidalgos burnés en chantant O sole mio à une mijtonneuse dont on veut pécho le 06. Pour tout le reste, c'est un peu comme Capital sur M6 : l'argent dont vous rêvez mais que vous n'aurez jamais. 

 

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Tout roule, tout glisse dans A Holiday in Seoul. On y vit une journée dans et avec, avant de saluer tout ce beau monde en se promettant de reprendre contact prochainement parce que, quand même, elle était très sympa cette idée de prendre un thé glacé ensemble en terrasse. Ce sentiment jette le trouble sur l’intention véritable du film. S’agissait-il de montrer Monsieur et Madame Tout-le-monde dans sa petite médiocrité quotidienne ou, à l’inverse, avait-on à faire à une fiction complètement assumée. Des éléments abondent dans le sens des deux thèses. Le réalisme se verrait soutenu par le fait qu’une large part de ce film n’avance pas, stagne, et se contente d’observer le grand jeu de la société où médisance, envie et conformisme trônent comme des trophées dans le palmarès du parfait petit bourgeois. A l’inverse, la fiction et l’imaginaire sont entretenus par les péripéties – modestes somme toute – des principaux personnages, que la malveillance des pairs et le cours de circonstances contribuera à éloigner, avant de les voir se rapprocher à la fin du film pour ponctuer cette – ouf ! – journée terriblement exaltante qu’on ne manquera pas de raconter à nos amis, parce que franchement hein, franchement là c’était super sympa.

 

Dans cette belle toile soyeuse et régulière, deux personnages tranchent par le désespoir qu’ils portent : une femme qui est devenue folle en raison de la perte de son fiancée, et un homme riche et avancé en âge que sa jeune femme mène par le bout du nez – et qu’est-ce qu’elles sont matérialistes les femmes dans ce film ! –. Ils supportent chacun une peine qui fait tache dans l’harmonie forcée qui les entoure. Ces deux sentinelles sont pratiquement des vigies au service du jeune couple – ils sont confrontés à eux au cours de leur journée –. Finalement, leur mal-être apparaît comme authentique là où tout le reste n’est que théâtre.

 

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Pour tout le reste – hommes et femmes confondus, le réalisateur semble au moins équitable sur ce point – c’est coup de putes et mauvaises langues. Entre les deux, le couple heureux cherche sa voie. Il penchera en faveur de l’authenticité, of course. Finalement, le monde qui est décrit est assez dur en dépit des apparences, probablement parce qu’il semble dire que tout n’est qu’apparences, apartés et épiements.

 

 

Dépassant la fiction, et bien authentique elle aussi, la traditionnelle baston bien sentie où on peut apercevoir, entre autres réjouissances, étranglements généreux, corps à corps langoureux, chassés énergiques et une manière très audacieuse de tenir quelqu’un en joue avec un pistolet. Ah ! S’il y a bien un domaine dans lequel le cinéma sud-coréen ne nous décevra jamais, c’est bien dans la franche et virile camaraderie ! 

 

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 21:10

 

Yangsan-Province-K-Movie

 

Yangsando de Kim Ki-young (1955)

 

C’est dans un charmant petit village du Gyeonggi que se noue le marivaudage fatal du deuxième film de Kim Ki-young, Yangsando. Ok-ran (Kim Sam-hwa) et Su-dong (Cho Yong-soo, acteur remarquable), de jeunes et modestes villageois, sont promis l’un à l’autre. Ils coulent des jours heureux à s’acoquiner de rivières en rivières, l’une minaudant la vertu, l’autre l’abstinence. Égrillards à souhait, les deux tourtereaux vont du Charybde au Scylla soft porn que pouvait légitimement accepter la Corée du sud des années 50.  

 

 

 

Seulement voilà, un sale gosse teigneux, pourri et gâté apporte son lot d’emmerdes. Il s’agit Mo-ryong (Park Am), archer habile et fils de lettré qui s’entiche de la petite Ok-ran. S’ensuit un ménage à trois qui confine de manière inexorable au tragique. Mainmise tranquille de la fonction publique confucéenne, comportement abject d’un chiard gavé de certitudes séoulites et des hectares que compte son domaine, pauvres paysans aspirant à une vie tranquille : tous les ingrédients sont réunis pour laisser place à ce que le cinéma sud-coréen a de pire à vous offrir, le mélodrame. Divine surprise, les chassés-croisés amoureux entre les bas-fonds et les hautes cimes de la société sont monnaies courantes dans les contes pansori (l’histoire de Chun Hyang). Allons bon.

 

Mais un mélodrame baroque et expansif – au sens où Tarantino est expansif –, Kim Ki-young y imprimant sa marque de fabrique. À première vue, Yangsando est assez différent du style qu’on a coutume de retrouver dans ses films. Il entre dans la tradition des récits folkloriques à la fois légers et graves qui, souvent inspirés de légendes orales, restituent une Corée intemporelle et immaculée. Salutaire au sortir de la guerre donc. Avec la musique traditionnelle qui l’accompagne, c’est la douce caresse d’un paysage rayonnant et hospitalier qui offre sa ritournelle. Quelque chose se brisera pourtant : bienvenue dans votre film.

 

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genre tu sais pas ce qu'il faut pas dans un lit de mariés

 

Réalisateur iconoclaste qui s’installe dans sa caméra comme dans une excavatrice, cet ancien étudiant en médecine est imprégné de la folie des personnages qu’il dépeint. La perversité est déjà mise en scène dans Yangsando par le jeu de Mo-ryong, qui semble se complaire du malheur du couple autant que de la perspective d’épouser Ok-ran. Sa monture ridicule rajoute à la cruauté du personnage, comme le bouffonnerie du Joker le rend d’autant plus cruel. De la même manière, le caractère faussement indécis et drôlement fuyant d’Ok-ran – genre la bouche qui dit non mais le corps qui dit oui – annonce les veuves pêcheuses et fascinantes de l’Île d’Io (1978). So-dong, enfin, n’est pas en reste. Androgyne et apollonien, son physique qui brinquebale sur une ligne de crête entre le malsain et l’eunuque se fait le refuge – à la fin du film – d’une colère dionysiaque, fantasque à l’absurde, où les grimaces d’Antonin Artaud nourrissent la désarticulation d’un pantomime rigide.

 

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Don Quichotte 

 

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Tchipeuse

 

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La chute des dieux

 

Il semble que ce jeu à contrepoint et volontairement claudiquant a été particulièrement mal perçu par la critique de l’époque. Guelfes et gibelins se sont écharpés à propos de la posture distante des acteurs, émaillée d’une préciosité exacerbée lors des scènes d’amour.

 

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ou pas

 

Il faut le dire pourtant, les quinze dernières minutes de Yangsando sont d’une très grande qualité. La symbolique est étoffée et généreuse, les sentiments subissent une inversion brutale des pôles, le propos devient décousu et violent. Les baffes sont servies sur un plateau, un tronc d’arbre brûle, le passage douloureux d’un cauchemar suintant.   

 

Pop-corns par bouchée, Kim Ki-young a la touchante délicatesse de nous offrir de belles scènes de baston en rabe. Ça s’étrangle généreusement pour une petite miche grassouillette et paillarde, on aime. Et, bonus – mais cela reste à vérifier –, c’est peut-être Kim Ki-young qui est à l’origine de la glorieuse discipline des chassés champêtres, celle-là même qui vit son apogée sous les auspices de Song Kang-ho (A Quiet Family, Memories of Murder, Secret Agent). L’image, malheureusement, n’est pas suffisamment nette pour apprécier le millésime à sa juste valeur.

 

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Et là, sortez les loupes, promis juré, c'est un chassé enlevé

 

 

Comme c’était évoqué, ce film correspond par plusieurs aspects aux codes du mélodrame qui commençait à s’imposer alors. Plutôt qu’un pensum ronflant – d’autant plus que le blog recèle de précieux éléments (héhé) sur le sujet –, vous trouverez ci-dessous ce qu’est un mélodrame en dix images.

 

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     un gros plan sur une scène pénible sur le point de survenir (sans la montrer toutefois) : ça c'est mélodrame

 

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Un homme armé qui abuse d'une femme : ça c'est mélodrame    

 

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une femme toute palôte et sa copine inquiète à côté : ça c'est mélodrame    

 

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      personnage en gros plan qui pleure en s'accrochant à la jambe d'un autre : ça c'est mélodrame

 

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les mauvaises augures, généralement un animal merdique qui se fait buter : ça c'est mélodrame

 

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nous contre eux, avec la symbolique de la plongée : ça c'est mélodrame

 

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un personnage tête baissé qui reste dans son rang : ça c'est mélodrame

 

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une femme qui rampe en pleurant : ça c'est mélodrame

 

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quand on a l'impression que le personnage dit " Mais pourquoi ? pourquoi ?? " : ça c'est mélodrame

 

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et enfin, classique des classiques, un personnage qui porte le deuil d'un proche : c'est terriblement mélodrame

 

Yangsando souffre malheureusement de la mauvaise qualité de la pellicule, malgré quelques fulgurances dignes du réalisateur. Si le film a été moyennement bien reçu, étant jugé comme une tentative ratée de mise en scène d’une tragédie (sic!), on y retrouve pourtant, avec sympathie, la farce qui suit le drame comme l’ombre se réfugie derrière la lumière, la véritable signature du réalisateur. Dans les films de Kim Ki-young, la bouffonnerie donne ses lettres de noblesse à la tragédie.  

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 20:15

 

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La main du destin (The Hand of Destiny), de Han Hyung-mo (1954)

 

 

Elle est espionne nord-coréenne (Yoon In-ja, a.k.a Jung-ae ou Margaret), il travaille pour les services de renseignement sud-coréen (Lee Hyang, a.k.a Young-chul). Ils tombent évidemment amoureux. Des espions amoureux, ça arrive souvent dans le cinéma (des Enchaînés à M. et Mme Smith). Ce qui est sympa dans ce film, c’est qu’on en parle quelques mois après la guerre de Corée et évidemment – le style mûrissait déjà à l’époque – l’histoire se termine mal.

 

Une longue ouverture énigmatique sur une pipe filmée en gros plan fait immanquablement penser au tableau de Magritte – hypothèse d’autant plus crédible que le réalisateur est passé par une école de peinture à Changchun, dans le Mandchoukouo –. Même si la référence n’est pas explicitement visée, elle permet néanmoins de mettre en exergue le thème de la duplicité qui sera au centre de l’histoire. En effet, Margaret se fait passer pour une prostituée qui travaille dans un bar à hôtesses. Elle passe des messages codés à sa hiérarchie par le biais de partitions musicales. Pour forcer le trait et la vouer aux gémonies des honnêtes spectateurs, on la présente dès les premières scènes en train de fumer – ce qui ne se fait pas parmi les Sud-coréennes d’alors –.

 

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ceci n'est pas une métaphore mille fois ressassée

 

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Un rat ronge les murs de sa piaule ; elle finit par le découvrir. Ce rat, qui anticipe étrangement celui de la Servante de Kim Ki-young, la ferre définitivement au rang des intrigantes de petite vie. Les mots d’ordres tournent à plein régime. Le rat est parmi nous, la servante chez la famille du professeur, l’espionne cachée en Corée du sud : dans les deux cas, il vient pourrir notre havre de paix. 

 

Margaret et Young-chul se rencontrent (par hasard ?) et finissent par tomber amoureux l’un de l’autre après que la première décide de financer les études du second qui se présente comme un étudiant en droit. On notera au passage que la répartition des rôles est étonnamment favorable au sud du 38e parallèle. S’ouvre alors un touchant requiem pour la Corée unie, qui ne dit jamais son nom mais qu’on imagine essentiellement sous la figure de Margaret, dont on retrouvera des traces à l’autre bout du siècle dans  JSA de Park Chan-wook et Shiri de Kang Je-gyu.

 

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Très émotive Margaret, ou fennec qui cache bien son jeu ?

 

Soin du détail et de l’insert, beaucoup de plans du film représentent des mains, des jambes ou des objets en lien avec l’intrigue. Ce sont les instruments de la trame. La toute première scène du film est remarquable de ce point de vue, remplie de secrets et de faux-semblants. Une bague représentant un hibou – portée par celui qu’on devine être le supérieur de Margaret – fait écho à la pendule présente dans la chambre de celle-ci. Une forme de rappel symbolique qui donne la sensation d’une menace diffuse doublée d’une parfaite maîtrise du sort réservée à l’espionne par ses camarades. Une mise en abîme presque : un espion qui espionne un espion qui espionne un espion qui espionne…

 

Parti pris ou contrainte éditoriale dictée par les circonstances de la guerre, les agents nord-coréens ne sont pas (ou presque pas) représentés dans le film. Un effet de plus contribuant à désincarner l’ennemi, ce qui est une manière de l’annihiler. Seuls subsistent la voix et le geste, parures du fantasme et de l’angoisse. Dans cet épais nuage qui couvre la tempête, la singularité de Margaret est étrange : elle est la tête de pont entre le Nord et le Sud, affirme sa personnalité et revendique son droit à l’autonomie, celle-là même qu’incarne l’actrice Kim Jeong-rim dans Une femme libre deux ans plus tard. Au-delà du thème politique de la partition, l’actrice Yoon In-ja porte déjà en elle les germes de la femme coréenne qu’Han Hyung-mo se complaira par la suite à décrire. Un bref épisode de shopping la ferait presque confondre avec celle qui la suivra au sein des contours incertains de la nouvelle société bourgeoise coréenne.

 

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Une tenue de camouflage un peu tricard c'est vrai

 

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Et quelques trous de mémoire de temps en temps

 

Avec un style assez épuré et une économie des mouvements, La main du destin n’en est pas moins rudoyé par une verticalité toute berlinoise – ce qui devait être à la mode jusqu’à une certaine époque – le réalisateur poussant parfois le zèle au point de prolonger certaines lignes d’un mur dans le peignoir d’un personnage. Les images d’escaliers, de portes, de serrures, sont omniprésentes ; les gros plans font florès. Apanage du film noir, les contrastes brûlent les visages et noyent les rebuts de seconde zone dans la pénombre. Quelques enchaînements de plans sont assez audacieux (notamment une séquence montée en parallèle où l’on voit Margaret écouter Young-chul alors qu’ils sont géographiquement séparés, ou une autre où la pendule dans la chambre de l’espionne la rappelle à l’ordre).

