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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 09:39

My Wife is a gangster aurait pu être une belle daube. Or le premier film de Jo Jin-gyu ne l’est pas tout à fait. Les acteurs du film sont tous globalement corrects, avec une mention spéciale pour Park Sang-myeon dans le rôle du mari d’une chef de la pègre locale. Malgré quelques passages très bons, voire excellents, ce film pêche par un certain manque de caractère dont la faute revient à un scénario sans relief.

 

Parlons-en du scénario, Mantis, mi-femme mi-brute, baronne de mafia au visage aussi fermé qu’un coffre-fort, retrouve les traces de sa sœur qu’elle avait perdue de vue depuis leur enfance dans un orphelinat. Celle-ci, mourante, rêve que sa sœur se range et trouve un époux. Pour lui faire plaisir (car il semble bien que Ranma 1/2 n’accepte de redevenir humaine qu’au contact de sa sœur), elle charge ses hommes de lui trouver un mari vite fait bien fait. C’est alors que Park Sang-myeon entre en jeu, sous le rôle d’un fonctionnaire répondant au nom de Kang Su-il. A partir de là, le film ne suit plus vraiment de fil directeur. On assiste alors à une succession de scènes et de sketchs, parfois plaisants quand ils ne sont pas chiants.

 


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Un film d’action sans trop d’action.

 

Il est difficile de dire que My Wife is a gangster est un film d’action. Les scènes de baston, relativement rares, font un peu pitié. On en distingue trois dans le film, marquant à chaque fois une étape dans la narration.

 

La première, qui ouvre le film et explique le bout de fer sur le crâne d’un des hommes de Mantis, n’a pas grand intérêt dans la mesure où on ne comprend pas vraiment ce qu’il s’y passe –et le poncif de la pluie qui intensifie le drame, c’est un peu facile même si ça ajoute toujours son petit effet.

 

La dernière, qui se déroule dans la stricte orthodoxie d’une fight finale d’un film de Hong Kong, n’est pas non plus fofolle. Contrairement à la première pourtant, on peut la concevoir comme la conséquence logique de la trame du film. Les hommes de Mantis se sont fait massacrer par le gang rival. Celle-ci, qui commençait à devenir sympa avec son mari alors qu’elle a été abjecte pendant tout le film, se doit de tenir son rang. C'est ainsi que tout naturellement (suivez mon regard) vient poindre la rhétorique classique du « ton milieu, c’est plus fort que toi ». Mantis se sent obligée de venger ses hommes. S’ensuit une baston relativement banale sans réelle construction esthétique. Attention tout de même, cette scène de combat est l'occasion d’un des plus beau plan du film : focus sur Mantis à terre le visage couvert de sang et de mousse d’extincteur.

 

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Finalement, c’est la deuxième scène de combat, duel de champions se déroulant en haut d’une falaise entre Mantis et Nanman, un gars du gang rival (i.e. les White Shark Boys –super blaze au passage !) qui est la plus sympa. C’est con à dire mais c’est la plus sympa parce que c’est une copie presque conforme (le petit pissou de Mantis en moins) de la scène finale de la Légende du grand judo de Kurosawa. La nature y est grandiose, majestueuse, déchaînée et les combattants, insignifiants sous les lambris venteux de la Pacha Mama, semblent autant lutter entre eux que face à cet adversaire immanent. Bon et juste pour finir, le bad boy de Findus tombe de la falaise vers la fin du combat… comment fait-il pour remonter, et sans égratignures ? A moins d’une gravité inversée dans cette région du monde, ça pue à des kilomètres la flemme de scénariste.

 

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Ces trois scènes manquent de cohérence par rapport à la texture du film. Elles sont surfaites, voire complètement artificielles. La succession des plans manque légèrement de fluidité à mon goût. Du coup, ce n’est pas vraiment beau, ni très pertinent. C’est un peu la rencontre de Chuck Norris et d’un bol de ramen périmé. C’est bif bif bof.

 

