Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 23:52

 

Like a virgin, de Lee Hae-joon et Lee Hae-yeong

 

 

likeavirgin.jpg

 

 

Pour voir le film sur Youtube :

 

 

 

 

 

Parlons de Papa et Maman tout d’abord. On constatera au passage que c’est le deuxième film « bicéphale » dont nous parlons sur le blog après Memento Mori. Le premier, Lee Hae-joon a également réalisé Castaway on the moon (2009), l’histoire d’un gars qui va se suicider et qui reprend goût à la vie avec une histoire d’amour à distance sur un mode Il Mare. Le second lui emboîte le pas l’année suivante avec la réalisation de Festival (2010), méli-mélo sexy-dramatique traversé par quatre couples en rut/chaleur. Like a Virgin est la première réalisation commune mais les deux zigotos se sont retrouvés sur l’écriture des scénarios de : Arahan de Ryu Seung-wan (invité du FFCF 2010), Au revoir UFO, et No Manners. Ils ont donc eu l’occasion de se mettre au diapason en croisant leurs plumes.

 

Trailer Castaway on the Moon

 

 


 

 

Trailer Festival

 

 


 

 

(On remarquera une forme de jeunetisme post-Caro, un optimisme cinématographique type parisien digne d’un Podalydès ou d’un Honoré ; no offence dudes)    

 

Pour ce qui est du synopsis, vous allez voir il est rigolo. Oh Dong-ku (Ryu Deok-hwan, qu’on retrouve dans Welcome to Dongmagkol), un jeune lycéen, enrobé mais pas gros, est un fan invétéré de Madonna. On l’aura compris d’après le titre. Plus, il éprouve des désirs homosexuels – mais l’histoire ne pipe point mot quant à la consomption de l’acte, le jeune éphèbe devant très certainement en être qu’au stade de la prime fraîcheur. Plus, au-delà de son homosexualité, un projet : devenir femme. Coincé dans un corps masculin, c’est tout naturellement qu’il fait de la prophétesse de la pop décolorée et égérie gay manhattanienne le symbole du free at last  lancé au joug charnel sous lequel il se trouve contraint. Il se fait victimiser par ses camarades de classe, cela va sans dire.

 

Like a Virgin de Madonna

 

 


 

 

Et l’exégèse de Tarantino

 

 


 

 

Pour continuer à noircir le tableau, ses parents sont séparés. Sa mère est sympa mais absente, son père est présent mais alcoolique et violent. Le genre de père type Choi Min-sik dans Crying Fist – un ton en dessous, bien évidemment, mais tout aussi con. Un (bon) ami de Dong-ku, un des seuls avec qui il parle ouvertement de son désir de devenir femme, pratique le Ssireum, un sport sud-coréen, dans l’espoir de remporter un prix financièrement intéressant. Lorsque Dong-ku l’apprend, ça fait « ding » (ampoule qui s’allume) dans son esprit : il décide de s’inscrire lui aussi à cette compétition pour pouvoir éventuellement gagner l’argent nécessaire à une opération de changement de sexe. Il rejoint donc un club de Ssireum pour apprendre ce sport. Le coach est super fun, le chef (meilleur) du club, du genre méchant-mais-au-fond-de-lui-très-sympa, est l’acteur-top-model Lee Eon, mort prématurément en 2008 d’un accident de moto en quittant une soirée célébrant le dernier épisode de Mighty Chil-woo, un drama dans lequel il tenait la vedette – c’était aussi un champion de Ssireum, il n’avait donc pas volé sa place, le monde un vraiment cruel, RIP man, 1981-2008, parti trop tôt.

 

A noter que 2006 est une année faste pour le cinéma gay puisque Leesong Hee-il, lui-même ouvertement homosexuel, réalise No regret, qui est considéré comme le premier film gay, comprendre : film montrant des scènes explicites (et masculines). Pour boucler la boucle (et contenter les amateurs), on dira que rigoureusement parlant, Road Movie, de Kim In-sik (2002), est un film précurseur puisqu’il met en scène un trio amoureux multidirectionnel regroupant une femme et deux hommes.

 

Trailer No Regret

 

 


 

 

Trailer Road Movie

 

 


 

  

Et le Ssireum alors, qu’est-ce que c’est ? Hé bien cher amis, c’est là que se situe le passement de jambes. Le Ssireum, c’est une forme de lutte. Donc on récapitule : Dong-ku veut devenir femme ; il a besoin d’argent ; il s’inscrit à un sport prétendument viril, équivoque certes, mais courtois ; il réalise son devenir. Thèse-antithèse-synthèse, on a presque un truc hégélien. Pour ce qui est du Ssireum, wikipédia nous dit que c’ « est un sport coréen traditionnel d´origine très ancienne. Cette forme de lutte coréenne est décrite dans des peintures murales trouvées dans les tombes royales des souverains de l´empire de Koguryŏ. Des tournois de Ssireum sont organisés partout dans le pays en été ainsi qu´en automne pour permettre aux lutteurs de montrer leur puissance physique. Dans le passé, le vainqueur du tournoi (appelé changsa, littéralement "l'athlète" ou "l'homme fort") recevait un bœuf comme premier prix. Le Ssireum symbolise l´esprit national du peuple coréen sous la forme d´un duel de force physique et de technique entre deux opposants en contact direct l´un avec l´autre. Cette forme de lutte particulière est très spécifique à la Corée, bien qu´elle puisse se rapprocher du sumo pratiqué au XIIIe siècle au Japon ou, plus proche de nous, la lutte à la ceinture bretonne ».  Mais rien de mieux qu’une vidéo pour se faire une idée du schmilblick :

 

 

 

 


 

« Human beings love to wrestle » - noter l’habillage et la musique très fin des années 80

 

 

Bref, le traitement de l’histoire est pour le moins audacieux. Like a Virgin emprunte aux traditionnels récits sportifs sudco, depuis l’humiliation initiale à la consécration finale, en passant par les entraînements successifs et le désir de reconnaissance ; dans le genre on peut citer, outre Crying Fist, Forever the Moment, Take Off, Marathon. Pour une finalité totalement à contrepied : obtenir l’argent nécessaire pour changer de sexe. Du coup, il eût été légitime de craindre une chakchouka indistincte mêlant propos foireux et sentimentalisme flingué. Il semble que le duo de réalisateurs évite cet écueil. Tout d’abord, et de manière cohérente par rapport à leurs projets persos et aux scénarios auxquels ils ont collaborés, le ton du film est plutôt léger ; le terme « léger » pourrait prêter à contresens, il s’agirait donc de dire que le ton du film est résolument optimiste, comprendre que malgré les coups de putes que Dong-ku doit affronter (coups bas, coups durs, coups de reins, coups de trafalgar, coups de jarnac), il ira de l’avant, et s’il chiale, c’est juste le temps de panser ses plaies (avec un joli pansement sur lequel sont dessinés des nounours – lol quand même Dong-ku, t’abuses…). La morale de ce point de vue là est donc globalement positive. Ensuite, ce ton globalement positif n’empêche pas de visiter les extrêmes : Like a Virgin se perdra donc (mais très peu finalement) dans les méandres mielleuses des séquences [regards de carpes + travellings rotatifs + musique hongkong(ni)aise]. Plus étonnant, il comporte des séquences dures et violentes, notamment celle du passage à tabac de Dong-ku par son père. Enfin, les réalisateurs traitent le sujet intelligemment en mettant les corps au centre du sujet. Dong-ku est le personnage principal, mais il n’est pas le seul à (re)découvrir son corps. Dans tous les cas, il s’agit de s’approprier sa propre machine. A ce propos, ce que nous avions dit du film d’Im Sang-soo, Une Femme coréenne, pourrait trouver à s’appliquer au cas d’espèce. Il s’agit pour Dong-ku de se libérer par une pratique contraignante (le Ssireum), laquelle pratique devient un outil de mutation, ou plutôt, dans Like a Virgin, un outil « préparatoire » à sa mue ultime : le devenir-donzelle. D’ailleurs, pour consolider les haubans du lien établi entre les deux films, il n’est qu’à constater que Dong-ku est un excellent danseur, comme Moon So-ri dans le film d’Im Sang-soo. Certes, ce n’est pas de la danse classique, mais c’est tout aussi maîtrisé. Cela montre bien que la lutte n’est qu’un des modes d’un enjeu qui grouille sous la surface : « attraper » son corps. C’est ainsi qu’il se passe quelque chose d’intéressant : la confusion entre lutte et danse. En effet, un des coéquipiers de Dong-ku, brute épaisse, lui demande des leçons : ils se mettent alors à répéter des chorégraphies. Inversement, ce lutteur le prend sous son aile pour l’améliorer en lutte.

 

 

 


 

 

Certains passages et personnages sont très drôles. L’entraîneur est un dieu en son genre : toujours à l’ouest, il croit profondément (hum) en son poulain Dong-ku – au point de lui dire qu’il est tellement talentueux que cela se ressent dans son prénom même. Signe particulier du bonhomme : il ne donne les consignes à ses lutteurs qu’assis sur la lunette des chiottes (il est passablement scato). De même, trois des coéquipiers de Dong-ku font parfait office de rôle faire-valoir, acteur-pâte ou acteur-masse, ils n’ « existent » qu’à trois et permettent ainsi des jeux de mise en scène distrayant. Enfin, les malentendus sont légions et l’ingéniosité est délibérément déployée, ce qui peut provoquer dans moments relativement mythique ; en particulier le meilleur pote de Dong-ku qui lui demande s’il pourra toucher son vagin lorsqu’il en aura un (pas con le puceau !). La musique est plutôt sympa et comporte un zeste madonien suranné dans une musique électro (parfois minimaliste) plus récente. Surtout, elle tombe toujours à point. Un vrai bémol, en revanche : Like a Virgin emprunte quelques scènes à d’autres films, en moins bien, comme Friend ou Crying Fist. Concernant Crying Fist, c’est d’autant plus flagrant que le rôle du père, également ancien boxeur, manque de panache. On pense en particulier à une grosse erreur : il joue lui aussi le coup minsikien du c’est-bon-lachez-moi-je-me-suis-calmé-(volteface)-tiens-prends-toi-ce-gros-kick-dans-ta-gueule. Sauf qu’en l’occurrence, le père de Dong-ku ne kicke pas ; aïe, pas de bol, nous sommes tatillons sur certains points.

 

LV1

 

LV2

 

LV4

 

LV5

 

 

Bref Like a Virgin est un film de bons élèves, qui sans tomber dans le fayotisme ou l’exceptionnalisme, rendent un copie solide et argumentée. Le propos n’est pas niais, et ne tombe pas dans le simplisme écervelé. Le jeu des contrastes sudco doit y être pour quelque chose. Like a Virgin est typiquement le genre de film à « héros » identifiable. Il doit y avoir des garçons dans la même situation que Dong-ku, si ce film peut les aider à mieux vivre leur mal-être, tant mieux. Ou le cinéma d’apothicaire.   

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 13:49

Elbowroom-Korean-movie18h, officiellement la fin de ma journée, officieusement le début d’une nouvelle. Un message de Sans Congo sur mon portable, je mets de côté la fatigue et j’enfile mon costume de Joy Means Sick. En route pour le festival du film coréen. Retour en RER A, ligne 4, Saint-Michel. J’avais faim, il avait déjà mangé, nous sommes allés au Mac Do cueillir un double-cheese et deux petites frites. Hum miam, rien de mieux pour attaquer les films. Des enfants qui se chamaillaient nous ont bousculés. Cela nous a terriblement embêtés. On a pris le chemin de l’Action Christine, on a serré quelques mains amicales au passage et comme d’habitude on est arrivé en avance sur les lieux du crime. On s’est échauffés pour la séance d’Elbowroom (Ham Kyoung-rock) tout en discutant avec une sympathique et courageuse membre du jury étudiant : le cinéma coréen lui était quasiment inconnu mardi matin, depuis elle a vu 11 des films en compétition. Et là, sans prévenir, il nous est apparu.

  

Oui, effectivement, j’avais bien devant moi Yann Kerloch, le réalisateur du fameux Ballad  of a Thin Man que je  suis vraiment impatient de voir ! J’ai essayé de lui parlé avec Joy Means Sick, mais comme il était vraiment occupé je n’ai pas essayé. Tant pis ce sera pour une autre fois ! En tous cas, l’ouvreuse nous appelle et c’est parti pour Elbowroom avec Joy Means Sick et notre nouvelle amie. Un membre du staff nous explique que le film a été sélectionné parmi des films régionaux, pour sortir un peu de « Séoul ». Hum, nous sommes sceptiques mais enfin pourquoi pas. Alors là, le film commence et vraiment, je me suis trouvé dans une situation, comment dire, vraiment gênante. Je me tourne vers Joy Means Sick, et je vois la même chose sur son visage. Le film traite d’une handicapée mentale dans une sorte d’hôpital familial avec son amoureux, aussi handicapé, et sa nouvelle famille. Mais là où le film nous étonne, c’est que la réalisatrice suit uniquement cette triste héroïne, et là me direz-vous, comment se peut-il qu’on ne s’ennuie pas ? Et bien tout simplement parce que son aventure est extraordinaire.


Quand j'ai vu Sans Congo regarder l'heure sur son portable, j'ai compris qu'il  faisait une erreur. Beaucoup de  personnes font la même : quand un film parait ennuyeux, il ne faut surtout regarder sa montre dans la première demi-heure ! Comme d'habitude je n'ai pas pris de notes, j'ai l'habitude, je retiens tout. Ham Kyoung-rock a fait un choix de mise en scène et s'y tient pendant 1h44 (ma voisine, en bonne habituée du festival, avait la durée exacte du film bien en tête). La caméra suit Soo-hee, la jeune handicapée, en la collant au plus près, tant et si bien qu'à l'écran on ne voit parfois que sa nuque ! La profondeur de champ est minime et pendant près de 20 minutes, si ce n'est des bruits de fonds qui ne sont pas traduits, personne ne parle. Le choix est audacieux, mais un film se juge au résultat. Et là malheureusement... j'étais beaucoup trop fatigué pour rentrer dans cet univers glauque et silencieux. Difficile de juger ce film qui ne cherche pas à séduire le spectateur, on peut apprécier le fait qu'il s'agisse de véritables handicapés, on peut apprécier le minimalisme mais ce n'est pas forcément ce que l'on cherche un samedi soir !

 

dachimawalee.jpg

Quel dommage ! Quel dommage vraiment que la mise en scène scénaristique ne soit pas maîtrisée pour rendre le film plus sympa. En tous cas, je vous avoue qu’on sort du film avec une impression un peu gênante. Je regarde dans les yeux de Joy Means Sick et de notre nouvelle amie, les deux ont aussi une expression gênée. Il faudra que je revienne sur cette sensation de gêne dans un autre article plus tard. Notre amie nous dit qu’elle est trop fatiguée pour rester voir Crazy Lee, le dernier film du cinéaste à l’honneur du festival franco-coréen du film 2010, le très étonnant et original Ryu Seung-wan (que je ne connaissais pas vraiment mais que j’ai appris à connaître). Quel dommage que notre amie soit partie, car elle se serait très bien amusée devant les aventures du très drôle Dachimawa Lee, le héros de Crazy Lee, le dernier film de Ryu Seung-wan, le cinéaste à l’honneur du festival franco-coréen du film 2010. En tous cas, je regarde autour de moi pour voir si je n’arrive pas à trouver Yann Kerloch (vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis impatient à voir son film, me direz-vous !). Joy Means Sick me dit que je ne devrais pas avoir tant d’espérances parce que Yann Kerloch doit être très occupé avec des interviews et pour préparer la présentation du son film Ballad of a Thin Man, qui raconte l’histoire d’un homme en Corée du Sud. Mais enfin je m’égare, revenons à Crazy Lee. Nous rentrons donc dans la salle pour voir Crazy Lee.

 

crazy leeComme dans toute relation amoureuse, entre moi et le cinéma, tout est une question d'attentes, de surprises et de   déceptions. Crazy Lee a rempli toutes mes attentes, ne m'a pas déçu et m'a parfois surpris (il faut absolument voir la parodie de cassette de cours d'anglais !). J'ai beaucoup ri et ce dès le générique. Pierre Ricadat nous avait prévenus : pour bien apprécier le film il faut mieux avoir quelques films auxquels il fait référence. En bons élèves que nous sommes, nous avions donc pris soin de visionner Quit your Life (pour Sans Congo) et Devil take the train to hell ! (pour ma part). Nous avons déjà eu ou aurons l'occasion de parler de ces deux films mais s'ils donnent une dimension supplémentaire au film de Ryoo Seung-wan, il n'est pas nécessaire de les avoir vu pour apprécier Crazy Lee. Suite à la séance, le réalisateur a répondu à quelques questions du public et a notamment reconnu les références d’Austin Powers et OSS117, tout en rappelant que son inspiration première vient des films d'action coréens qu'il regardait petit. "Plus ils étaient sérieux et plus je les trouvais drôle". En tout cas le mix est parfaitement réussi. On rit beaucoup devant Crazy Lee, surtout après passé par la case Elbowroom. C'est une comédie délirante, parodique, jouissive, absurde, parfaite pour un samedi soir qui ponctue une longue semaine de travail.