 

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Plus important, on sent dans ce film les racines virtuelles, l’étoupe préfiguratrice d’un dirty street fight à venir, celui-là même qui fit les choux gras des grandes heures de ce blog. Ils avaient déjà l’inspiration de la vraie baston les mecs : une attraction fulgurante, méchante, qui doit faire mal. Point d’objets contendants toutefois, on en reste aux classiques coups de poings, quelques coups de genoux baroques et inspirés venant ça et là égayer une charmante découverte de la grotte où se joue la scène. Le clair-obscur est remarquablement exploité. Plus important, à une époque où Hollywood s’époumonait à coups de timbales pour reproduire le bruit supposé des coups de poings, Han Hyung-mo et son équipe ont, par miracle, déjà l’intuition de l’étouffé : un bruit sec et fouetté qui correspond de manière relativement fidèle à celui d’une mâchoire à la dérive. 

 

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Une branche du cinéma qu’on aime semble être donc née quelque part en 1954, sous un mélodrame rondelet et débonnaire. Comme quoi. 

 

« Qu’est-ce qu’il y a de mal à être prostituée ? » comme « qu’est-ce qu’il y a de mal à être nord-coréenne ? », les propos candides et lourdauds de Young-chul sèment le trouble sur le dessein d’un réalisateur traditionnellement apprécié pour ses vues conservatrices. Pourtant, en singularisant le destin des deux protagonistes, il prend le parti d’une trajectoire exceptionnelle qui n’a pas vocation à se reproduire ou, à tout le moins, dans la stricte hypothèse d’une victoire idéologique du Sud sur le Nord. Lorsque Margaret tartine crânement, en face de son chef, sa marmelade sociale-démocrate sur un quignon indigeste comme la guerre froide (« je devrais avoir le droit d’exprimer mes sentiments »), on sent la plume arrogante d’une camarilla fraîchement émoulue derrière la relecture du scénario.

 

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Séquelles du tournage en studio, généreux dans l’effort mais lent sans excès, La main du destin est assez sympathique à voir et plutôt instructif. Surtout, paraît-il, il s’agirait d’un des tout premiers films sud-coréens – si ce n’est le premier, mais ça n’a pu être totalement confirmé – à représenter un baiser à l’écran.

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 14:41

 

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Le pays du coeur (Hometown in my Heart), de Yun Yung-gyu (1949)

 

Ainsi va la vie dans la cambrousse, les traces y creusent des sillons, les feuilles bruissent tous les quarts d’heures ; les jours se ressemblent, l’inconnu qui passe est une excentricité en soi. Ajoutez un temple bouddhiste bâti à flanc de montagne, et vous avez entre les mains la carte postale poussiéreuse des restes du royaume Ermite.

 

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Le pays du cœur – ça ne s’invente pas – raconte l’histoire du petit Dong-so qui a été abandonné par sa mère aux moines du temple. Ces derniers ne manquent pas d’entretenir en lui le souvenir de sa mère qu’il finit par associer à l’image de Séoul où elle se trouverait. Avec la sérénité et l’évidence sédimentées des siècles durant, l’enfant s’adonne aux activités de moine en devenir entouré de la franche camaraderie de ses pairs. Un beau jour, deux femmes de la famille Ahn, bienfaitrices du temple, perturbent cet équilibre subtil. Elles viennent organiser la sépulture de Jong-bo, le fils de l’une d’entre elles (jouée par la grande star Choi Eun-hee, épouse de Shin Sang-ok). Pas une ni deux, notre ami se lie d’affection pour la malheureuse.

 

Après Vive la liberté, qui traite de la résistance coréenne face au Japon (cf. la chronique de Marc L’Helgoualc’h), le public coréen commence à trouver de l’intérêt à cet objet relativement discret qu’est le cinéma d’alors. Souffrant d’un manque de moyens, les années 1945-1950 marquent tout de même le début d’une culture de masse. Malheureusement, il reste peu de choses de cette époque.

 

La quasi-totalité des films tournés entre 1919 et 1945 ont disparu, tandis qu’une poignée de films tournés entre 1945 et le début de la guerre de Corée nous sont parvenus, dont Le Pays du cœur. Cette heureuse fortune est le résultat inespéré d’un programme d’échange cinématographique entre la France et la Corée qui vit une copie du film de Yun Yung-gyu atterrir au vingt-troisième sous-sol d’un musée de Navarre. Rare film à avoir traversé le bûcher de la guerre, nous devons donc cette copie au flair inattendu de nos diplomates qui, par-delà leur maîtrise irréprochable de la syntaxe et leur ignorance complète du genre humain, ont su employer leurs heures de oisiveté de manière bénéfique.

 

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Le réalisateur n’a réalisé que ce film avant de passer en Corée du nord. La légende voudrait qu’il se soit reconverti dans l’arrachage de dents – d’où World War Z, la boucle est bouclée –. Considéré comme un gauchiste de basse extraction par le régime de Rhee Syngman, président sud-coréen après la guerre – celui-là même qui exempta le cinéma et le théâtre de toute imposition pour encourager la production –, Yun Yung-su se vit contraint à l’exil, accompagné des années plus tard par Choi Eun-hee, kidnappée avec son mari sur les ordres de Kim Jong-il, à propos duquel on ne répètera jamais assez qu’il fut un grand cinéphile.

 

Dong-so s’entiche de la mère de Jong-bo donc, qui le lui rend bien. Une sombre histoire de transfert tout ça. Avec un semblant de prémonition, on y trouve la remarquable idée anti-œdipienne d’après laquelle le désir n’est pas une scène de théâtre mais bien plutôt une machine. Le désir que ressent Dong-so face à la beauté classique de Choi Eun-hee a quelque chose d’un délire alliant position sociale, géographie et filiation. Il l’associe à un amour maternel qu’il n’a pas reçu, à une réussite sociale qu’il envie ; d’une manière général, à un swagg qu’il s’imagine revêtir.

 

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cette tristesse que seul le doux contact de ta poitrine pourra consoler

 

Solitaire, fin et enjoué, il interprète, tel un prédateur en quête d’un carnage, les signes laissés par sa proie. Un éventail utilisé par Choi Eun-hee est élevé à la dignité de sainte relique. Il se fait une mission de chasser plusieurs oiseaux pour en faire une réplique : une véritable incarnation de son désir. Ces mêmes signes contribueront à l’embrumer lorsqu’il trouvera, par l’intermédiaire d’un chapelet, la voie vers sa véritable mère.

 

S’inscrire dans la rétine comme situation normale. Si Akhenaton avait quelque chose à nous apprendre, ce serait bien cela. L’image de Choi Eun-hee est progressivement incorporée dans la routine des pas de notre ami haut comme trois pommes. C’est de l’usure du quotidien que s’ouvre l’échappatoire : métaphore remarquablement explorée par le réalisateur qui fait apparaître une vignette contenant l’image de la mère rêvée sur le livre de prière du jeune garçon. Incursion préfigurant le montage pop qui n’en est qu’à ses balbutiements.

 

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effet windows movie maker pour skyblog mais on apprécie l'effort

 

Animal fougueux et sympathique, passablement tarabusté par une coterie de chenapans proto-petits-bourgeois, Dong-so est une petite Corée turbulente qui file droit vers son destin – Séoul ou la guerre –. Les quelques larmes de crocodiles attendrissantes qu’il laisse s’échapper aux détours de plans résiduels qu’on imagine avoir été fastidieux à tourner font immanquablement penser à l’intenable Ivan du chef-d’œuvre de Tarkovski.

 

La grande réussite de ce film réside dans une économie de sentiments judicieusement contenue dans un expressionnisme formel tracé à l’équerre et au compas. Cette rigueur géométrique fut saluée à l’époque de la sortie du film. Peu de déchets, du muscle et de l’élan, le film glisse tranquillement au gré des détours du garçon, symbolisés par les sentiers étroits qui traversent les alentours du temple. A quelques exceptions près, le film est dépouillé du sentimentalisme un tantinet épais qui tâche habituellement le cinéma sudco comme du mauvais vin.

 

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Une droite s'enfonce dans une courbe : une belle subduction dirait-on en géologie

 

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conservatisme, ordre et virilité : un triangle symbolisant la stabilité

 

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la très classique diagonale : élan, dynamique et envolée

 

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cette manie étrange qui pousse à se jeter sur le tronc d'un arbre pour chialer : légère courbe verticale type roseau qui plie, mélancolie et regret

 

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la bande qui rejette Dong-so se coagule à l'image du petit rocher à droite : être-à-plusieurs

 

 

 

Le pays du cœur est une histoire de détachement, fidèle aux préceptes du bouddhisme. Une lecture intéressante proposée par Adam Hartzell, à qui on reprochera tout de même une regrettable inclination à l’endroit de l’œuvre d’Hong Sang-soo. Se détacher, sortir de, ce sera finalement le destin du Dong-so. Culture du désespoir oblige, on ne peut s’empêcher de penser qu’il sera le comptable souffreteux et épuisé d’Une balle perdue.  

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 15:27

Beautiful, Juhn Jai-hong, 2008

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« Ce film n’a pas sa place sur Made in Asie. M.I.A. aime les originaux, pas les copies. Oublies. » (Diana de vive voix au cocon familial entre deux bouchées de curry rouge au poulet alors qu’elle n’a même pas vu le film !)

 

« Je prépare un projet de voyage schizo-analytique dans la k-pop avec un nouveau personnage dans le blog et une tribute to feu Drink Cold 2.0 » (Sans Congo, mail de réponse à un mail où je voulais lui parler du film).

 

« Fais ce que tu veux, je m’en branle, j’ai d’autres chattes à fouetter » (Joy Means Sick, sms de réponse via son blackberry chromé or – toujours frappé de l’écusson des Gunners à mon mail où je lui causais du film).

 

Mais de quel film parlons-nous au juste ? Ce film, c’est Beautiful. Prononcez A-leum-dab-da. Le réalisateur ? Juhn Jai-hong. Juhn Jai-hong qui, vous vous dites ? Vous pensez qu’il est inconnu au bataillon ? Que nenni ! Le bonhomme s’était illustré comme assistant-réalisateur de Kim Ki-duk (KKD) sur le film Souffle (2007). Souvenez-vous de l’incroyable performance de l’actrice Park Ji-a à cette occasion. Lors de ce tournage d’ailleurs, Juhn Jai-hong se rendit indispensable. Il se montra aux petits soins avec KKD. Lors du dernier jour de tournage, maître Kim heureux qu’il était, lui demanda ce qu’il voulait en plus de son chèque d’intermittent du spectacle. Bingo ! Les efforts de Juhn Jai-hong n’étaient pas passés inaperçus. Le bonhomme qui avait cravaché comme un fou arrivait finalement à ses fins. D’autant plus qu’il fallait le connaître le KKD, il pétait des boulons de temps à autre. Je veux réaliser mon premier long-métrage qu’il balança ! Même pas peur. KKD apprécia l’audace qui faisait la race des champions. KKD était donc d’accord. Juhn Jai-hong était aux anges. Oui mais ! A une seule condition… là, le tout jeune assistant-réalisateur prit peur. KKD poursuivit. J’ai une idée en tête qui me taraude depuis un moment mais ça me saoule d’en faire quelque chose. Je veux que tu en fasses ce quelque chose. Je me crédite comme « idée originale de », t’écris le scénario et réalises. Il balança tout ça en parlant avec les mains. Juhn Jai-hong se trouva un peu bête en regardant les mains de KKD s’agiter. Lui, il voulait réaliser un film sur les deux Corée. Le Nord, le Sud. Un homme mystérieux dont la mission est de livrer des messages d’un pays à l’autre avec des agents secrets et… Stop ! KKD coupe court. T’inquiètes. Je la co-produis mon idée originale avec un pigeon tout nouveau tout beau dans le biz, David Cho. Il a des thunes à claquer. Je lui ai fait croire que ce serait un autre April Snow (2005) mais cette fois-ci avec des entrées. Je me marre. Alors vas-y, commence à écrire. Voilà l’idée. C’est un drame. Tu prends une nana. On va l’appeler Eun-young. Eun-young, c’est bien. J’ai une cousine éloignée qui porte le même prénom. La nana, ça doit être une jeune femme qui subjugue le monde par sa beauté. Le genre de nénette qui dans la rue fait détourner tous les regards sur son passage. Elle se fait draguer à longueur de temps et puis un jour… tu connais mon cinéma. Point de rupture ! Elle se fait violer par un homme tombé sous son charme ! Eun-young est profondément choquée par cette malheureuse expérience. Pour elle, c’est la faute de sa beauté. La solution ? Changer son apparence jusqu’à se faire mal… bosse là-dessus maintenant. 

