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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 17:16

 A Company Man, Lim Sang-yoon, 2012

A Company Man affiche

 

D’après l’INSEE, l’entreprise est une « unité économique, juridiquement autonome dont la fonction principale est de produire des biens ou des services pour le marché. »

 

Autrement dit, d’après economie.gouv.fr : « il y a entreprise dès que des personnes mobilisent leur talent et leur énergie, rassemblent des moyens matériels et de l’argent pour apporter un produit ou un service à des clients.

 

En tant que consommateurs, nous nous appuyons à chaque pas sur ces organisations qui nous nourrissent, nous vêtissent, nous transportent, nous divertissent, nous maintiennent en bonne santé, nous fournissent les moyens de communication, les équipements et l’énergie dont nous avons besoin.

 

En tant qu’employés ou entrepreneurs, nous trouvons dans l’entreprise l’un de nos principaux champs d’expression. Nous y investissons une grande part de notre temps, de notre énergie et de notre créativité. Nous y développons nos compétences et y affirmons notre personnalité. »

 

 

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Dans cette société, nous avons tous un rôle à jouer. Et celui de Hyung-do (So Ji-sub) est bien simple. Il consiste à éliminer physiquement des personnes. Sa boîte mobilise le talent et l’énergie d’employés, rassemble des moyens matériels et de l’argent pour apporter un service à des clients. En tant que consommateurs, vous payez pour exécuter un individu. Hyung-do et ses collègues exécutent le contrat. Voilà ce qu’est A Company Man. Voyez-vous ces tours de verre, de béton et d’acier ? Un peu comme celles de La Défense (92i roh). Dans l’une de ces tours, dans l’un de ces étages est installée une société dont le meurtre est leur affaire. Une société avec sa culture d’entreprise. On y traite du marché, de son standard d’efficacité, comme des problèmes de personnel. Le traitement des abandons de poste ou de démission est quelque peu différent de ce qui se pratique dans d’autres secteurs d’activité. Il en va de même du licenciement ou d’une fin de contrat à durée déterminée. On n’échappe donc pas à la politique d’entreprise et du stress attrait au travail. En somme, Bienvenue dans votre quotidien où vous investissez une grande part de votre temps, de votre énergie et de votre créativité… et en pleine période charnière de la société sud-coréenne et sa génération de jeune précaire dites des « six cent euros », nous ne sommes jamais bien loin d’un regard porté à tendance cynique. Un personnage principal qui trouve à s’employer dans une entreprise qui liquide des personnes. Ou comment une situation désespérée (celle de la société) pousse à des choix extrêmes…

 

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Derrière A Company Man, il y a un homme qui se cache. Cet homme, c’est le scénariste-réalisateur Lim Sang-yoon. Il signe ici son premier scénario et du même coup sa première mise en scène. On le connait notamment pour avoir été l’assistant-réalisateur d’Im Sang-soo pour Le Vieux Jardin (2006). Ce qui se joue devant la caméra, c’est l’histoire d’un homme comme un autre. Un homme qui se lève tous les jours pour aller gagner son pain quotidien. Un homme perdu dans la masse. Certes, cet homme tue et cela a son importance, mais c’est avant tout l’histoire d’un homme et de la société, un homme et le monde du travail. Il se joue alors en filigrane un commentaire social qui oscille entre sa place au sein du système sociétal et professionnel. Cet homme, Hyung-do porte des costumes sombres, des chemises (toutes blanches) et des cravates assortis au nœud Windsor qui dénote une grande classe. Il est donc élégant mais il est surtout ce tueur classique à la sud-coréenne. Il porte un casque capillaire représentatif du « han ». Il est silencieux et sans esbroufe. Une aura mystérieuse et mélancolique l’entoure. De plus, il se bat comme un pro et cela peut aider lorsqu’on tue des gens. On pense à des films et à ses anti-héros comme A Bittersweet Life ou The Man from Nowhere. On peut dire d’A Company Man qu’il est dans la droite lignée de ces thrillers, alliant drame et action, larmes et corps sans vie jonchant le sol.

 

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Maintenant que nous avons commencé à contextualiser A Company Man… est-il crédible ? Pas une seconde. Nan, sérieusement. On suit un tueur à gage qui bosse pour une société de tueurs à gages et dont les locaux se trouvent au milieu d’une grande tour aux activités éparses. On peut imaginer les télécom, la vente par correspondance ou bien des boursicoteurs. Ils ont même un accueil et un open space où les employés bossent à faire de l’assassinat un bisness prolifique. Et à voir leurs sapes et leurs chez eux, on peut écrire de ce marché qu’il est plus que lucratif. Et pourtant ! Si le récit est peu vraisemblable, parce que franchement, on peine à croire qu’on puisse vivre du meurtre comme cette entreprise, Lim Sang-yoon nous rend la chose plausible. On se dit OK. Pourquoi pas, roule ma poule, c’est cool. On y croit. Un vrai tour de force. On vient même à s’imaginer pouvoir camper cet employé fraichement promu, au costume taillé de chez Henrique Enko et à la paire de chaussure lustrée de Church Grafton. Prendre le RER ou le métro (les deux même), pause-café devant la machine, ragots sur les collègues à la cantine, un peu de taf quand même (Beng Beng, deux-trois types alourdit), 9h-18h, congés payés, congés maternités et j’en passe, bref la totale. L’environnement est original comme l’idée. Ce qui l’est moins, c’est ce tueur, le personnage principal mais pas seulement. Il y a l’intrigue aussi.

 

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Nous avons donc une idée originale à l’image de son environnement mais ce genre de protagoniste, c’est vu et revu, et rabâché aussi, haché à outrance même. Le type qui voit sa vie changer par une tiers personne, qui se fait trahir et qui part finalement en guerre. OK, le scénario n’a rien de nouveau sur ce coup et c’est peu dire. Sans compter qu’ici, la dramatisation est trop facilement orchestrée. Mais ce n’est pas bien grave, ça passe même s’il est prévisible. Quant au personnage même, il est malheureusement un peu trop lisse et sans réelle profondeur. Ca n’aide donc pas sur le plan émotionnel. Pas grave. Passons. Un bon film peut tout de même se manifester avec A Company Man. Le quotidien de ce tueur s’éveille donc au contact d’une femme. Elle est campée avec justesse par Lee Mi-yeon qu’on n’avait plus vu au cinéma depuis… des lustres. Et les conséquences sont celles-ci : Son employeur, plutôt rigide voit d’un mauvais œil cette relation naissante. L’employé promis à un bel avenir commence à avoir sa loyauté, censée être sans faille en demie-molle. L’employeur découvre que l’employé modèle lui ment et en plus, ce dernier devient hésitant dans les tâches professionnelles. Du coup, le divorce se consume peu à peu. C’est le moment propice pour se débarrasser d’un employé qui n’a plus la niak. Et c’est l’occasion pour cet employé d’étoffer son CV ailleurs. Sauf qu’ici, il n’y pas de prud’hommes pour gérer ce conflit employeur/employé. Pas de rupture conventionnelle à l’amiable. Non, ce conflit se règle volontiers à coups de feu et de beignes en pleine poires. Rien de nouveau donc sous la lumière des néons de locaux anonymes.

 

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Comme on a pu le voir, A Company Man a des limites indéniables, c’est un fait. On ne peut y échapper. Pourtant, il se dégage de ce long-métrage ce petit quelque chose qu’on pourrait qualifier de charmant. Oui, il y a un certain charme que se dégage de ce personnage aussi lisse et caricatural qu’il soit. On le trouve triste et tiraillé. Il se révèle quelque peu touchant dans ce piège qui est le sien. Il est bouffé par un travail qui ne lui laisse que peu de répit. Il applique à la lettre la politique d’entreprise. Ce qui frappe avec lui, c’est qu’il aurait pu être une espèce d’agent secret qui aurait combattu le frère ennemi du Nord, et ce, en toute légalité. C’est un peu comme s’il avait foiré ses examens d’entrée à la NIS à cause d’une mèche rebelle. Du coup, il s’est reconverti en tueur à gage, faute de mieux. Hyung-do, il a tout d’un James Bond. Il choisi le bon calibre. Il a des dextérités physiques. Il se bat bien et en plus il porte le costume avec classe, tellement tendance avec son gilet pare-balle. Ce n’est pas tout. Il a sa Miss Moneypenny (Hong Gyung-yun) qui tricote et même son M (Jeon Kuk-hwan) d’une certaine façon, la figurine paternaliste, doux en surface mais dedans... Sans oublier que dans le climax final, il conduit un bolide qui a de la tronche, une Maserati filant droit sous la pluie. Une conduite déterminée à grande vitesse qui annonce la grosse scène de shoot dans le dénouement final. Un peu comme si un employé stressé à mort à cause de son boulot pétait les plombs, genre faits divers inspiré des states. Dans ce même climax, Hyung-do nous montre réellement qu’il aurait pu être un élément de taille dans une organisation militaire comme l’AIU. Il nous fait du Jason Bourne avec un calendrier et ce n’est pas rien. Il combat au corps à corps et renvoie pour l’occasion Steven Seagal faire la sieste.

 

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De l’action, il y en a dans A Company Man. Une scène d’ouverture dans laquelle le jeune fashionista Kim Dong-joon du boys band ZE:A excelle. Il y a aussi cette scène dans un espace confiné, celui d’une voiture (en mouvement puis à l’arrêt). On n’avait pas vu mieux depuis Die Hard 3 et la fameuse séquence dans l’ascenseur. On pourrait toujours regretter qu’elles soient trop découpées mais l’essentiel est que ça cogne dur et ce n’est pas qu’une affaire d’homme en costume deux-pièces. Les femmes ne sont pas en reste et savent elles aussi faire mal. Lames, calibre .45 et autres stylo-fil-à-étrangler sont de la partie. D’ailleurs et à titre préventif, méfiez-vous des joueuses de tennis sortant d’un ascenseur. Seulement, l’action n’est pas au cœur de cette production Showbox. Ce serait même le contraire. En réalité, il n’y en a que très peu et les aficionados du genre qui s’attendent à en voir risquent d’être déçu. Elle est ponctuelle. Le véritable cœur du film est de nature dramaturgique, l’histoire de ce type, un Monsieur Tout-le-monde que sa condition professionnelle étouffe. Les rares moments d’évasion sont au contact d’une ex-idol dont il était fan adolescent. Une ex-idol retournée dans l’anonymat le plus complet et qui survit tant bien que mal (voir en elle, l’ex-travailleuse éphémère du showbiz broyée par son ancienne condition professionnelle et ancien statut). L’ouverture vers une évasion s’offre alors à Hyung-do comme la réalisation d’un bilan de compétence. Une image métaphorique revient à plusieurs reprises : un ciel bleu, chaleureux, et ce qui semble être un aigle qui vole, libre de toute contrainte. L’espoir d’une autre vie s’immisce peu à peu, tandis qu’un étau se referme sur lui de façon pernicieuse comme funeste destin. 

 

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A Company Man n’est pas de ces « réussites » qui marqueront l’industrie cinématographique. En est-elle seulement une ? On pourrait reprocher son côté très, trop mainstream. Ce premier long n’en garde pas moins des qualités qui le rendent attachants. Parce que ce qui se joue à l’écran, c’est un peu nous, même si ce n’est pas assez explicite dans le propos. Que derrière cette mise en scène qui se cherche encore, engoncée dans le moule du cinéma commercial se révèle à nous comme le souhait d’être généreux. Je ne sais si Lim Sang-yoon peut devenir un grand nom du cinéma sudco. Cependant, ce film lui aura au moins permis de montrer, pas tant un talent explosif, non loin de là. Mais un talent empreint d’une certaine retenue flottant entre temps-morts et temps-forts, les premiers prenant le pas sur les seconds et exposant ainsi une routine mélancolique, celle d’une profession excluant tout épanouissement, et où se recherche tout de même une certaine forme de bonheur.