 

Mais quel dommage que le film dure trop longtemps, j’ai failli m’ennuyer mais en fait face à la très grande qualité hilarante du film, on est obligé honnêtement d’admettre que le film est vraiment très bien, et tant pis pour les vingt minutes en trop ! En tous cas on est obligé d’admettre que ce film a sauvé ma soirée parce que sinon bonjour la déprime. Vraiment ce Ryoo Seung-wan gagnerait à être plus connu dans notre pays. Je crois que je vais me mettre à m’intéresser plus à ses œuvres pour plus le faire connaître, parce que vraiment il le mérite. Ah le cinéma c’est quand même sympa quand c’est sincère. Nous sommes partis avec Joy Means Sick à la fin de la séance en saluant Dong-suk et d’autres membres du staff. Dong-suk qui a vraiment été épuisé par la traduction, et il s’est même pris des vannes trop marrantes de Ryoo Seung-wan.

 

En tous cas pour nous, c’est retour à la maison et repos. Parce qu’aujourd’hui, c’est ENFIN le court métrage de Yann Kerloch que nous attendons tous depuis des mois. On espère vraiment que les fans en France seront présents à la séance et qu’il pourra nous expliquer son attrait pour la culture coréenne. Bon, en tous cas je dois me reposer pour être en forme demain. Je crois que nous entrons dans la dernière ligne droite.

 

PS : Une barre chocolatée offerte à celui qui devinera qui l'on s'est amusé à parodier ici.

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:28
My Dear Ennemy, Lee Yoon-ki, 2008, 123 min.
.
my dear enemy
.
Mercredi 10 novembre à 21h
Samedi 13 novembre à 20h
.
Quelques infos:

- On a récemment pu voir Jeon Do-yeon dans The Housemaid de Im Sang-soo, elle a aussi reçu le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Secret Sunshine.
- Ha Jeong-woo, ça ne vous dit peut-être rien, mais si on vous dit "le ouf dans The Chaser", tout de suite vous avez les pupilles qui brillent nan?
- La filmographie de Lee Yoon-ki, on peut voir que c'est un habitué du genre rien qu'aux titres : Breakfast at Tiffany's, Ad-Lib Night, Love Talk, This Charming Girl (lles Riri, Fifi et Loulou de la romance en gros)
.
Avant d'y aller on se disait :
"Je crois que c'est un road trip qui ne va pas très loin, c'est à dire qu'on pousse au mieux jusqu'aux portes de Séoul. Et pourquoi me direz-vous? Et bien parce Hee-soo, "une trentenaire sans emploi", a décidé de remettre la main sur son ex , Byoun-woon qui lui doit de la maille. Et ouais en période de vache maigre, il ne fait pas bon avoir des dettes. Mais comme Byoung-woon est sec comme une chips déshydratée, il se tourne à son tour vers des copines qui seraient prêtes à le dépanner. Hee-soo sent le coup foireux : "Ouah trop cool de te revoir ! L'argent . Oui bien sûr, je suis fauché mais j'ai des copines qui vont m'aider". Mouais, elle décide de lui coller aux basques et ils s'engagent tous les deux dans les rues de Séoul. A tous les coups, sur la route de l'or, ils vont tomber sur Miss Nostalgie et Mac Amour... Ouais bon je sais tout ça on s'en tape, le plus important c'est qu'il y a une affiche grand cru : le psycho de The Chaser, Ha Jeong-woo, et une actrice palmée : Jeon Do-yeon !!!"
.
TRAILER
.

 

 

 Et maintenant, finies les conjectures, le film est passé hier à 21h, on y était.

 

Commençons par une petite remarque, autant pour assister à la cérémonie d’ouverture il fallait venir deux heures avant et prier si vous n’aviez pas de billets, autant maintenant ça ne sert à rien : a priori vous pourrez vous asseoir et surtout les ouvreuses de l’Action Christine ne vendent pas les places à l’avance. Et puisqu’on est dans le paratexte, deux mots sur l’intro de Pierre Ricadat avant la projection du film : la traduction exacte du titre coréen serait plutôt « une journée extraordinaire », c’est le 4ème film de Lee Yoon-ki et il parle rapidement des projections de demain : pour bien comprendre Crazy Lee il faudrait voir les films auxquels il fait référence : les films d’action coréen des années 70 comme ceux que l’on peut retrouver à l’affiche du festival. C’est noté.

 

My Dear Enemy, c’est l’art du contre pied. Premièrement parce que le festival a commencé par son anti-thèse : The Man from Nowhere. Ensuite le casting : autant Jeon Do-yeon on l’a déjà vu dans ce registre et elle a même été récompensée à Cannes pour ça (tremblante du début à la fin, toujours sur la brèche) autant Ha Jeong-woo, pour nous autres occidentaux, c’est surtout The Chaser. Pendant les premières minutes du film, difficile d’oublier le marteau, le pic à glace, les cadavres dans le jardin. Son personnage a beau être tout gentil, touchant même à la fin, moi je ne lui ferais plus jamais confiance à ce type.

 

1060event_image_1381_3_-1.jpg

 

Avant de voir le film, on parlait d’un road-movie qui n’allait pas bien loin, les mots étaient bien choisis, mais pour de mauvaises raisons. Explications : s’il ne va pas bien loin (à tous les sens du terme), ce n’est pas qu’il n’y arrive pas, c’est qu’il ne le souhaite pas. My Dear Enemy est un mauvais titre, Une Journée Extraordinaire un peu moins, mais toujours trompeur. En même temps c’est plus aguicheur qu’ « Une journée presqu’ordinaire ». My Dear Enemy c’est l’anti-téléfilm, ce n’est jamais accrocheur et encore moins racoleur. On reste sur des légères variations sur un thème toujours identique. On passe la journée avec nos deux personnages principaux, on les suit à travers les rues de Séoul, il ne se passe pas grand-chose. C’est comme un sample qui passe en boucle avec d’imperceptibles évolutions : ils se rendent chez une connaissance de Byoun-woon, ils discutent un peu, elle boude, il essaie de la faire rire. Ils repartent avec de l’argent. Petit à petit on commence à comprendre, à les connaitre. Rien ne nous est dit, rien ne nous est donné, c’est un exercice d’observation sur œuvre naturaliste. Et comme c’est du bon cinéma : on montre, on ne dit pas (à part quand même l’intrusion ponctuelle et énigmatique d’une voix off).

 

my-dear-enemy-1.jpg

 

Il faudrait aussi parler de la bande-son, extrêmement intéressante. Ici le souci de réalisme est poussé très loin, les bruits de la ville ne sont jamais couverts : même dans les scènes d’appartements on entend les moteurs étouffés des voitures qui passent. Tous les extérieurs semblent tournés sur place, avec un contrôle très léger de l’environnement. Franchement, entendre au cinéma le bruit des dizaines de caddies accrochés les uns aux autres que déplace une employé de supermarché au milieu d'un dialogue, on n’est pas habitués. Alors c’est sûrement fait exprès (sinon le perche-man a du perdre un tympan), mais cet instantané factice de la vie moderne est vraiment bien fait. Il y a bien un peu de musique, toujours un peu jazzy, mais elle ne sert quasiment qu’à ponctuer le récit, dans les périodes de translations, le passage d’une scène à une autre, comme on met de la musique dans sa voiture.

 

my dear enemy

 

Evidemment la volonté de réalisme ne s’arrête pas à la bande-son. Road movie? On voyage dans Séoul  certes, mais pas dans le bus pour touristes. Pas de cartes postales, on mange au KFC, on prend le bus et le métro et en plus il fait moche. Pas vraiment en road movie sur la road 66 avec un coucher de soleil en ligne de mire. Par contre le réalisateur ne fait pas l’erreur de faire un faux film documentaire. La mise en scène est assumée, les angles de prises de vue parfois très marqués et à part cette lumière jaunâtre au début du film, il n’y a pas grand à chose à redire. Les personnages sont très bien écrits : ils jouent un rôle, mais pas un rôle de cinéma. Lui accepte toutes les humiliations, sourient encore et toujours, veut voir les gens heureux. Il a du succès avec les filles, il est généreux, jamais prétentieux. Chaine de Ponzi de la solidarité et d'une belle naïveté, il emprunte à 10 pour en aider 1 et pendant deux heures il fait le clown pour arracher un sourire à Hee-soo, incarnant ainsi sa philosophie de vie : « tout dépend de la façon dont on voit les choses : si tu veux que ce soit bon, alors c’est bon». Elle, elle a toujours la larme à l’œil, on sent très bien qu’elle n’est pas venue que pour l’argent, on sait qu’ils sont sortis ensemble il y a quelques temps, peut-être qu’elle avait simplement besoin de le voir. Alors il joue le rôle qu’on attend de lui, celui du gentil garçon, puéril, amusant, que l’on ne veut pas voir sérieux parce que ça nous met mal à l’aise. Et ils passent la journée, et lentement, subtilement, les choses évoluent et elle laisse échapper quelques sourires... Alors vous l'aurez compris, les notions de twist final, de climax et compagnie, ce n'est pas pour ce soir.

 

My_Dear_Enemy_5.jpg

 

En résumé, My Dear Enemy, c’est l’exact opposé de The Man From Nowhere, que ce soit aux niveaux du rythme, du ton, de la dramaturgie, des personnages, etc. Deux bons films extrêmement différents, l’un sera peut-être jugé bien foutu mais un peu facile, l’autre intéressant mais assez chiant. Peut-être, mais pas par nous. Un point commun par contre : les stars annoncées répondent présentes.

 

PS : pour ceux que ça travaillerait, la somme due par Byoon-woo, 3 500 000 wons, équivaut à peu près 2300 €.

 

PS2 : Les" Riri, Fifi et Loulous de la romance", on a bien envie de les voir maintenant.

 

 

 

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 18:53

Heaven-s_Soldiers_film_poster.jpg 

 

Heaven’s soldiers, Min Joon-ki

 

Faire croire à ses parents qu’on révise ses cours d’histoire en regardant Le jour le plus long, c’est là peut-être un des enjeux principaux de la dernière année du collège, genre « Si mais t’inquiètes ! La prof a dit qu’il fallait bien connaître l’opération Overlord ! Fuck quoi ! » (Au passage : les Américains ne déçoivent jamais quand il s’agit de trouver un nom à leurs opérations militaires). Malheureusement dans le cas qui nous intéresse, nous doutons fort que le jeune séoulite, quatorze ans à tout casser, acnéiforme d’apparence extérieure, des oreilles dont dégoulinent les accords croustillants d’une chanson de Lee Hyori mais globalement heureux, parvienne à convaincre ses parents, père cadre sup’ chez Samsung, mère au foyer, que Heaven’s soldiers est un film idéal pour réviser l’épisode des invasions japonaises de la toute fin du XVIe siècle. Dommage boy, c’était bien tenté.

 

HS3

 

Sympa, sans prise de tête, Heaven’s soldiers est une sorte de version beta de Welcome to Dongmakgol. Par un tour de passe-passe scénaristique anodin et fulgurant, une bande de soldats nordco essaye de voler une ogive nucléaire. S’en apercevant, une bande de soldat sudco tente de les arrêter. Au milieu des tirs, une jeune femme qui semble être une spécialiste physique nucléaire. Puis boumtchaka, une comète dont le cycle est exactement de 433 ans passe dans le ciel en déchirant la nuit, bleu pétrole et étouffée, d’un voile lumineux ressemblant à une aurore boréale savonneuse, puis bouleverse les polarités chronologiques et renvoie tout ce beau monde exactement … 433 ans en arrière. Soit en 1572, sous la dynastie Choseon. Sur place, ils retrouvent un certain Yi Sun-sin, encore inconnu à l’époque, et dont le faciès estampillera fièrement les pièces de 100 wons … 433 ans plus tard. La menace barbare entourant le Royaume forcera les Sudco et les Nordco à se battre ensemble pour défendre la patrie éternelle, la patrie unifiée, la patrie coréenne allégoriquement représentée sous les traits de Yi Sun-sin, Superstar des livres d’histoire.

 

L’Amiral Yi Sun-sin, guerrier légendaire (mais bien réel), sorte de Napoléon local, le pouvoir politique en moins mais le bénéfice du doute en plus, entrerait facilement dans la catégorie des gens que l’Histoire-Ne-Peut-Pas-Toucher. Il s’est brillamment illustré lors des invasions japonaises de la péninsule coréenne de 1592 à 1598 en balayant d’un revers de la main les escouades nippones qui crurent bon croiser dans son secteur. L’histoire rapporte qu’il n’a jamais perdu un navire mais qu’il en a coulé plus de mille chez ses ennemis. Bref, un gars super intéressant dont la page wikipédia relatera les faits d’armes avec abnégation plus courbée (cliquez ici). Malgré cette stature quasi-mythologique, Heaven’s soldier se déroule en 1572, donc avant que Yi Sun-sin ait eu l’occasion de faire parler de lui. Et là, patatrac : le type est pleutre, bon vivant, bon cœur mais mou et faible. Bref, il ne sait pas se battre, et c’est le moral des soldats sudco qui en prend un coup.        

 

Statue of Yi Sunsin - Cropped

 

Avant d’allez plus loin, on évacue vite fait le Welcome to Dongmakgol, les questions nationalistes, tout ça. Alors oui WtoDMG est dans la place : des soldats Sudco plutôt cool, des soldats Nordco qui cherchent la merde, une meuf mignonne entre les deux, de pauvres villageois victimes d’un agresseur, la gentillesse primitive et dénuée de vice d’un peuple face au cynisme des forces occultes qui n’ont de raisons d’être sur Terre que celles visant à l’exterminer, puis l’union sacrée Sudco / Nordco, la fusion, Gogéta contre Super Bou. Oui aussi pour le nationalisme, mais enfin : quel peuple, quel pays n’en fait pas un peu ? Bon oui, ici encore les barbares envahisseurs sont des tueurs d’enfants, mais enfin, qui n’a jamais écrasé un enfant comme ça, sans faire exprès ? Heaven’s soldiers reste très largement dans un bon délire, et ne s’approche jamais du sas de sécurité contenant le point de non-retour qui sépare le cinéma de 2009 : Lost memories.

 

HS5

 

Ces clarifications préliminaires effectuées, il ne nous reste plus qu’à nous délecter de tout ce qu’on a trouvé très sympa dans le film. Tout d’abord, le voyage dans le temps. La confrontation du monde moderne et de la préhistoire, hum du XVIe siècle. Ce film a le mérite de répondre à quelques unes de nos interrogations et de nos fantasmes les plus fondamentaux concernant le voyage dans le temps. En premier lieu, l’utilisation des armes modernes. Heaven’s soldier règle directement la question en faisant atterrir la bande de 2005 en plein milieu d’une bataille. Et forcément, ils sont là, au milieu, comme des cons, donc ils utilisent leurs armes. C’est très jouissif et presque injuste : quelques grenades sont balancées dans le tas, histoire de faire valdinguer le gueux et asseoir leur autorité de « soldats venus du Ciel ». Dans le même ordre d’idées, un grand merci pour la séquence de guerre finale : les soldats du futur vident leurs chargeurs sur des barbares comme s’ils jouaient à la Playstation avec tous les codes débloqués. C’est très sympa : on regrettera peut-être que leurs derniers chargeurs se vident trop vite, laissant place à du combat rapproché qui, quoique plaisant et intense, enlève le plaisir défoulant du geek qui finit son jeu facilement en employant une débauche de moyens.