 

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Et Juhn Jai-hong a bossé. Il a livré son scénario, la production s’est mise en route et il a donc mis en scène sa première réalisation. Et forcément, le premier film d’un ancien assistant-réalisateur du génialissime KKD interpelle. Pas que le film soit plus attendu qu’un autre mais quand même. Il intrigue. Il intrigue jusqu’à être sélectionné à la 58ème Berlinale mais aussi pour le 10ème Festival du Film Asiatique de PublicSystemCinéma, enfin Deauville et encore à la 41ème édition du Stiges Festival Internacional de Cinema de Catalunyaaaa (avec l’accent s’il vous plait). Rien que ça ! Mais forcément, je vous entends déjà. On entend déjà tous ces gens des festivals qui commencent à mettre des étiquettes sur l’ex-assistant-réal’ de KKD. Avec cette grande facilité cinéphilique qui a tendance à se gloser en parlant « d’influences », de constamment avoir cet œil critique qui pointera toujours vers la comparaison. Maître et élève. Pastiche et j’en passe. Alors halte à ces comparaisons outrancières du jeune homme et du plus âgé confirmé. Laissons vivre son œuvre sans jouer à ce jeu du rapprochement artistique. Marre de voir comparer Zizou en son temps à Platini et Gourcuff comme le nouveau Zizou. Laissons les jeunes talents (pas Gourcuff) s’exprimer avec leur propre emprunte. Je ne jouerai pas à ce jeu. Je verrai ce film vierge de toute comparaison hâtive et intempestive. Lançons ce foutu Beautiful. Silence ! Moteur ! Action ! Coupez ! Bon. Malheureusement ou heureusement pour Juhn Jai-hong, force est de constater qu’on ne peut pas faire l’impasse sur le rapprochement. D’emblée, le cinéaste sud-coréen dans sa manière de traiter son sujet et dans sa manière de filmer se rapproche incontestablement de KKD. L’influence est omniprésente. Il ne parvient pas à se détacher de « son mentor ». Il crée alors un film impersonnel que KKD aurait pu signer de ses propres initiales. En somme, l’élève a été influencé par le maître. Peut-on le critiquer pour cela ? (je vous laisse répondre)

 

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D’entrée, Beautiful s’inscrit dans cette mouvance du cinéma indépendant cher à KKD. Le film suinte sa personne. Il suinte ses personnages qui errent tantôt mutique, tantôt comme sous le poids d’une fatalité qui les écrase. L’histoire se concentre sur des faits de société. Rien de nouveau sous le soleil du cinéaste. Son jeune protégé y montre de ce doigt accusateur la société machiste sud-coréenne. Une réflexion filmique qui pourrait également faire état de la nôtre, de société, ici en France. Beautiful, c’est un commentaire social corrosif. La place de la femme que l’auteur nous montre c’est celle de la femme objet, objet de la convoitise des hommes. A noter que ces derniers sont montrés comme de véritables bêtes. Ils ne voient les jeunes et jolies filles uniquement comme de la chair fraiche. Un peu comme si vous étiez chez votre boucher hallal et que vous lorgniez avec gourmandise les jolies côtelettes d’agneau. Nous en sommes là, Eun-young souffre d’être belle. Constamment harcelée par des porcs (les hommes), elle se culpabilise d’être une gravure de mode décollée du papier glacé des magazines qu’elle feuillette. Ce n’est pas de sa faute. Les parents de Souchon l’ont fait moche. Ses parents à elles, l’ont fait belle. Beautiful. Les conséquences de l’attitude généralisée dans la dégueulasserie de cette gente masculine se résument à l’enfer d’être belle. Beautiful. Je demande un temps-mort, en qualité du mec qui tente d’écrire un avis sur ce premier film plus que fortement inspiré de l’homme à « l’idée originale ». Déjà d’une : le visage montré des hommes. Je ne sais pas moi, je ne vis pas en Corée du Sud. Mais v’là le tableau ! Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Tous des salauds de pervers ! C’est un peu poussif tout de même. De deux : « L’enfer d’être belle ». Sérieusement ? Les gens souffrent d’être trop beaux ? Je ne le suis pas donc je ne sais pas (JMS, qu’en penses-tu toi qui l’est ?). Est-ce que c’est un peu comme ces gens trop riches qui sont malheureux ? Là encore, je n’en ai aucune idée, c’est pour cela que je vous pose la question (Sans Congo, toi qui est pété de franc CFA ?). Sincèrement de vous à moi, j’en rigolerais presque mais bon jouons le jeu. Beautiful a quelque chose à nous dire…

 

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Une femme qui n’arrête pas de se faire harceler. Cette même femme qui se fait violer. A côté de ça, des hommes qui sont des gorets répugnants. Beautiful est un film féministe à coup sûr. Il ne peut en être autrement. Corps et âme, Juhn Jai-hong explore son côté chienne de garde en prenant cause pour les femmes. Au-delà de cet aspect, son film tend également à montrer du doigt les dérives d’une société qui se fonde sur les apparences. Le quotidien de l’héroïne lui fait comprendre cet état de fait. Elle le comprend d’autant plus lorsqu’elle se fait souiller. Très vite, elle met en cause son physique comme la source de ses malheurs. Un physique qui rend les hommes obsédés. Au lieu de remettre en cause les attitudes machistes et possessives de la gente masculine, elle adopte une solution radicale. Pour changer la donne, Eun-young transforme sa vie en un parcours initiatique, celle d’une jeune femme qui sombre petit à petit dans la folie pour échapper à ce qu’elle est. Elle inflige à son corps et à son mentale des souffrances extrême passant de la boulimie à l’anorexie, son but étant de détruire cette image de beauté par les moyens qui sont les siens. Eun-young devient cette jeune femme désespérée envahie par la solitude. Manger, courir à en perdre connaissance, ingurgiter des pilules pour amincissement tout y passe et pourtant… Juhn Jai-hong ne va pas jusqu’au bout des choses. Il donne le sentiment de tenter de vouloir plus choquer que de pointer avec intelligence les dérives d’une société. Une société patriarcale qui s’avère des plus brutales à l’égard des femmes. On pense notamment à ces scènes avec l’inspecteur de police lorsqu’Eun-young porte plainte. Ce dernier ne se place jamais du côté de la victime. Il fait peu de figure d’elle allant jusqu’à l’accuser de ce qui lui arrive. En gros, si elle s’est fait violer, c’est aussi un peu de sa faute. Il ne faut pas être aussi « beautiful » en somme. Je sais, no comment. Les sud-coréens sont des gros enfoirés. Lorsque je vous disais que les hommes sont des porcs ! Enfin surtout eux. 

 

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Finalement, Beautiful… ? Il y avait du potentiel dans ce film. Je parle ici de l’histoire traitée. Ces mots reflètent ma sincère subjectivité. Le problème est que l’auteur développe un récit en tenant des propos trop catégoriques. Il se fourvoie dans le jusqu’au-boutisme paroxystique. OK, je suis pompeux dans ma démonstration du mec qui joue avec son Petit Robert. Mais il n’empêche que c’est vrai ! Aussi, durant le visionnage du film, alors que le générique de fin défile, alors que le film arrive à terme, jamais on a oublié la patte si caractéristique de KKD. Pas un seul instant, nous avons le sentiment de voir un film qui ne serait pas de lui. On arrive très vite à la conclusion que Beautiful pourrait être un film de l’autodidacte KKD. Un film qui ne serait pas pleinement réussi et qu’on pourrait qualifier de mineur avec l’attitude blasé du spectateur qui connait trop bien son travail. Mais Beautiful n’est pas de lui. Il est le film de l’un de ses anciens assistant-réalisateur, Juhn Jai-hong qui n’est jamais parvenu à imposer une patte propre, ni à se détacher de son co-producteur. Du coup, le sentiment qui en ressort est mitigé. Il restera tout de même une dernière scène avant le générique final des plus gouteuses qui soit. Et rien que pour elle, Beautiful mérite d’être vu. Je vous le dis. Juhn Jai-hong vous le montre : les hommes sont des porcs ! Enfin surtout les sud-coréens. Sans ça, on raconte même que Beautiful aurait inspiré la fameuse cantatrice états-unienne Christina Aguilera. Let’s go feel the music ! Fell the movie ! 

 

 


 

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 08:21

L'Ivresse de l'Argent, Im Sang-soo, 2012

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Joy Means Sick avait mal au dos. Les deux masseuses asiatiques qui s’échinaient sur son corps endolori lui relaxaient davantage l’âme que les lombaires et il ne pouvait s’empêcher de repenser à ce coquin de Darcy Paquet. C’est lui qui lui avait recommandé l’endroit, un grand manoir loin des journalistes et de Séoul  qu’il avait découvert à l’occasion du tournage de L’Ivresse de l’Argent. Joy Means Sick ne l’avait pas pris au sérieux, voyant là une forme plus aboutie de kerlocherie, qui t’invite à passer un weekend en Corée pour mieux t’enfermer dans un rade paumé avec deux pauvres filles perdues qui bavent devant une peau maladivement blanche. Il s’était trompé, l’endroit était aussi séduisant que les jeunes filles à demi-nues qui se frottaient contre lui. Il n’avait jamais entendu parler des vertus d’un massage du bout des tétons mais il était prêt à se laisser convaincre.

 

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Il avait fuit Paris et le Festival du Film Coréen vendredi dans la nuit. Il préparait alors un article incisif sur Helpless qui l’obligeait à se faire discret. C’était l’occasion d’aller enquêter de plus près sur les terres d’Im Sang-soo, Eastasia ne viendrait sûrement pas le traquer jusqu’ici. Il goûtait ainsi un repos bien mérité en digérant tranquillement le visionnage de L’Ivresse de l’Argent. Le vol avait été long et mouvementé mais il était désormais parfaitement détendu, tellement qu’il laissa échapper un pet. Pas de réaction de la part des jeunes filles, il admira ce professionnalisme avec une pointe de déception. A Paris, dans les salles du Saint André des Arts, ça aurait fait marrer tout le monde.

 

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Il était surpris de constater à quel point le film le hantait. Hier, lors de la soirée « fin du monde » organisée autour de la piscine du manoir, il avait ennuyé plus d’une fille de joie avec ses grands discours sur le 1,5ème degré d’Im Sang-soo et la façon dont il l’appliquait désormais à l’ensemble de sa mise en scène, du jeu d’acteurs aux décors en passant par le découpage et évidemment le récit (pour un texte plus développé sur le 1,5 degré, cliquez-ici). Plus il y pensait plus il trouvait absolument remarquable qu’un cinéaste arrive à se forger un ton si particulier et si précis. Il aimait bien Im Sang-soo, l’avait moult fois défendu face à Hong Sang-soo mais plus par défi et par provocation que par véritable enthousiasme. Sa croisade en faveur de The Housemaid (lien vers l'articlel’avait en fait profondément marqué et L’Ivresse de l’Argent faisait déjà germer en lui un enthousiasme sincère et réfléchi. Il se demanda un instant s’il n’était pas en train de devenir lui aussi accro à l’argent, au sexe et au pouvoir, même envisagé à travers un écran de cinéma. Il se rassura bien vite. Du sexe et de l’argent il en avait en quantité déraisonnable et le pouvoir ne l’avait jamais intéressé. Sur l’échiquier d’Im Sang-soo, il aurait été une sorte de cavalier fou, un mec injouable, difficile à acculer.

 

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La première chose qui l’avait frappé, c’est la rapidité avec laquelle le maître (fier de se lancer dans une croisade improbable il avait pris la décision solennelle de l’appeler ainsi) étalait son style et donnait le la de son film. Une salle des coffres digne d’un Picsou aux billets verts, deux trois travelling latéraux, un plan fish-eye sur la ville depuis l’extérieur et le haut du bâtiment et une réplique clé « tout le monde le fait, goûtes-y toi aussi. » Bref un excès maitrisé, une ironie et un détachement constant mais feutré et le point de départ du film, un écho au titre. La subtilité ne se trouve pas ici dans les grandes lignes, mais dans un léger décalage, une ironie lucide chère à Jankélévitch. Dans The Housemaid, on commençait à 100 à l’heure et à contre pied, au beau milieu d’un Séoul agité ensuite évacué au profit d’un quasi huis-clos. Ici la ville, « la vraie vie » est rejetée au second plan, en toile de fond. Elle appartient à d’autres espaces, temporels et visuels. Sur le chemin qui les conduit de la salle des coffres à la demeure familiale, les phares des autres voitures défilent en accéléré, s’agitent. La berline noire roule tranquille, sûre d’elle, détachée du monde. Si The Housemaid commençait par une scène au premier degré et se ponctuait par un surréalisme affiché, L’Ivresse de l’Argent commence par des décalages légers et tient sa note jusqu’au bout.

 

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Bien évidemment, c’est ensuite les liens avec The Housemaid qui l’avaient marqué. Im Sang-soo présente volontiers L’Ivresse de l’Argent comme une extension du film précédent et une exploration du monde hors du huis clos. Exploration il y a, mais limitée, on se contente des sphères les plus proches. L’action se situe 30 ans après et le monde s’est dématérialisé. Les conséquences des manipulations financières s’observent aux 20 heures, on parle à moitié anglais et on transfère des millions sur son mac book pro. Tout n’a pas changé cependant : entre les affaires, la politique et la mafia les liens sont toujours aussi étroits, et la plèbe sert ou est exclue. Il y a Eva, la serveuse philippine, écho direct du personnage d’Eun-i, et il y a Monsieur Joo, un beau gosse éduqué et ambitieux qui porte à la fois les espoirs et les craintes du film. Il y là un écho à la théorie de Lorenzaccio, se faufiler jusqu’au sommet pour couper la tête, mas ça c’était dans l’Europe du 19ème siècle. Le 21ème siècle mondialisé est plus pragmatique, Joo a une position importante au sein d’une dynastie industrielle d’un pays développé et cherche simplement à survivre. Pour grimper, pour accéder à l’argent et au pouvoir, il faut s’avilir, se laisser humilier. Cette règle là, elle est immuable et, si droit que Joo ne se tienne, la vieille guenon d’en face lui apprendra bien assez tôt à faire la grimace.

 

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Les liens entre les deux films suivent une absence de logique très étrange, avec un jeu de réflexions et d’échos distordus par le temps, comme si la famille de The Housemaid ne pouvait pas avoir survécu jusqu’ici. Le mari, autrefois maitre Hoon, se nomme désormais maître Yoon. Il a vieilli, est toujours autant accro aux soubrettes et toujours aussi imprudent. Au cours d’un très réussi dialogue de mise en garde indirecte avec sa fille et Joo, il confesse son addiction pour l’argent et annonce sa volonté de décrocher, pour tenter au moins une fois de rendre une femme heureuse. Il s’agit d’Eva, le prénom est symbolique et, dans un monde où l’enfer est pavé de bonnes intentions, la tentation funeste. « Qu’est-ce qu’il peut bien m’arriver à mon âge ? », la réponse d’une femme trompée et d’un honneur bafoué sera cinglante. Plongé dans un demi-sommeil sur sa table de massage, le dos caressé de la plus douce des façons, Joy Means Sick avait en tout cas une idée assez précise de la forme du serpent qui avait embrouillé l’esprit de Yoon toute sa vie durant. A un moment du film, il avait eu de la compassion pour lui, il s’était aussitôt rappelé de la triste histoire d’Eun-i et l’avait condamné de toute sa rigueur norvégienne.