 

 

 

I.D.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 11:31

 Boys of Tomorrow, 2006, Noh Dong-seok

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LIEN VERS L'EPISODE PRECEDENT

 

J’étais dans un merde verte caca doigt totale, celle bien liquide que vous crache le trou noir le plus célèbre des orifices teintés d’obscurité. Les neurones débraillés à califourchon, je me turlupinais les cellules de mon cerveau véritable chantier de BTP auto-justicier. Un bordel monstre et aucune réponse, de solution, d’antidote pour remettre un peu de désordre dans tout ça. J’étais là, bien présent, marchant dans cette rue par un bel après-midi pluvieux à me taper le poing droit dans ma paume gauche. Ici mais en réalité ailleurs tout comme mes aïeules en leur temps et ce même refrain qui va et revient : « Putain ! De quelle façon je vais leur mettre ? »


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Une guérilla urbaine dans leur gueule ? Une bonne grosse patate de vénère à la coréenne. Yep ! Une Révolution Artisanale ? Artisanale, ouais. Notion vague comme un terrain en friche. Et j’entendais ma mère me dire : « tu t’en fiche si tu n’y arrives pas. Du moment que tu as essayé, c’est l’essentiel.» Mais moi je ne m’en fichais pas. Et le doux rictus de la victoire ne s’affichait pas en moi. Enfin pas encore. La douleur à la tête me lançait toujours. Je m’éloignais en titubant de l’endroit où je me trouvais. Sacré coup de clé à molette. ‘foiré de bâtard. Le sang avait coagulé. Mon t-shirt blanc était tâché de mon sang. Je pensais à maman. Quartier Haute Sécurité pour ses idées. Actes perpétrés ? L’explosif pour morsure et le projectile offensif rempli de liquide comme signature. Révolutionnaire rouge sang, cœur noir face à l’arbitraire. Résultat : perpétuité à la pénitentiaire en attentat la der des der, celle où elle arpentera pour la dernière fois ce couloir l’emmenant à la mort. En attendant, pensionnaire permanente dû à son godemich’ ayant fourré l’autoritaire. Elle a marqué à l’acide le système en s’employant, se déployant sur ses proies et moi… et moi J’étais pris par le doute et le bordel ambiant dans ma caboche abimée.

 

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Halte ! Quelle pensée vague, allait là ? Illitch Dillinger n’a pas taggué son dernier mot. N’allez pas croire que je suis ce genre de progéniture plus pourrie que mûre qui marche sur les traces de sa mère. Loin de là. Je n’ai rien à prouver ou à me prouver. Je suis ce lion affamé qui a soif. Ma carrière qui révolutionnera le monde du cinéma, je la mettais de côté. Et les mecs, pas loin de la vingtaine qui m’ont mis dans cet état allaient payer, juré, craché. Mon portefeuille ? Les deux salauds ! Un petit, moustache de portugais en survêt’. Un grand, chemisette et Air Max aux pieds. Je vais vous en donner moi des autographes de Kang Ye-won. Bizarrement, ils m’ont fait penser à ce film vu récemment, Boys of Tomorrow de Noh Dong-seok. Un drame (ce qui se jouera bientôt pour eux) qui raconte l’histoire de deux amis qui se considèrent comme des frères. Ki Soo, chauffeur qui se rêve en batteur professionnel pour des groupes de musique et qui s’occupe du fils de son frère. Jong-dae, lui rêve d’avoir une véritable arme à feu et nettoie les voitures pour survivre, et ce, jusqu’au jour où il parvient à travailler dans une maison close. Il s’y amourache (de façon perverse comme mes lascars avec Kang Ye-won) d’une escorte… Sauf que mes « boys », ils n’auront pas de « tomorrow ». Je vais leur péter les tympans, leur chier dans la bouche, leur crever les yeux et les pendre avec leurs boyaux. Si Kang Ye-won n’avait perdu le contrôle de son 4x4 en tentant de se remettre du rouge à lèvre après sa rencontre avec… bref, jamais elle n’aurait percuté le camion plein de matos dans lequel j’étais séquestré avec ces deux gae sangnomu sekia, armés de leur marteau. C’était moins une, comme dirait l’autre. Mais tout de même deux bons coups de portés ! Vermines !

 

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Alors que je me rendais chez David, un aminche. Je repensais bizarrement au second film de Noh Dong-seok, Boys of Tomorrow qui m’avait laissé septique comme les motivations de mes deux agresseurs. La cause de cet état dubitatif ? Celui qui m’avait frappé, alors même que j’assistais au film avec les jeunes acteurs Yoo Ah-in (qui fera « sa belle » dans Antique) et Kim Byeong-seok (déjà dans le premier film du réal’, My Generation) ? C’était un manque d’ambition de la part de son auteur. Il n’y en avait aucune. Pourtant, il semblait se donner des prétentions, du moins au départ. Finalement, le film s’avérait très inégal sur plusieurs points et du coup, il se révélait décevant en tentant de vouloir jouer avec les poncifs du film d’auteur.

 

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L’histoire ne touchait pas, pas plus que ses personnages auxquels on n’avait pas plus envie que ça d’assister à leur lendemain. Les personnages étaient torchés à la va vite, à part celui de Jong-dae. Le scénario nous livrait une énième histoire de deux jeunes paumés (comme mes libidineux agresseurs au carnet rose bonbon) à l’aura fraternel qu’un évènement allait séparer avec la rédemption à la clé. Le récit était bordélique. Il partait dans tous les sens, sans parvenir à se canaliser. La réalisation était pauvre et impersonnelle. Heureusement que Jo Sang-yon sauvait l’honneur avec sa photo. Il empocha pour l’occasion un prix du côté de Locarno en 2007. J’arrivais à ma destination. Putain de mal de crâne. Il me faut une aspirine et pas que.

 

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Badaboum ! Entrée fracassante dans la demeure. Je criai : Police ! Police ! Personne. J’appelai. J’appelai une deuxième et troisième fois, adjugé rendu, direction le sous-sol, notre QG. Le David aka Dav devait faire une séance ciné en 16/9. J’étais trempé. Besoin de vêtement non mouillé dans l’immédiat, c’était urgent, popol tirait la tronche. Allumage des feux pour éclairer les escaliers puis allumage des feux qui illuminait le sous-sol.


- Bah vas-y connard, me lança Dav qui porta à sa bouche une cigarette médicale maladroitement roulée.

 

Il était en pleine séance. J’allai à lui pour lui serrer la pogne puis je me dirigeai vers un des canapés, posé dans un coin pour m’étaler de tout mon poids.

 

- T’as pas des chips ? J’ai la dalle. Et comment se fait-il que tu ne sois pas au cinoche ?

 

- Nope ! J’ai eu la diarrhée toute la journée.

 

- Salaud ! Et tu me sers la main ?

 

- C’est toi qui viens me la serrer !

 

- OK, OK, laisse tomber.

 

- T’as quoi à la tête ? On dirait John Merrick.

 

- Deux tarba me sont tombés dessus.

 

- T’as fait quoi ?

 

- J’ai pris la tangente.

 

- Ouais d’accord mais pourquoi ? Sinon, t’es sacrément baltringue.

 

- Aucune idée. Ils ont eu peur, m’ont assommé et séquestré dans un camion. Je crois qu’il voulait enlever l’actrice du film dans lequel j’étais figurant. J’ai parlé en mal de Park Chan-wook et ils ont voulu m’écraser le crâne au marteau. Et vu qu’ils avaient des marteaux et moi mes mains, j’ai filé à l’anglaise. Je t’explique pas tout, j’ai mal au citron.

 

Dav’ me tendit le tarpé que j’agrippai de mon index et pouce droit avant de me soigner avec.

 

- Ils t’ont pris pour un hérétique mec.

 

- J’n’ai même pas eu le temps de leur dire que j’aimais Sympathy for Mister Vengeance. ‘Tain mais c’est la guerre, man ! La guerre, t’entends ?!

 

- J’entends. Et tu veux t’y prendre comment ? Et ils sont comment au juste.

 

Je l’affranchis sur leurs descriptions physiques. Il cessa de fixer l’écran de sa boîte à con pour me lorgner d’un œil ouvert et l’autre à demi-fermé.

 

- Hé mais c’est Boys of Tomorrow ! m’écriai-je en regardant le téléviseur. C’est marrant, je repensais justement à ce film en venant jusqu’ici.

 

- Je connais tes mecs, mec.

 

- Comment ça, tu connais « mes mecs, mec » ?

 

 

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Dav et moi, on se caillait les miches dehors. On attendait. La nuit était tombée. Il continuait à pleuvoir. On partageait un parapluie pour deux. Je m’étais enfilé 5 Aspégic 1000. La daronne de Dav m’avait nettoyé et recousu la plaie balafrant ma bobine. J’étais saucissonné dans un survêt’ Reebok Classic bleu marine/vert/blanc prêté par Dav. Ce dernier se rencardait sur Boys of Tomorrow. Je lui annonçais la couleur :


- Inintéressant. Tu peux arrêter le visionnage. Le type de film qui a le cul entre deux chaises. Un peu auteur mais pas vraiment. Autant voir les films qui touchaient au sujet avec doigté.

 

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Je lui avouais avoir cherché une quelconque importance sociologique, des fois que. J’ai tenté de donné sa chance au film. J’ai tenté de percevoir un message sur une partie de la jeunesse, d’une génération sans repère qui aurait pu sauver le film. Mais non. Boys of Tomorrow semblait s’auto-suffire à lui-même et malgré le fait que sa durée était standard, il était par moment d’une longueur… pas inoubliable donc. Ah si ! A la limite le film pouvait valoir pour la prestation de ses deux acteurs principaux mais même-là, j’émettrai des réserves. Passons vite à un autre sujet.

 

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- On va revenir à tes deux lascars, fit alors Dav d’un signe de la tête vers l’horizon.

 

Je scrutais dans la direction indiquée par sa tête. Six ombres marchaient dans notre direction. Elles marchaient côte à côte sur la largeur de la rue dans laquelle on se trouvait. Ces ombres étaient recouverte chacune d’un k-way noir avec capuche portée. On pouvait percevoir des scintillements qui provenaient de leurs chaussures, scintillements qui reflétaient la lumière des lampadaires. Ils arrivèrent jusqu’à nous, leurs chaussures, c’étaient des bottes cloutées ! On distinguait à peine leur visage. Je me risquai à demander :

 

- Qui sont ces types ?

 

- Notre personnel. Un peu comme le personnel du bordel dans Boys of Tomorrow. On va s’occuper de tes deux gus. Toi, va te soigner.

 

- Lâche l’affaire ! Je fais partie du plan. Ils veulent faire les oufs. On va faire les dingues. Et puis on est où là d’ailleurs ?

 

- Devant l’appartement du grand qui portait les Air Max, plutôt celui de ses parents. On l’appelle Joy Means Sick. Il a été adopté ce con.

 

- Alors qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ?

 

- Juste avant, je leur envoi une photo de nos amis bottés jusqu’aux clous.

 

Les six ombres enlevèrent leur k-way. Voici vos bourreaux mes deux enfoirés !

 

 

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- Espèce de nihiliste, me crache à la figure l’énergumène cravaté (le père de Joy Means Sick).

 

Je restai de marbre (un marbre mortuaire blanc aux nervures grises), pris un air intelligent (comme le penseur de Rodin) et l’embrassa sur le front d’un de ces baisers bien baveux (comme une baveuse qui aurait donné). Je lui collai un sparadrap sur ces lèvres de capitaliste nauséabond, me leva et admira l’assistance toute familiale prise en otage par moi et les miens. Je montai alors sur la table ovale envahissant la pièce, une salle à manger d’une cinquantaine de mètre carré, s’il vous plaît. Oh ce que j’aurai aimé m’admirer, me voir tout en haut du gratte-ciel dans lequel je me trouvais. On se serait cru dans les derniers films d’Im Sang-soo… pouvoir et décadence.

 

- Je. Moi ? Vous devez sans doute vous demander qui suis-je, n’est-ce pas ? Je suis Illitch Dillinger. Après moi : DI-LYNE (comme Renaud)-GUEUR. Monsieur Illitch Dillinger, moi-même, fait la guérilla, la guerre à votre fils et à son acolyte à l’ombreuse d’un pré-puber’. Ces derniers m’ont malmené. Alors je viens semer, récolter, rage et haine.

 

- On sort le napalm ? me demanda Dav.  

 

- Ma foi, c’est une bonne idée. Courez, courez lorsque Monsieur napalm montre le bout de son nez, car s’il vous demande de vous approcher ce n’est que pour mieux vous carboniser. C’est le grand méchant loup rej’ton de la barbarie outrageusement humaine confectionné par nos bons soins. Nous, les « gentils» de cette histoire, ici même au vingt-septième. La vie est parfois bizarre. Un paquet de chips chopé au distributeur, un coup de clé, la suite vous la connaissez. A croire que c’était écrit. Si ça ne l’est pas, alors armez-vous d’un stylo et d’un bout de papier. Prenez des notes ça « pourrie » vous servir. A l’avenir que les deux « no tomorrow boys » prennent conscience que leurs actes ont des conséquences. Et lorsque tu récoltes ce que tu as éjaculé, c’est la démarche cow-boy pour longtemps. Hé ! Clint ! V’la les Apaches…

 

Ils titubaient, titubaient, ils entubaient, faiseur de tube, c’étaient les énormes et non des moindres fourniqueurs des normes et valeurs sans le moindre des scrupules. Carlos les sponsoriserait.

 

- Mesdames et messieurs faites place aux Boyfriend ! s’écria Dav.