 

Heaven’s soldiers joue aussi avec un deuxième aspect sympa du voyage temporel : le tourisme. En gros, l’idée c’est que ce film développe une conception complètement décontractée du voyage dans le temps. Personne ne panique vraiment. Si on se préoccupe de la manière de revenir dans le futur, on n’en fait pas non plus tout un fromage. Ce continuum patriotique, voulu ou subi, participe également de cet aspect « bon délire » que dégage le film. Et peut-être que (attention ce qui suit est une lecture audacieuse :) cette stratégie de représentation est un parti-pris pour dire que la Corée est une, restera une, éternelle, ensemble, tous, unité, amitié et fraternité, bonheur, joie, etc. D’ailleurs, dans WtoDMG, nous avions évoqué l’aspect « hors du temps » du village : ce choix va dans le même sens. En tous cas, les époques (passé et futur) se mélangent à merveille. D’abord le futur s’injecte dans le passé : l’apport des armes évidemment,  mais aussi et surtout ce plan anodin dans lequel une petite fille mange le premier Snickers de l’histoire de l’humanité, quelques siècles avant l’heure. Ensuite, le passé s’infiltre dans le futur : les soldats se prennent en photo dans le passé avec des aspects typiques de l’époque, ils achètent de la poterie pour les revendre à leur époque ou, le comble, ils demandent des signatures de Yi Sun-sin. Super bonne idée tiens. On pense toujours à la projection dans le futur pour faire fortune genre « ah si je voyais l’avenir, je pourrais deviner les numéros du loto ». Mais dans le passé, imaginez combien peut rapporter ce trio gagnant : acheter un set de cuisine à Carthage ou à Babylone, se prendre en photo avec Jules César, et demander un autographe à Jésus. Avec un coup comme ça, on est refait sur plusieurs générations.

 

HS6

 

Toujours dans le jeu des malentendus intertemporels, on peut évoquer le rapport des habitants du passé avec les armes « du futur ». Le film met très humblement en scène l’ignorance des hommes. Ainsi, dans un simulacre de procès, le procureur du Royaume va demander à deux soldats capturés quelle est l’utilité des grenades qu’ils portent avec eux. S’ensuit alors un jeu comique très drôle par lequel le procureur goupille et dégoupille la grenade innocemment pour faire parler les deux soldats qui sont pris d’une terreur paniquée. Bref, une idée astucieuse d’incompréhension technologique. On pourrait prendre également l’exemple de Yi Sun-sin, qui vole les armes des soldats, et qui ausculte une mitraillette en pointant le canon contre son visage et en appuyant plusieurs fois sur la détente. Sachant que le bonhomme est censé être le plus grand guerrier Coréen, cette image est presque touchante. Pourtant, dans les deux cas, ces exemples ne semblent pas anodins, et doivent trouver un certain écho avec l’époque « moderne » dans laquelle les soldats Nordco essayent de voler l’engin nucléaire, pour laver l’honneur de leur pays, dont ils considèrent l’histoire comme honteuse, du fait des invasions répétés qu’il a connues. D’une certaine manière, on peut interpréter leurs actes comme étant inconsidérés et ignorants, parce que le poids et le sens de la technologie nucléaire leur échappent. Si la première lecture de cette grille permettrait de conclure que le film est plutôt pacifiste (l’homme n’a pas la sagesse requise pour manier l’arme nucléaire), une seconde lecture permet de vite reprendre les choses en main : en fait, ce ne sont pas les armes qui comptent pour se battre, ce qu’il faut, c’est du cœur.   

 

HS1

 

L’élément central du dispositif, c’est bien entendu le Yi Sun-sin à « visage humain » que propose ce film. C’est bien de lui qu’il s’agit lorsque nous parlons de cœur. Il serait déjà fort à propos, indépendamment des spécificités culturelles qui pourraient justifier tel ou tel traitement, de saluer l’apparente désinvolture et la légèreté assumée avec laquelle ce film traite ou évoque ce monument de l’histoire coréenne. Chez nous, la posture est diamétralement opposée : inutile d’imaginer Anne Roumanoff dans le rôle de Jeanne d’Arc (quoique, ce n’est peut-être pas plus mal).

 

Dans leurs rapports avec Yi Sun-sin, les soldats Sudco ont un comportement très intéressant. Eux connaissent déjà la gloire future de l’amiral, et s’étonnent de ce que cet homme soit si banal. De ce fait, ils vont chercher à faire éclore de force le Yi Sun-sin légendaire en l’obligeant à s’entraîner, à se battre, etc. Nous sommes là dans l’ordre des prophéties auto-réalisatrices. La boucle est totale : les soldats sudco ont été entraînés dans le respect absolu de Yi Sun-sin, ils expliquent à Yi Sun-sin qu’il est Yi Sun-sin, Yi Sun-sin se révèle à lui-même, il pourra par la suite inspirer les futurs soldats sudco. Comme nous ne pouvons pas nous contenter d’un serpent qui se bouffe la queue, il s’agit de se dégager de ce paradoxe en dérivant à partir de celui-ci. En fait, la clé du problème, c’est le cœur, le courage. Yi Sun-sin a en lui quelque chose qui pourrait le faire naître à l’histoire, mais il a besoin de circonstances qu’il pourra interpréter allant dans le sens d’un appel à l’Histoire : un soldat sudco utilise une astuce malicieuse en faisant semblant de lui lire sa ligne de vie pour lui annoncer bien évidemment un avenir glorieux ; ce soldat est ensuite tué par les barbares ; Yi Sun-sin est enlevé par les barbares. Ainsi, une séquence signifiante s’enclenche en lui qui permettra de faire émerger le héros.

 

HS2

 

Heaven’s soldiers adopte donc une position profondément démocratique et républicaine. Tout le monde, à condition bien évidemment d’en avoir eu les facultés, aurait pu devenir Yi Sun-sin : il s’agissait d’être au bon endroit, au bon moment, et de frapper là où ça faisait mal – enchaînement que Machiavel nomme la virtu, qui fait la différence entre ceux qui sont montés sur la scène de l’Histoire, et ceux qui sont restés en coulisses. Cela semble bien être le cas de ce Yin Sun-sin. Pourtant, l’amiral n’abandonne pas son style de petit n’importe qui, il ne se gonfle pas et s’applique à rester lui-même. Lorsque le chef des soldats Sudco - le Franck Lampard d’Une femme coréenne-, épaulé de son second - la tête de pine de Crying Fist qui se fait arracher l’oreille par Ryu Seung-beom- mettent en place les exercices pour entraîner l’amiral, Yi Sun-sin reste stoïque : ces conneries, ça l’emmerde profondément. On n’est pas dans Silmido, et entertainment oblige, l’entraînement ne prend pas. L’esquisse d’une morale se forme qui réjouira les gringalets : on remue ses méninges, on ne devient pas Yi Sun-sin en ayant de gros biceps. Une variation autour de ce thème, pour tous les rêveurs, a été formalisée sous le fameux théorème de Mourinho : appartenir à un ensemble n’est pas une condition nécessaire pour réussir dans cet ensemble – le corollaire étant conséquemment que l’intelligence et l’audace suffisent.

 

HS4

 

Le cœur donc, et le charisme. Lorsque les soldats Nordco et Sudco tentent de recréer artificiellement, dans la petite cour de Yi Sun-sin, le 38e parallèle à l’aide d’une petite démarcation foireuse faite en paille et nouée à la va-vite, l’amiral devient furax et kicke la palissade sous prétexte qu’on ne fait pas ce genre de choses chez lui. Amis exégètes, vous vous délecterez donc de cet évènement dont la signification requiert vos talents les plus poussés. Papa n’aime pas qu’on se batte entre frères, et distribue des remontrances au moindre écart. Au Nordcos en particulier, qui semblent confondre le Cher Dirigeant et le Chungmugong : médiocre faute de goût que les Sudcos méprisent. A un point tel que parfois, on se demande si les réalisateurs n’essayent pas de leur faire passer des messages, au vrai sens du terme, de l’autre côté de la frontière. Comprendre : pourrait-on avoir des statistiques sur le taux de diffusion des films sucdo en Corée du Nord ? Tiens ça pourrait peut-être faire un sujet ça : la communication de part et d’autre du 38e parallèle par œuvres cinématographiques interposées. En revanche, c’est déjà une autre histoire…  

 

 

BONUS (bah ouais mon gros) :

 

Si tu veux écouter Lee Hyori, tout seul, en cachette, je sais pas, dans les toilettes par exemple, je te conseille U go girl, ça bounce (petit cochon va)

 


 

Et si tu veux en savoir plus sur Yi Sun-sin, je te conseille le drama Immortal Amiral Yi Sun-sin. Voici l'épisode 96, la bataille de Myeonryang, une sorte de hat-trick. Il a tellement mis la misère aux Japonais qu'ils le considèrent comme une sorte de demi-dieu, c'est dire. Par contre, pour le brevet, ça ne va pas te servir à grand-chose.

 

 


 

 

José Mourinho / Yi Sun-sin, on n'a pas le même maillot, mais on a la même passion

 

 

 

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 23:04

Lien vers le résumé de l'épisode précédent.: le trailer / le début de l'enquête

 

Lien vers notre article sur My Sassy Girl, le coup précédent de Kwak Jae-young

 

 

Fiche technique : les suspects


- Kwak Jae-young : réalisateur et scenariste, se fait vraiment plaisir, au point de devenir fou et dangereux?

- Jun Ji-hyun : toujours aussi fan, peut-être un peu moins fraîche, et un début de double menton coupable.

- Jang Hyuk : méritait-il qu’on trahisse pour lui le grand Cha Tae-Hyeon ?

 

windstruck-poster.jpg

 

 

Tout cela n’aurait dû être qu’une bête histoire de suicide, une belle pousse emportée par le vent du haut d’un gratte-ciel et de ses 20 ans. Une enquête sur un amant infidèle, quelques whiskys dans des bars pour teenagers et un dossier en bonne et due forme livré à la famille. Papa et Maman sauraient désormais qui blâmer et c’est de tristesse et de haine qu’ils fleuriraient la tombe de la gamine : l’expérience a montré que c’est un cocktail plus digeste qu’une culpabilité on the rock. Telles étaient les pensées de John O’Meanseek, le regard tourné vers le sommet de cette tour de verre et d’acier qui se dressait devant lui. Plusieurs spectateurs et témoins avaient confirmé les faits, la police locale n’avait aucune piste. Et toujours aucun corps. John se mis de dos au vent pour allumer une cigarette sous cette pluie battante et se remémora tous les éléments accumulés avec son vieux pote Carter San-Congo lors de ces dernières semaines.

 

vlcsnap-571740

 

Tout avait commencé avec une banale erreur policière. Une de plus, certainement pas la dernière. Alors qu’elle était de repos, l’officier Kyung-jin se lança à la poursuite d’un voleur de sac à main et confondit le voleur avec un prof de lycée qui s’était lancé à sa poursuite (du voleur) dans un excès de zèle citoyen. Ce type, c’est Myung-woo, un genre de beau-gosse un peu fade qui sort parfois de sa torpeur pour jouer les psychopathes devant les parrains de la mafia. Kyung-jin, mi casse-coup mi casse-c*** s’était vite entichée du personnage, au point de se menotter à lui.

 

 

 


 L'Arnaque - Bande-son

(Alors les loulous, on s'amuse comme des petits fous à touche-pipi ?)

 

 

Une technique de drague aussi spéciale qu’efficace. Plusieurs étudiantes de la classe de Myung-woo rapportent que leur relation fût officialisée sous leurs yeux par Kyung-jin quelques jours plus tard. Les deux tourtereaux se mirent alors à voler en cercles concentriques autour du scenario de  My Sassy Girl. Jusqu’au jour où… surgissent balles perdues, bavure policière, drame et tentative de suicide. Et au dessus de l’affaire, l’ombre de Kwak Jae-young qui plane sans relâche. Un mot sur toutes les lèvres, une pilule dans le gosier de milliers de badauds : Windstruck.

 

vlcsnap-84639

 

Windstruck, une saloperie de molécule de synthèse aux effets hallucinogènes extrêmement dangereux. Une came produite à Seoul et distribuée dans le monde entier. Une recette simple, prendre le meilleur du pire ou le pire du meilleur et condenser le tout sur un bout de pellicule. Hier soir encore une coréenne s’était jeté du haut de cet immeuble, et personne n’avait retrouvé son corps. Et ce n’était même pas la peine d’imaginer chercher à identifier Superwoman, allez reconnaitre une fille qui tombe à plus de 100 km/h avant de disparaitre au milieu de ballons de baudruche.

 

 

 


 Max Roméo - I Chase the devil

(Ah bon, lequel ? Gros foncedé va !)

 

 

C’est Carter qui avait eu l’idée d’enquêter sur Windstruck plutôt que sur ces effets secondaires. « Ce truc rend tout le monde complètement dingue. Impossible de distinguer les addicts de ceux qui sont cleans, autant se concentrer sur la matière première et la disséquer ». C’est vrai que toute la ville tenait désormais un discours incohérent et s’enfonçait progressivement dans un joyeux et larmoyant chaos.

 

vlcsnap-121353

 

Carter arriva avec une bonne dizaine de minutes de retard en remontant sa braguette. John ne posa pas de question et le conduisit directement à l’intérieur du bâtiment. La pluie l’avait frigorifié, son esprit caustique en avait profité pour se faire la malle. Dans l’ascenseur Carter s’échinait encore sur sa braguette dans laquelle il avait coincé sa chemise en soie, il prit tout de même la parole.

- « J’ai testé la came ce matin bonhomme, laisse moi te dire que c’est puissant. Les hallucinations commencent par un enchaînement de plans aériens de télévision, du type Les Experts à Séoul. En haut d’un gratte-ciel, la fille est sur le point de se jeter dans le vide. Etant donné que c’est la nuit, on pense direct à The Housemaid 2010. Et pour cause, le rapprochement permet de les distinguer nettement : Windstruck présente un suicide enlevé, léger, solennel, glorieux ; The Housemaid nous la fait lourde, quotidienne, quelconque, vulgaire. Donc Kyung-jin saute, son histoire défile durant la chute, et là tout de suite : Matrix Reloaded. »

- « Pareil pour moi, avec une balle entre les deux yeux de Bob Dylan au passage, putain la bande-son quoi. J’avais aussi noté que les cheveux de la fille ondulent dans le vent alors qu’elle chute en accélération constante depuis une bonne dizaine d’étages. J’ai pensé un instant que la came était de mauvaise qualité. Ensuite j’ai compris : le vent. J’avais sauté à pieds joints dans le premier piège du film. ».

 

 

 


 Snatch

Bullet Tooth Tony

" You smell pussy "

 

 

L’ascenseur arriva au dernier étage, ils prirent les escaliers de service et montèrent sur toit. Ils n’y trouvèrent que du vent et de la pluie, mais en quantité. Un regard rapide sur ville et dans le vide. Impossible de survivre à une telle chute, les choses ne tournaient décidément pas rond de ce côté-là du globe.

 

vlcsnap-503738

 

Deux heures plus tard ils poussaient l’épais rideau d’un night club branché du quartier chaud. A l’intérieur : que du beau monde. Entraineuses & macs, apprentis gangsters & lycéennes, dealers & drogués, les couples s’étaient mis sur leur 31. Carter était sûr de dénicher quelques flics corrompus dans les coins en cherchant bien. Ils s’installèrent à une table, commandèrent une bouteille de whisky et se mirent à l’aise. Sur la scène les participants se préparaient pour un concours de karaoké.

La première candidate devait sortir de l’émission « popstar » locale. Plutôt bien foutue, le regard vide, elle attaqua le premier couplet de Knocking on Heavens Door. Arrivée au refrain…

- « Putain mais on dirait qu’elle chante la mort de son canari cette salope !!! ».

John cherchait déjà un projectile quand Carter le saisit par le col et le plaqua contre son siège.

- « On n’est pas là pour se faire remarquer ducon, relax, des reprises pourris t’en connais des tonnes »

- « Merde, quand même, pas Bob, pas lui, pas cette chanson… »

- « Bois un coup »

John en but plusieurs et se calma progressivement. Sur la scène la bande son de Windstruck tournait à plein régime, l’occasion pour lui d’en dire un mot. Il alluma un cigare qu’il dédicaça à la loi Evin.

- « Cette saloperie de musique est vraiment omniprésente, du début à la fin…

- Avec des hauts et des bas…

- La scène du bouche-à-bouche et la musique qui annonce le miracle avant l’heure

- Dégueu

- Ba ram ee ra do joh ah

- Toi-même !

- Non Youme, la chanteuse, c’est le titre d’une de ses chansons

- Ah oui, dur. . Mais en même temps, tu vois, si c'était pas les conventions sociales, je mettrais bien ce son à fond pour faire n'golo-n'golo avec ma poupée. 

- Bob Dylan et Erik Satie

- Une compile top 50…

- MC Sniper et X Japan

- Pas mal le passage dans le parking avec l’instru de BK Love mixée avec des bouts de bande sonore du film d’ailleurs…

- J’ai vibré

- Merde moi aussi

- Et je me suis tapé des barres sur la poursuite d’une voiture qu’elle arrête à coup de gun, cheveux au vent (décidément) avant qu’elle n’explose derrière elle.