 

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La femme change de nom elle aussi (de Hae-ra à Baek Geum) et elle est désormais interprétée par Yoon Yo-jeong, la vieille servante de The Housemaid. Comme cette dernière, elle maitrise l’information, comme Hae-ra, elle peut fermer les yeux sur les écarts conjugaux mais pas sur l’hypothèse d’un bâtard. Trente ans plus tard son fils chéri est né, il porte le nom de Yoon Cheol et pose l’éternel problème de la succession par le sang. Trop gâté, il présente une dangereuse absence d’aversion au risque qui en fait un élément économique trop instable pour diriger un empire industriel. Alors certes au début ça fait marrer papi, mais ça ne dure pas. Papi justement, c’est cette ligne de temps discontinue entre les deux films. Complètement absent du premier (au contraire on y trouve la mère de Hae-ra), il est l’une des figures centrale du second, plus par ce qu’il incarne que par ses actions : il est le symbole de ses empires qui ont traversé le siècle dernier et qui regarde d’un œil fatigué s’ouvrir le prochain, refusant de lâcher les rennes à une génération trop gâtée.

 

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Il y a comme ça, tout un tas de similitudes et liens distendus entre les deux films, nouvel écho de ce ton désinvolte mais étudié adopté par Im Sang-soo qui laisse les noeuds se faire sans les forcer. L’actrice (Hwang Jeong-min) qui jouait la confidente d’Eun-i trouve maintenant un rôle d’éminence grise auprès du grand-père, Yoon se fait torturer devant une scène de la version de Kim Ki-young de The Housemaid / The Servant, la famille dîne devant une scène du précédent film alors que seule Nami manque à l’appel. 

 

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Nami (Kim Hyo-jin) a désormais trente ans passés, un divorce et des enfants qu’elle fait élever par une nourrice et que l’on ne verra jamais. Quand le parallèle entre les deux histoires devient trop grand, elle se rappelle cette servante qui l’aimait bien, qui s’était immolée par le feu et qui explique peut-être, comme une victoire à retardement, le restes d’humanité qui ont survécu en elle. C’est l’un des personnages les plus réussis du film et les plus typiques d’Im Sang-soo, à la fois complètement dedans (divorcée, ancienne directrice de la société familiale qui le redevient à la première occasion, elle joue selon les règles) et pourtant encore capable de porter un regard lucide sur ce petit monde qui l’entoure. Sur les deux hommes de sa vie, c’est un regard compatissant, sur son son père qui veut sortir de cet étau, sur Joo sur qui le piège se referme. Pour ce dernier la concupiscence s’ajoute à la compassion et il c’est finalement dans cette histoire qu’Im Sang-soo place tous ses espoirs. C’est le mélange et le renouvellement qui sauveront l’humanité, c’est presque du Levi-Strauss.

 

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En tout cas ici le sujet n’est plus la lutte des classes et l’impossibilité d’une promotion canapé sur l’échelle sociale, il s’agit d’étudier la possibilité d’être heureux dans un monde corrompu et décadent. Pour certains il est trop tard, pour d’autres il y a encore un espoir. Le film d’Im Sang-soo est une franche réussite, tape à l’œil et décalée, intelligente et divertissante, plastique et ironique, une critique légère et aiguisée qui ne verse jamais dans le pathos.

 

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Après ce déluge d’adjectifs, Joy Means Sick décida qu’il était en grand temps de retourner sur Paris où l’on projetterait bientôt le tout premier film érotique sud-coréen, The Ae-ma Woman. Il avait bien profité de la vie, il pouvait désormais affronter tous les dangers et les menaces du Saint-André des Arts.

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 23:55

Stateless Things, Kim Kyung-mook, 2012

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Disclaimer : ces propos sortent de l'univers mental de Joy Means Sick à l'âge de 14 ans, survète Sergio Tacchini, 3310 et tout. Il écrit à son pote Sans Congo, envoyé en pensionnat il y a deux ans dans la région Centre après une tentative d'aggression sexuelle sur la CPE de son collège. On rappelle que Sans Congo est un élève taquin mais brillant et qu'il a même un an d'avance dans ses études. A l'époque agé de 11 ans, interrogé par la police, il déclara que c'était l'autre qui l'avait chauffée. Ces jeunes n'existent plus (ou presque) et la rédaction ne saurait étre tenue responsable de leurs propos.


 

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"Salut gros pédé,


Alors, bien ou bien dans ton froid berruyer (ndlr : de Bourges) ? T’as eu de la grêle et t’as pensé que c’était Sandy qui mouillait jusqu’à toi ? Mon coquin va.

Bon moi j’ai vu Stateless Things hier, tu sais le film coréen là, avec des homos et tout, je t'en parlais devant la Cinémathèque Française l’autre fois

Mais si le truc par leur nouveau réal, Kim Kyung-mook tu sais, notre pote sur facebook.

Ben figure toi que j’ai grave kiffé. Et ouais y a bien deux trois plans dégueu qui ont failli me faire recracher mes pâtes bolo’ mais franchement bien le film. Genre ça commence sur un long travelling sa mère sur l’autoroute. On suit deux jeunes en scooters qui suivent un train, on navigue un peu autour d’eux façon « c’est des personnages importants » et puis ça dure suffisamment longtemps pour que tu te poses des questions tu vois ? Mais là quedal, le réal il te fait bien comprendre qu’il te dira pas tout tout de suite et que tu vas devoir te creuser les méninges. Dans la conférence qui suivait il disait un truc du genre j’ai mis le dernier plan du film au début mais franchement j’sais pas si c’est un problème de traduction ou quoi mais j’ai pas capté. Pour moi t’as vu y a moyen que ce soit le dernier plan de la première partie mais pas du film, bref c’est un peu un film façon art et essai ou de toute manière tu sais bien que tu vas pas tout capter parce que t’es pas assez éduqué ou quoi pour ça.

 

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En tout cas la Corée ça a l’air glauque sa mère, après être passé dans le train où on suit encore un perso qui doit être important (ptet le même), on arrive à une station service où les deux du scooters se font fouetter les seuf’ par un chef qui bave grave sur la gamine. Il a la quarantaine, une sale gueule et du bidon mais il lui fait du charme façon j’suis tout gentil alors qu’en fait c’est trop un tar-ba et quand elle veut pas lui faire des bisous ben il se vénère façon Mickey Rourke. Heureusement y a l’autre tit-pe il vient à la rescousse comme un furet genre j’avais oublié les clés mais si je te vois refaire ça à ma copine je défonce ta face rect-di. 

Après le truc c’est que les jeunes c’est des étrangers ou des immigrés je sais pas trop, mais en tout cas je crois qu’elle sa famille s’est barrée de Corée du Nord et l’a laissé là avant de se tailler en Chine. C’est le bas de l’ascenseur social quoi et comme disait Jamel ça pue la pisse vénèr. Ce qui est chaud dans le film c’est qu’il se passe pas de trucs de oufs façon gros film d’action mais tu rentres bien dans le délire. Le gars il tient sa caméra à l’épaule en mode reportage mais trop bien fait. Genre y a jamais de champ contre-champ ni rien, t’as l’impression de regarder un mélange entre strip-tease et du Jacques Audiard où chaque nouveau plan implique une ellipse et mon con ça fait tout chose. Un peu comme l’autre film là, avec le mec qui se fait buter au marteau… Ouais Breathless c’est ça. Putain de films de dingues ça aussi.

 

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Et puis là la ville elle trop bien rendue, t’as l’impression de trainer porte de Cli-cli aux heures de pointe, ça pue la rage et l’agressivité, y a du bruit tout le temps tu deviens ouf, surtout avec la caméra qui bouge sa maman et l’agitation du petit gars qui fait quinze boulots en même temps parce que c’est la merde et que faire pompiste (wallah y a pas de jeux de mots) ça suffit pas à gagner sa croûte. Alors il distribue des tracts, il s’embrouille avec un meuf parce qu’ils sont sur le même spot’, il fait des livraisons ou des conneries du genre. Bref pas le genre de délire où t’as le temps de t’arrêter deux secondes pour regarder des canards aux Tuileries. En plus franchement ça donne pas envie de s’arrêter, le tier-quar il est trop cheum, l’image elle toute désaturée c’est trop glauque mais le mec il reste fidèle à ses principe et y a pas une fois dans toute la première partie où il ne s’en tient pas à son style et sa ligne de conduite. Au passage les acteurs ils sont super chauds en plus c’est des amateurs qui tournaient leur premier film et franchement respect, ils sont passés en mode Tahar Rahim truc de ouf.

 

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Et puis le réal c’est un artiste en plus, il s’est fait plaisir au montage et il te fout des sortes de pornos amateur filmés avec v’là la caméra pétée en plein milieu du film, comme si tu trouvais un marque page chelou au moment de changer de chapitre. La première c’est une session fessées dans un motel, je crois que c’est la petite grosse qu’on suit depuis le départ mais je suis pas sûr t’as vu. Putain de délire chelou, mais ça fait une coupure avec le moment d’avant parce que j’ai oublié de te dire que l’histoire avec le patron ça a tourné chocolat, il a viré le tit-pe parce qu’il l’a empêché de kenne la meuf et en plus il veut pas le payer et il dit qu’il va le buter à coup de cric si jamais il ose pointer à nouveau sa gueule pleine de pustules dans le coin. Le gars forcément il encaisse ça pas bien, il revient chercher sa thune, ça part en baston, y a des tiroirs caisses et des pots de fleurs qui volent et au final les deux petits ils se font la malle et se barrent chez la fille pour prendre une soupe kimchi maison bien méritée. Sauf que là tu crois qu’ils sont kil-tran mais trop ap’, le patron il revient avec un pote à lui, il a toujours les boules gonflées et il veut pas lâcher la petite alors ça part en course poursuite de chiens errants dans les ruelles du ghetto. Finalement ils se retrouvent pour une tape finale avec masse de coup de putes style je te croque la main et tu me baises les genoux et finalement les deux petits jeunes ils sont plus vivaces et ils se font la malle pour de bon. Dans la mêlée la meuf elle a même récupérée son passeport alors franchement une petite séance de fessée en vidéo ça te permet de souffler un coup (je déconne !).

 

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Nan ce qui permet vraiment de souffler c’est la séquence suivante, comme ils ont gratté un peu de maille à l’insu du patron, ils vivent relax et profitent et peu du grand air de la ville et se tappent tous les lieux à voir façon guide du routard. C’est super moderne comme délire parce qu’on alterne entre des plans google-map et les lieux réels, le montage est hyper décousu mais ça rend bien, ça permet de souffler même et pourtant franchement je te jure leur ville c’est pas Paris, si tu veux voir des trucs façon Notre-Dame et le Sacré-Cœur tu peux te rhabiller c’est trop pas le délire. Au mieux t’as une combinaison pont-parc dans un quartier pas trop pété (genre la Défense) alors tu comprends que les deux là ils décident de se tailler de là vite aif tellement ça pue la merde.

 

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Et là bim, t’as un putain de changement de style de ouf, tu perds tous tes repères, et t’atterrit dans un appart super che-ri dans les hauteurs de la ville avec un cadre dynamique qui entretient un petit beau-gosse mais qui pourrait surtout être son gosse. D’ailleurs au début j’ai failli me faire feinter, je savais bien que le film était crado mais je suis dit que l’inceste ça aurait été carrément hardcore et qu’on avait pas besoin de ça et je crois que le réal était d’accord. Au niveau de la mise en scène c’est nouvelle donne, nouveau style, nouvelle école et ça fait pas dans la dentelle. T’as bouffé de la cam’ à l’épaule ? Paye ton travelling lent et léché (ouais là encore pas de jeux de mots foireux) dans les couloirs. On t’a asphyxié de bruit à défaut d’odeur ? Bim double vitrage au 32ème étage dans ta face. Costumes et décors pleins de misère ? Tout ça c’est plus que des jolies taches de lumière à l’horizon, ici c’est polo Giorgio Armani tonton. Et même si l’histoire elle a l’air chelou, au moins ça semble plus posé comme ambiance, t’en serais presqu’à enlever tes grolles pour t’installer quand le mec il te balance une vidéo trop hardcore mon pote. C’est encore cette pute de caméra DV pourave qui vient te faire recracher ton 4 heure mais là c’est méga-cheum, le petit de la première partie qu’on avait quitté plein d’espoir on le retrouve dans les toilettes avec deux gorilles qui lui reniflent les aisselles avant de … voilà quoi, le truc cheum, d’abord la bouche puis baisse ton pantalon fiston. On te montre tout même si y a moyen que ce soit truqué mais putain c’est trashos mon gars t’as pas idée, j’sais pas si t’as vu Mysterious Skin mais c’est un peu le même délire et t’as l’impression qu’on t’a souillé salement.

 

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Voilà après je sais pas si c’est le choc ou quoi mais y a un petit coup de mou (chiotte mec c’est trop sensible comme sujet faut trop de vocabulaire pour éviter les allusions foireuses) dans le milieu de la deuxième partie. L’histoire entre le gosse et son cadre dynamique elle est pas mal du tout mais je sais pas, à un moment comme ça tu t’ennuies un peu, peut-être que je cherchais des liens avec la première partie ou peut-être que j’étais sonné mais voilà je te dis ce que j’ai ressenti. En tout cas la relation de pouvoir entre les deux est vachement bien traitée, le petit il a pas de maille, pas d’appart ni rien mais il arrive encore à faire chialer le daron parce que l’autre fomblard il est trop en chien sur lui. Du coup il mène sa vie tranquille, à base de clopes, de clubs et de whisky, c’est pas la vie de rêve quand tu sais le loyer qu’il paie mais bon c’est pas les toilettes de l’autre pompiste là. 