 

Ils titubaient, titubaient dans la pièce, titubaient encore, encore un peu, le teint blafard. Ils s’arrêtèrent net devant une porteuse Dior (la mère de Joy Means Sick) et ils lui dégueulèrent dessus. Ils vomirent, gerbèrent, évacuèrent la tuyauterie. Une robe pour la poubelle, terroristes du prêt à porter. « Assassin ! » crierait l’assemblée si elle n’était pas bâillonnée. Le dégoût pouvait se lire sur leur visage mais également du mien et celui de Dav. Ils vomirent à nouveau sur la même porteuse de valeur ajoutée. Une fois la dernière portion évacuée, ils s’avancèrent vers les hommes qui prirent peur pour leur costume. Ils s’agenouillèrent tour à tour, prirent les cravates Gucci avec lesquelles ils s’essuyèrent la bouche puis ils se levèrent, nous regardèrent (moi et Dav) et nous sourirent. Le châtiment pouvait commencer…

 

 

 

 

 

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 21:28

Quick, Jo Beom-goo, 2011

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Sans Congo, 18 ans, moustache de portugais et survêt’ Lacoste, se faufila entre deux camions d’où débordaient projecteurs et autres pièces de machinerie. Un coup d’œil rapide sur sa droite l’informa que l’homme à la casquette qui montait la garde près de la table régie ne l’avait pas vu. Il fit signe à une ombre longue et fine de le rejoindre. Aucune réaction. Il insista, commença à s’agacer en proférant insultes et menaces dans une langue qui aurait fait pâlir un marine américain et ramassa un caillou.

 

Joy Means Sick était absorbé par le spectacle qui se déroulait de l’autre côté de la tente dans laquelle il venait de faire une ouverture à l’aide de son couteau papillon. Il n’avait jamais vu de coréenne en vrai et voilà qu’il tombait nez à fesses avec Kang Ye-won. Une goutte de bave était sur le point de tomber sur ses Air Max Triax quand il reçut un coup derrière la tête.

 

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La troisième tentative fut la bonne. Joy Means Sick reçut une pierre de belle dimension en pleine tête et se retourna en se frottant le crâne. Sans Congo l’enjoignit à le rejoindre dans les plus brefs délais et lorsque ce fut chose faite, il compris à son air bovin qu’il était tombé sur quelque chose. « Kang Ye-won », Sans Congo n’en revint pas, il avait un album rempli de photos découpées de la star caché sous son lit, tous les posters de ses films depuis Addicted soigneusement pliés derrière son bureau, attendait pour Noël un petite culotte dédicacée par son idole et c’était ce gros balot de Joy Means Sick qui touchait le jackpot.

 

« Suis moi ». Sans Congo se releva faire attention à quiconque aurait pu l’observer et avança d’un pas décidé vers la tente. Joy Means Sick le rejoint à l’intérieur. Personne. « Je te jure.. ». « Ta gueule ! ». Sans Congo était furax, c’était assurément la loge de l’actrice, il reconnaissait le manteau qu’elle portait lors du dernier festival de Busan déposé sur la chaise et les chaussures qu’elle avait lors de la conférence de presse il y a deux jours. Pas de doute, il était sur le point de pleurer quand un bruit le fit se retourner en sursautant.

 

Un petit gros, blanc et gras, entra avec un paquet chips et s'immobilisa en découvrant Sans Congo un manteau féminin sur les épaules. L’espace-temps se figea dans un face à face muet d’une poignée de secondes, puis Joy Means Sick assomma l’imprudent à l’aide d’une pelle qui trainait par là. Il eut une pensée pour leur pote David qui avait du rester chez lui à cause d’une gastro et qui pour sa part préférait les clés à molette.

 

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Le mangeur de chips se réveilla à peu près une demi-heure plus tard, à l’arrière d’un camion débordant de matériel son. C’était la pause midi, son ventre grondait et sa tête était lourde. Il mis quelques temps avant de discerner clairement les deux silhouettes devant lui. 

 

« Désolé man, on savait pas que t’étais un acteur du film. Avec ta gueule… enfin je veux dire comme ça ça se voit pas tu vois, c’est pas évident, surtout un film coréen. On a paniqué t’as vu, on croyait que tu voulais du mal à Kang Ye-won et on est fans t’as vu, on a pas voulu prendre de risque. Ça va la tête ? ». Joy Means Sick parlait trop vite, dans sa tête se mêlait confusément peur et admiration et il ne savait plus ou se mettre. Sans Congo vient à la rescousse en rendant sa carte de cantoch à leur invité. « Tiens. C’est un drôle de nom quand même Illitch non ? ».  « Illitch Dillinger tocards, faut dire les deux ensemble sinon le mélange des genres ne fonctionne pas. C’est comme ce monde depuis la fin de la guerre froide, une vraie chienlit. Qu’est ce que vous me voulez les jeunes ? ». « Euh… » Joy Means Sick sortit un petit carnet de rose de sa poche et lui tendit. « Ah bien sûr ! Un autographe ? Pas de problème les gars. Vous savez faut toujours s’occuper de son public. » Joy Means Sick et Sans Congo échangèrent un regard d’incompréhension. « Vous savez quel film on tourne là ? ». « Euh… une pub pour soda avec Kang Ye-won qui reprend des éléments de Quick c’est ça ? ». Le mangeur de chips les regarda en relevant le menton avec un sourire étudié.

 

 

Illitch Dillinger : Oui, de Quick c’est bien ça. Quick, de Jo Beom-goo. Quick c’est la grosse production derrière laquelle on retrouve le grand groupe CJ Entertainment. Autant dire que lorsqu’on voit le logo de la CJ apparaitre à l’écran, on sait d’ores et déjà que le film est censé taper le box-office et qu’importent les moyens pour y parvenir. Les « yes men » de CJ, ceux de l’ombre sont là pour offrir du spectacle calibré. Ils débarquent avec leurs fichiers PowerPoint aux réu de la boîte avec les courbes à gogo, entre films qui marchent dans le monde entier, la mèche rebelle qui fait sensation chez les minettes de treize ans et la nouvelle égérie passée au bistouri qui fait mouiller les caleçons des 15-25 ans. Là-dessus, tu prends le producteur de Sex is Zero (1 & 2) et de Haeundae et tu recherches le jeune talent qui ne te prendra pas trop cher pour mettre en scène ton film pop-corn. Les mecs de CJ sont rôdés. Ils sont à l’image de ces clubs de foot avec leurs cellules de recrutements qui suivent de près certains jeunes joueurs au quatre coin du monde. Eux, ils font appel à une cellule similaire dans laquelle ils scrutent à la loupe tous les talents futurs de l’industrie cinématographique coréenne. Les futurs « grands » sont suivis dès les premiers cours en cinéma jusqu’à leur sortie diplômés. Ils réalisent alors des profils de compatibilité au « moule CJ ». 

 

Joy Means Sik : Euh en fait nous…

 

I.D. : Je sais ! Vous vous demandez si c’est ce qui s’est passé pour Jo Beom-goo ? Et bien pour tout vous dire : oui, mais pas seulement. Pour Quick, ils sont allés chercher un duo avec l’adage en tête qui dit qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Jo Beom-goo, le réalisateur et Park Su-jin, le scénariste. Ce dernier a écrit les scénarios des deux premières réalisations de son acolyte cinéaste. The Bad Utterances (2004) et Ddukbang (2006), deux films qui traitaient de jeunes rebelles qui s’en mettaient plein la figure. Après une longue période d’apprentissage au sein de la CJ et une compatibilité proche de 100% avec leur moule, Quick était né. La suite logique des deux premières réalisations  de Jo Beom-goo était là. On suit un ancien rebelle (encore et toujours) qui sait se battre (forcément), livreur express en moto (il y en avait dans The Bad Utterances) qui sous la menace d’une bombe cachée dans son casque est obligé de livrer des colis piégés. CJ offre alors 115 minutes de film spectacle qui sera un succès qu’on pourrait qualifier de limité. Un peu plus de 3 millions d’entrées pour ce blockbuster estival coréen. Mais ce n’est pas si mal compte tenu de la concurrence accrue à la même époque (Sector 7, The Front Line sans oublier les films étrangers). 

 

2

 

S.C. : « Vite consommé et vite oublié » quoi… 

 

I.D. : Sans entrer dans la critique du tweet décomplexée qui a pignon sur rue de nos jours, j’en ai bien peur. Si ce blockbuster est un honnête film pop-corn, un divertissement avec son plein d'adrénaline et de comédie qui le parcourent du début à la fin, il n’est pas sûr qu’on se souvienne encore de telle ou telle scène dans quelques mois. 

 

Un long silence. I.D. attendait véritablement qu’on le relance, mais Sans Congo était occupé à envoyer un texto alors que JMS récupérait un enregistreur zoom dans l’un des sacs du camion. Cherchant à détourner l’attention, ce dernier balança une question au hasard.

 

J.M.S. : Ben pourquoi ?

 

I.D. : Hum… bonne question. Comment pourrions-nous résumer la chose ? Un manque flagrant d’identité propre ? Grossièrement, c'est un peu un mélange de Taxi, une bessonade en moto et de ces films avec bombe prête à exploser, où il ne faut absolument pas s'arrêter sinon bada-boom. En gros, tout ce qui a pu se faire des frères Lumières à nos jours. On y retrouve des scènes qui font penser à Matrix et à My Sassy Girl, sans oublier celle d'une explosion tout droite sortie de Die Hard 3. C’est un patchwork d’idées reprisent ici et là jusque dans cette « grosse scène » vers la fin qui mélange Piège à grande vitesse et Tube. Difficile pour Quick alors d’afficher une prestance qui marquera les esprits. On se souvient toujours des originaux jamais des copies. 

 

3

 

S.C. (que le bonhomme commençait à amuser et qui s’essaya à une imitation en dégageant de son front une mèche qu’il n’avait pas) : Nous sommes d’accord qu’un blockbuster suit un cahier des charges bétonné et dont il est difficile de sortir des cloisons érigées. Pourtant, le cinéaste aurait pu apporter une touche propre. Qu’en est-il réellement ? 


I.D. : On pourrait qualifier la mise en scène de Jo Beom-goo comme faisant partie de ces réalisations très, trop calibrées. De ces réalisations typiques qui sont monnaie courante pour ce genre de grosse machine à pognon. Attention ! Il n’y a rien de péjoratif dans ces derniers mots. En gros, il n'y a pas de touche personnelle de l’homme qui se trouve derrière la caméra. X ou Y, c’est la même chose pour peu qu’ils connaissent leurs gammes en la matière. Après, je n’enlève en rien au fait que Jo Beom-goo est un bon artisan. Un bon point lorsqu’on sait que la majorité de ses confrères (et sœurs) sont des tâcherons. 

 

J.M.S. (se lançant à son tour) : Et qu’en est-il du scénario ? 


I.D. (ravi au point de lécher les miettes de chips qui lui restait autour de la bouche) : Ah ! Park Su-jin est tellement engoncé dans le « moule CJ » qu’il n’offre qu’une trame connue et déjà-vu ici et là. Il l’alimente d’histoires mixées, vues et revues. L’intrigue est jouée d'avance. Elle est sans surprise et chaque rebondissement se voit venir de loin. Mais ! Si l’on est bon public, on peut se laisser porter. Cerveau off et le tour est joué. Par contre, si vous êtes peu enclin à la comédie d’action sud-coréenne avec ses acteurs qui surjouent alors… c’est le drame. 

 

S.C(qui en fait des tonnes): On aurait pu espérer que le casting apporte une véritable consistance à l’ensemble. Un vrai plus… 


I.D. (plus excité et prétentieux que jamais): Casting ? Il y a des têtes connues des cibles marketing. Mais un casting ne fait pas tout et vous savez. On y voit des acteurs stéréotypés pour des rôles qui le sont tout autant. On y retrouve dans les rôles principaux la belle gueule Lee Min-ki. Il a notamment œuvré dans de nombreux drama avant de porter la casquette d’acteur-cinéma. Son jeu a-t-il évolué depuis le petit écran ? Non. Il nous sert le jeu classique et usé jusqu’à la moelle du rebelle de service avec la coupe de cheveux qui va avec. Ici, il y interprète un ancien motard qui était en mode crise d’adolescence avant de ranger des voitures comme livreur. Quant à l’actrice qui lui donne la réplique, elle joue les potiches avec le jeu de Jeon Ji-hyeon, Gianna Jun à l’internationale sauf que ce n'est pas Jeon Ji-hyeon. La même moue, tout. Presque tout. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Elle est si peu charismatique. Kang Ye-won ! Pourtant, ce n’est pas une inconnue. Elle a trainé son minois du petit au grand écran et parfois dans des productions qui ont fait parler d’elles, dont un film qui a fait pleurer un ami proche. Cette dernière a par ailleurs chanté l’un des morceaux de l’OST du film. Pour les seconds rôles, on retrouve les éternels seconds couteaux qui avouons-le, tiennent le cap. Même si encore une fois ici, c’est globalement du copier-coller d’une interprétation à l’autre. Minimum syndical et zéro pointé pour la créativité. Vous verrez donc Kim In-kwon en bouffon de service et Ko Chang-seok en flic lourdaud… de service. 