- Héhé ! A la tienne !

Deux superbes créatures choisirent cet instant de communion entre deux esprits malades pour s’assoir à leurs côtés et détourner leur ligne de mire pour la soirée. Assis dans un coin sombre avec ses acolytes, Kwak Jae-young fût prit d’un rire diabolique. « Mwouhahaha »

 

vlcsnap-82693

 

« Elles arrivèrent dans la maison en Wondrebras / Vision irréelle, fracture nette de l'œil droit / On leur proposa de boire ou de manger un truc / Un cappuccino deux sucres roux, elles aimaient le luxe / Je leur ai dit "Excusez-moi, prenez-le bien certes / Vous êtes raffinées, mais vous avez l'air de deux filles ouvertes" / Dix secondes après c'était la cavalcade / Et comme Jackie Chan, on a fait nous-mêmes nos cascades / Au matin ce ne sont que les draps que j'ai senti / Les cascadeuses étaient parties / En m'habillant, je palpais mes poches : vides / Plus de chèque, plus de carte, plus de liquide / Le plan était simple et sans accroc / Si on rattrape les gazières, on les éclate à coup de marteau ».

 

 


 IAM - Elle donne son corps avant son nom

Dans, le genre l’officier Kyung-jin a plutôt tendance à ne donner que son nom, et encore. Du coup, un Hall of Fame des emmerdeuses-frigides de la littérature mondiale s'impose (liste non exhautive) : 

                Zinaïda, Premier amour de Tourguenïev

          Nastassia Philippovna, L’Idiot de Dostoïevski

          Mlle de la Mole, Le Rouge et le Noir de Stendhal

          La petite Valentine, Promesse de l’aube de Romain Gary

 

         

O’Meanseek envoya valdinguer le vieux radio-cassette de son appartement. Le seul objet de « valeur » qu’il ait retrouvé à son réveil avec à l’intérieur sa blague de mauvais goût : une reprise coréenne de la chanson d’IAM. Les reprises, les remakes, les clins d’oeils. Kwak aurait aussi bien fait de tagger les murs du salon avec son blaze. Sa tête tourna dangereusement et il du se rassoir pour ne pas vomir. Argh les plans qui tournent autour des personnages, un premier relent. Et puis un deuxième, un troisième, des spasmes, il ferma les yeux et fut assailli par des hallucinations Windstruck. La crise dura quelques minutes. Cette fois il fallait en finir. Il décrocha son téléphone et composa le seul numéro qu’il n’ait jamais connu par cœur, celui de San-Congo. La ligne occupée, il décida donc de se rendre directement chez son collègue.

 

vlcsnap-145517

 

Sur la route, encore sujet aux effets de la drogue, il lui sembla parfois qu’il avançait par « coupes » ou « sauts » façon A Bout de Souffle. Il retrouva un peu le sourire. Windstruck avait quand même pas mal de bons côtés : une première partie de scenario parfaitement décousue, des excès plutôt généreux, une actrice mignonnette et quelques scènes stylées, souvent dans des genres très différents d’ailleurs. L’espace de quelques secondes il s’envisagea comme un empêcheur de tourner en rond : au fond les clients de Kwak étaient heureux et ne faisaient de mal à personne. Du moins personne n’en avait encore la preuve formelle. Arrivé à destination, il emprunta la porte de derrière et grimpa les marches quatre à quatre.

 

John avait souvent comparé l’appartement de San-Congo à une porcherie, il s’était préparé au choc, en vain. La scène était terrifiante. Marmonnant comme un dingue Carter décrivait des ronds frénétiques autour du chaos qui autrefois ressemblait vaguement à un salon, un vent puissant s’engouffrait avec hardiesse par les fenêtres grandes ouverte de la pièce et il ne remarqua même pas la présence d’O’Meanseek.

 

 

 

Gala - Freed from desire

      (Tu veux recracher ton Macdo dans l’ordre décroissant ? – pour le coup, tu seras vraiment freed from desire)

 

 

- « Il tourne autour d’elle en voiture : Green Fish… ils se retrouvent au milieu d’une transaction entre deux bandes avec, pour une fois, des Russes :  Attack the gas station Le hangar dans lequel a lieu la fusillade, et le chemin qui y mène : la dernière mission de GTA IV… il dit qu’il aimerait être le vent. Il se rend présent par le vent ; rendre présent l’être aimé : Il Mare… Elle a un nouveau partenaire, elle enfile un blouson cuir : My Wife is a Gangster Lettre sur piano : The Housemaid – 1960… Le landeau : Le Cuirassé Potemkine et les escaliers d’Odessa… Ils suivent un dealer et ont du mal à franchir le muret : My Sassy Girl… le métro : My Sassy Girl… la copine autoritaire : My Sassy Girl… la question du deuil : My Sassy Girl… le suicide, putain, le suicide… »

 

 

 

Dernière mission de GTA IV

(A partir de 4’20 – Au passage, la fin de GTA IV est scandaleusement nulle // San Andreas To Death, CJ For Ever) 

 

 

John terminait de fermer les fenêtres quand il remarqua que la voix de son ami se brisait progressivement. C’est alors qu’il entendit les cris. Dans la rue, sous les fenêtres de l’appartement de Carter, la foule commençait à se rassembler autour d’une marre de sang dans laquelle baignait le corps de l’une des jeunes filles d’hier soir. Il fallait agir vite. Nul doute que la poulette avait pris trop de Windstruck et avait voulu se laisser porter par le vent à son tour. Depuis qu’il avait accidentellement tiré sur un bœuf au Vietnam San-Congo avait juré de ne plus jamais utilisé d’arme à feu. Alors tuer une poupée gonflable, impossible. Il connaissait cette réaction, le cerveau de son ami essayait à tout prix d’assembler les pièces du puzzle mais il était trop tard, il fallait foutre le camp le plus vite possible. Il le poussa hors de chez lui, ils prirent le premier taxi et se dirigèrent sur les docks. Il avait toujours su que son container aménagé et tout confort lui servirait un jour. L’Europe n’était qu’à quelques jours de mer et bientôt son ami serait en sécurité. Il l’enferma donc à l’intérieur du container 1875jk8 et jeta un dernier coup d’œil à Carter désormais prostré dans le silence. Il ferma le verrou à double tour : il savait pouvoir s’arranger avec un armateur de sa connaissance il le retrouverait à Paris.

 

vlcsnap-571594

 

 

Dans l’avion pour l'Europe, O’Meanseek se demanda comment ils avaient pu en arriver là. Putain, elle est forte cette came. Carter avait dû péter un plomb, façon des Souris et des Hommes. Il est gentil, mais dans sa joie : carrément agressif. John eut presque de la peine pour la petite pépée ; il se demandait s’il avait eu le courage de passer Youme pour leur sauterie. « Sauterie, putain, je fais de l’humour sans le vouloir ».

 

En attendant, Kwak Jae-young s’était bien amusé d’eux. La nouvelle criminalité, le monde évolue, John se sentit vieux tout d’un coup. En d’autres temps, il y serait allé avec sa hargne et ses ongles, il lui aurait arraché la trachée avec les dents. Mais ce petit chef de gang, c’était pas un gars à l’ancienne, il n’y avait pas moyen de la jouer soldatesque.

 

La journée que Carter et John passèrent à Paris fut agréable. Ils ne se dirent presque rien. John ne voulait pas lui parler de ce soir-là. Il s’imaginait que Carter avait bien dû se trouver une raison pour se dédouaner. Ou alors, peut-être pas. Peut-être était-il en train de mourir sous le poids de la culpabilité. Mais il ne se sentait pas le courage de lui en parler. Qu’allait-il lui dire, qu’ils s’étaient défoncés comme des puceaux, qu’ils sont tombés sur quelque chose de trop fort pour eux, de trop grand. John ne voulait pas admettre quelque chose qui lui tournait autour depuis quelques temps déjà : ils sont dépassés.

 

Pourtant, au moment de se saluer, Carter et John se retrouvèrent au plus profond de leurs regards respectifs : la prochaine fois qu’ils se reverraient, ce serait à l’enterrement de Kwak Jae-young.

 

vlcsnap-142389

 

 

BONUS INTELLO:

 

 

Dans le genre je fais un film avec le vent comme acteur (en fait un film avec un mec qui fait un film avec le vent comme seul acteur), let us introduce you to Hakuchi de Makoto Tezuka. Légèrement plus stylé. Voici la séquence d'intro.


Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 18:11

 

 http://downloads.cheneaux.com/logo_cinematheque.jpg

 

 

 

Cher Comte,

 

Ce que vous me racontez là me laisse dans une triste apathie. J’aurais dû vous suivre dans cet Etrange Festival. Nous nous y serions bien amusés, et j’aurais eu le loisir de rencontrer cette jeune femme dont vous me parlez. Cette pièce, Bedeviled, semble avoir quelque chose d’effrayant. Je trouverai bien un moyen, légal ou illégal, de me procurer cette œuvre. Il le faut.

 

Je suis aussi tout excité à l’idée de vous conter mon aventure à la Cinémathèque pour la séance de Cinéma Bis. Le bâtiment, voulu par le Roi, est très beau. L’endroit est espacé, lumineux ; autour, des pelouses s’étendent à perte de vue, et des troupes de badauds soupent gaiement dans des tavernes joliment alignées. Vraiment, l’endroit a de quoi réjouir.

 

 

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/jpg/culture6.jpg

 

Je m’avançai donc vers le lieu que déjà, je constatai une première coutume étonnante. A l’entrée, des péripatéticiens avertis, noyés dans quelque sombre et funeste réflexion qui finirait assurément dans une énième Encyclopédie, faisaient les cent pas. Certains restaient immobiles. Je pus ainsi saisir nombre de soliloques à la volée avant de pénétrer l’enceinte. Est-ce une pratique répandue ? Je l’ignore. Toujours est-il qu’à l’intérieur, je confrontai aux deux premier tiers honorifiques du Royaume ; et je m’en délectais. Certains croisent volontiers les regards, dans un mouvement de bravoure similaire à celui avec lequel nous croisions les fers durant notre prime jeunesse ; d’autres les baissent, comme honteux, comme malheureux de ne pas être à la hauteur de l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Ici, quelque poète en devenir lit un Traité de l’image ; on discute, on rigole bruyamment. La population s’étend largement sur le spectre des âges : quelques chevaliers à la toilette douteuse côtoient des aïeux, quand ce ne sont pas des bisaïeux à l’article de la végétation. Quelques nobles de l’Académie royale se trouvaient au centre de l’audience. Cette ribambelle joyeuse pesait ses mots dans sa manière de parler, réunie par l’intime conviction d’appartenir à une espèce humaine supérieure. Alors qu’autour l’atmosphère se lovait sous une bonhommie feutrée, ils s’invectivaient poliment à qui mieux mieux. J’avais la sensation d’être dans un confessionnal au centre duquel gisait une basse-cour d’habitués, interpelant à l’envie, se moquant allègrement, en somme : provoquant tout un tapage pour que l’on remarquât leur existence. J’entendais les diverses coteries, réunies ici et là selon des principes d’organisation allant de la taille à l’âge, en passant par l’hygiène capillaire, l’occupation favorite ou la difformité physique. On y pérorait de manière absconse sur les principes de la discipline. Ici, quelque héraut audacieux essayait de prouver que les prémisses du cinématographe résidaient en puissance dans l’Organon d’Aristote. Là, quelque prêtre, navigant sur un esquif par trop modeste pour les vastes océans de gloire auxquels son orgueil prétendait, crachait ses homélies vicieusement escarpées à tout crédule tendant l’oreille. On parlait de telle ou telle œuvre, sans rien en comprendre, juste pour le plaisir d’être parmi les heureux et rares fidèles à les avoir vues.

 

Cette vision, comme vous me connaissez mon cher ami, réveillait en moi le démon atrabilaire. Je me prenais à regretter d’avoir quitté mon domaine. Seule une idée réconfortait mon âme en colère. Si la Révolution venait à éclater, comme les Cassandre aliénées se plaisent à répéter, que les Dragons du Roi se rassurent : elle n’éclatera point dans l’enceinte de la Cinémathèque. Ici, on s’aime trop pour ces basses œuvres.

 

http://www.unil.ch/webdav/site/fra/shared/Histoire%20litteraire/Images/LouisXIII.gif

 

Je commençai à m’assoupir lorsque le Chevalier de Beausavoir, maître de céans improvisé, et dont je tairai, par respect pour votre nom illustre, les mœurs singulières, se proposa d’introduire les artistes. Il fut applaudit chaudement par une audience aussi religieusement acquise que dut être celle qui assista au sacre de Charlemagne à Aix-la-Chapelle. Et on applaudit d’autant plus vigoureusement que le Chevalier insistait sur la faible publicité de ces œuvres. 

 

Le Chevalier devisa sur quelques plates considérations que l’amitié que je vous porte m’interdit de reproduire dans cette présente. Puis, professoral, il nous avertit de ce que les pièces que nous aurions le loisir de voir n’étaient pas significatives de l’œuvre des artistes invités. En un mot, il demandait de l’indulgence pour ces erreurs de jeunesse qui contrastaient infiniment avec les pièces par lesquelles ils furent connus plus tard. Pendant que le Chevalier, comme pour les excuser, récitait leurs œuvres d’auteurs, plus personnelles et donc plus méritoire, l’audience, tantôt maternellement attendrie, tantôt sévère paternellement, grondait et pardonnait, souffletait et caressait dans un même mouvement. Avec l’insistance du Chevalier, on leur pardonnait l’égarement dont ils se rendirent coupables. Paris a-t-il tant changé mon cher ami ? Que reste-t-il de l’éclat français ? Ô mon cher ami, que j’envie les tâches de rousseur qui parsèment vos joues ! Cette course effrénée à la jouissance sélective dans laquelle notre aristocratie se trouve engagée ne me laisse rien augurer de bon. Mais hélas ! Je m’emporte. Permettez-moi de clore cette apposition mélancolique et de poursuivre mon récit.

 

Im Kwon-taek, ouvrit les festivités. Nous eûmes La bataille du 38e parallèle, relatant le conflit fratricide qui trancha le sein de sa patrie. Le gentilhomme en fut, paraît-il, durablement affecté. Quant au second, le débonnaire Lee Doo-young, il nous présenta son Bruce Lee, le Tigre de Mandchourie, singulier objet appartenant à la catégorie des westerns mandchous. Les deux, d’après le Chevalier, avaient en commun de rejeter cette partie de leur œuvre, comédie ou drame populaire, ainsi qu’une curée artistique bonne à finir dans la panse des roturiers. Comme polissonne, l’audience se pâma jusqu’au malaise à l’idée de corrompre sa noble composition spirituelle au contact de ces œuvres ordurières indignes de son rang. Je me faisais pour ma part stoïque, me souvenant du De Beneficiis du grand Sénèque : « en toutes choses, le plaisir croît à raison du péril qui devrait nous en écarter ».  

 

Image

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, les chandelles furent soufflées et le spectacle commença. Des acteurs de la troupe royale, présents sur la scène, doublaient en même temps que les images défilaient, la voix des acteurs extrême-orientaux. La réprobation de l’audience se manifesta pleine, totale, entière, intransigeante enfin. Le rejet fut d’une solennité telle qu’un témoin ignorant la scène aurait pu se les imaginer s’opposant à Jules César au moment de franchir le Rubicon. Pour ma part, je ne comprenais pas immédiatement l’objet de l’infraction, et feignis d’ordonner à quelque laquais de me servir une liqueur. Croyez-moi, je ne fus pas longtemps avant de mesurer l’étendue de l’ignorance dans laquelle ma vie de Province m’avait abandonné. Pourtant, après un premier mouvement d’effroi à la suite duquel mes tympans versèrent des larmes ensanglantées, je vous avoue que je fus pris dans une envoûtante rêvasserie. Je crois comprendre que le vent libéral qui n’a cessé de souffler sur le royaume de France ces dernières années ne permet plus de rire des peuplades barbares. Cette grêle universaliste, insolemment athée, gâte et ronge les fruits de notre sempiternelle culture. Car enfin mon cher ami, je vous en conjure, croyez-moi : rien, dans ma modeste vie, ne fut plus étonnant, plus plaisant que de me représenter les acteurs de cette péninsule s’exprimer dans un français aussi châtié que celui de Racine. Mon ami, j’en avais les larmes aux yeux ; et, je ne puis en douter, les chantres de cet humanisme lambrissé durent avoir moult peines à tenir debout la grandeur d’âme qu’enseignent les Lumières sous ce ridicule sonnant comme les trompettes de Jéricho.       