 

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Du coup on végète un peu et après une dispute finale entre les deux amants le gars il te sort une feinte de frappe de tard-ba, il te fait un long travelling de ouf dans la rue où on voit le petit de la première séquence marcher (je crois qu’il y eu un retour sur les premiers personnages avec voix off et explications pour dire qu’ils s’étaient séparés et parti chacun faire leur vie de leur côté), ça dure méga longtemps parce que là il s’est dit que pour son premier film il allait coucher Carax (pour Mauvais Sang) et Steeve Mac Queen (pour Shame) direct’ avec guinness du plus long travelling dans la rue du monde. Il te met même le titre et la caméra finit par se faire dépasser par le petit et là tu te dis que t’as pas tout compris dans le film mais le gars il a posé sa signature en mode gros respect, genre tag sur le front la statue de la liberté et viens me chercher si tu peux. Mais comme je te disais c’est une putain de feinte et là y a moyen que je te spoile carrément plus le film que tout ce que j’ai déjà pu faire parce qu’en fait les deux petits des deux séquences c’est un seul et même gars mais les différentes facettes d’une même personnalité. Et ouais mon gars, lui c’est Ronaldo et toi tu fais ton Nesta, il t’a mis dans le zef et il court vers la fin de son film à l’aise. En gros les deux sont réunis petit à petit, d’abord dans l’appart, ensuite dans le même lit (où l’un bute l’autre mais ça c’est de la métaphore psychologique) et enfin par un effet de surimpression oldschool sous la douche. En tout cas même avec son penthouse le gars il se sent pas franchement de continuer à vivre alors il fait une tentative de suicide bien comme il faut. Il bouche tout et il ouvre le gaz, c’est un peu le bordel ensuite dans les faits parce que tu rentres trop bien dans la tête du personnage et tu sais plus où t’es ni ce que tu veux sauf qu’en fait t’as changé d’avis tu veux vivre et te barrer de là alors que comme un con t’as tout scotché et tout pour que l’air passe pas alors ça va être chaud de se faufiler. Mais t’sais l’animal blessé c’est le plus dangereux et même si c’est pas Van Damme il parvient quand même à forcer la porte. Après il se barre en slip et erre dans la rue en titubant mais vivant et même si ça va faire goleri ta sale tronche de pédé ben moi j’ai trouvé ça hyper fort et chanmé stylé comme fin.

 

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Putain je sais même pas pourquoi je te parle encore à toi sale bâtard, je suis sûr  tu comprends rien à ces trucs là, les gars ils sont trop dans la zère-mi et ils essaient de s’en sortir et franchement respect. Le réal après il nous a dit qu’il s’inspirait pas mal de son entourage et qu’ils faisaient ses films comme des thérapies dans les moments où sa va pas bien dans sa tête, le mec il était tout mignon et tout mais en fait il bad trip à mort, son prochain film ce sera un docu sur les prostituées ça sent pas la fleur bleu et le lol tout ça. Il nous a expliqué un truc aussi suite à une question de la patronne du cinoch qui était trop motivée, la signification du titre en coréen, j’ai noté « une expression chinoise qui désigne le moment avant l’éclosion de l’œuf où le poussin commence à chercher à sortir alors que la poule l’aide depuis l’extérieur ». Ca fait écho à un passage du film, une histoire avec deux frères jumeaux et une porte mais je sais pas trop si je peux développer mais en tout cas le film il est stylé bien fait pour un premier long et même un boloss comme toi y a moyen que tu kiffes si tu veux bien arrêter d’être con pendant deux heures.

Vas y à plus gros.

 

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PS : putain il parait que le court métrage du même réal qu'ils projettent ce week-end c'est un truc que même ta grand-mère elle a jamais vu, genre du porno gay scato tellement hardos que même sur internet il te mettrait un double avertissement genre "t'as plus de 18 ans?" "ok" "ouais mais est-ce que t'es un vrai bonhomme parce que là c'est pas pour les fillettes?". Et là franchement mon gars je sais pas si cliquerais. Le pire c'est qu'il joue dedans et qu'il sera là pour parler avec le public après le film, ça dure une heure en plus, et ça risque d'effacer à jamais le traumatisme de Ballad of a thin Man dans l'esprit des habitués cette affaire. Je parie 10 keuss' qu'y en a un qui vomit."

 

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Faceless Things, samedi 3 novembre 16h10 ou mardi 6 à 16h30.


En bonus je t'ai trouvé une vidéo d'un passage stylé et relax dans la deuxième partie, l'occasion aussi de faire une grosse cace-dédi aux musiciens. Franchement propre le taf.


 

 
 
Vas-y deuxième bonus mon gars, non contents d'organiser un festival de batards avec leurs petites mains, ils ont filmé les questions réponses les oufs :
 


 
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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 19:21

Hong Sang-soo, Le Jour où le Cochon est tombé dans puit (1996)

 

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« This great 1996 film is both the directorial debut of Hong Sangsoo and the big-screen debut of actor Song Kang-ho. »

 

 


 
 

 

JMS : Le jour où le cochon est tombé dans le puit. Hong Sang-soo, premier film, 4ème chance. Paraît que ses premiers films sont les plus intéressants.

 

SC : Voix de station de bus sous contrebasse et violon durant le générique. Pas mal.

 

JMS : « Hyo-Seop est un écrivain fauché qui a des difficultés à être édité, et qui semble avoir de plus en plus de mal à se contrôler. Il entretient une relation amoureuse stable mais clandestine avec Bo-Gyung, une femme mariée... ». Sujet surprenant...

 

SC : Cerisier et plan fixe, ça fait du bien, j’en pouvais plus ça me donnait la gerbe les caméras qui frétillent..

 

SC : Rampe d’escalier très M Le Maudit.

 

JMS : 115 minutes. Damned.

 

JMS : Question : avec 20 millions d'euros de salaire annuel à l'Anzhi Makhachkala, combien de film de HSS Samuel Etoo pourrait-il produire ? Aide : il a signé pour 3 ans.

 

JMS : Tiens, Christophe Honoré est né dans le Finistère. C'est toujours les convertis qui sont les plus extrêmes.

 

SC : Tiens ça parle d’alcool dès les cinq premières minutes.

 

JMS : Haha, je me suis cru malin a chargé les 16 pages Youtube en avance, sauf qu'en plein écran on passe en 480p, et que la page doit se recharger. Putain de connexion du fin fond du Calvados. Séance repoussée.

 

Gilb-Path : Confortablement installé au coin de ma cheminé, édition collector du film de HSS dans le lecteur de DVD, la séance peut commencer. Chers followers, je nous souhaite un bon film.

 

Gilb-Path : Je sens que je vais vous régaler, j'adore HSS, restés connectés, ça commence.

 

JMS : Popop, super le premier plan de ta vie au cinéma HSS : un insert sur une plante de jardin suivi d'un raccord pas beau à 167,32° !

 

Capture d’écran 2011-08-24 à 00.01.04

 

JMS : Le citronnier en question aura peut-être une quelconque importance par la suite (subtilité de la mise en scène).

 

JMS : On est complètement en décalé les gars, attendez-moi stp.

 

SC : Tu fais chier.

 

Gilb-Fed : Je vais me servir un martini.

 

JMS : J'ail lu quelque part que c'était le premier film de Song Kang-ho au cinéma. Ca ferait tâche sur son épitaphe, doit y avoir une erreur.

 

SC : @JMS : En même temps tous les moyens sont bons pour refiler un HSS.

 

JMS : C'est reparti.

 

Gilb-Fed: Enfin.

 

JMS : Part2, 3'24, ce plan me rappelle atrocement « La Femme est l'Avenir de l'Homme ». Je revis un moment difficile.

 

SC : @JMS : Ça t'apprendra à chiner des meufs dans les médiathèques de Province. Vieux dégueulasse.

 

JMS : @SC : On a regardé l'intégralité du film avec la demoiselle, classé sans suite, j'étais trop déprimé.

 

Gib-Path : Simplicité des cadres, banalité des situations... LOVE IT !

 

SC: Tiens direct une discute foireuse dans un café – « j’ai quitté l’éditeur, deux ans qu’on se connait » arf.

 

JMS : Règle d'or du scénario intello-péteux : le héros est mal dans sa peau, et son éditeur se fout de sa gueule, mais les meufs aiment ça.

 

SC : L’homme qui regardait les plantes et jouait avec les insectes sous un air de violon.

 

SC : Quand elle est émue, elle prend la tête d’un cadavre déterré.

 

JMS: @SC : LOL et reLOL

 

Capture d’écran 2011-08-24 à 17.25.01

 

JMS : Part3, 7'35, ah tiens c'était donc le rideau qui faisait bouger les ombres dans l'une des scènes précédente.

 

SC : Technique du livre identique => écrivain merdeux ; cf. Ultimex dans le genre technique nulle (vous lisez le votre)

 

SC : Il lui demande si elle a fait l’amour avec son mari : très classe. Bien les couleurs.

 

JMS : part4, 2'22 – c'est t'y pas un Song Kang-ho que je vois là !

 

JMS : part4, 2'55, il se sert d'un miroir pour composer son plan fixe et ne pas avoir découper, comme c'est habile !

 

SC : scène de sexe papa-maman : ça nous change dis donc ; quelle date le film ? Mets la couverture j’ai froid. Ouhhh.

 

SC : Retour des violons : putain on dirait une machine à laver qui grince ; les couleurs sont toujours bien. Blanc-bleuâtre-jaune-rouge.

 

SC : Le protagoniste principal ne fait que fumer. Comme dans Carlos d’Assayas. Ça me dégoute tiens. J’ai soif.

 

JMS : Banalité ou Naturalisme ? Epure ou Absence de créativité ?

 

MilosForman : @JMS : Si vous avez une histoire forte, la caméra peut être timide. Si vous avez une histoire vague, la caméra doit faire de la magie. HSS : histoire vague, caméra timide.

 

MartyScorsese- : @MilosForman : La question fondamentale de tout réalisateur est de savoir où il faut placer la caméra pour permettre au plan de montrer ce qu’il est censé montrer.

 

JPJeunet :Il n’y a pas deux cadrages possibles, il n’y en a qu’un seul et c’est le meilleur.


Capture d’écran 2011-08-24 à 17.35.29

 

SC : Fiat SKH est : déjà trop fort. Coupe au bol. Trop de style. QUOI C’EST TOUT ? PUBLICITE MENSONGERE !!

 

JMS : SKH, rien ne l’entache. Toujours au top, même à ses débuts. Envie de revoir Green Fish tiens.

 

JMS : Manchester City dépense plus de 200 millions d'euros en transfert en 2 saisons, la liga est un grève pour cause de salaires impayés depuis parfois plus d'un an. Environnement économique stable.

 

SC : Karaoké = ouh il est moche ce plan. Nous ne couperons pas à l’article sur les karaokés. Histoire du Karaoké. J’ai failli emprunter à la bibli un livre sur l’histoire du théâtre coréen.

 

JMS : Reconnaissons tout de même qu'il a un style affirmé : 2 plans max par scène, un point de vue le plus insignifiant possible, une lumière discrète, pas de musique...

 

SC : Tiens, le chanteur raté fait boire la secrétaire coincée. Grosse classe, toujours au top. Il ne manque plus qu’un petit love de ROH2F.

 

SC : Il se passe rien putain. Je suis en train de me faire ronger l’estomac par un rat imaginaire qui a été engendré par l’ennui profond dans lequel me plonge ce film.

 

JMS : http://www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/cases_f/ds75_f.htm, bref le soju c'est un peu un mélange vodka-flotte, bien tenté les gars mais on n'échappe pas comme ça à la Libre Concurrence.

 

SC : Caméra attablée par terre : joli perspective. Cf. Le plan de la cage d’escalier plus haut : HSS, un expressionniste raté ?

 

JMS : l'émotion documentaire selon Insecte Nuisible (http://insecte-nuisible.com/blog/emotion-documentaire/) , c'est un peu l'inverse du cinéma de HSS.

 

Gilb-Fed : @JMS : Au contraire, l'une des principales forces du cinéma de HSS c'est justement cet aspect documentaire, l'oubli de la caméra, le réalisme des dialogues, les points de simples et discrets témoins. C'est là, entre les lignes, que jaillit l'émotion.

 

JMS : @Gilb-Fed : L'émotion entre les lignes c'est ça : http://www.youtube.com/watch?v=wbY-BBRBrlw, ce qui jaillit de ton côté devant HSS on ne veut pas le savoir MOUHAHA !!!

 

Gilb-Fed : @JMS : M.I.N.A.B.L.E.

 

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SC : Le mec s’énerve pour une tâche. L’écrivain est une racaille. Veut détruire le restaurant. La tremblottante (danse pré-combat).

 

JMS : part5, 9'17, oh putain la caméra bouge et tangue même ! Pour une scène de bagarre évidemment, ça fait son effet, l'effet qu'on connait, HSS n'est pas si solide que ça sur ses appuis...

 

JMS : Schéma récurrent du cinéma coréen : la femme est forte, l'homme est faible.

 

SC : Alors nouveau concept estampillé KBP : la tremblottante. La tremblottante est une résonnance corporelle qui s’empare d’un être collectif sur le point d’entrer en combat contre un autre être collectif. C’est une danse sur le point d’être dansée (cf. West Side Story). Donc avant de se battre, on gesticule comme si on faisait un mini-haka. D’ailleurs, le Haka est une tremblottante qui s’assume.

 

JMS : @SC approved.

 

Gib-Path @SC : cela n’a pas de sens. Vous auriez inventé autre chose que c’était pareil.

 

SC : « What a shame as a writer » : morale confucéenne mêlée aux réformes structurelles du FMI. Erf. Regrette les temps heureux du shogunat.

 

JMS : Ppart5, 10'42 à force de voir des films comme The Chaser, j'avais pas reconnu le commissariat : ça sent l'autorité, je pensais que tous les flics coréens étaient des rigolos.

 

SC : Audition kafkaienne où on ne voit pas le juge. Assez intéressant. Mais trop emprunté. Déjà vu. Je préfère la lecture welsienne du Procès. Question folie des grandeurs, tu peux pas test Orson.

 

SC : Gros passage à vide. Bah alors HSS, tu t’es torché avec ton inspiration ; il ne reste plus rien ?

 

JMS : @SC : Je craque.

 

JMS @Gib-Path : Tu te calmes tout de suite mon petit gars.

 

JMS : Faites que Song Kang-ho revienne...

 

JMS : Part6. 8'12, putain violent la transition vers la scène de sexe. 1 point pour HSS. Cru quand même...

 

JMS : et sans transition, une scène de bureau. Ok, 2 points parce que ça ma sortit de ma léthargie.

 

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SC : Grosse cité : sexe différent. Encore un film en deux parties ? Et merde, encore un film en deux parties.

 

JMS : @SC you gotta be kidding, right ?

 

Gib-Fed : Quand y en a plus, y en a encore !

 

JMS : Dans tout ça deux points positifs : les décors et les acteurs.

 

SC : Le mec maniac sur la propreté. Pas envie d’extraire une psycho-socio-pathie de ce symptôme.

 

JMS : Décors naturels pour film naturaliste, fait partie de ces films coréens qui ne se sentent pas obligés de se faire beaux pour intéresser.