 

 

 


 


S.C. : Putain comment tu parles de Kang Ye-won ! 

 

J.M.S (coupant son ami, les mains dans une caisse de micros et ne voulant sortir le bonhomme de sa transe) : Le film est marrant ? 


I.D. (un peu déstabilisé) : Des scènes pas mal, en effet. Marrantes, oui surtout une qui m'a bien fait rire pour le coup.  Normal, elle était courte. Et puis, il y a aussi ces scènes qui auraient du l'être et ne le sont pas et… ce n’est donc pas marrant, juste lourd. Je précise tout de même que je suis bon client. Du coup, pari à moitié réussi. 

 

J.M.S. : Suspens ? 

 

I.D. : Pas vraiment. 

 

J.M.S. : Action ?

 

I.D. : Hum… bonne question. On peut dire qu’elle tient la route mais elle reste sans plus. Disons qu’on a vu mieux. Je pense notamment à une scène qui se passe en majorité sur une autoroute. Elle ne sert strictement à rien au déroulement du film, si ce n'est nous en mettre plein la vue à base de carrosserie froissée et de voitures qui se retournent. Ils avaient sans doute trop budgété. Ils se sont fait plaisir. C’est sympa mais vain. 

 

J.M.S. (jetant un coup d’œil désespéré à Sans Congo qui faisait toujours la tête) : En gros ?

 

I.D. : Une comédie d'action qui ne marquera pas les annales mais qui a au moins le mérite de nous faire passer le temps. Tout de même un peu long par moment. Oh oui ! J'oubliai les révélations du mythique cahier des charges CJ Entertainment auxquels on s'est habitué avec le cinoche sud-coréen. 

 

J.M.S. (soulagé d’avoir une piste mais mauvais acteur): Oh oui ! Lesquels ?! 

 

I.D. : « Première révélation ». Elle concerne le méchant ou pourquoi est-il aussi méchant ?! Parce que ! Lors d'un fameux flash-back, on comprend toute la haine qui l'anime. Tin-tin-tin ! « Deuxième révélation ». Elle concerne la relation amoureuse entre nos deux protagonistes. Ou comment le « bad guy » qui est en fait gentil, eh bien il est trop « choubi du love ». Toutes les filles sont obligées de faire à ce moment-là : « Ooooh, il est trop mignoooonnn..., t'as vu ? En fait c'est qu'il était pas salaud. Il s'était tout simplement... » Je ne SPOILERAIS pas ! 

 

4

 

S.C. (venant finalement à la rescousse de JMS qui s’attaque aussitôt au poches de l’éloquent mangeur de chips) : Sinon tes dernières impressions sur le film ? 

 

I.D. : Il y a une petite chose qui m'a tout de même embêté. Durant le générique final, on a le droit au « behind the scene » des cascades et donc des cascadeurs, cela va de soi. On y montre et on y voit combien les cascades étaient périlleuses. Combien elles étaient super-crash-tronche pour parler familièrement, de combien les cascadeurs, ce sont des héros. En somme, une forme de respect louable de la part du réalisateur. Je trouve sympathique comme idée qu'on puisse mettre en avant un métier dont on ne parle pas vraiment. C’est aussi une façon de faire à l’image de HK et de la Thaïlande sauf qu'ici, il y a ce côté sensationnaliste qui m'a interpellé. Je n’avais pas l’impression qu’on nous montrait ces images pour y découvrir les prouesses de ces cascadeurs. Un peu comme celles à la fin des films de Jackie Chan. L’impression que j’avais en voyant ces images, c’était l’impression de voir un réalisateur avec un problème d’égo tenter de légitimer les scènes d’actions de son film. De vouloir nous les vendre comme des scènes « incroyables » parce que des types prenaient des risques incommensurables. (JMS montre à Sans Congo le putain de pactole qu’il a trouvé dans les poches d’I.D. : un porte feuille avec 6 euros et une photo de Gianna Jun, trois bonbons schtroumphs, des clés, un vieux 3310…) Comme si ces risques pris justifiaient et rendaient obligatoire qu’on adhère au film dans sa globalité. Pour nous dire combien son film est fort d’un point de vue de l’action, on nous montre combien c’est vrai. (Sans Congo fait signe d’y aller). C’est un déballage de démonstrations qui finalement me chagrine. (JMS acquiesce) Comme pour nous dire : vous avez vu comment cette scène, elle était balèze. Le cascadeur, il s'est ouvert le bras. (Ils avancent les portes du camion les sacs à dos bien remplis). Ces mêmes cascadeurs ont failli y laisser leur peau. Mouais (les voyant s’éloigner ID se met à parler plus fort). Ce sentiment, il a vraiment pris tout son sens avec l’actrice principale qui grimace d'horreur face à ces casse-cous ou lorsqu'elle rend visite à un cascadeur qui se trouve à l’hôpital avec le reste de l'équipe du film. (Ils ouvrent les portent et sortent, il fait nuit, ID crie presque). Ca tirait tellement dans le lacrymal de pacotille ! C’était tellement faux ces sentiments dégoulinants ! (JMS marque un temps, revient vers ID un doigt sur la bouche pour lui demander de baisser le ton). Bref. Je ne trouve pas trop mes mots pour exprimer au mieux mon ressenti face à cela… Du spectacle encore et toujours (JMS lui arrache des mains son petit carnet rose qu’il range dans sa poche).

 

J.M.S. : Putain mec nous on voulait juste un autographe de Kang Ye-won !

 

I.D. : Mais…

 

J.M.S. : Tu joues quel rôle d’ailleurs ?

 

I.D. : Ben j’étais figurant dans une scène de fast-food qu’ils ont coupé au montage sur Quick. Paraît que ma façon de manger dégoûtait les spectateurs… Enfin j’ai gardé mon badge et ils utilisent le même sur cette pub, je me suis dit qu’au moins je pouvais gratter un repas gratuit…

 

S.C. : Vas-y, on se casse. 

 

JMS le rejoignit et sauta hors du camion. Au moment de fermer la porte, il fit signe à Sans Congo d’arrêter.

 

J.M.S. : Et sinon tu penses quoi d’Oldboy ?

 

I.D. (ravi qu’on s’intéresse à nouveau à lui) : Je me suis fait chier ! Disons que j'ai apprécié le film jusqu'à ce qu'il se barre de sa prison. Après c'est du PCW, c'est pompeux. Bizarrement, j'ai pas accroché. J'aime pas trop le cinéma de PCW.

 

J.M.S. (s’adressant à Sans Congo) : C’est bien ce que je pensais : un hérétique.

 

S.C. : (les mains déjà plongées dans son sac à dos) : Dire qu’on a failli passer à côté…

 

Armés chacun d’un marteau, JMS et SC pénétrèrent à nouveau dans la camionnette, prenant bien soin de fermer la porte derrière eux.

 

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 21:40

Far away, les Soldats de l'Espoir, Kang Je-gyu, 2011

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Cette année KBP ouvre ses portes à de jeunes talents en quête de swag, de cocaine et de reconnaissance sociale. Vous pouvez tous tenter votre chance, le premier à se lancer c'est I.D. aussi connu sous le nom d'Illitch Dillinger. Alors dis nous I.D., ils sont où tes parents?". Il s'avance, timide, sous les feux des projecteurs. Il envisage l'assemblée puis, d'un haussement de sourcils plein de sex-appeal : "Ma mère est dans le couloir de la mort dans l'Alabama et mon père travaille au Moulin Rouge en tant qu'assistant chorégraphe". Dans la salle deux adolescentes s'évanouirent.

 

 

Mardi 17 juillet 2012, mail de David T., 08h45 :

 

Mec ! Ça va ? Moi bof. Hier, j’ai encore passé une séance daubesque au cinéma. J’étais assis au sixième rang, décalé sur la gauche avec deux choucroutes, genre les membres d’Union J, mon nouveau groupe préféré. Bah ouais comme de par hasard, il y avait du monde dans le multiplexe parisien le plus fréquenté d’Europe en nombre d’entrées. En plus, il y avait une queue pas possible devant les toilettes. Tu me connais. J’ai besoin de faire mes besoins avant une projection. Du coup, j’ai loupé une minute cinquante-trois du début du film. Comme tu t’en doutes, c’était foutu pour pouvoir m’immerger correctement. En plus, y avait un mec à côté de moi qui respirait fort comme toi. Une autre qui n’arrêtait pas d’éternuer. Et une autre encore qui donnait des coups de pieds dans mon siège. J’avais beau me retourner et grommeler mais rien n’à faire. Salope. Elle était avec une bande d’ado à la Justin Bieber, mon ancien chanteur préféré, remplacé depuis par les Union J. Ca parlait et grignotait des pop-corn tout en consultant leur smartphone, branché sur Sens Critique/Allociné à tweeter des avis/tweetos à la EastAz, époque FFCF 2011. Tu te souviens ? Quelle bande de blaireaux ! En bref, l’horreur. Tiens, un type m’a dit en sortant du cinéma que je ressemblais au mec de Bref. J’ai pas pigé. Bref. Sinon, j’harcèle depuis des jours et des nuits Benjamin Gaessler de Wild Side, tu sais l’éditeur. Sache qu’il y a une projection presse ce soir du dernier Kang Je-gyu qui sortira en « direct to video ». Si t’en es, je vire ma moitié et je la remplace par toi parce que j’ai deux places ! Et que je préfère aller le voir avec toi qu’elle. Normal on est des hommes et c’est un film de bonhommes. Un film de guerre, grandiose. J’ai hâte. Sera-t-il dans mon top de l’année ? Je l’espère parce que niveau cinéma coréen en France, c’est pauvre.  

 

PS : Si tu vois ces enfoirés de Kim Bong Park, dis-leur qu’ils me doivent toujours un Twix ! 

 

 

Mardi 17 juillet 2012, mail de réponse à David T., 10h37 :


Yo ! Cool d’avoir de tes news ma couille. C’est gentil de penser à moi, il est vrai que je suis quelqu’un d’assez exceptionnel. Sinon, ici les jours se suivent et se ressemblent. Sans ça, j’ai peur d’être devenu un « South Korea Hater », tu sais. Plus rien ne m’étonne, plus rien ne me fais bander. Pour moi, le twist des cahiers des charges et Gianna Jun sont périmés. Plus rien ne me fait kiffer, plus rien ne me fait marrer. La jolie photo de leur dirlo et Ha Ji-won m’ont lassé. Je veux changer d’air, changer d’atmosphère. Un film de guerre ? Rien de tel pour se changer les idées. J’ai hâte de te voir. J’en pousse la chansonnette : 1, 2, 3 tu m’emmènes avec toi. 4, 5, 6 cueillir du vice. 7, 8, 9 à la place de ta meuf. Ah oui en fait, abusé ta séance de cinoche à la con. Je vomis les gens. Un jour, je poserai une bombe dans une salle de cinéma pour leur faire payer à tous, un peu comme ce film de Tsui Hark dont le blaze m’échappe. Il était franchement super bien. En tout cas en ce moment, je flirt avec le meurtre, je flirt avec mon suicide cinématographique. J’espère en prendre plein la gueule avec le nouveau Kang Je-gyu. A très vite… 


PS : Je vais voir ce que je peux faire pour ton Twix mais tu connais les KBP... tu te souviens lorsqu’on voulait les défoncer au FFCF 2010 ? J’avais un marteau Dexter dans mon sac à dos. T’avais une matraque télescopique dans ta sacoche. Le bon vieux temps. 

 

 

Mardi 17 juillet 2012, sms de réponse de David T. à ma réponse par mail, 13h03 :

 

J’aime bien lorsque tu rappes. Je regrette que tu n’aies pas percé. PS : Ouais, je m’en souviens du FFCF 2010 et des Kim Bong Park qui m’avait sali. Ils ont eu de la chance qu’on ne les ait pas trouvés au milieu du peu de personnes présentes à l’époque. Je me demande d’ailleurs quel sera le cinéaste à l’honneur cette année pour la 7ème édition.

 

 

Mardi 17 juillet 2012, sms de réponse à David T., 18h42 :

 

J’suis dans le métro. Sache qu’Illitch Dillinger ne joue plus au fraudeur. J’achète mes tickets, dis-leur aux contrôleurs. J’écoute le son des Super Junior là, « Sorry, Sorry ». Le rap, je veux plus en parler. Il est mort pour moi. PS : Heureusement qu’au FFCF 2011, Sans Congo s’est jeté à tes pieds pour se faire pardonner. Sans ça, ouais hâte d’être au FFCP 2012, vu que ça change de blaze. 