 

http://www.atlas-historique.net/cartographie/1945-1989/grand_format/Coree1950-AGF.gif

 

En elles-mêmes, et pour ne point vous tromper, les pièces n’avaient rien de transcendantes ; surtout la première, La bataille du 38e parallèle. La mauvaise conservation de la bobine affecta les couleurs au point de donner l’impression que l’image avait trempé dans une substance oxydée. Je crois comprendre, dans cette guerre entre les partisans du nord et les partisans du sud, que le dernier camp eut la préférence d’Im Kwon-teak. Là où le sud est dépeint comme un havre de paix, - ordre, calme, vie rangé, pratique d’un sport que l’on nomme outre-Atlantique base-ball -, le nord a les traits délibérément grossis puis déformés – autodafé, exécution sommaire d’innocents, fourberie, trahison. Cette discipline et cet ordre parmi les habitants du sud me laissaient songeur et se situaient à mille lieues de l’engeance famélique qui pullulent les faubourgs et bas-fonds du Royaume de France. Aussi, je ne parvenais point à entendre la querelle entre le nord et le sud. Je dois ici vous faire part de mon ignorance des affaires politiques du monde. En dépit de ce que laisse entendre mon patronyme, hérité d’un ancêtre géographe qui offrit au Roi François Ier sa première carte du monde, je n’ai jamais quitté mon Royaume natal. Et, à la vision de cette guerre, de ces morts, de cette absurdité, j’essayais de me figurer qu’elle eût été la réaction pleine de bon sens de ma mère ; cela ne me fait aucun doute, elle se serait étonnée : « mais enfin, ce sont tous les mêmes au fond ». Je souhaite tout de même vous relater ici une scène de la pièce, dans laquelle j’ai vu tout un potentiel dramatique coréen s’ourdir. Celle-ci représente une population de réfugiés prise en étau entre les soldats du nord et les soldats du sud. Alors que les soldats du sud avaient miné le terrain pour ne pas laisser passer les chars de l’armée du nord, les soldats du nord obligèrent les réfugiés à avancer pour les utiliser, permettez-moi cette expression inédite et effroyable, comme « bouclier humain ». La scène est saisissante et pousse à son paroxysme la tragédie d’Abel et de Caïn.  

 

http://michel.buze.perso.neuf.fr/lavache/karate-6.jpg

  La seconde pièce fut autrement plaisante. Je crois que ce Lee Doo-young a de quoi défroquer Molière lui-même. Son Tigre de Mandchourie, si je devais l’associer à un légume, serait assurément un navet, grandiose, le plus gros de tous les mondes de l’univers. Comme ce fut drôle ! Et combien je regrettai, mon ami, que vous ne fussiez à mes côtés pour partager ma joie. La pièce, dit-on, est une reprise éhontée de Pour une poignée de dollars, de Sergio Leone. Connaissant votre appétence pour l’histoire du cinématographe, je crois que ce serait vous faire un affront que de vous conter le récit. Je vous apporterais seulement cette précision, si vous me le permettiez : les deux bandes de brigands qui s’opposent sont l’une chinoise, et l’autre japonaise. Entre les deux, le mercenaire est Coréen et cherche à récupérer de l’or qui a été volé par les brigands. D’ailleurs ce mercenaire m’évoquait fortement une connaissance commune que nous eûmes il y a quelques années de cela : le Gongzi K.-C., la moustache en moins. Pour faire bref, je me suis épanoui ; les chefs de ces deux jacqueries étaient d’un ridicule ineffable, à un point tel que l’audience applaudissait avec condescendance. Les dialogues étaient coupés pour concentrer au plus haut point les combats. Les bruitages semblaient sortir de l’imagination d’un enfant de six ans. Surtout – peut-être le meilleur -, on nous servit durant toute la pièce des sentences et maximes sur les races que je ne peux m’empêcher de reproduire dans cette lettre. Je crois que vous qualifiez cela de « fun » sur votre île ; dans notre Royaume, nous dirions « bon enfant ». Voici les meilleures citations :

 

 Un Japonais, que l’on torture, s’écrie :

« Je suis Japonais de sang impérial, et on ne nous tue pas ! »


Alors que la bande japonaise arrive complètement défaite, face au chef, un certain M. Sayazaki :

« C’est un expert en karaté qui nous a fait cela, de toute manière il est invincible ».


Le mercenaire pose ses jambes sur la table d’un restaurant, un employé vient :

« Monsieur, ce n’est pas une manière. – T’es le propriétaire ? – Non. – Alors ferme ta gueule ».

 

Un croque-mort rabote un cercueil :

« Quand je pense que je fais ça pour un Japonais ! »


Et dans le même mouvement, mélancolique :

« Oh j’en ai assez de gagner un grain de riz par cercueil ! ».


Ou encore, poète admirant son œuvre :

« Ah voilà une belle redingote en sapin ! ».


Le chef de gang chinois, M. Wang, essaye d’enrôler le mercenaire :

« Et si on discutait ? A vous l’honneur… ».


Alors qu’on cherche quelqu’un dans la ville, quelque part en Mandchourie :

« Vous savez j’ai fouillé tous les casinos, salles de jeux, bistrots, etc. »


Une femme fait son introspection, et établit la mesure de son autodétermination :

« J’étais au bord du suicide, puis j’ai retrouvé le courage ».


Toujours la même femme :

« Je dois restituer cet or à mon gouvernement, pour rétablir l’honneur de mon père, et puis de toutes façons, ils doivent payer ».


Le mercenaire, qui a maintenant offert ses services au gang japonais. M. Sayazaki s’adresse à lui :

« Et vous, comment allez-vous ? – Je m’ennuie à mourir. – Il va falloir vous trouver une occupation. – Je vous en prie. – Hé bien, je vous demande de supprimer M. Wang ».


Un idéaliste s’adresse au mercenaire, alors qu’il vient d’achever un combat :

« Mais vous l’avez laissé filer ! – Hin, je ne suis qu’un client. – Oh vraiment ? Alors vous n’avez qu’à aller vous faire foutre ! ».


Encore M. Sayazaki, le chef du gang japonais :

« Mais je ne me fie à personne, je suis un Japonais ! ».


Et, parlant erronément du mercenaire :

« Quel dommage que ce Chinois ait aussi peu d’esprit ».


Toujours l’idéaliste, parlant de l’or au mercenaire qui s’apprête à filer avec :

« N’y touche pas, c’est mon or, je l’aime plus que ma propre mère, tu te rends compte ! »


Avant de tempérer :

«  N’y touche pas, cet or est sacré, il appartient au fond militaire de libération ».


Enfin, moment ultime, last but not least comme vous dites, la rencontre finale des chefs de gangs en vue de l’ultime combat. Sayazaki se lance :

« - Mais donne moi cet or !

-          N’oublie pas à qui tu as à faire, je suis un Chinois.

-          Et moi, je suis Japonais !

-          Sale Jap !

-          Hin, je vais te trouer la peau sale Jaune ! »

 

Voilà mon ami, je ne puis vous écrire plus longtemps. Je réside, ainsi que vous le savez, chez mon cousin. Je lui ai promis de descendre me mêler à la société ce soir. Je dois quitter mon appartement. Nous nous verrons ce soir mon ami. Comme toujours, voyez en moi votre dévoué serviteur,

 

 

Eugène Aristide Bienaimé, Marquis de Saint-Congo

 

Paris, le 5 septembre 1782,

 

 

BONUS:

 

Comme le film de Lee Doo-young est vraiment génial, il a été décidé de faire des bonus autour de son film. Vraiment, on en rajoute une couche, si vous ne l'avez pas vu, c'est dommage, parce que le film est vraiment génial. En attendant, pour en savoir plus sur le réalisateur (parce que bon Im Kwon-taek, ça va), voici une page qui dresse une petite biographie et commente quelques-uns de ses films: cliquez ici.

 

Le Tigre de Mandchourie appartient à la catégorie des westerns mandchous. Cette famille de films ne respecte pas la règle selon laquelle, depuis les westerns spaghetti, on associe un nom d'aliment du pays d'où provient le western. Ainsi nous avons :

 

Le burrito-western: Once upon a time in Mexico, de Robert Rodriguez. Avec un grand Johnny Depp.

 

 


 

 

Le sauerkraut-western: historiquement, le western allemand est antérieur au western spaghetti. Le western allemand puise ses histoires dans les romans de Karl May et de son héros emblématique, l'Indien Winnetou, l'Apache le plus classe de l'outre-Rhin. Pour vous en assurer, vous pouvez visionner Winnetou und Shatterhand im Tal der Toten de Harald Reinl. Attention, un western en allemand, ça décoiffe, mais vous n'avez encore rien vu...

 

 


 

Le cod-western: cod en anglais, ça veut dire morue. Et non, il ne s'agit pas de western portugais. C'est en fait le western... islandais. Alors, l'Islande, pour bien situer la chose, c'est : 300 000 habitants à tout casser, un volcan qui a fait chier le monde, le groupe Aqua, Björk et Eidur Smari Gudjohnsen. Et surtout Hrafn Gunnlaugsson, peut-être le seul cinéaste islandais (avec celui qui a réalisé 101 Rejkjavik). Il a réalisé Hrafninn flygur, premier film d'une trilogie qui se déroule au IXe siècle, en le considérant comme un western (cliquez ici). La bande-son du film est ultra-chelou, et ceux qui se sont reconnus dans le Médée de Lars von Trier se reconnaîtront à coup sûr dans ce film. Et pour pousser le délire jusqu'au bout, nous vous invitons à voir le film avec les sous-titres en suédois. Effet garanti.

 

 

 

 

Enfin, séquence affiches. Dans les années soixante-dix, les distributeurs français n'hésitaient pas à rajouter impunément "Bruce Lee" devant les titres de films qu'ils importaient d'Asie, histoire de gonfler les fréquentations en attirant des pigeons. Le film de Lee Doo-young n'échappe pas à la règle, puisqu'il a été distribué en France sous le titre de Bruce Lee, Le tigre de Mandchourie. Du coup, on vous a mis quelques affiches de ce qu'il convient d'appeler la Bruceploitation pour le plaisir des yeux. 

 

Image

 

Image

 

Image

 

Image

 

Image

 

 

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:30

 

Il Mare, 2000 de Lee Hyun-seung.


Jun Ji-hyun: My Sassy Girl-like avec les plans sur le quai de métro ou sa relation ratée avec son mec (même si Il Mare a été réalisé avant), là c’est un rôle un peu moins carnivore quand même. Elle avait 19 ans. Déjà stylée.


Lee Jung-jae: l’acteur pas ouf, une filmographie loin d’être dingue, un beau sourire pour certaines, à l’affiche de The Housemaid (sortie le 15 septembre en France).


Il Mare, en dépit de son histoire et de ses acteurs, n’a pas été une grosse bombe du box-office. Le film a attiré moins de 250 000 entrées et a été dépassé par d’autres films a priori moins accessibles. Malgré cela, il a été porté aux nues par un groupe indéfectible de fans qui en ont fait un film référence. Son côté intimiste, en même temps que son budget relativement faible (1 900 000$), expliquent peut-être son succès à la fois partiellement limité et solidement établi. Il Mare ne verse pas dans le pathos suicidaire ou l’ambition démesurée, bon point, sans remettre en cause les tenants et les aboutissants du cosmos, dommage. On fait les fines bouches parce qu’Il Mare développe des idées vraiment intéressantes, essentiellement une réflexion sur l’amour et le temps. Nous ne sommes pas nés du frottement de pages d’un recueil de poésie de Lamartine, surtout Joy Means Sick, mais nous nous devions de traiter ces thèmes sérieusement pour rendre hommage au film. Déjà nous entendons les hirondelles poindre, une lumière brune tapisse l’air enfiévrée des passions pendant que les rosiers ploient sous la brise. Nous ne nous emporterons pas pour autant. Il Mare, ça reste du mélodrame, et qui dit mélodrame dit petit carton rouge en règle comme prolégomènes à une métaphysique future. Allez hop.


 

vlcsnap-268691

 

Ne nous attardons pas à poser l’histoire, le réalisateur ne le fait pas non plus. Sung-hyun (Lee Jung-jae), un étudiant en architecture, emménage dans une belle maison en front de mer, nommée « Il Mare », montée sur de hauts pilotis. Nous sommes en 1997 et Sung-hyun est le premier habitant des lieux. Il reçoit un jour une lettre d’Eun-joo (Jun Ji-hyun) lui disant qu’elle est l’ancienne locataire des lieux et qui lui demande de bien vouloir lui faire suivre son courrier. La lettre date de 1999. Bon, bizarre. Sung-hyun, assuré d’être le premier à vivre dans cette maison, essaye de saisir ce qu’il se passe (Sans Congo aurait lâché l’affaire). Comprenant enfin que la boîte aux lettres de la maison envoie les lettres à travers le temps, il tente d’établir un contact probant pour s’assurer qu’elle est bien dans le futur. Comme cela fonctionne, il se noue alors entre eux une relation à coups de missives et de colis intertemporels qui confinera doucement mais sûrement à l’histoire d’amour. Détail important pour l’histoire, Eun-joo est avec un mec en 1999. Inutile d’aller plus loin dans les explications, il faut accepter les postulats de base.


 

vlcsnap-266997

   

Cartonnons vite fait bien fait donc. Si l’idée force du film et les éléments qui gravitent directement autour sont très stimulants, Pluton la déshéritée n’a pas été irradiée des rayons de cette trouvaille. On retrouve beaucoup de lieux communs de la comédie romantique : la copine proche, la cuisine et les restaurants, la mer, la neige, l’art, les appartements design et la vie aisée, etc. (à quand une comédie romantique avec des gens dans la merde ?). Cette banalité contraste avec les séquences où le temps est mis en scène, souvent brillantes. De ce fait, le déroulement de la vie quotidienne des protagonistes rend l’effet de plans-remplissage. Exemples : Eun-joo qui se prélasse dans son lit comme on le ferait dans une pub pour les literies « J’aime Dormir », Sung-hyun remuant son tarma dans sa spacieuse cuisine Mobalpa finissant les répètes d’Un dîner presque parfait. Bon on est dur mais on continue à gratter encore un peu : les lettres écrites sont lues en voix-off. Elles sont souvent l’occasion de considérations sur l’amour aussi plates qu’un trottoir désaffecté. Alors pourquoi, quand on a idée aussi originale pour exprimer l’amour, se réduire aux truismes mille fois consommés ? L’arbitrage doit être pénible pour le réalisateur qui a une pure idée mais qui peine à en combler tous les coins de son film, genre : « bon c’est naze mais c’est pas grave j’ai du lourd à côté ». Oui mais non, ça reste naze, ça fait tache.  Autant couper, les films de 45 minutes ne nous dérangent pas. Enfin, quelques mots sur la réalisation. Lee Hyun-seung est dans un gros délire de caméra portée. Il y a des plans-séquences remarquables. Les mouvements de caméra cherchent peut-être à rendre la légèreté du récit. Malheureusement, trop d’impôt tue l’impôt et à force de remuer, le cadrage fout la gerbe. La caméra bouge trop inutilement, ça fait penser à un bouquin qui n’existe pas, Le travelling pour le nuls. Summum : la caméra subjective sur le petit chien Cola, pourquoi ? Bref, à la manière d’un Jules Winfield des grands jours, on lève nos guns, on tient en joue, on récite la Bible « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées » (Jérémie, 31.29), et on tire dans le tas (et le petit Cola fut sûrement une victime innocente regrettera Joy Means Sick particulièrement fan du déhanché des caméras asiatiques).


 

vlcsnap-267208

 

Venons-en aux aspects singuliers du film. Il Mare est un film qui montre la nécessité d’un contexte, d’un environnement, d’un quotidien aux histoires d’amour par le fait même de retirer le contexte. Malgré la distance temporelle, les deux amants se comportent « comme si » ils avaient un quotidien. Ils créent une fiction qui fait le pont entre 1997 et 1999. Leurs comportements sont ritualisés (sortie au parc d’attraction) pour rendre possible l’histoire d’amour. L’amour est alors une prière quotidienne, et l’être aimé, surnaturel, transcendant dans le sens où il se situe par-delà le temps, est un Dieu que l’on vénère. C’est vraiment très fort comme tour de force. Le film pose la question suivante : que reste-t-il réellement de l’amour si on enlève le temps ? Rien, il ne reste que des prières. L’être humain n’est pas un pur esprit qui fait « pfchit pfchit » dans l’atmosphère, c’est un corps qui prend sens par ses rencontres, ses entrechocs.  Du coup, ne se voyant pas ou ne pouvant pas se voir (Eun-joo ne peut voir Sung-hyun en 1997, elle ne le reconnaît pas, d’où le plan très inspiré du quai du métro où ils sont assis ensemble en 1997), n’étant pas ensemble, le film pose très subtilement la question de la présence.