Bref, ce film s’encombre de scènes de combat dont la valeur ajoutée est douteuse, voire clairement négative. Et j’en arrive là au point le plus important. Le cinéma coréen nous a habitués à un aboutissement ultime des dirty streetfights façon déchainement brutal qui ne respecte la grammaire d’aucun art martial. Ce qui en fait leur force, c’est que ces combats sont d’une banalité poignante si bien qu’en les regardant, on parvient très clairement à s’imaginer dedans. Tout l’intérêt de l’équipe de punks qui gravite autour des principaux protagonistes s’explique par ces bastons. Ces punks se font martyriser durant tout le film, jusqu’à l’assassinat par l’un d’entre eux de Badda, un des Riri Fifi & Loulou de Mentis. Finalement, les seuls moments de violence qui sont réellement au service du film sont presque anodins. Ce sont des passages à tabac, des mises à sac, des embrouilles convenues, des coups de pression de petites frappes, voire de simples kèches, qui parviennent à consolider sensiblement la trame d’un scénario bien léger –qu’on s’en assure en constatant que ce n’est pas la mort de la sœur de Mantis, évènement presque anecdotique dans le film alors qu’il était censé motiver tous les faits et gestes de l’héroïne, mais bien l’assassinat de Badda qui déclenche les séquences finales. De ce point de vue là, le film est très bon. Il maintient une sorte de suite d’évènements latente qui ressurgit d’un coup à la gueule des protagonistes principaux. ET PAF ! Un con de punk sort un couteau de cuisine qu’il a emprunté à sa maman et le plante dans le bide d’un bogosse qui venait pour la première fois d’être aimable avec sa copine-pute. Trop dure la vie, on ne s’y attendait pas et la fin du film s’amorce. Outre la scène de combat dont j’ai déjà fait mention et le mari de Mantis qui la venge en se faisant la bande des WSB à litres d’essence, que dire ? Bah rien, strictement rien. Le réalisateur ne trouve rien de mieux que de faire enfiler un cuir au mari de Mentis et hop, monsieur devient du jour au lendemain un bandit, un vrai.

 

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Pour illustrer la dirty streetfight, qui existe bel et bien dans le film, on peut prendre deux moments particulièrement parlants. Tout d’abord, le passage à tabac du protégé de Badda, petit con de service, qui se fait serrer tout seul par les punks. La baston se déroule à coups de lattes, dans une petite allée étroite. La caméra est portée, la chorégraphie du combat est chaotique, la valse des lattes est écœurante, un vrai cafouillage quoi. On regrettera juste que la scène perde très brutalement en intensité jusqu’à finir dans le registre du comique. Malgré cela, il n’en reste pas moins que cette scène participe vraiment de la quintessence d’une bonne baston coréenne.

 

L’autre beau moment de dirty streetfight, c’est le combat de Mantis en robe de soirée et talons aiguilles face à deux loubards qui l’insultent depuis leur voiture. La tape n’est pas ouf, mais Mantis effectue un coup de pieds jeté les deux jambes en l’air. Le plan ne rend pas super bien, mais le bi-kick jeté pieds joints made in Seoul, c’est toujours un grand moment -les pieds ne sont pas joints pour celui de Mentis. La référence absolue reste bien évidemment le grand Sang Kong-ho dans Memories of Murder, de Bong Joon-ho. Bong Joon-ho semble d’ailleurs être lui-même particulièrement fan du mouvement puisqu’il y en un dans son dernier film, Mother, qui a pour destination le rétroviseur d’une luxueuse berline allemande.

 

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  Une comédie non assumée.

 

Si ce n’est pas un film d’action, ce film est doit bien être autre chose. Et c’est la que le bât blesse. Sans être un film d’action, il ne parvient pas, malgré les sketchs à répétition, à être véritablement un film comique. C’est peut-être la grande erreur du film que de chercher à jouer sur tous les registres, où la comédie côtoie la baston, l’humour, la tragédie et le mélodrame. Ce mélange uniforme donne l’impression d’avoir été froidement conçu à coups de règles et d’équerres tant les scènes semblent s’alterner selon une même logique ready-made temps fort/temps faible. Cette régularité est très préjudiciable au film car c’est à mon avis pour cette raison qu’il manque globalement de rythme.

 

Pourtant, quelques uns des meilleurs moments du film proviennent justement des scènes comiques. On peut penser à la bouche d’un des sous-fifres utilisée comme un cendrier, au bouche-à-bouche fait à un chat ou au dévergondage de Mantis par une pouffe d'une agence matrimoniale. Ce n’est pas la grosse poilade non plus, mais c’est quand même sympa. Seulement ces scènes comiques ne s’insèrent jamais dans le film de manière naturelle. C’est un peu énervant.

 

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Mais au-delà de ces détails, le film est excellent du point de vue de l’alchimie qu’il parvient à créer entre deux groupes de personnages. Tout d’abord le couple entre Mantis et son mari fake embauché à la va-vite, Kang Su-il. Ce dernier déploie un large éventail d’émotions durant tout le film, et reste très à l’aise dans son rôle de brave type bedonnant confronté à son exact opposé, si ce n’est plus encore. Leur relation a priori casse-gueule se déploie aisément durant le film, avec quelques grands moments dont la nuit de noce qui voit Mantis nettoyer de fond en comble la salle de bain pour ne pas se retrouver dans le lit de son mari, lequel l’attend sagement dans la chambre avec un magnifique pyjama.