 

 

Mardi 17 juillet 2012, nouveau sms à David T., 19h06 :

 

J’suis arrivé. T’es où ?

 

 

Mardi 17 juillet 2012, sms de réponse de David T. à mon nouveau sms, 19h08 :

 

Dans ton cul ! 

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Mercredi 18 juillet 2012, mail à Sans Congo, copie Joy Means Sick, 09h29 :

 

Salut les mecs ! 

Hier, j’ai été voir le nouveau film de Kang Je-gyu avec David T. Vous savez le mec à qui vous devez un Twix ? D’ailleurs, il m’a fait une révélation les mecs ! Truc de ouf ! Dong-suk, le directeur du FFCP. Bah il l’a contacté pour lui demander de participer à la rencontre avec le cinéaste qui sera mis à l’honneur cette année ! Il va poser des questions ce con ! Par contre, il ne sait pas encore qui sera le bonhomme ou la bonne femme. J’espère qu’il ou elle sera cool en tout cas. Ce serait bien un réal’ avec un peu de poésie… Où j’en étais ? Ouais ! On est donc allés voir le nouveau Kang Je-gyu. Vous savez l’un de ses nombreux cinéastes sud-coréens qui rêvent du grand Hollywood. Je suis sérieux les mecs. Il n’y a qu’à voir chacune de ses réalisations pour voir la façon dont elles suintent le film à l’américaine. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on rapproche souvent la cinématographie du Pays du matin calme au Pays du Grand Capital.  Ce n’est pas à vous que je vais apprendre ça, hein ? Pensez à Shiri, Frères de Sang et maintenant My Way, son dernier. Enfin, Far Away, les soldats de l’espoir à la sauce Wild Side qui joue encore du retitrage. C’est franchement une manie chez eux mais ils sont cool. Passons. Far Away, les soldats de l’espoir donc qui ne lui ouvrira sans doute pas encore les portes hollywoodiennes à l’image d’un Kim Jee-woon, Bong Joon-ho et Park Chan-wook, yeah, yo, ça vous connaissez mes salauds ! D’autant plus que le film fut un bide, localement parlant j’entends. Un peu plus de 2 millions d’entrées, la loose. C’est peu de chose lorsqu’on sait que son film précédent fut l’un des gros succès du box-office coréen et celui d’avant encore. En fait là, je me marre en y pensant. Ouais, je sais. Je me nourris du malheur des autres (un jour, je vous raconterai comment David T. a failli crever après une séance à la Cinémathèque, C’était pour cette daube de Bedevilled, j’ai bien tripé. Ouais Bedevilled c’est de la merde et alors ?). (ndlr : les avis divergent : Joy Means Sick a-d-o-r-e ce film (LIEN ICI) et les commentaires d'Epikt sur l'article d'I.D. à l'époque méritent le coup d'oeil (LIEN ICI)).

 

 

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J’en reviens au réal’. Avant de voir (et donc savoir) que son film serait un échec, malin qu’il est, rêvant encore et toujours du grand Hollywood, Kang Je-gyu tente le coup de bluff ! Imaginez le délire. Un nouveau film de guerre qui s’inspirera d’une histoire vraie. Une histoire qui fit grand bruit en Corée du Sud à ce qui parait. Il table donc sur une histoire connue, l’histoire d’une photographie d’un homme qui fut à la fois soldat japonais, soviétique et allemand. Ça ne vous fait pas kiffer la true story de dingue qui te rend dingue, dingue, dingue ?! Cette fois-ci, on oublie la guerre de Corée et son histoire de frère séparé par les évènements et on tape dans la Seconde Guerre Mondiale. Mais attention ! Ici pas de famille déchirée, quoique un peu tout de même. Il faut bien faire pleurer les spectateurs avec les envolées violonistes et tout et tout. Dans la superproduction My Way, enfin Far Away, les soldats de l’espoir d’après Wild Side (ouais je sais, je suis lourd), on y parle bien de deux hommes mais pas de deux frères. Non, ce serait un bis repetita commercialement flagrant. On y voit alors deux rivaux, l’un japonais, l’autre coréen. Une dualité explosive qui après avoir pris place sur la piste marathonienne se poursuit sur le champ de bataille (ouais les mecs s’étaient des supers athlètes de taré qui allaient gagner trop de médaille Olympique sauf que les évènements, voilà quoi…). De vous à moi, il y a moyen que vous ayez la chair de poule à un moment donné ou deux. Mettez-moi Andrea Bocelli pour la musique d’ambiance ! Parce que c’est LA musique d’ambiance du film ! 

 

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Car s’il est bien une œuvre emblématique, c’est Far Away, les soldats de l’espoir (j’ai arrêté d’être lourd en ne citant que le retitrage Wild Side). Minute. Vous savez ce qui est pas mal lors de ces projections presse ? Ce sont les dépliants, la pub autour de cet évènement. J’ai découvert tout un tas d’infos plus incroyable les unes que les autres. A quoi bon chercher sur Google si tout est là ?! Pourquoi Far Away, les soldats de l’espoir est un film si emblématique ? Une minute, je vais vous le dire, juste le temps d’attraper ce fin livret édité par notre société de production et de distribution préférée qui trône aux chiottes. Pour rappel, David T. bavait dessus. D’ailleurs, j’ai cru le voir faire les yeux doux à la donzelle qui accompagnait Benjamin Gaessler. Ça reste entre nous, hein ? Allons-y ! 

 

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Emblématique ? Tout d’abord par son titre qui rappelle grandement une chanson de Frank Sinatra, enfin c’était avant le retitrage. Je cesse de m’égarer, OK ! C’est reparti ! Mettez-moi le « Tchiriri Kuduro » de Costuleta. Tout d’abord ! Par son ampleur ! 3 ans d’écriture du scénario et de vérification historique. 300 Go de données collectées pour les recherches historiques (toujours moins que vos films de boules uploadés, stockés sur votre DD et toujours plus que vos films d’auteurs sudco), 14 mois de pré-production, 2 années de préparation et de repérages pour les tournages internationaux, 1 mois de tournage en extérieur en Lettonie. 1 mois… en Lettonie… Le-tto-nie ! Le tournage fut sacrément dur. Ils ont échappé à l’Autriche, vous me direz, c’est déjà ça. Ce n’est pas terminé. Le budget ! Cramponnez-vous à vos claviers, j’annonce la somme que vous mettrez en parallèle avec le nombre d’entrées et vous vous ferez ainsi une idée du bide : 25 ! Yep ! 25 millions d’Euros ! Pas de dollars ou de monnaie de singe coréenne. Je parle d’euros ! Son ampleur ne s’arrête pas là. Oh non, loin de là. 170 personnes dans l’équipe de production. On vous l’a dit qu’elle était grosse comme production. 16 700 figurants au total ! Par contre, ils ont abusé parce qu’avec Frères de Sang, ils avaient tapé dans le 25 000. On pourrait continuer et parler des 5 caméras utilisées en simultané pour les scènes de bataille (pour Joy Means Sick le connaisseur : 2 RED MX, 1 ARRIFLEX 435 et 2 CANON 5D Mark II). 8 mois de production dont 156 jours de tournage. 5441 plans, dont plus de 1500 effets spéciaux numériques (petite pensée à Guillaume d’1kult.com également présent qui a dû kiffer sa race pour parler comme un jeune du début des années 2000). Dois-je parler des 263 armes à feu utilisées, de 18 types différents ainsi que des 57 500 balles utilisées ? Dois-je rajouter les plus de 1100 uniformes utilisés, dont plus de la moitié fabriqués spécialement ? Dois-je préciser que 400 km², c’était l’envergure de l’espace où les décors de Nomonhan, du camp de prisonniers et de la grande bataille de la guerre Russo-allemande ont été construits ? Truc de fou les gars ! 

 

6

 

J’ai parlé du casting ? Un casting réunissant les plus grandes stars – et icônes de la jeunesse – du moment mais pas trop quand même voire un peu dépassé. Jang Dong-gun, un peu bouffi comme s’il avait mangé trop de kebab ou de chips Paprika comme moi et qui joue encore le jeunot qui s’en va en guerre, mouais. Le bel âtre Jo Odagiri, yeah. Fan Bingbing, LA star chinoise du moment… dont on aurait pu se passer. Je hais FanBB. Je veux la voir morte. Lorsque je la vois, j’ai envie de vomir comme si je voyais une scène scato, vous voyez ? Un jour, je déposerais une bombe chez elle comme dans ce film où l’actrice… bref. Au-delà de son casting et de l’ampleur, ce que Kang Je-gyu affiche c’est une ambition, sans compter les moyens techniques mis en œuvre. Il est allé chercher… Lee Mo-gae ! Vous connaissez le chef-opérateur attitré (ou presque) de Kim Jee-woon (2 Sœurs, J’ai rencontré le diable,…), hein ? Les chefs op’, je sais que vous les surkiffez et ils vous le rendent bien. Lorsque je vous dis qu’il rêve Hollywood le bougre ! Du coup, c’est de la grosse artillerie, avec un scénario (3 ans d’écriture pour rappel) qui ne rigole pas avec nous. Il nous en met plein les yeux et quand le grand spectacle s’allie à l’émotion et lorsqu’il se transforme en une épopée incroyable où deux rivaux deviennent deux frères… alors on assiste bel et bien à une fresque épique spectaculaire à la réalisation grandiose et aux effets spéciaux impressionnants. Cette histoire vraie racontée dans cette superproduction nous entraine dans trois batailles majeures, de l’armée japonaise impériale qui affronte l’armée soviéto-mongole (l’incident de Nomohan), en passant par l’armée soviétique qui affronte l’armée allemande nazi (la guerre russo-allemande) jusqu’à l’armée allemande, toujours nazi contre les alliés (le débarquement en Normandie)… la WWII comme si vous y étiez les gars. 

 

Tout ça pour vous écrire qu’il n’y a pas à dire, c’est pratique ce genre de livret presse. D’un coup, j’ai l’impression de faire partie des pontes de la critique (papier et virtuel) dont certains pompent allégrement ce genre de matériaux. Ça vous fait facilement une chronique sur un film. Il suffit juste d’y mettre une forme un peu plus personnelle et vous l’avez votre avis, un avis qui reflète les mots de Benjamin Gaessler à la sortie de la projection, où avant de nous quitter avec sa collègue il dit d’un ton enjôleur : parlez du film autour de vous en bien et puis voilà, bonne nuit… Un type bien ce Benjamin Gaessler. Je « like ». Il parle avec passion et ça c’est cool mais…

 

7

 

Malheureusement, je ne pourrais parler en bien de Far Away (dont j’ai dégagé le double titre, du titre retitré). Je ne sais même pas pourquoi j’emploie le terme « malheureusement » comme si j’en étais déçu ou désolé, sérieux. Je n’en attendais rien comme je n’en ai jamais rien attendu du mec derrière la caméra. Kang Je-gyu nous offre certes un film spectacle qui en met plein la vue, genre tu deviens Stevie Wonder et bien fait pour ta gueule mon pote. Mais c’est un film spectacle qui n’est pas de ces grands moments de cinéma. Il est de ces films qui rejouent éternellement les mêmes scènes en tirant continuellement sur les mêmes fils. On y pousse encore et toujours plus loin l’émotion programmée dans un film qui enfonce continuellement des portes ouvertes, sous couvert de vouloir dénoncer l’âme obscure humaine qui nous habite tous. Ça en devient presque gerbant. Un peu comme si vous matiez du porno gay alors qu’on est hétéro (enfin, je dis ça mais j’ai jamais vu JMS avec une nana, seulement son frangin… beurk). Ouais, je disais : Lorsqu’on n’est jamais bien loin de justifier l’immonde par des relents patriotes où finalement japonais, allemands comme soviet’, tous les mêmes sauf les coréens, peuple oppressé de son état. Oh bien entendu, il y en a des coréens qui se comportent aussi mal que ces « autres » qu’on nous dépeint mais c’est surtout se donner bonne morale que de nous les montrer. Je vois sans doute le mal partout, qui sait ? Vrai ça, ces allemands nazis, ils seraient presque sympathiques lorsqu’ils jouent au foot en Normandie et qu’on rejoue la Coupe du Monde 2002 Japon/Corée du Sud, main dans la main. Comment ils étaient trop bons les japonais et les coréens en 1944. C’est qu’ils nous l’auraient gagné la fameuse coupe de la FIFA, s’ils l’avaient organisé à cette époque bien entendu. Dommage… il y avait la guerre à ce moment-là avec des nazis forts sympathiques qui jouent au football, édifient des barrages avec le sourire et tuent allégrement des cocos qui ne le sont pas réellement, puisque asiatiques enrôlés de force, parce que les cocos c’est le mal et en plus ils brûlent les morts dans des fours crématoires. Salauds de coco avec leur couteau entre les dents ! On aura votre peau, foi de KBP ! Les Nazis eux, bah ils acceptent des « jaunes » dans leurs rangs et ils font du foot entre deux digues creusées… cool. 