 

vlcsnap-267755

 

 

Comment est-on présent ? Le film passe outre la présence physique pour insister sur les présences artificielles. Je suis présent lorsque quelqu’un pense à moi, je suis également présent lorsqu’on se comporte comme si j’étais là. Ainsi le film désaxe les représentations autocentrées de la présence (je suis là parce que je sais que je suis là) pour les translater vers l’extérieur (je suis là parce qu’Autrui sent ma présence). Et cette translation est rendu possible par l’effet du temps. Le film engraisse, donne littéralement de l’épaisseur au temps. C’est un traitement encore une fois remarquable. Pourquoi épaissir le temps ? C’est une dimension incompressible (quoique, nous y reviendrons) qui ne peut qu’aller en s’étalant. Est-ce à dire que le temps est un prix à payer, voire une pénitence ? On montre souvent le délitement de l’amour sous l’effet du cours du temps. On montre parfois le temps qui fomente l’amour, sa maïeutique. C’est le temps de la drague, des textos, des petits clins d’œil. Cette histoire c’est la suspension du temps. Ce film n’est pas celui de l’amour éternel, c’est un traité de l’amour atemporel. Le temps creux, c’est un bol de mélasse qui recueille les signes laissés par les amants (petit billet laissé sur un comptoir à Eun-joo).


 

vlcsnap-268421

 

 

Encore une fois, on aurait pu tomber dans une énième variation autour du thème de l’amour éternel : nous n’aurions rien eu de plus qu’une statue, un Pygmalion en rut, un testament. L’amour atemporel, c’est un amour dynamique, un amour qui laisse des signes et qui fondamentalement renvoie à soi. Que se passe-t-il par exemple lorsqu’on regarde une photo de l’être aimé, ou son écriture. On s’arrête, on réfléchit un peu, on recrée toute la personne, et par ce processus, on se redéfinit soi-même puisqu’on injecte nécessairement de soi dans ce processus de recréation. De cette manière, Eun-joo et Sung-hyun se refaçonnent constamment durant le film. Sung-hyun demande à Eun-joo si elle n’a pas parfois des souvenirs qu’elle aimerait oublier. Il se rend déjà compte que ses souvenirs le changent. Finalement, ce film n’est-il pas un pied de nez à l’amour éternel, mort en son principe ? Tout est dans le titre coréen, Siworae signifie « amour qui transcende le temps », idée différente de l’amour éternel. Nuances et passement de jambes.

 

vlcsnap-267264

 

Un film qui joue sur le temps, c’est toujours facile à détruire sur les détails. Nous ne mangeons pas de ce pain là. On accepte le film avec ses interrogations, à condition qu’elles ne soient pas grossières. C’est le cas en l’occurrence. Il Mare a, en plus de ce que nous venons de développer, un mérite inespéré et inattendu pour un film romantique, celui de faire tourner les méninges. Le scenario est souple, pliable, on ne peut pas lui reprocher d’être explicatif. A ce point que des éléments restent en suspens pour Sans Congo qui, souffrant d’un quotient intellectuel inférieur à la moyenne, a dû parfois s’accrocher pour suivre le fil des évènements. Lorsque Sung-hyun fait des recherches pour comprendre ce qu’il se passe, on voit sur son écran d’ordinateur le dessin d’un anneau de Möbius, c’est-à-dire un ruban qui n’a qu’une seule face (amusez-vous à faire votre anneau de Möbius : vous prenez une bande de papier, vous faites pivotez un de deux bouts à 180° et vous joignez les deux bouts, puis parcourez le ruban avec votre doigt pour constater qu’il n’y a qu’une seule face). Cet anneau représente la distorsion temporelle qui, par le truchement de la boîte aux lettres, relie l’époque de Sung-hyun à celle d’Eun-joo. Au passage comme ça, dans le genre porte des étoiles, prendre une boîte aux lettres comme pierre d’achoppement d’un paradoxe temporel, c’est cheap. Mais enfin, passons. Et surtout question plus importante : si les lettres arrivent en 1999, c’est que Sung-hyun poste les lettres dans sa propre boîte aux lettres. Est-ce une pratique courante en Corée du Sud ou une liberté délibérément prise par le scénario avec les petites choses de la vie ? Et si la boîte aux lettres est magique, c’est peut-être parce que le père de Sung-hyun l’a touchée avec regret et qu’il y a donc une transmission du bad jusqu’à ce que son fils comprenne à quel point c’était un chic type son père. Non abandonnons les explications à l’emporte-pièce.

 

 

vlcsnap-268759

 

 

Restons-en à un niveau plus trivial et parlons plutôt du paradoxe du grand-père, qui a plus émoustillé les auteurs de science-fiction que les physiciens pur jus. Si on fait un voyage dans le temps et qu’on décide de tuer notre grand-père, que se passe-t-il ? Les hypothèses sont ouvertes : impossibilité de le tuer, anéantissement immédiat au moment de sa mort, ou… rien du tout. Rien du tout parce que la mort du grand-père ouvrirait immédiatement un embranchement vers un autre univers, univers dans lequel le grand-père serait mort et où on n’existerait pas. Cette hypothèse est celle soutenue par la théorie des mondes possibles issue de la logique modale. Et sinon, peut-être que la boîte aux lettres est le point de contact entre deux univers, selon une interprétation libre de la théorie des cordes. Selon la théorie des cordes, notre univers serait une membrane parmi une foultitude d’autres regroupés au sein d’un multivers. D’ailleurs, selon les théoriciens des cordes, le Big Bang proviendrait du contact entre deux membranes. Le Big Bang comme la boîte aux lettres. L’univers comme l’amour. Cosmologie diffuse, confusion des sentiments. Et nous. Sans Congo, pragmatique, dit qu’on n’est pas non plus obligé de tuer son grand-père si on venait à voyager dans le temps. Joy Means Sick, fidèle à ses préoccupations terriennes, reste dans l’incompréhension : pourquoi Sung-hyun n’a pas demandé à Eun-joo les numéros du loto ?

 

Joy Means Sick & Sans Congo.


 

vlcsnap-270382

 

BONUS:

 

A un moment du film, on voit Eun-joo dans une sorte de librairie où on paye à la lecture. Il s'agit dans Manhwabang (Manga café au Japon), voici un topo-wikipédia sur cette institution: cliquez ici. Du coup on s'est dit que ça pouvait être l'occasion de faire un topo sur l'histoire du manhwa: cliquez ici.

 

Le temps est compressible. Si le sujet vous intéresse, nous ne pouvons que vous conseiller l'excellente émission qui était passé à l'époque sur Arte, Ce qu'Einstein ne savait pas encore, présentée par un physicien, Brian Greene. Brian Greene est l'auteur de L'Univers Elégant, un super livre de vulgarisation. N'hésitez surtout pas si les mot-clés suivants vous intéressent: Big Bang, espace-temps, incertitude quantique, trou noir, cordes, univers parallèles, etc.

 

 

 

 

Enfin, dans la famille "Relation d'amour à distance temporelle" je demande Quelque part dans le temps (Somewhere in time) de Janneot Szwarc avec Christopher Reeves qui va rejoindre sa meuf en 1912. On a trouvé le film sur Youtube. C'est léger, du genre qui passerait sur M6 un dimanche aprem de vacances de noël. Dans Il Mareil n'y a que deux ans d'écart, c'est plus simple pour les rendez-vous.

 

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 09:12

 

 

attack-the-gas-station.jpg

 

 

Clothes off or Fist on ?

 

Attack the Gas Station(1999) est le quatrième film de Kim Sang-jin. L’histoire est relativement simple, voire anecdotique : quatre jeunes hommes, compagnons de galère, s’emmerdent sec dans un Séoul by night aussi vide que leur agenda. En quête désespérée d’une activité, l’un d’eux prend ses responsabilités. Pourquoi n’irait-on pas mettre à sac une station-service ? Bah ouais, allez, bien vu l’artiste ! Le générique montre ainsi les quatre énergumènes saccager une station-service dans une déferlante joyeuse de coups de lattes. Une vraie tempête. Fin du générique. Le film reprend le soir d’après. La bande des quatre se retrouve dans un fast-food, et devinez quoi ? Ils se font à nouveau chier. Hey mais attends, et si on allait remettre à sac la station-service qu’on a déjà braqué hier ? Bah ouais, allez ! Une précision du réalisateur, en légende écrite, nous annonce leur noble mobile : « just for fun ». Le ton du film est donné. En même temps la station-service s’appelle Oilbank. Shell ou Esso c’est quand même un peu plus discret. Et on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Sauf que cette fois, le patron a pris le soin de cacher la caisse. Le film est véritablement lancé lorsque le chef de la bande, No Mark (Lee Seong-Jae), qui semble avoir les neurones moins rouillées que le reste de l’équipe, se rend compte qu’on peut se faire plus d’argent en gérant la station-service durant la nuit et partir avec les recettes qu’on aura faite sur la base d’un principe qui flirte avec les limites de la morale : tout le monde prend un plein, qu’il le veuille ou non (économiquement ça se tient en tous cas).   

 

vlcsnap-48187

 

Prenant (gentiment) en otage le personnel des lieux, le film oscille comme un pendule entre deux espaces, la pièce où sont retenus les employés et l’entrée de la station service contenant les pompes à essence (les pompes sont perchées en l’air !). Justifiant le montage en parallèle qui traverse pratiquement tout le film, ce choix délibéré impose un cadre plus théâtral que cinématographique. Cette forte impression de théâtralité se dégage d’une succession d’éléments. En rabotant un peu sur les bords, on peut déjà évoquer la règle des trois unités qui est quasiment respectée dans le film : unité de temps (le film se déroule sur une nuit), de lieu (la station-service) et d’intrigue (trouver l’endroit où le patron a caché la caisse). Le jeu des personnages est aussi un élément marquant le caractère théâtral du film. Volontairement exagéré pour certains, les acteurs (principaux ou figurants) n’hésitent pas à forcer le trait à l’aide de mimiques simiesques et autres grimaces, notamment Bulldozer (Yu Oh-seong) qui est chargé de surveiller les otages. Enfin, la construction du film, qui tient plus de l’empilement de scènes comiques que de la poursuite rigoureuse d’un dessein scénaristique, rappelle un peu les éléments du théâtre du boulevard, lequel est né et n’a existé que pour le pur divertissement. Dans Attack the Gas Station, il y a quelque chose de ce côté rafraichissant et léger qui identifie ce théâtre.

 

Yep, j’ajouterais même que la station service participe à cette idée de théâtre de boulevard voire de théâtre de rue. Les conducteurs passent et sont pris à partis, le spectacle les prend par surprise et par le porte-monnaie. D’ailleurs un producteur finit par lâcher sa carte au boys-band de gangsters improvisé par notre musicien chevelu. Une sorte de clin d’œil au bas de l’échelle, très sympa.

 

vlcsnap-46974


Il ne faut pourtant pas en faire une pièce de théâtre non plus. Le caractère théâtral du film s’arrête là où commence la jeunesse du récit. Le réalisateur ne filme pas à la manière des premiers cinéastes de l’histoire du cinéma qui eux tournaient véritablement des scènes et respectaient la règle du « quatrième mur » du théâtre comme Edwin S. Porter ou D.W. Griffith pour citer quelques uns des plus importants. Pour faire simple, Kim Sang-jin ne prend pas de plans larges. Au contraire, le réalisateur a rangé ces cadres de pépé pour lui préférer un style plus jeune, plus nerveux, plus bondissant. Durant pratiquement tout le film, c’est caméra portée et plan serré au possible. Cela rend la bête plus énergique, à l’image de la bande de révoltés qui la portent. Le lien entre l’énergie que dégagent les acteurs principaux et celle qui est retranscrite par le réalisateur au travers de sa manière de filmer, forme une cohésion qui ne fait (presque) jamais tomber Attack the Gas Station dans un mauvais tempo. Tellement bien ficelé que le film, selon les propres aveux du réalisateur, a été victime du copycat effect, c’est-à-dire du fait de reproduire dans la réalité des scènes de fiction tirées d’un film. Donc oui, des B-boys en Asie se sont  vraiment amusés à piller des stations-service.    

 vlcsnap-48658

 

La jeunesse apparaît vraiment comme l’élément central de la bobine. Vif, direct, insouciant, répondant par la vanne ou la kèche, Attack the Gas Station est une sorte de déclinaison de la force brute des acnéens, une pleine dépense du fonds d’énergie cinétique avec lequel on entre dans le monde ; vous savez cette énergie qui décline avec le temps, celle qui vous fait courir pour rien dans la cour de récré de la maternelle à l’aube de votre existence et dont l’épuisement vous visse progressivement au canapé avec le temps. Je pense notamment, en premier balayage de mémoire à des films comme Orange Mécanique de Stanley Kubrick, Le Péril Jeune de Cédric Klapisch, Trainspotting de Danny Boyle (au moins dans l’énergie et l’ingéniosité qu’ils déploient à se shooter). Plus belle, plus grande est peut-être la référence qui ne m’a pas quitté l’esprit durant tout le film : la génialissime série Parker Lewis Can’t Lose. Comment ne pas voir dans les coups de pression de Bulldozer l’âme du grandissime Kubiak ?

 

Et la bande son ? Si ça ce n’est pas une déclaration d’amour à la jeunesse des années 80 et ses sitcoms pourlingues ? Référence moins glorieuse que Parker Lewis, Hélène et les garçons. Bon c’est uniquement pour le personnage de Ddan Dda-ra, véritable reprise de José, chemises pourries, cheveux longs et agressivité compris. Après  une recherche minutieuse sur internet, il apparait que José jouait du synthé dans un garage avec ses potes. Je vous laisse écouter la musique de gangster de Ddan Dda-ra et continuer la comparaison vous-même.

 

vlcsnap-51272

Attack the Gas Station pose donc la question de la place des jeunes dans la société sans jamais donner de leçons. Il dépeint un camaïeu assez large de la couleur de la jeunesse coréenne, depuis le faillot qui doit réviser un examen de… spéculation (!!) aux vraies têtes brûlées en passant par les hordes de coqs percevant leur crête plus large qu’elle ne l’est vraiment. Mini-laboratoire de la survie en milieu pubère hostile, il aborde sans obséquiosité les questions de rapports de force (physiques, mais aussi intellectuels, stylistiques, etc.) qui émaillent la vie d’un adolescent. Et au-delà de la question intra-générationnelle, le film aborde bien évidemment le conflit intergénérationnel. Les adultes ne sont pas présentés sous leur meilleurs jours : ils sont souvent pleutres et bornés, incompétents (les policiers : le sujet de l’incompétence des policiers revient souvent au menu du jour du cinéma coréen), rabat-joie, quand ils ne sont pas carrément castrateurs en brimant les aspirations de la jeunesse. Attack the Gas Station est donc un peu une manière de leur dire merde, comme lorsque Paint (Yoo Ji-tae, le bogosse de Oldboy) détruit des cadres vantant la productivité au travail.

 

Petite référence gratos, et plus académique que les sitcoms du club Dorothée : Rumble Fish de Coppola. Du gang fight filmé par « pépé » Coppola, un autre tableau d’une autre jeunesse. Plans larges, noir et blanc, changement de plans à chaque coup donné et une belle brochette d’acteurs. On est très loin d’Attack the Gas Station, mais bordel c’est quand même joli ce cinéma là.

 

vlcsnap-51022


De toute façon, du travail il n’y en a plus. En 1999, la Corée du Sud est touchée par un ralentissement économique qui frappe toute l’Asie. Donc quitte à chialer, autant se dépenser en pure perte. Dans un bel élan rimbaldien (la poésie en moins) les quatre jeunes font montre de leur ignorance sans jamais en paraître affectés. Les reproches glissent sur eux s’en s’accrocher. Ils s’en foutent. Il se moque à peu près de tout. Notamment de l’impérialisme américain. On commence à radoter sur le sujet, mais là quand même, il y a deux scènes plutôt importantes qui prennent le sujet à coudées franches. La première montre le leader du groupe, No Mark, écraser une canette de Pepsi. Haha direz-vous, la société coréenne pulvérise l’immonde impérialisme américain. Oui mais sauf qu’après, No Mark prend la canette écrasée et vise une poubelle à la manière d’un lancer de base-ball. Haha dis-je ! Cette fois on pratique bien un sport américain. Le rejet et l’assimilation sont exprimés sur un même mouvement. Plus forte encore est la seconde scène. Ddan Dda-ra (Kang Seong-jin), la rockstar de la bande, boit une canette de Pepsi (hé oui les vertus du product placement ne sont plus à démontrer). Des policiers lui reprochent de ne pas boire une boisson coréenne. Le premier leur répond que c’est bien une boisson coréenne parce qu’il y a le symbole Taeguk sur la canette (le symbole du drapeau). Ici encore, on a une belle illustration de la pénétration de la culture américaine et de sa confusion avec la culture coréenne. Kim Sang-jin adopte donc un regard plus distant vis-à-vis de cette problématique et l’exprime via l’ignorance et le je-m’en-foutisme de la bande.        