 

JMS : Acteurs qui jouent juste, casting avec SKH.

 

SC : Embrouille de couloir.

 

JMS : Couloir du love hôtel, lieu intéressant, petites lumières à côté des portes : couleurs qui indiquent l'occupation de la chambre ?

 

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JMS : Le vrai problème c'est que ce n'est pas nul, juste chiant. C'est l'histoire de types inintéressants sur lesquels on pose un pseudo-regard critique.

 

JMS : Toujours les mêmes thèmes. Analogie avec Woody Allen : ça passe dans les premiers films, puis ça tourne ça tourne au gimmick masturbartoire : « je me remets en question mais je ne parle que de moi ». Pas franchement une approche universelle du cinéma.

 

Gilles_Deleuze_official : On ne fait pas de la littérature pour raconter sa petite histoire personnelle.

 

SC : Le mec maniac appelle une prostituée. Il demande à parler. Le salaud ! (Sartre). Tremblotte tiens. Serait-ce une ambiance fantastique.

 

SC @Gilles_Deleuze_official : yeah man ! 

 

JMS : Une prostituée qui embrasse et qui fait la conversation...

 

JMS : Mensonges et Trahisons (et plus si affinités) : « Et pour la fellation, c'est définitif ? ». Grand moment de cinéma.

 

SC : Cf. Erostate, une nouvelle de Sartre : un client merdeux dont le fantasme est de faire marcher une prostituée. Il éjacule dans son froc. Poc poc. Epoque de frustration.

 

SC : Il éteint la lumière – plus haut, sa femme voulait la couette : qui se ressemble-s’assemble. Décompressez, faites une sexe-tape.

 

Gib-Fed : Il me rappelle fortement le travail de Kiezlovski dans la quatrième partie du décalogue quand la femme part chercher son fils à l'éc

 

Gib-Fed : ole et qu'on sent l'ombre du père planer sur eux, le père mort bien sûr incarnée par la caméra, caméra qui d'ailleurs n'a jamais vraiment su qu'elle était sa place au ciné

 

Gib-Fed : ma (qu'est ce que c'est agaçant d'être coupé tous les 140 mots). Alors caméra témoin-caméra spectre-caméra danger? c'est vraiment là la question essentielle posée par ce fi

 

JMS : @Gib-Fed : Mais tu vas la fermer ta grande gueule Gilbert? Parle-moi encore de cinéma polonais et elle tombe la tartine. Je sais où t'habites.

 

SC : Il se nettoie le sexe, tiens le contraire m’eut étonné. Il fait un test direct (problème de capote) => société d’hygiène, de norme, de régularité : Foucault, Surveiller et Punir. Visionnaire.

 

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JMS : Le plan unique et le miroir. Pour le coup c'est pas mal, et puis un miroir dans une salle de bains c'est plutôt logique.

 

JMS : Piqure dans le fion, HSS balaye vraiment tous les « iques » (héroïque, érotique, dramatique) et ramène l'homme a une condition encore plus minable que la sienne. Electrocardiogramme plat.

 

SC : Elles se racontent leur taf. On dirait le même décor que Kwangon Province : petite pièce avec une petite fenêtre par laquelle entre la lumière. Même studio, série B, manque de blé ?

 

JMS : fin de la vidéo 8 début de la vidéo 9 : quelques secondes de montage sympa. Y a quand même quelques idées de cinéma.

 

JMS : Argh, film en TROIS parties. L'écrivain raté, le commercial hygiénique, la nana qui taffe de nuit.

 

JMS : Marrant ce plan en noir et jaune.

 

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SC : Doublage d’hentaï : presque risible, si je n’étais pas à moitié endormi. T’es où GB ? Mort d’un orgasme ?

 

JMS : Presque goleri comme scène même.

 

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JMS : Popop ! Les 4 prochaines vidéos font moins de 10 minutes. Le bout du tunnel, le fond du puit.

 

SC : Ménage à trois. J’étais prêt à quitter ma vie pour toi => deux tartes. Poc Poc. Trop violent pour moi. Je n’en tirerai rien. Même délire que Breathless : trop violent pour moi.

 

JMS : Enfin, faut bien que ça explose dans ces vies de merde. Like it !

 

JMS : une autre version de la scène d'amour glauque. « Regarde moi dans les yeux ». HSS oublie sa règle du plan unique et large et de la lumière moche.

 

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JMS : part12. 3'15 : la caméra contaminée par la tremblotante, ça marche moins. En fait elle vibre et c'est tout à fait désagréable.

 

SC @JMS : bouaherk… Pardon je viens de dégueuler un plan instable.

 

JMS : quand il fait 2 plans pour une scène, c'est toujours un plan large et un gros plan.

 

LarsVonTrier : Se fixer des règles est une approche nécessaire à chaque film.

 

Gib-Fed @LarsVonTrier : M. Trier, c’est un honneur. J’ai beaucoup aimé votre dernier film. Nous avons eu l’occasion de nous rencontrer au dernier festival de Cannes. Je suis désolé pour votre bourde.

 

LarsVonTrier @ Gib-Fed : Monsieur… ?

 

JMS : 3 scènes de suite avec de la musique « diégétique » mal mixée, 3 scènes proches avec de la musique, on essaie de faire monter la tension HSS ?

 

SC : La femme espionne son mari alors qu’elle se trimballe de belles casseroles. Pathétique. On dirait du Houellebecq avant l’heure tiens.

 

JMS : Ah bah voilà, la radio portable, le bar et le restaurant annonçaient le retour de la musique. Ca sent le dénouement.

 

JMS : Se pose quand même la question du regard que HSS porte sur ses personnages (et sur lui-même?). Il nous donne des personnages qui semblent subir leur vie, qui ne sont jamais moteur et qui s'engluent dans un bourbier fade et sans saveur. Ils vivent par dépit, baisent par dépit, boivent par dépit, subissent, subissent.

 

SC @JMS : la petite vie, ça me dégoute. « Je n'ai jamais vu une bête sauvage s'apitoyer sur son sort. Même un oiseau préférerait mourir de froid et tomber de sa branche plutôt que de s'apitoyer sur son sort », D. H. Lawrence, un grand monsieur.

 

Capture d’écran 2011-08-28 à 13.31.37

 

JMS : Et la mise en scène a un côté systématique et distant, des « cadres-scènes » qui définissent un espace stricte où les personnages évoluent. On n'est pas chez Haneke, le système n'est pas au service du logique mathématique : on observe les personnages comme des poissons dans un aquarium.

 

SC : Elle se suicide ? Bah non… sens de la cérémonie ? @JMS : tu es toujours aussi audacieux dans tes rapprochements, HSS et Haneke. Bah voyons.

 

JMS : @SC putain j'ai pris un tour de rein là, c'est quoi ce délire ? Elle est peut-être simplement mourante...

 

SC @JMS: Arsenal aussi, et pas qu’un peu mon petit gars ! 8-2 ! Un vrai gang-bang !

 

JMS: @SC et sur des mineurs en plus, un scandale ! que fait la police ???

 

lovehkfilm.com : This is a film that either requires multiple viewings or constant note taking just to keep track of how everything comes together.

 

SC @lovehkfilm.com : you said it bro.

 

JMS: @lovehkfilm.com, quand même, tu déconnes ? C'est pas parce qu'il fait un film bordélique (et un bordel gratuit) qu'on va sortir le calepin merde. La vie des personnages de HSS est un long fleuve sans intérêt et jamais ils ne nagent à contre courant. Pas vraiment la partie de l'humanité qu'on a envie de faire passer à la posterité.

 

Lovehkfilm.com : We become spectators of their lives as we follow them through their day, and hence, we are forced to form our own opinions and evaluate for ourselves who these people are.

 

JMS : @lovehkfilm.com, ok, ok, ça parle peut-être à ceux dont la vie ressemble à ça...

 

Capture d’écran 2011-08-28 à 22.35.27

 

SC : Meurtre… ? Ecrivain, amante, tueur. La femme se casse.

 

JMS : 4 plans pour l'occasion. Froid ; énigmatique ou incohérent ?

 

SC : Mari – femme, pénombre, « parle-moi ».

 

JMS : Je le signe, HSS a de gros problèmes sexuels.

 

SC : C’est con, la seule scène qui aurait pu nous intéresser (meurtre) est élusive. HSS, un réalisateur qui s’est trompé de continent.

 

JMS @SC : et de métier.

 

SC @JMS : tsst les gens n’ont plus de valeurs.

 

Gib-Fed @SC : au contraire je trouve cela admirable d’être capable de décontextualiser…

 

SC @Gib-Fed : et pulvériser façon puzzle, tu connais connard ?

 

OliverStone : Le taux d’attention du spectateur a énormément réduit avec l’influence de la télévision, au point où il devient presqu’impossible aujourd’hui de faire un film calme...

 

DavidCronenberg : @OliverStone C’est à vous de savoir jusqu’où vous voulez expérimenter en fonction du public avec lequel vous souhaitez communiquer.

 

SC @JMS : il est quand même classe tout le beau monde qui nous suit sur twitter.

 

Capture d’écran 2011-08-28 à 23.15.29

 

JMS & SC, Gilbert Feldspath et tous nos followers.

 

 

 

 

http://twitter.com/#!/KimBongPark

 

 

 

 

 

 


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 18:34

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The Seaside Village, Kim Su-yong (1965)

 

LE FILM

 


 

 
   

 

C’est l’histoire d’un village qui se trouve sur une île certes, mais qui se trouve également être un véritable Club Med de la veuve. Nous avons déjà eu l’occasion de traverser un décor et un contexte similaires avec le film Iodo de Kim Ki-young. Les maris sont pêcheurs, donc généralement morts par la faute d’un Dragon divin un chouia taquin au niveau des offices religieux. Du coup, à chaque tempête, les compteurs à MILF esseulées s’affolent. Les femmes ont une espérance de vie autrement plus généreuse dans la mesure où elles se cantonnent à un rôle de « plongeuses », dans la petite plage où on a généralement encore pied, dans le but de remplir leurs escarcelles d’algues et de coquillages – les maris pêchent notamment des anchois. Hae-soon (Ko Eun-ha) est une de ces villageoises mignonnes comme un cœur. Mais pour être tout à fait honnêtes, les villageoises sont plutôt belles. Hae-soon est jeune, et elle est mariée depuis dix jours. Manque de pot, ou précocité, son mari meurt au terme de la décade. Youpi, Hae-soon rejoint le club très ouvert des « Veuves du Village », première force politique de ce petit bourg. Malheureusement, ou heureusement, un villageois particulièrement entreprenant, Sang-soo (Shin Young-kyun), lui fait du rentre dedans, au sens propre comme au figuré. Le bruit se répand dans le village. Hae-soon hésite entre l’honneur et le sexe. La tradition voudrait qu’elle restât veuve. Sa belle-mère avait néanmoins consenti une dérogation en raison de sa prime jeunesse, à condition toutefois de respecter une peine incompressible d’un an de deuil. Mais aussi vite, tout de même ! Le beau-frère d’Hae-soon, frère du défunt, bon fils à sa mère mais qu’on soupçonne aussi d’être le jeu de sentiments coupables, prend ses responsabilités. Après avoir rappelé à l’ordre un Sang-soo indiscrètement vantard, poings de Jean Gabin à l’appui, il lui donne les termes du pacte des loups : l’exil marital ou la mort solitaire. Hae-soon et Sang-soo choisissent de s’exiler.

 

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 Kim Su-young, né en 1929, vieux briscard qui s’est fait les dents en tournant, pendant la (ou les) guerres, des actualités et des cours métrages pour le Bureau cinéma du ministère de la Défense, est du genre à avoir une filmographie à rallonge du même acabit que celle d’Im Kwon-taek. Avec plus de cent films dans les jambes, il peut se vanter d’avoir touché à tout, très vite : c’est d’ailleurs le recordman sudco à ce jour. On notera notamment l’année 1967 durant laquelle, pour une raison et dans des conditions qui nous échappent – un crédit à rembourser ? -, il réalisa dix films, soit un film tous les trente-six jours. Son hyperactivité pourrait trouver une explication dans le fait qu’une très grande partie de ses films sont des adaptations littéraires. Le village au bord de la mer est ainsi inspiré d’un roman d’Oh Young-su.     

 

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Le village au bord de la mer commence par un plan en plongée d’un train qui longe la côte. Allons bon les enfants, vous avez bien lu le synopsis, ne faites pas les fines bouches : un mélodrame sans son plan de train est un été sans soleil. C’est ce qui se disait à l’école du cinéma de l’époque. Le contraire aurait été étonnant. Un jour, promis, nous percerons le mystère du train qui sort d’un tunnel au début d’un mélodrame. D’ailleurs, pour être un peu plus précis, il faudrait dire que le train est généralement accompagné d’un élément aquatique : la rivière dans Peppermint Candy, la neige d’un Failan. Contre exemple : Le Bon, la Brute et le Cinglé, avec train qui traverse un désert. Mais si nous considérons le ciel comme une mer céleste, la série tient également pour le film de Kim Jee-woon – rappel : l’aigle qui pique du nez vers le train. Bref, en 1965 donc, nous avons déjà une association aquatico-ferroviaire : la caméra balaye le décor depuis le train en direction de la plage. Le soleil est au beau fixe. Le bruit des vagues a quelque chose de fondamentalement Tennessee en cette fin de mois de juillet digne d’un automne écossais. Et peut-être aussi une mise en garde brutale : cet éden innocent est fragile, il y a quelque chose à protéger. Le bord de mer ressemble à un HLM géant ouvert sur le littoral : les rochers forment des étages, les chemins sont compassés entre plusieurs lignes de niveaux : la communauté, resserrée et solidaire, vit dans un microcosme étendue sur une petite bande de sable. L’extranéité n’est pas une option, l’écosystème est en constante menace : pour vivre heureux, vivons cachés. L’île fait penser à un gigantesque Loft Story.