 

8

 

C’est comme cette histoire vraie au centre de ce film et sa genèse. Le réalisateur sud-coréen semble s’en fiche complètement. En vérité, elle lui permet seulement de rejouer à nouveau une histoire mettant en avant deux personnages comme il aime. Une interprétation comme une autre de cette histoire, me direz-vous. Une histoire vraie censée être l’histoire d’un seul et même individu mais deux, c’est mieux. Dommage que l’auteur insiste à vouloir recréer ses Shiri et autres Frères de Sang. Et à trouver prétexte de s’amuser à vouloir refaire la guerre comme s’il jouait au petit soldat en testant tout plein de mouvements de caméra. Quel mépris pour une histoire qui méritait sans doute une autre vision des choses, je vous raconte pas. Sans ça, le film est trop long, trop répétitif (même si l’histoire s’y prête), rempli de ces élans héroïques à l’aura sacrificielle qui en deviennent redondant et où nos « héros » évitent les balles et la mort à chaque explosion. Ils en ressortent à peine blessés et même si leur état est grave, il y a toujours ce côté « in extremis » attrait à la fiction qui les sauvent. 

 

Même si l’histoire vraie de départ est incroyable, Far Away pouvait tenter d’être crédible, pas toujours mais au moins de temps en temps. Là pour le coup, c’est malheureux tant la crédibilité fait défaut. Qu’il est fort ce coréen qui survit dans un goulag dans des conditions extrême en continuant de s’entrainer à la course ! Ils sont où les 300 Go de recherches historiques qui vous apprennent que l’hiver sibérien, c’est rien, limite le club Med surtout lorsqu’on bosse comme un forçat pour trois fois rien à manger ? Ils sont où ces 300 Go lorsqu’on trouve encore la force de se battre après des journées harassantes en plein esclavagisme et à afficher des mines pas vraiment creusées par les conditions ? Je ne parle pas de ces coupes de cheveux débraillés qui frôlent une certaine tendance capillaire tellement 2010-2012 en Corée. Kang Je-gyu fera oublier tout ça par cette violence malsaine et le mauvais goût si cher de ce cinéma sud-coréen qui aime tant le jusqu’au-boutisme nauséabond. Désolé les gars, je n’ai pas pu m’empêcher de la sortir celle-là, c’est les tripes qui ont causé. Je reprends ma respiration et j’arrête de crisper mes doigts sur le clavier. 

 

9

 

En bref ! Far Away sortira en DVD/BR, à défaut de sortir dans les salles obscures (là où il avait sans doute plus sa place vis-à-vis de ses « effets spéciaux impressionnants »). Et à défaut, vous découvrirez donc cette fresque, cette épopée, cette énième histoire qui se répète inlassablement, celle d’un cinéma sans vrai panache. Un cinéma qui préfère s’amuser à faire la guerre en la rendant toujours plus vraie mais qui décidément ne parvient jamais à retranscrire une véritable aventure humaine. Faire illusion avec de la musique classique en nous montrant des mecs qui pleurent, ce n’est pas ça du cinéma. Comme le cinéma ne se résume pas à une pseudo-virtuosité dans la réalisation parce que la caméra y prend de l’envol. Far Away, bientôt dans les bacs pour pas cher. A part si Wild Side parvient à prendre « soin de gommer les traits asiatiques du film lors de la campagne marketing. » ([sic] David Tredler dans son papier sur Quick, autre grosse production sud-coréenne). Bon, j’arrête là les mecs, tchao A+. 

 

10

 

C’était Illitch Dillinger qui réalisait ici un remake d’un texte gerbé sur un forum en remixant du dossier de presse. Merci à David T. de L’Impossible Blog Ciné pour l’invitation et par son biais, remerciements à Wild Side, personnifiés par le type bien Benjamin Gaessler et la charmante Delphine Drieu la Rochelle. 

 

Pour en savoir plus sur l’histoire qui a inspiré le film, c’est ici bande de bâtards : 

http://www.amitiefrancecoree.org/article-my-way-l-histoire-d-un-coreen-capture-en-normandie-97115002.html

 

**

 

Vendredi 20 juillet 2012, mail de Bastian M., 16h57 :

 

Salut mon gros ! J’ai ouï-dire que tu avais détesté le dernier Kang Je-gyu. C’est tout pareil que moi. Tu sais, j’étais au NIFFF de Neuchatel en sa présence. Il s’est fait accompagné par un peu de famille, des collègues aussi et rejoint par des amis pour bien faire casquer le festival. Ça reste entre nous, hein ? Et il était vraiment, vraiment, VRAIMENT très attristé de l'échec cuisant de son film. Il n'arrêtait pas de le ruminer en interviews et a même demandé au public de l'encourager... (Paye ta dépression) Il y a passé du temps à le préparer son film et s'y est donné tripes et âmes... et c'est dur de se planter après avoir connu que des succès. Espérons, qu'il saura tirer les conclusions de cet échec...

 

 

Vendredi 20 juillet 2012, mail de réponse au mail de Bastian M., 17h01 :

 

Dans sa gueule ! 

 

 

I.D.

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 10:07

 

The Unjust, de Ryu Seung-wan. 2010

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The Unjust, dimanche 4 septembre, l'Etrange Festival, salle 500, pas de clim et du retard. Les troupes sont essoufflées, le présentateur/organisateur bafouille la filmo de Ryoo Seung-wan, cite City of Violence, No Blood No Tears et Arahan et oublie Die Bad (puis quelqu'un lui rappelle) et Crying Fist (Choi-min Sik bordel !) ; il mentionne tout de même Crazy Lee (yes papa) et fait le beau en indiquant qu'il s'agit à la base d'un court métrage. L'auteur précise que les trois derniers films cités sont immensément plus intéressants que les trois premiers. Ça sent mauvais.

 

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En gros ce serait City of Violence mais avec une histoire, alors pourquoi pas. On aime quand même beaucoup Ryoo. Et merde, le présentateur prend The Chaser de Na Hong-jin comme exemple de film similaire, l'histoire ne lui donnera pas raison. Enfin pas tout à fait, le seul point commun entre The Chaser et The Unjust réside dans le rôle des médias dans les sociétés hyper-connectées. A propos de The Chaser, on évoquait cet aspect par le biais de la pression de la foule qui perturbe le cours de l’enquête et par l’usage étouffant de la téléphonie mobile. Une scène de The Chaser montrait notamment la recherche débridée du ramdam de la part des médias : le maire de la ville recevant un sac de merde sur le visage éclipsait l’espace d’un instant l’intérêt pour l’enquête. Dans The Unjust, la place des médias est centrale. C’est à travers des plans sur des écrans de télévision qu’on apprend « officiellement » l’avance du cours de l’histoire, comme si le scénariste passait au surligneur rose fluo sur les lignes du script. De plus, il y a un personnage de journaliste qui se révèlera être celui qui distribue les cartes et rend possible les coups en agissant comme un mandataire pour les différents personnages. Les unes de journaux éclaboussent comme des kaméhaméhas. Il y a tellement de mises en abîme d’écrans qu’on se prend parfois à penser au Redacted de Brian de Palma, à une échelle moindre, évidemment. Au-delà de la presse, la police prend son petit taquet, comme d’hab, et comme dans The Chaser. Confer le procureur qui s’amuse que ce que la police parvienne à résoudre des affaires, ce qui le plonge dans un état dubitatif et las, comme s’il avait à résoudre une équation très compliquée. Cependant, la comparaison entre les deux films s’arrête là. The Unjust est beaucoup plus ensoleillé que The Chaser, et le délire de Ryu Seung-wan n’a rien à voir avec celui de Na Hong-jin. Parole d’hommes libres.

 

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Nous avons déjà l’occasion de parler de cette série qui n’existe pas : « les Experts à Séoul », concernant les ouvertures de films de Windstruck et The Housemaid 2010. Bim bam boum, sous tous les angles : la ville bouillonne, les écrans bombardent. Dans le métro, dans les magasins de télévision, sur internet, dans les salles de sports, on ne parle plus que de cette histoire de viols et de meurtres en série qui dure depuis plusieurs mois et terrorise la ville au point d’embarrasser le gouvernement. Quelques plans aériens de la ville pour submerger les individus et en mettre plein la vue aux réceptions de Monsieur l’Ambassadeur. Pour The Unjust, il faudrait peut-être renouveler le concept en choisissent une ambiance un peu plus balnéaire, plus lumineuse et donnant dans le bleu clair. Ce serait donc plutôt un début façon « Les Experts à Busan » : ciel dégagé, tonalités sablonneuses, de la sueur et du mouvement, et limite la sensation de l’air climatisée perlant le poil de l’avant-bras. On enchaine même sur une course poursuite, deux flics et un suspect, exténuante. La vitesse et la dynamique est comme chauffée en chaleur. Effet Joule sur trois personnes, deux flingues et une baltringue qui tente de raisonner un type qu'il suspecte d'être un meurtrier en série, ben ouais rends toi mon gars, tu vois bien que t'es coincé. Ca saute aux yeux, les coréens sont beaucoup moins à l'aise avec les armes traditionnelles : le flic laisse le suspect se retourner et le braquer alors qu'il le tient en joue, la tension s'écroule, le poulet geignard geint, l'autre flic colle une balle dans la tête du méchant. Ca explose sur la caméra et ca fait office d'écran titre. Yeah, ça commence, Crying Fist mis à part, Ryoo n'est jamais aussi bon que lorsqu'il ne se prend pas au sérieux.

 

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Le problème, c'est que Ryoo montre un peu trop ouvertement qu'il se tamponne du récit, il n'a d'ailleurs pas écrit le scénario. C'est une route pour ses cascades et il nous indique les panneaux direction avec une légèreté qui frôle parfois le foutage de gueule : « On est dans la merde avec cette affaire. On a quelqu'un de parfait pour ça. Et en plus il ne vient pas de l'académie de police, vraiment parfait pour une mission spéciale ». Y a pas pire que les dialogues explicatifs. Au fond Ryoo Seung-wan n'est pas le frère de Ryoo Seung-beom pour rien : lui, que ce soit en procureur super classe ou en bad boys rasta, il a toujours l'air de se foutre de ta gueule. Nous sommes de très gros fans. Et puis, hasard ou pas, ses costumes, très chics, se fondent dans le décor. Beaucoup de goût. Et ça fait plaisir de voir ces deux frères, et plus généralement la Bande à Baader de Seung-wan. Petite explication : Ryoo est le genre de mec qui utilise souvent les mêmes acteurs. C’est généralement un bon signe : on ne change pas une équipe qui gagne. L’année dernière, au Festival Franco-Coréen du Film édition 2010, alors qu’il était invité, nous lui avions demandé pourquoi il utilisait généralement la même équipe type. Il nous avait alors répondu qu’il était très satisfait de leur boulot, qu’il ne les payait pas chers, et qu’ils étaient content d’avoir du taf. Surtout, il se disait qu’en prenant des acteurs peu connus, il espérait un retour sur investissement en cas de succès. Bon, parmi toutes ces raisons, certaines doivent certainement être fausses. Quoique. En tous cas, vous n’échapperez pas à une présentation rapide de la Bande à Baader de Seung-wan :

 

La bande à Baader de Seung-wan

 

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Hwang Jeong-min : The Unjust, un petit nouveau qui tient la barre, mais qui manque peut-être de l’ironie insolente qui fait le succès des castings de Ryu. Avis défavorable à l’intégration dans la bande à Baader de Seung-wan.

 

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Yu Hae-jin : The Unjust, un petit nouveau qu’on espère voir durablement intégré dans la bande à Badder de Seung-wan tant il est par son physique et son jeu, dans le genre des films du réalisateur. Une tête qui ne laisse pas indifférent, l’air d’être toujours un peu ennuyé, toujours un peu en avance sur ce qu’il se passe. Un indigné à sa manière.

 

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Im Won-hee: Crazy Lee, Crying Fist, No Blood No Tearset Die Bad. Un vrai gars de la bande à Baader de Seung-wan. Etant donné la tonalité du film, sa présence eut été exceptionnelle. Mais elle aurait vraisemblablement fait pencher le barycentre vers la comédie. Absolument fantastique dans Crazy Lee qu’on a pu voir au FFCF 2010.

 

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Park Seong-bin : présent dans la première version de Crazy Lee, le court-métrage Dachimawa Lee, et faisant partie de l’aventure expérimentale scellant la bande à Baader de Seung-wan, Die Bad, il a pris ses distances depuis. Peut-être parce qu’il n’a pas le niveau. Guivarc’h va.