 

vlcsnap-49269


Bon et pour finir, désolé mais je me dois d’évoquer un problème qui m’a un peu pourri le film même s’il a été ponctuel. Je regrette les flashes-back qui ont servi de prétexte à montrer les frustrations de chaque membre de la bande. Le trop-plein narratif, c’est vraiment dommage, ça fait vraiment tâche sur le flow du film. C’est un peu comme les rappeurs qui ratent leurs mesures parce qu’ils mettent une ou deux syllabes en trop. Franchement, arrêtez de vous faire pourrir par le cinéma de Hong-Kong les gars…

 

Perso ça ne m’a pas dérangé, mais j’avoue que le flow du film était déjà trop décousu à mon goût. Donc perdu pour perdu, autant foutre des flash-backs explicatifs en plein milieu du film. Allez hop, même pas peur et puis c’est jouissif de voir brisée l'une des règles classiques qui manquaient encore au tableau de chasse du film. C’est vrai que d’un point de vue narratif c’est facile et gratuit, par contre c’est aussi l’occasion d’assister à l’une de mes scènes préférées, celle où Paint se fait encastrer un à un ses tableaux sur la tête par son père. On est loin du cinéma français et des lamentations d’un jeune ado du 16ème qui rêverait de devenir artiste alors que père veut en faire un avocat comme lui. C’est beau, c’est imagé, c’est radical.

 

vlcsnap-52354


Bref, et pour finir vraiment, je dirais que le film est bien sympatoche et qu’on passe un bon moment à le mater. Surtout, un des personnages du film porte le maillot du Brésil de la Coupe du monde 1998. Oui c’est ça, celui-là même que Zizou a cartonné d’un 3-0 tout propre au Stade de France. Quand on le voit à l’écran pendant quasiment toute la durée du film, je vous assure qu’on est mis dans de très bonnes dispositions pour kiffer la bobine. Et 1 ! Et 2 ! Et 3-0 ! Yeahhh !

 

S’il est sympatoche, le film est aussi réservé à un public averti et converti. J’en connais qui ont trouvé ça « trop nul » et ça peut se comprendre. De toute manière le ton du film est affiché d’entrée : on peut se faire un avis en 10 minutes. Mais ce serait quand même dommage de rater la scène finale, ou comment tenir en respect deux gangs et une armée de policiers avec un briquet.

  vlcsnap-50603


 

Bonus :

cette semaine on vous propose un pot-pourri postmoderne en guise de bonus. Enjoy !

 

 

Un florilège de citations qui permet de relativiser le discours classique du « les jeunes aujourd’hui n’ont vraiment plus aucun respect » :


 

"Notre jeunesse (...) est mal élevée. Elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui (...) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais."

 Socrate (470-399 av. JC).

"Je n'ai aucun espoir pour l'avenir de notre pays, si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible."

Hésiode (720 av. JC).

"Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin."

Prêtre égyptien (1000 av. JC).

"Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture."

Citation vielle de plus de 3000 ans, découverte sur une poterie d'argile dans les ruines de Babylone.

 

 

 

Jeu de carte :

http://images.forbes.com/media/2009/07/31/08_Portland.jpg

Dans le restaurant chinois, on voit des employés assis parterre jouant aux cartes. Le jeu auquel ils s’adonnent est très populaire en Corée du Sud. Il s’agit du hwa-tu (bataille des fleurs). On pense que ce sont les Portugais qui ont exporté ces cartes jusqu’en Asie. Voici un lien par lequel vous pouvez imprimer votre hwa-tu (http://www.angelfire.com/alt2/robertkalin/hf2.html) et voici les règles d’un des jeux auxquels on peut jouer avec ces cartes, le Godori (http://fr.wikipedia.org/wiki/Godori)

 

 

Rumble Fish (extrait: un gang fight à l'ancienne)

 

 


 


Rumble Fish, le film de Coppola sur Youtube

 

 


 


France - Brésil 1998

 

 


 


Parker Lewis Can't Lose - épisode 1 (pas de sous-titres)

 

 


 

 

Bande son : Shell – Jak Eun Sarang (complètement nineties) :  (pas de clip trouvé)

 

 

 

  

Vos Serviteurs

 

 

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 23:26

Fiche technique:

 

 

Réalisateur : Kwak Jae-young (gros come back après huit ans d'absence, histoire de refaire à tout jamais son compte en banque)


Acteurs : Jun Ji-hyun (c'est un peu Lunch de Dragon Ball Z si vous vous en souvenez, sauf qu'elle n'a pas besoin d'éternuer pour devenir méchante) et Cha Tae-Hyung (groooooosse victime !!).


 

my-sassy-girl

 

 


Mieux vaut un bon coca...


Puisque l’été pointe enfin le bout de son nez, une petite anecdote en apéro. Vendredi 2 juillet, 23h50 heure française, métro Porte d’Italie, Paris.  Une grosse bonne-femme, en position dite de « la boule », la tête dans les genoux, dort sur un siège en attendant un prochain métro bien paresseux. Son mari, bien plus svelte, voire carrément tout sec, la maintient comme il le peut en équilibre sur la chaise et, quand il la recadre, elle ronchonne. Lui, embêté, sourit à ceux qui regardent avec amusement, même à ceux qui, comme ce couple, les regardent avec un mélange d’incompréhension et de moquerie. Sacrés chinois. Ceux qui ont vu le film comprendront le lien, ceux qui ne l’ont pas vu risque de le regarder comme ce couple regardait cet homme et son air penaud tenir sa femme en équilibre. Sans vraiment chercher à comprendre, juste pour le fun. Bon, fini le pastis, passons aux choses sérieuses.


 

vlcsnap-147932


My Sassy Girl est un tube de l’été façon cinéma, mais un bon, celui qui vous fera sourire sans honte quand vous l’entendrez 10 ans plus tard. C’est sympatoche et honnêtement on peut reprocher énormément de choses au film, mais pas d’être prétentieux. Au fond, je crois que j’ai beaucoup plus d’estime pour les films simples qui s’assument que pour les prétentions ratées d’un réalisateur en manque de reconnaissance. Vicky, Cristina, Mega Culpa. My Sassy Girl se donne pour ce qu’il est, une comédie grand public bâtie autour d’une histoire d’amour improbable, recette miracle du premier succès coréen pan-asiatique. Je ne le recommanderais pas chaudement, mais c’est bien de se le garder dans un coin : c’est assez rare de voir une comédie suffisamment intelligente pour rester à sa place et de bien jouer son rôle.

 

vlcsnap-148503


Sans être géniale, la photographie frappe par son côté réaliste. S’associent à elle des décors peu flamboyants, ce qui est remarquable quand on sait la propension quasi maladive de certains à faire des comédies dans un univers acidulé où tout est beau, de l’actrice principale aux chaussettes du figurant du troisième rang. Ici on est quand même fermement ancré dans une sorte de quotidien réaliste et si l’actrice n’échappe pas aux obligations esthétiques du genre, le film évite de tomber trop souvent dans les clichés imposés par la forme. Alors que les personnages évoluent dans des lieux communs, le film les évite. Sens littéral VS sens symbolique, l’histoire de la réussite d’un film premier degré. Petit comparaison avec la version US réalisée par le français Yann Samuel : des filtres de couleurs sur chaque scène, une beau-gosse fade comme une pomme de terre déshydratée en guise de héros (« Charlie » - lambda) et les beaux décors de New-York comme cadre. Youpi !

 

vlcsnap-149101


Autre signe de l’ambition toute relative du film, la volonté ferme de s’en tenir au point de vue d’un seul et unique personnage, Gyeon-woo, qui va jusqu’à partager avec nous ses pensées avec une voix-off parfois maladroite, parfois drôle. Lui aussi raconte son histoire sans prétentions, sans envolées lyriques, sans effets de style trop inutiles. J’insiste une dernière fois parce que je me rends compte de l’aspect répétitif du texte, mais je me devais de le souligner. Dernière banderille: les mises en abîmes des passages parodiques qui illustrent les improbables scenarios écrits par l’héroïne. Ces derniersfont la part belle au cinéma simple et marrant, kitsch un peu, naïf beaucoup... Puis beaucoup moins quand on comprend l’insistance sur les personnages venus du futur, jolie façon d’exprimer le background un peu trop facile du personnage. On va même encore plus loin quand les deux  tourtereaux platoniques discutent de la fin d’un film, lui disant que les héros doivent s’embrasser et que les coréens aiment les mélodrames, elle qu’il n’y connait rien, véritable dialogue intérieur du scénariste qui s’en remet à ses personnages.

 

vlcsnap-151469


Pour finir, une liste pas vraiment exhaustive de points plus frappants que d’autres, dans le positif comme dans le négatif. Par exemple ce joli comique de l’extension qui consiste à faire durer de façon surréaliste « l’avant-vomi » lorsque les personnages se rencontrent dans le métro pour la première fois. Un joli concept de retournement de la notion de suspens façon comédie : comme dans les films d’horreur la gestion de l’attente est presque plus importante que l’évènement lui-même. L’évènement, ici, c’est une surenchère classique et efficace d’un trash gentillet. D’ailleurs, au contraire du personnage féminin, le film sait se retenir quand il le faut. Quand Gyeon-woo la porte jusqu’au premier motel et que le réceptionniste lui donne une chambre au 4ème, on nous évite la montée d’escalier, on vient déjà d’insister longuement sur le fait qu’il la porte sur son dos et à ce moment là suggérer suffit amplement. Dans le moins bien, il y a ces inévitables moments de suspens, de tensions et d’amour, ces grands discours qui ne collent plus à la simplicité du récit et qui nous ramènent à des schémas trop connus et trop faciles.

 

vlcsnap-151926


Un dernier point sur les acteurs, beaucoup ne manqueront pas de dire qu’ils sur-jouent. Ils ont raison, mais ils auraient tort de penser que par conséquent ils jouent mal. C’est l’un des traits majeurs des comédies asiatiques que de donner un aspect théâtral au jeu d’acteur : la forme doit correspondre au fond et se doit d’être drôle. C’est un peu comme si quelqu’un mimait l’histoire qu’il raconte, il exagère forcément, mais c’est aussi pour ça que les histoires sont souvent plus drôles que la réalité. Ceci dit il ne faut pas se cacher derrière cette excuse, on peut très bien être théâtral et mauvais, ce n’est pas le cas de My Sassy Girl, qui ne pouvait viser que le titre de bon film sympa sans plus et qui le décroche haut la main, avec quelques millions de dollars de recettes et un mauvais remake en prime.

 

Parfois mieux vaut un bon coca qu'un mauvais vin.


Joy Means Sick

 

 

 

 

Western or Korean style ?

 

Je ne reviendrai pas sur les brillantissimes analyses de mon grand confrère, Norvégien de la première heure. Pour ma part, je me bornerai à développer quelques considérations à partir d’une phrase prononcée dès le début du film qui sonne comme une sentence de la Pythie. Alors que Gyeon-woo arrive dans l’hôtel avec la fille complètement raide sur le dos, le tenancier de l’hôtel demande au jeune homme s’ils sont fiancés. En particulier,  il s’enquiert du déroulement des fiançailles : ont-elles été célébrées à l’occidentale ou à la coréenne ? Loin de moi l’idée de proposer une analyse comparative des avantages et inconvénients de ces deux types de fiançailles, il me paraît tout de même fort judicieux de s’attarder sur cette dichotomie coréen/occidental qui constitue une grille de lecture permettant de situer le film dans son contexte.

 

My Sassy Girl est parmi les premiers très gros succès populaires du cinéma coréen (Shiri de Kang Je-Gyu et Joint Security Area de Park Chan-wook avait déjà percuté les sommets respectivement en 1999 et en 2000, mais dans des styles différents et surtout dans des limites nationales). Numéro 2 du box-office coréen en 2001 derrière le film Friend de Kwak Kyung-taek, cette comédie romantique s’est démarquée, outre sa réussite nationale, par ses scores dans le reste de l’Asie, en particulier à Hong-Kong, en Chine et au Japon. Gloire à l’américaine oserait-on dire.

 

vlcsnap-146860


Ce remarquable triomphe est porté par des éléments de structure qui ne sont pas sans rappeler la manufacture hollywoodienne, si bien que le terme de blockbuster Seoulywood s’impose naturellement (ce terme est emprunté au blog Insecte Nuisible, cliquez ici). Tout d’abord, un aspect presque trivial : le processus de starification des deux acteurs principaux du film à l’échelle de toute l’Asie. Cha Tae-Yun, qui joue Gyeon-woo, est un artiste protéiforme donnant dans le drama, le cinéma, la pop et la publicité. Beau gosse glabre, personnification ultime d’une adolescence libre d’acné, My Sassy girl était fait pour lui. Ce film est d’ailleurs la pierre angulaire de la carrière internationale (asiatique entendons) du bonhomme. Léger et vif à la fois, l’acteur est à l’image du film et inversement. Dans cette continuité, il en va de même pour la pétillante Jeon Ji-hyun, machine à claques bien huilée pleine de jeunesse désinvolte. Mannequin, actrice, etc. dans la vie, elle est également symptomatique de ce phénomène particulier qui associe comédie romantique et stars de la société du Spectacle (la référence situationniste n’est pas assumée, elle n’a aucune prétention). Grossièrement, My Sassy Girl a permis au cinéma coréen d’introduire un nouveau mot dans son vocabulaire : bankable. L’analyse d’Adrien Gombeaud, journaliste et critique de cinéma asiatique auteur du très instructif Séoul Cinéma, Les origines du nouveau cinéma coréen, illustre parfaitement le propos. Sans entrer dans les détails, Adrien Gombeaud explique que durant les années 90 les milieux industriels et financiers se désintéressaient globalement du cinéma. Les quelques producteurs qui finançaient des films le faisaient plus pour promouvoir l’industrie sud-coréenne et les produits made in Korea que pour le cinéma lui-même. De plus, le cinéma coréen de cette décennie est resté fortement imprégné par l’influence de la dictature militaire. Au contraire, My Sassy Girlinitie un double mouvement : d’abord les industriels se rendent compte qu’on peut gagner énormément d’argent avec le cinéma ; ensuite l’influence de la dictature militaire disparaît. Et là ça fait un peu « boom ». La production de blockbusters à la coréenne s’accélère en même temps qu’une esthétique dominante se forme progressivement (photographie chiadée, mélange des genres, etc.).

 

vlcsnap-148172


On explique parfois les succès des blockbusters américains par l’effet du melting-potcaractérisant la société américaine. On avance l’idée que celle-ci, étant essentiellement multiculturelle, fonctionne comme un reflet du monde et qu’en conséquence, si le film fonctionne bien aux Etats-Unis, il est sûr d’avoir du succès à l’étranger. Pour s’en assurer, il suffit de lisser les bords pour ne heurter aucune communauté et ne pas se voir opposer son incompréhension. Ce lissage se ressent dans My Sassy Girl, et le réalisateur ne semble pas vraiment s’en cacher. Le film fait quand même grandement penser à un classique teenager movie.  La topologie s’inspire du triptyque Lycée-Restaurant-Maison, même s’il ne s’y limite pas. De plus l’histoire est nettement balisée. On assiste à une succession de sketchs donnant l’occasion aux deux acteurs principaux de confronter leurs tempéraments a priori irréconciliables à moins d’opter pour une relation sado-maso. Mais ces éléments n’empêchent pas le film d’être construit autour d’une certaine rigueur. Celui-ci est bien bouclé, la fin résonne en écho à un évènement anodin qui déroule au début et les personnages évoluent bien selon des motivations qui leur sont propres et qu’on découvre tout au long du film. Cela permet d’asseoir My Sassy Girl sur une certaine cohérence qui lui donne tout son intérêt.       