 

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Un narrateur, professoral, raconte les liens qui unissent cette communauté de villageois avec la mer : de manière classique, il évoque la lutte de la vie contre la nature et les caprices de la mer. On en a pour preuve un plan dans lequel on voit tous les habitants sur la plage tirer un très gros filet de pêche : de l’unisson au poisson, il n’y a qu’un bras (oui oui…). Il met en garde, comme dans cet autre film de Kim Ki-young, Burying Old Alive. Il pose les règles du jeu : les personnages ne se rendent pas compte de ce qui leur arrive. Cette démarche est très caractéristique des mélodrames. Seong-goo, le premier mari d’Hae-soon, celui qui est éliminé dès l’entame du film, se permet même d’arriver en retard à sa mort, trop occupé qu’il est à honorer sa femme, dans une pièce contiguë à l’espace que squatte sa mère. Le milieu est modeste pour le dire pudiquement. L’« imbécile heureux » est une bête très recherché dans les mélodrames, genre le père qui n’envoie pas ses enfants à l’école parce qu’il n’a pas d’argent pour acheter les cahiers et qui tance son fils sur ses ambitions immodérées alors que la pêche fait l’homme, ce que le film donne à voir. La misère est moins pénible au soleil dira-t-on.

 

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Et puis bada-boom. La tempête arrive plus qu’une élimination de l’équipe de France de football. C’est le moment où les artifices du studio tournent à plein régime : la lumière s’affole et les ingénieurs se creusent les méninges pour créer l’effet tempête apocalyptique à l’aide sachet de Haribos juxtaposés sur les spots, la pluie provient de bouteilles agitées par des stagiaires, le vent sort tout droit d’un aspirateur ; on espère qu’aucun câble électrique mal tiré ne viendra entraver le jeu, intense en ces temps courroucés, des actrices cheveux au vent. Et bien cette artificialité de la tempête – dans sa temporalité et dans sa matière -, c’est un peu le scénariste qui tâche. Du genre qui a renversé de son bibimbap sur le script. Sans raison, malgré son caractère prévisible, l’acte divin frappe pour que tous restent à leur place. La mère de Seong-goo ne s’y trompe pas, elle qui a déjà perdu un mari, et qui voit un fils partir. Son petit dernier sera dorénavant interdit de poiscaille. L’autel divin monnaye à prix d’usurier ses avances célestes. Cela dit, pour revenir au studio, il y a de très beaux clairs-obscurs dans le film. Genre Rembrandt en Asie. Et pour le coup, on dit merci la technologie.  

 

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 Le volet battant de l’autel du Dragon de la mer claque au rythme du mépris des petites gens. Hae-soon semble sincère lorsqu’elle prie pour le retour de son mari. Et pourtant. Aucune circonstance atténuante n’intercédera en sa faveur. Cette tempête, c’est presque une mesure de régulation sociale au sein de cette petite île de Lesbos. Et l’attachement d’Hae-soon pourrait presque paraître suspect. En effet, girls rule dans ce petit village au bord de la mer. On lui fait bien comprendre que c’est le destin des femmes de marins que de devenir veuve. Et la société des femmes, passée le quart d’heure légal de peine et de douleur, reprend son existence gaie et frivole. D’ailleurs, la relation lesbienne a cours librement. On voit de jeunes femmes se consoler de leur solitude (fantasme de Kim Su-yong qui traverse tranquillement la censure ?). Certaines femmes se font pressantes sur Hae-soon : caresses de cuisses et tout le toutim. Mais cela ne suffit pas à détourner Hae-soon de l’hétérosexualité.

 

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L’insistance d’Hae-soon confine au mauvais goût, voire au sacrilège. Elle ne se remet pas de la mort de son amoureux et le reproche au dieu de l’île. Fait intéressant, et peut-être inspirateur : une veuve enceinte s’attaque à une installation sacrée : il s’agit de fines bandelettes suspendues à un fil de linge. Et on vous le donne en mille, cette structure s’appelle les « pénis de l’île ». Et oui, un ensemble de relique des beaux gosses partis trop tôt. L’audience s’offusque d’un tel comportement évoquant malicieusement le scandale des Hermocopides à Athènes (- 45 avant JC) qui vit des statues sacrées représentant le dieu Hermès génitalement mutilées, ce qui suscita une forte émotion au sein de la lubrique société grecque.

 

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 Manifestement,  ce geste est une espèce de clé de voûte du film. La révolte d’Hae-soon contre un dieu jaloux, à défaut de la révolte du directeur Kim contre un dictateur radin (The President’s Last Bang), revêt un sens nouveau au regard de ce sacrilège. Dans le livre édité par le Centre Georges Pompidou sur le cinéma sud-coréen, sous la direction d’Adriano Aprà, on nous explique que Kim Su-young, qui s’était fait connaître avec La tristesse est aussi dans le ciel (1965), avait un style qui tranchait de façon évidente le profond réalisme des films des années 60. L’idée serait que ses œuvres apportent du lyrisme et de la sentimentalité. Or qui dit sentiment dit potentiellement révolte. Cette approche lyrique est perceptible dans Le village au bord de la mer parce qu’elle repose essentiellement sur la quête d’un individu : une espèce de recherche de liberté, qui se trouve dans ce contexte associée à l’amour. En somme, les termes de l’équation mettent en confrontation, d’une part la communauté, cristallisée dans la figure du Dragon de la mer, gardien de l’ordre social et de la tradition, et d’autre part la quête individualiste à vocation hédoniste d’Hae-soon et de son second amour, le charbonnier roublard et avisé Sang-soo. Le traitement des personnages est assez caractéristique de cette ligne de fracture : les gros plans ne concernent qu’Hae-soon ; même lorsqu’elle se badine sur la plage avec Sang-soo, après de chaudes étreintes, c’est sur l’expression de son visage qu’on s’attarde. A l’inverse, la « société des femmes » n’existe que sur le mode collectif : elles sont « plusieurs », elles parlent à plusieurs, elles travaillent à plusieurs. Leur existence réside dans l’ordre : travailler pour survivre et demeurer veuve. Le film pullule de micro-inserts prenant en compte les réactions collectives des femmes à l’égard d’un fait ou d’une parole d’Hae-soon. Elles font figure de coryphée vigilant. Elles sont l’opinion publique de l’île. Ces micro-inserts sont mangatesque. Ils rappellent les bulles dans lesquelles les amis du personnage principal reprennent en écho les faits et gestes de ce dernier, comme de vulgaire no-life. 

 

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Entre ces deux pôles se trouvent la belle-mère d’Hae-soon et son fils.  Ils sont individualisés, mais ils servent au chantage affectif. Hae-soon est attachée à sa belle-mère, et elle éprouve quelques remords à quitter l’île pour cette raison. Pour assumer pleinement le cynisme d’une telle lecture, on pourrait dire franchement que cette famille fait penser aux monstres qui prennent la figure de la victime pour mieux appâter la proie. Un truc vicieux de cénobites genre Hellraiser. Mais bon, cette lecture est injuste : l’amour entre Hae-soon et sa belle-mère est réel. Le regard du faible ne prend pas. Toutefois, le film laisse subsister un doute sur les motivations d’Hae-soon. Kim Su-yong la présente sous un aspect taciturne et indécis. Elle résiste, mais elle aime. Elle est pudique, puis nympho. Elle semble refléter ce décor caractéristique de la puissance sexuelle : une île qui s’élève au milieu d’un océan. Si on reprend un film comme L’Avventura d’Antonioni, on y trouvera un procédé semblable : la partie de cache-cache sexuel entre Sandro et Claudia sur l’île volcanique fait figure de jeu nuptial. Un jeu sexuel peut-être un peu moins fringant à l’époque de Kim Su-young que de nos jours : confer la magnifique scène de l’étable dans laquelle Hae-soon accepte la première fois de se livrer à Sang-soo, lequel se déshabille comme un pépé et se retrouve en caleçon et chaussette à cause d’un départ de feu. Bref, tout ça pour dire qu’Hae-soon ne ressemble pas exactement au parangon de la vertu, même si Sang-soo a été particulièrement offensif, à la limite du viol – attention c’est important pour la suite.

 

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 En tous cas, voyez-y un lien ou pas, à partir du moment où elle quitte l’île, ça va de mal en pis. Elle se voit « obligée » de travailler pour pourvoir aux besoins de ménage. Cette Brigitte Bardot en herbe abandonne les coquillages et les crustacés pour s’empoussiérer au fin fond d’une carrière avec son nouveau mari. C’est presque touchant tellement c’est biblique : vous avez voulu voir ce que c’était, vous en aurez le labeur et les ronces. Le prince charmant a accouché d’un modeste crapaud. Pire, Hae-soon devient une catastrophe ambulante par l’effet de sa funeste beauté. C’est vrai qu’elle est quand même plus bonne que la plus bonne de tes copines. Alors du coup, la charogne chauffe la gomme à chacune de ses allées et venues. Son mari commet la grave erreur de lui permettre de travailler dans un bar ce qui, étant donné la répartition des sexes, revient à l’ériger en effigie de préservatifs sponsorisé par le planning familial. Evidemment, elle se trouve être le centre d’embrouilles marinées de testostérones, ce qui provoque un nouvel exil du couple. Et ouais, c’est ça de briser l’équilibre de l’écosystème moral et familial : on ne retrouve plus la paix. De toute manière, Hae-soon est comme victime de son être. Sur l’île, à la ration aux anchois, les femmes s’alignent. Toutes sont traitées comme des Obélix face au chaudron à poisson ; puis vient le tour d’Hae-soon : elle est gâtée. Et puis, alors qu’elle échappe à la jalousie des femmes, elle suscite la jalousie des hommes. Telle Hélène de Troie : elle alimente les feux de la discorde sous ses pieds.

 

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 Donc la fuite, mais aussi la cachette, l’activité en contrebande, la vie esseulée. Comme nouvelle activité, Sang-soo se fait bucheron tandis qu’Hae-soon se fait chier. Classiquement, elle se remet à penser au bercail. Attention, le propos est injustement polémique : elle est encore croc de son mari, elle « lui est dévoué », chose de Sang-soo apprécie particulièrement. Toutefois, elle se remet à penser au bercail, à la mer, aux coquillages. L’amour qui s’essouffle donc, une symphonie tragique digne de Belle du Seigneur. Et comme pour lui faire comprendre qu’elle a outrepassé certaines limites en croyant qu’elle pouvait vivre de manière autonome, sans attaches et sans liens organique avec une communauté, intervient l’épisode qu’on attendait depuis le début : le viol. Il faut dire que l’endroit où ils se trouvent, en forêt plus en hauteur, est tout désigné. Certains plans, pour durcir le trait jusqu’à déchirer la feuille, font étrangement penser à… ouais allez on peut le dire… à Anti-Christ, l’exutoire génialement glauque de Lars Von Trier. D’ailleurs la clairière qu’ils squattent ressemble à s’y méprendre à celle dans laquelle Charlotte Gainsbourg libère ses chakras et fait parler ses talents créateurs. Bref, ça sniffe le bunga-bunga. Une bande de chasseur rôde dans les parages. On craint pour Hae-soon, comme jadis pour la jeune Karin, dans La Source d’Ingmar Bergman, violentée par trois affreux maroufles.  Il n’y aura finalement qu’un seul exécutant, qui sera arrêté au seuil du méfait car un cri finit par alerter Sang-soo. Etonnamment, Kim Su-yong est très évasif sur cette scène, alors qu’il n’a pas hésité à filmer les ébats lesbiens de la « société des femmes » sur l’île. Ce respect à géométrie variable des « bienséances » nous échappe, à moins que l’homosexualité, du moins l’homosexualité féminine, fût un phénomène largement accepté dans la société sudco, en 1965, sous un régime de censure, ce dont nous doutons fort. Mais enfin, les voix du seigneur sont impénétrables.

 

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 Donc Hae-soon est sauvé, mais de justesse. D’une certaine manière, ça doit être le Dragon de la mer, qui en l’espèce se révèle être un bon randonneur, qui la rappelle au bon ordre. Et comme il continue à rôder dans le coin, il frappe salement, avec une verve shakespearienne. Comme Job a été victime de sa piété, Hae-soon est victime de sa beauté. Sang-soo croit qu’Hae-soon a pris son pied durant le « pré-viol ». Et là on se rappelle de tous les subterfuges qu’emploient Solal et Ariane pour raviver la flamme. Sang-soo pète un plomb et se met à étrangler sa femme. Elle s’évanouit. Il va chercher de l’aspirine (attention ça arrive !). Entre temps, elle se réveille et cri à qui veut entendre le nom de son mari. Ce dernier se trouve être à portée de voix. Heureux et fier comme un cosaque, il rebrousse chemin. Ils se voient de loin. Sang-soo presse le pas, insulte son destin et glisse sur une pierre avant de se retrouver sous la forme d’un cadavre, une vingtaine de mètres plus bas. TADAAA ! Et non attendez ce n’est pas fini : elle décide d’enterrer son mari. Elle creuse un trou, et tirer le corps, et là devinez ce qu’il se passe : et ouais il se met à pleuvoir, c’est ça ! Alors arrivés à ce stade, vous remontez quelques paragraphes plus haut, et vous reprenez le passage avec le scénariste qui tâche. Notre code de l’honneur nous interdit la redite.

 

                Voilà la morale : don’t fuck with god. Le rêve américain a fait pfchit. Papa avait raison: Hae-soon aurait gagné quelques années de sa vie si elle avait pris le temps de lire la Chèvre de M. Seguin. Son retour sur l’île est presque la célébration de la fin d’une crise d’adolescence. Elle revient dans un quotidien qui ne lui avait pas pardonné sa défection. Le réalisateur revient aux classiques : on voit la belle-mère qui apporté des pommes de terre à son fils. Ce dernier va pêcher (va mourir ?). Hae-soon est heureuse, et un peu conne. Elle ressemble à quelqu’un qui jouit du fait d’avoir payé pour sa faute. Elle a expié : joie d’un endetté refait. Comme à la fin de 1984, après un traitement administré dans la chambre 101. Les films de la cohésion sociale sont clos : l’avenir ne peut-être que mauvais. L’esprit d’aventure est un cancer qu’il s’agit d’éradiquer. Et derrière la ligne d’horizon, puisse dieu ériger un mur : celui du Truman Show, pourquoi pas.