 

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Kil Kang-ahn : No Blood No Tears, Arahan, Crying Fist, The City of Violence, Crazy Lee. Très présent, mais relativement inaperçu. Gagnerait à être remplacé Yu Hae-jin, comme ça, d’un coup, en mode ligue master PES.

 

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Ko Bon-woong : The Unjust, Crying Fist, Crazy Lee. Et qu’on a pu voir dans The Chaser de Na Hong-jin. Un visage anguleux et expressif qui accroche. Dans les films de Ryu Seung-wan, il y a souvent un aspect « la vie a laissé des traces ». Plutôt discret, mais terriblement efficace. Une sorte de Claude Makélélé.

 

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Jeong Jae-yeong : No Blood No Tearset Die Bad. Présent à l’origine de l’aventure, il se montre plus tendre par la suite (Welcome to Dongmakgol). Une trajectoire à la Gourcuff.

 

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Kim Su-hyeon : The Unjust, Crazy Lee, City of Violence, Crying Fist, Arahan, No Blood No Tears, Die Bad. La petite touche qui fait la différence. La langue de pute de la bande. Le traitre sympathique, la face de cake, la tête de nœud. Charmant comme un coup de poignard dans le dos, rire malicieux glué aux lèvres, sournois comme une ondulation de vipère. Tout simplement génial. Les films de Ryoo Seung-wan manqueraient de sel, de poivre, ou de harissa, sans lui. Le Filippo Inzaghi, indéniablement.

 

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Ryu Seung-Beom : évidemment, « une affaire de famille » comme dirait Calbo. The Unjust, Crazy Lee, Crying Fist, Arahan, No Blood No Tears, Die Bad, et Dachimawa Lee. Sinon, maman aurait fait la gueule. What else ?

 

Fin de la parenthèse.

 

The Unjust opte donc pour une intrigue policière alambiquée qui à la base n'a rien de complexe mais qui au fil des minutes se complique sérieusement. Le genre de coup à se faire bouffer par son scenario et à laisser trois milliards d'indices pour être sûr que la mamie du fond suive bien le déroulement de l'action « Mais c'est qui lui ? Et pourquoi il est là maintenant ? ». Au niveau du scénario y a pas mal de trucs qui fonctionnent bien, c'est assez troublant de se retrouver devant un film où l'on ne sait jamais avec qui se mettre en « empathie » : qui est le gentil ? Qui est le héros ? Entre le procureur et le flic ripoux on hésite pas mal. « Gangster moderne, c'est juste ajouter quelques zéros » et c'est vrai que Ryoo Seung-beom, dans le genre salopard en haut de l'échelle, mériterait bien qu'on lui tire les oreilles, mais il a tellement l'air de s'amuser qu'il est difficile de le trouver antipathique. En bas de l'échelle, on a le flic à l'ancienne, qui fricote avec la mafia, qui se salit les mains dans l'intérêt général, une figure classique à la Vic Mac Key mais qui, à l'écrasement d'une tête sur une plaque chauffante, préfère l'indémodable balayette et le chassé dans le tibia. Bref un type qu'il est impossible mépriser complètement.

 

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Et l'intrigue se déroule, et Ryoo Seung-wan s'amuse à faire des cascades et des blagues. Au fond, c'est ce qu'on aime : les flics qui s'engueulent en plein commissariat comme dans une cours de recré, des freezes à chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît avec son nom et sa fonction qui s'inscrivent en bas l'écran, le coup de la bière pression maison, des mouvements caméras souvent gratos mais bien sympas, le procureur qui se planque comme un gosse derrière son siège quand le boss vient l'engueuler, etc. Il s'amuse mais il n'oublie pas non plus les quotas du cinéma coréen, en moins de quinze minutes il nous lâche une bonne grosse kèche comme on les aime, une scène de beuverie et un karaoké. C’est toujours facile de faire des rapprochements, c’est pourquoi nous ne nous gênerons pas. Il y a dans ce réalisateur un peu de Tarantino, les mouvements de caméra et les dialogues en moins. Ou un John Woo relevé d’un Guy Ritchie.

 

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On notera encore une fois que les coréens ont un talent indéniable pour les coups de pression, chacun à le droit son heure de gloire dans le film, sauf l’indécrottable sous-fifre qui sert de paillasson et de souffre douleur à tous ceux qu'il a le malheur de croiser. Humour méchant, gratuit et animal, miam. Ryoo Seung-wan propose aussi une intéressante étude du kick dans le tibia. Alors que la société pourrie dans laquelle nous vivons nous avait appris, dès le plus jeune âge (école pour les plus précoces, collège pour les autres), le classique « pointard dans le tibia », le mouvement qui prévaut dans The Unjust est plus subtil puisqu’il s’agit du « chassé dans le tibia ». Et là oui, on dit « nouveau ». Foutre un chassé au niveau du tibia, ce n’est pas simple. Plus amplement, The Unjust taille la part belle aux balayettes, extrêmement chorégraphiées, très dansantes, de véritables valses aériennes, à l’horizontale. Et quand Ryoo Seung-wan régale, c’est très simple, il combine : une « balayette-chassé au tibia ». Essayez d’imaginer, ou allez voir le film.

 

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Pour boucler rapidement l'affaire des viols, le flic, qu'on appellera Vic, trouve un homme de paille parmi les suspects et charge son pote de la mafia de le faire avouer. Une stratégie de court terme qui se révélera assez foireuse d'ailleurs. On nous présente ce coupable tout trouvé avec une nuance moins assumée que pour les autres personnages : sur le papier c'est un salop condamné pour viol et agression d'une mineur il y a longtemps mais apparemment il se serait rangé et consacrerait tout son temps à s'occuper de sa femme malade et de sa fille et c'est comme ça qu'on nous le montre. Ca fait presque de la peine de le voir se faire savater par les sbires du mafieux, on a peut-être trouvé quelqu'un avec qui se mettre en empathie, au détail près que ce n'est pas vraiment un bon père de famille à la base. En tout cas on s'applique à maintenir tous les personnages dans une gamme de gris, des gris un peu sombres il faut bien l'avouer.

 

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Le film aurait pu être sympa, on aurait même pu passer outre la musique qui souligne chaque émotion avec la finesse d'un éléphant et qui, sur certaines scènes « policières », semblent s'inspirer directement de Starsky et Hutch et d'autres séries cultes des années 80. Le film aurait pu, mais comme dirait un de nos amis bloggers « quel dommage... mais quel dommage », quel dommage que Ryoo Seung-wan (ou son scenariste) m'ait laissé malade sur le bord de la route au détour d'une scène où, attention SPOILER, Vic le flic tue le seul gentil flic de l'histoire à cause d'une balayette ratée. Les deux bonhommes tombent hors champs et on entend un coup de feu, on laisse planer le suspens quelques instant et j'ai prié pour que ce ne soit pas encore le « héros » qui survive et le gentil naïf qui meurt bêtement. La fin est mécanique. Quel dommage, mais quel dommage !

 

Sans Congo & Joy Means Sick

 

 

 

 

 

 

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 01:42

 

affiche Arahan 2004 2    Diebad

 

Die Bad (2000) & Arahan (2004), Ryu Seung-wan.

 

Alors que la réforme des retraites a finalement pénétré le cours des choses, pour s’y installer confortablement, le vieillissement démographique devrait nous rappeler à certaines réflexions sur le temps qui passe. Particulièrement, sur l’effet du temps qui passe dans l’œuvre de Ryu Seung-wan, chic type du cinéma sud-coréen, et ami personnel des propriétaires de ce blog – sisi nous sommes les seuls en Europe à avoir son numéro de téléphone. Loin de nous l’idée de chercher quelconques traces de sénescence coupable dans le film de 2004, Arahan, par rapport à son premier film, Die Bad, qui date de l’an 2000.

 

Arahan

              

  Premier film, film de fauché. Die Bad est une compilation de quatre court-métrages dont la reliure artisanale permet de croire qu’il existe encore des francs-tireurs dans le septième art. Ryu Seung-wan a d’abord réalisé le premier court-métrage du film, « Rumble », en vidant son compte en banque. Fier de son travail bien fait, il écuma différents festivals dans le but d’obtenir suffisamment de prix pour lui permettre de réaliser le second segment, « Nightmare ». Pour les deux autres, remontez au début du paragraphe et suivez les étapes attentivement. De l’art, de la stratégie et de la couture : la technique de la tâche d’huile qui se propage a manifestement payé puisque Die Bad est un film assez abrupt qui flaire bon la fraîcheur estudiantine sans s’encombrer des conventions. Ryu Seung-wan paye sa dette aux films d’action et d’arts martiaux qu’il a saignés étant plus jeune, tout en travaillant son propre style : une inspiration plutôt noire, qui met en scène le plus souvent une jeunesse désœuvrée, plutôt violente, sur laquelle pèse le poids de l’échec. Les thèmes varient entre les courts, mais les fondamentaux restent les mêmes. Le plus original se trouve être le troisième, «Modern Man », une baston jusqu’au-boutiste entre un flic et un voyou dans un parking, entrecoupée d’une interview de chacun genre Confessions intimes. La démarche fait étrangement penser à celle de Darren Aronofsky pour son premier film, Pi, réalisé en 1999 en grande partie grâce à de l’argent prêté par ses amis (qu’on retrouve au générique de fin, bien vu les gars).     

 

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  Arahan, quatre ans plus tard, est le film d’un gars qui a pris un peu de bide dans le milieu. Les moyens sont sans commune mesure, les effets spéciaux dépotent, les angles sont lissés, l’histoire est familiale, la musique accrocheuse. Néanmoins, les traditions restent et la famille prime : Ryu Seung-wan parvient à incruster son frère, Ryu Seung-beom, débutant dans Die Bad, à son apogée dans Crying Fist. Arahan est guilleret là où Die Bad est dépressif. Arahan pourrait passer sur M6 pendant les vacances de Noël tandis qu’il faudra s’armer de patience pour trouver Die Bad sur une chaîne du câble. Bref, Arahan est un blockbuster, Die Bad est un ticket restaurant. Pire, Arahan semble narguer Die Bad. Arahan raconte l’histoire d’un policier un peu couillon (Ryu Seung-beom) qui veut faire le bien autour de lui. Des papys avisés (« les sept maîtres ») trouvent en lui un ch’i particulièrement prospère, et s’attèlent à le révéler en attendant de rencontre un maître qui a mal tourné (the bad guy). Au début du film, un des papys nous explique que les jeunes, ces ingrats, se détournent du tao, qu’ils n’en branlent plus une, que le monde court à sa perte en gros. Et si les vieux d’Arahan répondaient aux jeunes fous surexcités, vulgairement déjantés, dangereusement inconscients de Die Bad. Echo ou coïncidence, la mise en garde a au moins de quoi nous pousser à tenter un rapprochement entre les deux sur le mode du combat. 

 

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  On se défoule dans tous les films de Ryu Seung-wan, mais entre ces deux là, il y a comme une incompatibilité de principe : dans Die Bad, on fait de la baston, dans Arahan, des arts martiaux. Du coup, on pourrait presque se demander si ce n’est pas la tape qui fait le film, plutôt que le film qui fait la tape. Comprendre l’équation suivante. Arahan = blockbuster = film de famille = arts martiaux et leurs valeurs éducatives // Die Bad = film expérimental = film de potes = bastons crapuleuses et leurs techniques de survie. On meurt dans Die Bad, on se fait juste secouer dans Arahan - bon ok il y a un vieux qui clamse dans le film, mais sa mort n’est pas celle d’un charognard, on lui arrange une sortie de scène digne à la Mufasa, alors même qu’étant donné son âge avancé, il aurait passé l’arme à gauche dans tous les cas de figure. Dans Arahan, on cherche le ch’i, dans Die Bad, on cherche juste des objets qui tranchent. Il y a une morale dans Arahan – qui tombe au moment du pain au chocolat et du jus d’orange –, il n’y en a pas dans Die Bad. Arahan flirte avec Hong-Kong, Die Bad est un pur produit A.O.C, de la bonne tape à laquelle le cinéma sudco a donné ses hautes lettres de noblesses. De toute manière, Die Bad ne triche pas : dans le premier court, une scène de baston générale, com-plè-te-ment-din-gue, décousue, baroque, alcoolisée, asymétrique, éclate dans une salle de jeu. A l’écran apparaît un message : « they fight for no reason »; dans un coin de la salle, une borne d’arcade propose Tekken III. On peut difficilement montrer patte plus blanche.