 

Pourtant, le film de Kwak Jae-Yong garde des caractéristiques du pays. Le réalisateur ne passe pas sous silence des aspects de la société sud-coréenne. On voit le quotidien des deux protagonistes dans un cadre réel renvoyant à une situation locale. Leur cadre de vie n’est donc pas aseptisé. Il n’a pas vocation à être un contexte préchauffé servi au spectateur « universel ». J’en prends notamment pour témoin le rapport à l’alcool qu’ont les deux tourtereaux. Pris dans une spirale Beuverie > Vomissement > Gueule de bois, My Sassy Girl se déroule sur un ton fortement décalé. Il n’est pas propret pour un sou.  Cette korean-touchest renforcée par l’humour du film. La comique gestuelle de celui-ci est poussée à l’extrême. Cet aspect gaguesque est peut-être le véritable point fort du film. En effet, le comique du corps est destiné à être compris partout dans le monde, c’est un aspect blockbusterisant (hum...). Ce choix est fort judicieux et force est d’admettre que les deux protagonistes sont brillants en la matière. Je ne reprendrai pas les développements de Joy Means Sick à ce sujet, il est trop fort pour moi.        

 

vlcsnap-147460


Bon finalement, arrêts de jeu textuel oblige, ces fiançailles sont-elles à l’occidentale ou à la coréenne ? Et bien comme rien n’est jamais ou tout blanc ou tout noir, elles sont forcément des deux à la fois. Blockbuster qui garde une forte identité coréenne, disons que le film ne se travestit pas et se permet de fracasser des box-offices étrangers. Une sorte d’Amélie Poulaindans l’idée. Je me permettrais peut-être en remarque finale de faire cette suggestion. My Sassy Girl est un film qui a fait l’objet d’un certain nombre de remakes (chinois, japonais, américain, indien). Mais en même temps, My Sassy Girl est un film de référence pour les innombrables amoureux de la culture coréenne. Donc ce film (allez je me lance) c’est un peu comme la devise de l'entreprise Pernot Ricard : Global Reach, Local Roots. Et Dieu sait qu’on se murge bien gueule tout au long de la pellicule.

 

Sinon à titre personnel, j’ai trouvé ça très sympa même si parfois c’est un peu long.

 

Sans Congo.

 

 

LES BONUS: héhé ! Il y en a un petit paquet cette semaine. Cet article, c'est un peu une édition collector.


  • Le roman original: My Sassy Girl est l'adaptation d'un roman qui a été publié en feuilleton sur internet. Le roman original s'appelle Yupgi Girl, il a été écrit par un certain Kim Ho-sik. Le roman est toujours disponible sur internet en Coréen. On peut le trouver ici: http://blue.utb.edu/tyi/Korean/yubgi/yubgi01.htm. Un charmant imdbien s'est proposé d'en faire la traduction en anglais : cliquez ici. Nous ne pouvons malheureusement pas garantir la bonne traduction, mais ça a l'air solide.
  • Une interview d'Adrien Gombaud sur Lacoree.fr qui traite du nouveau cinéma coréen: cliquez ici. Voici un extrait qui parle de My Sassy Girl : " [...] Ce film est l'exemple typique du film ayant connu un succès international avec une actrice qui devient une icône dans toute l'Asie. Un film très bien construit. Un peu de provocation dans la première partie mais où, à la fin, l'héroïne est sur la montagne et crie : "Pardonne moi chéri !". Et surtout il y a un plan très précis. Au début du film, on la voit dans le métro du mauvais côté de la ligne marquée sur le quai et donc très près du bord et à la fin du film on a le même plan mais elle ne porte plus des baskets, elle porte des petites chaussures à talon et un tailleur blanc très élégant. Et lorsque la sonnerie retentit, elle fait un pas en arrière et revient du bon côté de la ligne. Je pense que c'est à ce moment là aussi que le cinéma coréen rentre dans l'ordre. Il fait commela Sassy girl. Il tire un trait sur son passé un peu rebelle et revient du bon côté de la ligne. Il accepte enfin de rentrer dans l'âge adulte. C'est un passage qui est vraiment un pivot pour le cinéma coréen, le moment où il retrouve ses codes ".

 

  • Les trailers des différents remakes :

 

Remake américain :

 

 

 

 

Remake japonais: la série est dispo sur Youtube en VOST

 

 

 

 

Remake chinois: pas trouvé !

 

 

Remake indien: 

 

 

 

 

 

 

 

  • Quelques musiques du film:

 

Le Canon de Pachelbel en Ré majeur par l'orchestre philharmonique de berlin

 

 

 

 

 

Geudae naege dashi (meaning you to me again) de Byun Jinseop  : lorsque Gyeong-woo explique les 10 règles.

 

 

 

 

 

 

 

Bird de Psy (coup de coeur de Sans Congo) : lorsque les deux amoureux vont fêter leurs cent jours en boîte de nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article
31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:21

 

Fiche technique

 

Réalisateur : Park Kwang-hyun (1er film)

Casting : Kang Hye-jeong (Yeo-il, incarnation de l’esprit de Dongmakol, âme d’enfant dans un corps de femme, mannequin dont la carrière fût lancée par Oldboy), Le petit garçon qui joue Dong-go dont on ne trouve pas le nom, Ha-ryong Lim (Jang Young-hee, soldat du Nord, une bonne bouille)

Directeur de la photographie : Sang-ho Choi

Musique : Joe Hisaishi (un petit gars pas connu qui a fait la musique des films de Kitano et Miyazaki)


welcome_to_dongmakgol_5.jpg

 

 

Remarque préalable : le film est disponible en intégralité sur Youtube, un lien en fin d'article.

 

Premier et unique film à ce jour du réalisateur Park Kwang-hyun, Welcome to Dongmakgol est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre signée Jing Jan. A première vue, l’équation proposée par le film est tout ce qu’il y a de plus casse gueule : héritage des films de Miyazaki ouvertement revendiqué + récit « parutopique » (presqu’utopique) / guerre de Corée. C’est un peu comme si des variables aléatoires tapaient l’incruste dans une soirée géométrie dans l’espace. Et pourtant le salop s’en sort pas mal, son film slalome entre les écueils attendus et nous bombarde de trouvailles d’inventivité. Résultat, un film grand public (8 millions d’entrées en Corée) tout à fait digne d’intérêt. Alors non ce n’est pas parfait, la faute au rôle donné aux américains (et non pas la faute aux américains tout court) : on pardonne et on comprend le côté caricatural, mais pas les mauvais choix de narration. Les grandes lignes de l’histoire sont assez simples, comprenez que l’on demande au spectateur d’aller au-delà.


vlcsnap-519273

 

En pleine guerre de Corée, deux groupes de soldats ennemis, sud et nord coréens donc, se retrouvent un peu par hasard au village de Dongmakgol, haut lieu retiré et paisible qui ignore tout de la guerre. Ambiance détente. Paradis des Innocents. A partir de là se lance le schéma classique de la réconciliation d’un même peuple divisé par une guerre absurde. Traité de paix, l’unité retrouvée d’un peuple injustement séparé se déroule sur un terrain neutre aux couleurs flamboyantes. Mais attention, coriacité soldatesque oblige, le groupe (deux sud-coréens et trois nord-coréens) se réconciliera au prix d’énormes efforts et  de circonstances incongrues. L’occasion d’une succession de scènes, drôles ou tendues, qui finira par sceller leur amitié.


vlcsnap-75743

 

 Gros comme un nuage breton, didactique à l’envie, le concept du film trouve tout son intérêt dans le traitement qui lui est donné : le passage de la réalité au récit. Les premiers plans nous donnent l’univers et le ton du film. Super plongée sur Yeo-il et son éternel sourire aussi candide qu’allumé. Derrière elle, l’herbe vert feutre et les pâquerettes. Un avion de chasse passe à toute vitesse et manque de lui arracher le ciboulot, avant d’aller s’écraser plus loin, rompant ainsi la douce monotonie de ce petit coin de paradis. A ce point et en ce lieu du film, l’innocence possède encore toute sa vigueur : le crash de l’avion tourne très rapidement à la comédie avec un petit esprit animiste très Miyazaki. « Goleri ».


vlcsnap-75504
Ce qui fait moins marrer en revanche, c’est la guerre, la vraie. Celle qui sévit à quelques kilomètres de là et qui oppose les armées coréennes du sud et du nord. Au revoir douce fiction. Le principe de réalité retentit à la cadence des mitraillettes. Des armes, du sang, des tibias qui sautent sous l’impact des balles, des morts. Bref c’est sale. Ce contraste originel, c’est la clé de lecture des 120 minutes restantes. C’est en essayant de comprendre cette rupture que l’on donne un sens au film. Pourquoi, quand un avion s’écrase à Dongmakol, le pilote s’en sort presqu’indemne alors qu’à quelques kilomètres de là les balles des soldats coréens font gicler le sang ? D’ailleurs ce crash n’est pas anodin. Le pilote, accueilli par les villageois, sera le prétexte pour une opération des soldats américains qui veulent le récupérer.


vlcsnap-84665

 

Mais au-delà des Américains, relativement nocifs par rapport au fond et à la forme du film (on y reviendra), une question se pose: qui pourrait bien être le narrateur de ce film ? Qui nous fait passer en une poignée de seconde d’un massacre à une survie insolente ? On vous épargne les différentes étapes du raisonnement pour vous soumettre ceci : l’Idée du narrateur, c’est un vieux soldat sud-coréen qui nous rapporterait la légende de Dongmakgol. Quand on dit narrateur, on ne parle pas de voix off, c’est bien plus simple : tout film est une histoire résultant du point de vue de celui qui la raconte. Souvent ce sera le metteur en scène. Principe neutre et froid. D’autres fois, ce pourra être un personnage évident dans le film. Enfin, on pourra avoir le point de vue d’un personnage invisible, qui n’est aucune fois mentionné, mais dont les souvenirs irradient le récit. Ici, c’est le vieux soldat sud-coréen, fatigué et nostalgique, qui nous raconte comment c’était, à l’époque, durant cette guerre, à Dongmakgol.


vlcsnap-79281

 

 Attardons nous sur ce narrateur. Il tente de nous raconter une belle histoire en plein milieu de la guerre de Corée. Sauf que la guerre, c’est l’Histoire mais ce n’est pas encore l’histoire. La guerre, bien réelle, n’est que le cadre, le contexte dans lequel va se dérouler le récit. Impossible pour lui d’en parler sur un ton angélique. La guerre, ce sont les balles, le sang, la mort. Puisqu’il doit en parler, il nous la livre telle quelle, crue. Pas d’héroïsme, pas de dramatisation, pas de concession non plus. Les soldats tuent puis meurent à leur tour. Ils tirent sur tout ce qui bouge au moindre bruit. Ils glissent bêtement d’une falaise juste après avoir confié leur foi en la victoire finale. De simples pions sur un vaste damier carnivore. Quelle connerie la guerre, Barbara.


vlcsnap-76938
Le récit commence véritablement à Dongmakgol, en y entrant, les soldats pénètrent aussi dans le monde de la fiction. Fini le premier degré d’interprétation, il faut imaginer ce à quoi les outils de narration renvoient. On ne parle plus de faits mais d’idées. Exemple, la durée de la scène où les deux camps se tiennent en joue en plein milieu du village : ce qu’on nous montre (ils restent figés même pendant la nuit) ne correspond pas à la réalité mais à l’Idée qu’elle dure extrêmement longtemps, que les soldats campent littéralement sur leurs positions. De même pour la réaction des habitants du village véritablement pris en étau entre les sud-coréens et les nord-coréens. Face à l’agression des soldats, ils réagissent de manière tout à fait étonnante en évoquant des miscellanées quotidiennes, depuis les récoltes et jusqu’aux besoins naturels. C’est une fiction assumée et revendiquée : la musique (antipode du réalisme) est omniprésente, les éléments et les séquences surréalistes se multiplient, les couleurs sont flashis et les personnages un peu caricaturaux. D’ailleurs la scène du face à face se termine sur une grenade explosant dans le grenier à maïs des villageois, ce qui provoque une jolie pluie de pop-corn. En quelques plans oniriques et corrosifs, le réalisateur met en lien destruction de la Corée et hégémonie culturelle américaine sous la joie naïve des petites gens. Si ce n’est pas hautement narratif…

 

vlcsnap-78441
 Soulignons-le, le choix de présenter la réalité avant d’attaquer le récit est extrêmement courageux. C’est une joue tendue à la critique facile. Un peu comme Yeo-il qui met un petit coup de tête dans le casque d’un soldat qui la tient en joue. C’est courageux et surtout ce n’est pas gratuit. Cette distinction fiction/réalité offre aux spectateurs un large spectre d’interprétation et permet un discours à double tranchant. On peut alors revenir sur un élément perturbant : hors de Dongmakgol, pas de musique. C’est logique, puisque la musique appartient à un univers extra-diégétique (hors de l’action présentée par l’image, mais c’est surtout pour la rime) et se trouve être en soi un pur outil de narration, complètement fictif. Aussi est-elle omniprésente à Dongmakgol. Le raisonnement est cohérent sauf que, juste avant l’embuscade des sud-coréens en dehors de Dongmakgol, la musique pointe le bout de son nez. Le bât blesse ? Et bien non, rappelons que notre narrateur est sud-coréen. En introduisant de la musique, il remet en question la réalité de cette scène où le camarade chef Su-hwa refuse d’exécuter les blessés qui ralentissent la troupe. Parce que c’est une scène héroïque, parce qu’étant sud-coréen il n’a pu en être témoin, parce qu’elle ne correspond pas à son idée du comportement des hommes pendant de la guerre. Alors pourquoi s’embarrasse-t-il d’une telle scène ? Histoire de laver le linge sale en famille. Les films sud-coréens s’adressent aussi à ceux du Nord, ils leur jettent très rarement la pierre préférant des cibles plus faciles comme les américains.


vlcsnap-86006

 

 Et c’est là où ça se complique. Parce que les américains polluent véritablement le film. Un véritable relent d’idéologie moisie crachée dans notre Yop. Le problème n’est pas tant qu’ils soient présentés de manière archi-caricaturale, dans notre logique de récit cela s’explique très simplement : ils correspondent à la façon dont le narrateur les imagine. Que ce dernier s’applique dans sa caricature en utilisant consciencieusement les codes des films militaires US jusqu’aux confins d’une photographie sombre et lâchement désaturée, soit. En revanche ce qui est difficilement pardonnable, c’est qu’en insistant lourdement sur la menace américaine, le récit est inutilement pollué. Chacun des plans montrant l’armée américaine est une pub pour Call of Duty 2 : Modern Warfare. C’est fort regrettable, il n’y a plus rien de la finesse et des nuances qui émaillaient le récit. De toute façon, la couille sur les Américains, il fallait la sentir venir depuis le début. Le symptôme, il s’appelle Smith. C’est le soldat de l’ONU qui pilotait l’avion qui s’abîme à l’ouverture du film. Le coco est recueilli par les villageois de Dongmakgol et autant ne pas y aller par quatre chemins : c’est une véritable tache. Fade et lissé à l’extrême, le personnage ne présente aucun intérêt. Blond aux yeux bleus à la dégaine stéréotypée, il donne l’impression d’avoir été choisi à la va-vite dans le hall d’un hôtel à proximité de l’aéroport de Séoul. Ce n’est pas à l’acteur qu’on en veut, mais au traitement fait du personnage par le scénario. Ce traitement, il est nul. 


vlcsnap-583443
Après un début courageux donc, le film perd de son élan. Il faut bien finir l’histoire et maintenant que les soldats coréens sont unis il leur faut bien un ennemi : qui de mieux que les méchants américains ? Les bombardiers US planent trop longtemps au dessus du village, on s’en lasse. Au lieu d’affirmer un véritable point de vue, il rentre dans le rang et crie avec la foule contre l’impérialisme américain en bouffant son Mac Chicken à deux euros. Une erreur de jeunesse dira-t-on, ça se pardonne, après tout pour un premier film c’était déjà bluffant.


Joy Means Sick & Sans Congo


 

vlcsnap-88072

 

 

BONUS TRACK : Le top 7 des meilleures phases du film.


1   Dong-go qui corrige Smith, lui disant qu’il est malpoli de ne pas lui répondre alors que Smith essaye de faire fonctionner la radio dans son avion.

 

vlcsnap-554088


1   L’enchainement rapide de plans (4’55’’) au moment où Su-hwa attrape par le col le sous-fifre qui lui demande d’abattre les blessés

 

vlcsnap-553404


1    Le prof du village qui tente de parler anglais avec Smith

 

vlcsnap-76330


1    Le combat contre le sanglier façon manga (summum de la fiction qui s’assume)

 

vlcsnap-81746


1   La tentative de réconciliation dans les toilettes naturelles

 

vlcsnap-556342.png


1    Yeo-il qui danse sous la pluie

 

vlcsnap-77037


1    La pluie de pop-corn

vlcsnap-78191

 

 

 

 

 

BONUS TRACK 2

 

Le lien pour voir le film sur Youtube !

 

 

 


Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article