 

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Le second groupe est celui des trois sous-fifres de Mantis. Composé de manière hétéroclite, ce groupe de personnages a le rôle tout désigné d’amuseur. Ils égayent le film par chacune de leurs apparitions, quitte à abuser de l’humour à répétition. Leur attachement sincère à leur chef, Mantis, les rend d’autant plus intéressant. Ils me faisaient au départ penser à un casting de Snatch un peu foireux, mais au fond il y a quelque chose de plus épais et de moins comique dans ces personnages (cf. le petit con de service qui pleure lorsqu’il apprend la mort de Badda).

 

Sans Congo.

 

 

 

Sucré, Salé, Raté.

 

My Wife is a Gangster est un film plein de paradoxes. Il s’ouvre sur une scène de baston filmée dans une lumière bleutée, à contre jour, sous la pluie. Pure théâtralisation de la violence, maitrisée mais confuse, stylisée mais déjà vue, elle présente néanmoins le trait particulier de se dérouler dans un non-décor. L’horizon est vide, seul le sol nous offre quelques indices participant à l’idée d’un combat de rue. Ici c’est une violence sans contexte, esthétisée, abstraite, que l’on présente. C’est une trouvaille magnifique ; malheureusement elle est complètement gratuite. Elle ouvre le film mais ne lui correspond pas. Elle n’apporte rien au récit si ce n’est une information secondaire dans une intrigue secondaire : l’amour porté à Mantis par l’un de ses sous-fifres. Il y a dans cette ouverture une volonté manifeste de montrer un savoir faire en matière de baston, comme si le réalisateur nourrissait un complexe à l’idée de débuter sa carrière par une comédie dans un pays où le dirty street fight a établi les plus grands. C’est dommage, d’autant plus que la grande force des comédies asiatiques, c’est de s’assumer jusqu’au bout. Cette baston initiale, c’est un aveu de faiblesse, une preuve que le réalisateur se détache de son film.

 

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 Autant se l’avouer, la comédie asiatique ce n’est pas le genre ultra fashion qui va vous envoyer directement à Venise et à Cannes. Pour ça, mieux vaut parler de la douleur d’une mère qui perd son mari à la guerre et ses enfants à cause de la grippe porcine. La comédie niwache, c’est bien trop facile à mépriser. C’est exotique mais plein de défauts, plein de faiblesses, pire que les films de Kung-Fu des années 80. C’est pour ça que je les aime.

 

Une vraie comédie asiatique, c’est une comédie qui s’assume jusque dans ses mouvements de caméras. Les maitres du cinéma occidental nous répètent à tout va qu’en matière de comédie il faut garder le cadre le plus fixe possible, les hongkongais eux n’en n’ont rien à foutre : ils exhibent leurs zooms et leurs travellings et n’hésitent à utiliser des angles choquants. Une comédie asiatique c’est un bonbon dont même l’emballage est acidulé. Les acteurs sur-jouent, les rouages du scenario sont grossiers, les angles de prises de vue improbables. C’est un concentré de sucre et bonne humeur, le réalisateur s’éclate et c’est communicatif. Un historien de l’art ferait peut-être un parallèle avec le théâtre de boulevard ou de grands guignols, pas moi, j’y connais foutre rien, mais les concepts me semblent proches.

 

dirty street fight

 

L’erreur de Jo Jin-Gyu, c’est de vouloir faire autre chose que de la comédie et de refuser de se laisser aller complètement à la parodie, en particulier quand il filme ses gangsters. Certes cela nous offre quelques belles promesses. La scène d’intro et son décor absent, quelques plans foufous lors de la tape dans les montagnes, le visage de Mantis ensanglanté maquillé à l’extincteur, l’idée de faire se battre une femme enceinte : chaque coup reçu a un double impact, la prise en « otage » d’un punk qu’on martyrise à coups de tuyau en fer dès que ses copains se rebellent, etc. Mais à force de naviguer entre deux genres qui s’opposent sans jamais réussir à les concilier, le film se perd.

 

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Parfaite illustration, cette énième bagarre qui opposent l’un des sbires de Mantis aux punks du coin et qui se terminent en poursuite en slip dans la ville. Elle commence comme un vrai dirty streetfight avec des fulgurances notables en matière de réalisation : combat désordonné, coups qu’on jurerait réels, un long plan en caméra portée, bref un combat de rue made in Korea avec son héros Seoul contre Tous. Puis tout d’un coup, le voyou trébuche, le plan s’arrête et le filme bascule à nouveau dans la comédie grossière. Alors on peut aimer, et c’est mon cas, la poursuite d’un punk par un voyou un slip dans les rues de la ville. On peut même aimer l’humour de répétition qui la précède. Mais le mix d’une tape sale et d’une comédie lourdingue c’est un sucré salé, qui même venu d’Asie, m’agresse le palais.

 

Joy Means Sick.


 



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Published by kim-bong-park.over-blog.com - dans Comédie
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