 

Et les petits bonus hein, comme d'hab. Ambiance plage et love

 

 

 

L'homme, la femme, la plage : une iconographie éculée

 

 


 

 


 

 

 


 

 


 

 

Extrait de L'Ile nue, de Shindo Kaneto, dont certains ressemblent au film de Kim Su-yong

 

 

La Pointe-Courte, d'Agnès Varda, film qui annonce la nouvelle vague française, et qui restitue un peu de l'ambiance du film de Kim Su-young

 

Dadoo, le genre du mec qui cherche des codes pin

 

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 21:09

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The President’s Last Bang, Im Sang-soo.

 

 

Le film est disponible sur Youtube

 

 


 

 

 

Park Chung-hee a été assassiné le vendredi 26 octobre 1979, à 19h41 pour être tout à fait précis. C’est le chef des services secrets de la Corée du Sud (KCIA), Kim Jae-kyu, qui s’est chargé de la besogne, à l’aide d’un Walther PPK chargé à bloc. La première réaction de l’appareil d’Etat a été de décrire l’évènement, par la voix du porte-parole du gouvernement, comme un « accident ». Une explication incroyablement risible au regard des enjeux. Ce décalage entre le dire et le faire est peut-être l’espace dans lequel glisse Im Sang-soo, patineur virtuose de ce que nous avons eu l’occasion de qualifier comme le « 1,5ième degré » (Une femme coréenne, The Housemaid). Kim Jae-kyu a affirmé lors de son procès : « j’ai tiré au cœur de la Constitution Yusin comme dans une bête. J’ai fait cela pour la démocratie dans ce pays. Ni plus, ni moins » (traduction de l’anglais). La Constitution Yusin (1972) fonde la IVe République de Corée de Sud et entérine le bonapartisme de la rivière Han : le Président est désormais élu pour six ans, sans limitation de mandats ; l’élection du Président se fait de manière indirecte via la Conférence Nationale pour l’Unification (un organe plus aisément contrôlable que l’ensemble du corps électoral dans l’hypothèse du suffrage universel direct) ; les conditions pour être élu Président étaient si contraignantes que seul Park Chung-hee pouvait se présenter (Clemenceau disait déjà en son temps qu’il fallait être un nombre impair pour gouverner, et que trois c’était déjà beaucoup trop) ; et enfin, last but not least, le Président peut nommer directement les parlementaires : c’est généralement considéré comme la signature du dictateur sur la toile de la société, celle qui rajoute le cachet.

 

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  Trop la flemme de révolutionner. Trop de bat-les-couilles dans la détente. En apprenant l’assassinat de Park Chung-hee, les Etats-Unis se sont immédiatement attendus à une nouvelle guerre, en craignant une invasion nord-coréenne. Il faut dire que Kim Il-sung était du genre offensif, comme en témoigne l’attaque à la hussarde, en 1968, de la Cheongwadae (« la Maison Bleue »), résidence de la présidence de la république, par un commando nord-coréen – cette attaque ayant au passage été à l’origine d’une tentative de rétorsion sud-coréenne avec l’épisode de l’Unité 684 raconté dans le film Silmido. Pourtant, cette alerte fut vaine, il ne se passa rien, ou presque : une fenêtre démocratique de quelques mois s’est ouverte, incarnée par l’ancien Premier ministre du dictateur défunt, Choi Kyu-hah, avant d’être tranquillement refermée par le général Chun Doo-hwan qui commençait à frissonner sous les courants d’air de Séoul et Gwangju (1980). Encore une parenthèse rigolarde, un petit entredeux drôlesque, dans lequel Im Sang-soo s’engouffre avec une insolence digne de Diogène le Cynique. Marx médite sur des propos attribués à Hegel et en tire une sentence absolument désarmante : « l’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce » ; Im Sang-soo s’arroge ce constat en tant que grain à moudre pour son moulin. Il fallait être vraiment inconscient pour croire que The President’s Last Bang serait une œuvre de dissection historique à la lumière de la philosophie politique, une espèce d’œuvre monumentale, cathartique et réparatrice comme le film sur Napoléon que Stanley Kubrick n’aura jamais eu l’occasion de réaliser.

 

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Evidemment non. Trop la flemme de révolutionner et le directeur Kim est un menteur : il a tué son patron pour ne pas perdre son poste – du côté du Medef, on aurait raison d’avoir des sueurs froides si ce procédé venait à remplacer la justice prud’homale. Vous mettez une situation aussi lourdement complexe, celle d’un pays sous un régime autoritaire qui s’essouffle mais qui possède à son actif un grand bond économique japonisant, entre les mains d’une personne qui au bout du compte ne veut pas perdre son taffe : ça donne une espèce de pellicule fragile et absurde qu’Im Sang-soo prendra un malin plaisir à ourdir, n’en déplaise aux quinquas et sexas déçus, voire légitimement contrits, par le caractère désinvolte et jmenfoutiste de son film.

 

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Im Sang-soo est un gars qui connaît son histoire universelle. Une révolution en pleine Guerre froide, entre les USA et l’URSS, c’est un peu aller de Charybde en Scylla, ou rester en Charybde. Au Ve siècle avant JC, la Grèce était strictement partagée par deux systèmes d’alliances entre une Athènes conquérante et une Sparte conservatrice. C’était déjà une guerre froide. Alors que Corinthe, à la veille de la Guerre de Péloponnèse, essaye de brancher Sparte pour entrer en conflit contre Athènes, arguant de l’insatiable désir hégémonique athénien, des émissaires Athéniens se présentent à Sparte pour rappeler les règles du jeu : « on sait bien que vous avez instauré des régimes à votre convenance dans les cités du Péloponnèse sur lesquels s’exerce votre hégémonie […] notre conduite n’a donc rien qui puisse surprendre, rien qui ne soit dans l’ordre des choses humaines » ainsi que le rapporte Thucydide. C’est triste mais c’est comme ça. Dans une telle situation, les systèmes politiques s’effondrent sous le poids de leur médiocrité, mais il ne faut rien en attendre de neuf : c’est dans les vieux pots qu’on trouve la confiture la plus coriace.

 

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C’est peut-être ce qui ressort de la manière la plus patente de The President’s Last Bang. Dès le début. Les films dissertatifs, au rang desquels se range celui d’Im Sang-soo, contiennent pratiquement tout dès les premières minutes, comme quelques mots introductifs avant la problématique servie avec un air d’accordéon qui donne l’impression que nous allons traverser le film comme une jolie balade à Montmartre sous un soleil au beau fixe : comment un phœnix boiteux renaît-il de ses cendres ? De beaux plans aériens de Séoul, pour le plaisir des yeux – la statue de Yi Sun-sin apparaît en premier plan comme une prémonition -  succèdent à une scène réunissant des personnages qui semblent faire partie des nantis du système. A revoir cette scène, il est difficile de ne pas faire le lien avec la caricature de l’aristocratie régnant cruellement au centre du remake de The Housemaid. Seins à l’air, salons raffinés, bourgeoises défraîchies et discussions de boudoirs dans laquelle une mère finit par être traitée de salope. Dans son hélicoptère, le Président parle de ses testicules. Il y a comme quelque chose d’irrémédiablement perverti et gangréné. Le cul avant la tempête : il paraît qu’on n’a jamais autant bu et baisé en Russie qu’à l’hiver 1917, à la veille de la Révolution de février qui devait emporter le Tsar Nicolas II.

 

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C’est sans aucun trouble que le film passe au quartier général de la KCIA, où un agent décontracté se fend de quelques pas de danse, qui rappellent ceux de Hwang Jung-min dans le dernier plan d’Une femme coréenne. De la pure décadence qui s’assume : on a souvent l’impression que les personnages des films d’Im Sang-soo n’en ont strictement rien à foutre du film dans lequel ils jouent. Pour rajouter de la margarine sur une tartine déjà pleine, un travelling latéral, brillant, balaye différentes salles de tortures alors qu’on suit en arrière-plan la marche d’un agent de la KCIA qui scrute comme dans un peep-show. Ça reste encore chargé sexuellement puisqu’on entend un tortionnaire demander à ses victimes dénudées comment elles prétendent parler de démocratie ou de révolution avec de telles verges. Des affaires de cul ont défait des empires : on ne court aucun risque avec des micro-pénis.

 

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Pour parodier Kundera, on dirait que la légèreté est insoutenable. L’ambiance de fin de règne est somme toute bon enfant, mais l’inconscience généralisée peut exaspérer. Des élèves se demandent s’ils ont le droit de traverser la rue pendant que les haut-parleurs retransmettent l’hymne national… tout en traversant la rue : les règles strictes du régime ne semblent s’imposer qu’à l’aide d’un reste de réflexe pavlovien. Le chef d’Etat-major est ridicule comme le Dictateur de Charlie Chaplin. L’assassinat se prépare calmement au cours de la journée, on appelle un agent qui était de repos pour dépanner : il semble que ce ne soit qu’un plat de plus à prévoir pour le dîner. C’est l’histoire d’une grande famille, dans un microcosme, où les coups de pression sont discrets, mais directs. Malheureusement, on ne mesure pas que souvent, en périodes troubles, le moindre moustique peut se révéler aussi dévastateur que le pire des carnassiers. Les jeux d’influences font que chacun a ses affinités. Les courtisans sont légions : leurs grimaces font penser aux dernières gesticulations d’une poule à la tête tranchée. Le film donne l’impression d’une sorte de battement de cartes avant la partie de poker. Les teints froids et boisés, donnant tantôt dans le mauve, tantôt dans le marron, s’accordent à merveille sur ce plateau de Cluedo. Seul, sur la cuvette des chiottes, lucide comme un chacal qui sait sa fin proche, le directeur Kim lâche enfin une parole qui semble tomber sous le sens : « rien ne va aujourd’hui ».

 

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Au milieu de cette mascarade, le Président s’apprête à mourir entouré de deux jeunes filles. Une Carla Bruni en herbe lâche deux trois notes foireuses, la garde rapprochée fait sembler de parler opposition politique, les regards sont convenus. L’actrice qui chante interprète le rôle de Sim Soo-bong, une chanteuse de Pansori célèbre qui était présente sur les lieux du crime. Elle chante un enka, ballade sentimentale, de la chanteuse japonaise Misora Hibari, Kanashii sake. Dans le film, on les voit écouter distraitement sous une langueur romaine de banquet où il ne manque plus que les esclaves numides et les grappes de raisins. Or la réalité semble avoir été tout autre puisque dans une interview de 2006 (le film d’Im Sang-soo étant sorti en 2005, il ne pouvait pas savoir), Sim Soo-bong a affirmé que la chanson avait mis Park Chung-hee en colère. Il se serait écrié : « qui a amené Japonaise ? ». Cette version contraste avec l’espèce de japanophilie nostalgique du Président, qui raconte sa fierté d’avoir été endurci par l’éducation qu’il a reçue au Kuomintang, même si Park Chung-hee a en tout état de cause mené une politique active de réconciliation avec le Japon.

 

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Avant le moment fatidique, Im Sang-soo montre tous les recoins du palais présidentiel : certains se préparent à leur forfait, d’autres se donnent à la débauche. Dans la cuisine, le petit personnel prend une photo de groupe, ironie suprême du réalisateur : c’est comme s’il se photographiait en souvenir de la vie avant de passer à la moulinette. C’est le moment du film où les travellings chauffent la piste, la valse est envoûtante : l’histoire est entièrement mise au ban, l’assassinat ne sera jugé qu’à l’aune de sa valeur esthétique. Il prend tout le monde à témoin. Puis la tuerie commence au comble de la beuverie, les portes se ferment et l’électricité coupe pour la mise en scène d’un petit Battle Royal. Im Sang-soo film astucieusement quelques plans de haut, caméra au plafond. Du coup, on voit les murs comme du carton de pâte. On voit aussi le déplacement des personnages dans le 2D, comme si on jouait à Zelda sur Super Nintendo.

 

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A ce moment du film, il semble difficile de se détacher de l’action de manière plus désinvolte. La balle qui se loge dans la tête du Président est tout bonnement kitanesque : le directeur Kim lâche un cri à la Bruce Lee avant d’appuyer sur la détente. Avec le recul, ce plan fait penser à un passage de The Housemaid où Euny fait une fellation à Hoon, le maître de maison : ce dernier ne trouve rien de mieux que de se gonfler les biceps, comme un crétin d’adolescent. Même distanciation. Après cette tuerie, Kim donne ses instructions en Japonais : chassez le naturel, il revient au galop.

 

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En attendant, la mort du Président ressemble à celle de Néron : « un artiste comme moi, quel gâchis » ou celle de Jésus : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le directeur Kim, qui se fait gauler, se la joue plutôt Danton Superstar : « tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la chandelle ». Pendant un temps, le chef de la KCIA a failli réussir à tromper son monde : le jeu politique s’est réinitialisé l’espace de quelques instants, ce que rendent bien les quelques plans larges de la ville vidée par le couvre-feu. C’est à ce moment qu’il aurait fallu avoir de l’aplomb sans sourciller. En 1958, à la faveur de l’embrouille générale qui régnait en France, De Gaulle aurait lâché : « le pouvoir ne se prend pas, il se ramasse ». Les quelques minutes où le directeur Kim a eu le jeu en main auraient pu changer les choses ; le film est tout d’un coup devenu sérieux.

 

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Et puis en fait non, la médiocrité reprend vite ses droits. Untel montre sa blessure du Vietnam sur la fesse gauche, tel autre demande si le grabuge est dû à une soirée trop arrosée. Les conspirateurs commencent à craquer, l’édifice s’écroule et le vélo se met à rouler tout seul. La phrase désabusée du prince de Salina, dans Le Guépard de Lucho Visconti, résonne de manière prophétique : « il faut que tout change pour que rien ne change ». La valse des courtisans reprend, les larmes de crocodiles sont de rigueur. Où de manière plus trash : « la politique, c’est qu’une partouze de chiens errants » (Booba). Le directeur Kim, au faîte de son imposture, tente de souder ses troupes en parodiant Mao Tsé-toung : « la révolution n’est pas un cocktail ». Il aurait pourtant dû se tenir à sa petite hypocrisie. La seule morale de son assassinat, c’est un constat un peu blasé : « ce sera certainement ton frère, mais au moins ce ne sera plus toi ». Tous semblent le savoir, ce n’est pas une révolution, juste une petite révolte. Pourquoi les prendre au sérieux ? 

 

 

Misora Hibari, Kanashii sake

 

 

L'arrivée au pouvoir de Park Chung-hee en 1961 :

 

 

 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Drame
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