 

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Dans Arahan, les bastons sont nickels, elles suivent des câbles à la chinoise. Tout à fait symétriques, elles n’expriment rien de profond : elles sont des passages obligés du film. Les adversaires s’affrontent comme dans un jeu parfaitement réglé, c’est limite si on nous donne du « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ». Avec des combats aussi ritualisés, on ne peut faire qu’un film rangé. A partir du moment où Die Bad nous dit que les jeunes se battent sans raison, s’en est fait de l’ordre. Dans Arahan, il y a des raisons qui se révèlent au fur est à mesure du récit. L’énergie est donc canalisée. Ainsi le policier veut se faire le grand maître méchant – genre dernier boss du jeu – alors qu’il n’est pas prêt à le faire : dans son empressement, il provoque la mort d’un de ses maîtres. Il fout la merde et on lui sert la leçon du jour. Chaque chose en son temps alors que tout arrive en même temps dans Die Bad. Et au-delà du temps, de toute manière, Die Bad est absolument sombre alors qu’Arahan est extrêmement lumineux : confer la fin respective des deux films.

 

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A un seul moment ça dégénère dans Arahan. C’est comme si le réalisateur s’était dit que non, ce n’est pas possible, il faut qu’on se fasse une bonne baston à l’ancienne. Ryu Seung-beom réactive ses vieux démons – ceux qui le poussent à arracher une oreille avec ses dents dans Crying Fist – et se met à frapper pour faire mal, pour faire souffrir, pour tuer : lorsqu’il se bat à coup de boules de feu, ça ne semble pas aussi évident. La grosse bagarre du milieu du film, dans le restaurant, est extrêmement bien rendue : sans câble, sans scotch à double face sur les murs, sans lévitation, sans effets spéciaux. Des poings, des coudes et de la haine. Alors évidemment, il faut qu’on vienne lui faire la morale à la fin – mais tu as perdu ton contrôle, qui perd son contrôle a déjà perdu : de la gnognote de vieille. Pour le spectateur qui cherche du bon cru, c’est jouissif. C’est comme si d’un coup le charmant héros lançait un bras d’honneur à Disneyland en page double dans le Journal de Mickey. De toute façon, en matière de tape, il n’y a que Dragon Ball Z qui ne s’est jamais foutu de notre gueule. Même le gentil Sangoku est catégorique : il faut être enragé pour se battre. C’est certainement, au-delà de la violence visuelle, le constat implacable et définitif que fait Akira Toriyama qui a défrisé le brushing de Ségolène Royal, contre laquelle il n’y aura jamais de mots assez durs.

 

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De toute manière, Die Bad et son profilage millésimé est à mille lieues de ces bisbilles franco-françaises. La dernière scène du quatrième segment est impressionnante. Ça part dans un cafouillage qui semble absolument incontrôlé. Les coups sont désordonnés, façon sauve-qui-peut – les coups sont esthétiquement portés dans Arahan -, les lames fusent, les bâtons assomment, et un jeune adolescent reste sur le parquet. Quand on voit le magma qui s’agite pendant cinq bonnes minutes, on se dit qu’il est tout à fait impossible que les figurants, du moins certains d’entre eux, ne se soient pas fait mochement mal. C’est aussi ça la vrai tape sudco : une forte probabilité de se voir porté un vrai coup. Et visuellement, ça fait toute la différence. Ça vous prend les tripes et la mimesis tourne à plein : et s’y j’y étais, qu’on se dit. Les bastons d’Arahan, pour rester sympa, ça en touche une sans faire bouger l’autre. Malgré l’intensité qui y est mise – et la baston finale fait agréablement penser à DBZ, mais aussi à Shaolin Soccer… -, il y a quelque chose qui ne passe pas.    

 

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Alors, entre le nesquik et le whisky, il faut choisir. On vous laisse en juger. Cela dit, en passant, il y a des scènes de baston esthétisées absolument remarquables dans Crazy Lee. Un très bon cru ce Crazy Lee.

 

Voici le film Arahan, c'est en VF, donc ça arrache les oreilles. Mais parcourez un peu les vidéos pour vous donner une idée du genre de baston qu'on nous y propose:

 

 

 

 

Et voici deux extraits de Die Bad :

 

 

 


 

 

 


 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Action
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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 10:08

Sans Congo à Joy Means Sick : "toi t'as raté une petite perle mon con ! Connais-tu Park, Park Nou-sik ? Tu peux commencer à préparer ton jeu de jambes, ce sera lui dorénavant notre référence"

 

 

Quit your life, Park Nou-sik.

 

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Park Nou-sik c’est un mec à l’ancienne, la crème de la crème. Débonnaire, bedonnant, grave et insouciant à la fois, Park Nou-sik est au service d’une certaine idée du chic type. Grand mec classe et élégant, large du coffre, petit foulard de dandy, vestes piccadilly circus, moustache princière et lunettes de pop star, Park Nou-sik est tiré à quatre épingles entre castagnes, drague, vengeance et bowling. Park Nou-sik, c’est la griffe de l’homme : c’est ce vers quoi la gente masculine, consciemment ou inconsciemment, désire tendre. Park Nou-sik est le métronome du style. On ne déconne pas avec Park Nou-sik. M. Park, c’est tout simplement plus de 900 films en tant qu’acteur, tant et si bien qu’on le surnomme « l’homme aux mille visages ». En 1971, M. Park Nou-sik prend la caméra pour réaliser son premier film, Quit your life, dans lequel le premier rôle revient à … M. Park Nou-sik. Du sur mesure pour M. Park : sortez les Berluti.  

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Cheol-ho (Park Nou-sik) et son ami Jeong-su travaillent dans une mine d’or en Mandchourie. Ils se font piéger par Dal-gyu, qui assassine un notable local et témoigne contre les deux compagnons. Les deux sont arrêtés et Jeong-su est condamné à mort par pendaison. 12 ans plus tard, Dal-gyu est devenu un gros ponte capitaliste qui souffre furieusement de visions de cordes à nœud coulissant. Cheol-ho sort des méandres de l’oubli pour se rappeler à son bon souvenir : il lui demande de se suicider pour venger la mort de son ami. Entre temps, il était allé rejoindre Young-suk, la femme aveugle de Jeong-su, en se faisant passer pour ce dernier. Grand seigneur : il reprend l’entretien de cette femme à son compte, et se pose sérieusement la question de lui offrir ses cornées pour qu’elle retrouve la vue – depuis The Man from Nowhere, on trouve ces transactions forcément suspectes, mais enfin bon, PNS est trop magnanime. PNS est le mec le plus classe du monde.

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Après le film, c’est 65 % de mélo et 35 % de baston. Comme il fallait s’y attendre, être l’acteur le plus paf-paf d’Asie n’est pas suffisant : PNS est également un réalisateur très sympa. J’abandonne les pincettes du retro-kitsch pour avancer très sérieusement que la réalisation est vraiment fun. Il y a quelques transitions couillues audacieuses (cf. la petite qui a son doigt dans la bouche), le montage est souvent rythmé et entraînant, et il semble évident que PNS s’est beaucoup amusé dans certaines prises de vues (genre la caméra qui tourne dans tous les sens histoire de). Mais PNS ne s’arrête pas là, il se met en scène. Pour ce qui est de la fight, au-delà d’un centre de gravité probablement un peu trop haut, PNS régale : généreux comme un daron, lourd comme un rubgbyman, il reste dans le feutré et classique. A noter toutefois qu’il prend à un moment de l’élan pour faire une roue-kickée dévastatrice qui renverrait les gymnastes biélorusses à leurs chères études. Dans le même ordre d’idées, PNS a les idées fixes : s’il a décidé que Dal-gyu mourra par pendaison, ce n’est pas pour le canarder de plomb à la première occasion venue ; en témoigne la course poursuite finale, qui répond largement aux standards de l’époque et préfigure étrangement une course poursuite similaire d’un 007 de 1981, For Your Eyes Only (celui avec Carole Bouquet). PNS parvient à faire remonter sa voiture à la hauteur de celle de Dal-gyu et réussit (mais tout le monde sait que MNS ne « réussit » pas, il fait) à passer la corde au cou de Dal-gyu pour l’étrangler. Franchement bogosse.

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On notera également que Quit your life annonce d’une certaine manière le développement d’une consommation de masse en Corée du Sud, qui transparaît dans le cinéma plutôt vers les années 80. En plus d’avoir le don d’ubiquité, PNS est donc visionnaire. Le passage du film est mythique, il s’agit du moment où PNS fait visiter à la femme aveugle son nouvel appartement : il feuillette les plans de son film comme les pages d’un catalogue La Redoute. On a : la table basse et les fauteuils, le téléphone, les belles armoires, le miroir pour se maquiller (première vanne de PNS), une armoire pour ranger tout plein de choses, et enfin, dernière vanne de PNS : une télévision ! La femme se met à pleurer, PNS se rend compte de sa boulette. Oui, il arrive à PNS de n’être qu’un homme, comme vous ; un peu limité, un peu faible.

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Le final est grandiose ; PNS ne veut pas quitter la scène, il met donc du temps à mourir, à l’instar de la parodie de Godard dans Une Bande à part (de toute manière, PNS bat la mesure du temps). La femme de son pote le cherche, mais comme ils sont dans la cambrousse et qu’elle est aveugle, c’est beaucoup plus compliqué. No problema, PNS active son pouvoir télépathique pour tchatcher la meuf durant ses derniers instants : où il lui avoue qu’il veut lui donner ses yeux et qu’il n’est pas son mari. Elle le savait déjà, qu’elle lui répond (toujours en télépathie pure). A la fin, ils se frôlent sans se voir, le film s’achève sur la « reconnaissance de don d’organe » que PNS tient à la main. Du mélo brut pour les truands.

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Bref, Quit your life est un film super sympa, et pas seulement au second degré. En tous cas, un grand merci au Festival de m’avoir fait découvrir M. Park Nou-sik. J’ai vu en lui le père que je n’ai jamais eu.

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Published by Kim Bong Park - dans Action
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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 11:31

 

The Secret Reunion, de Hun Jang

 

Fiche technique :

 

- Scénario : Jang Min-Seok

 

- Casting : Song Kang-ho (Lee Han-gyoo, sud-coréen), Kang Dong-won (Song Ji-won, nord-coréen)

 

 

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C’est dans les vieux pots que l’on fait… donc on prend une recette qui fait ses preuves : une intrigue nord/sud, qui se déroule au sud. Lee Han-gyoo (Song Kang-ho - qui joue la plupart du temps en autopilote) taffe au contre-espionnage sud-coréen. Dans sa ligne de mire, un assassin nord-coréen haut de gamme surnommé Shadow, un pur méchant, un type old school, un gars de la première heure, le genre à buter femmes et enfants pour la cause. L’occasion se présente de lui mettre le grappin dessus, alors tout fougueux, Han-gyoo fonce dans le tas sans prévenir ses supérieurs hiérarchiques : le désir de reconnaissance, de Spartacus à Aziz du Loft, ne finira jamais de ronger les hommes. Comme il fallait le prévoir, l’opération est un échec, des policiers sont tués, Shadow s’échappe ainsi que son complice : Song Ji-won (Kang Dong-won). Song, c’est le mec qui est méchant parce qu’il est né du mauvais côté de la frontière et qu’il est très patriote. Malgré cela, il empêche Shadow de tuer une enfant, ce qui lui vaut d’être soupçonné de trahison par ce même Shadow quand les sirènes de la police retentissent : les choses ne sont pas si faciles donc, les thuriféraires du crime aussi ont une âme, et elle ne porte pas nécessairement la couleur du sang malgré leur obédience politique. (Larmes). L’intervention du contre-espionnage précipitant un peu le cours des évènements, Song se retrouve donc coincé dans le sud, coupé du nord et de sa famille, en galère. L’officier Lee Han-gyoo est quant à lui licencié. Six ans passent, Han-gyoo s’est reconverti dans la recherche de femmes thaïlandaises et/ou indonésiennes qui fuient leurs maris sud-coréens (au passage, le thème est assez présent dans le film, mais nous ne l’évoquerons pas, on pourra se référer à Land of scarecrows sur ce point) ; grosse chute en gamme pour Han-gyoo  mais il n’y a pas de sot métier et il faut bien gagner sa vie. C’est par ce biais que sa route va à nouveau croiser celle de Song Ji-won. Le reconnaissant, il y voit une occasion en or de mettre la main sur Shadow. Ji-won, reconnaissant Han-gyoo également, persuadé qu’il travaille toujours pour l’agence, se dit qu’il va pouvoir prouver sa loyauté. Du coup ils se mettent à travailler ensemble, sans savoir qu’ils savent que l’autre sait que… et en pensant que l’autre est toujours celui qu’il était six ans plutôt.

 

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The Secret Reunion (un titre bien mal choisi) fait partie de ces films qui débutent in media res, on doit sauter dans le train en marche et franchement à l’intérieur c’est un sacré bordel au début. C’est qu’il roule vite le train et il faut saisir l’intrigue et les personnages à la volée, ce qui n’est pas forcément évident. D’ailleurs au début seule l’énergie contenue dans les images et le son nous porte ; au milieu des tambours et des violons on ne sait pas trop qui est qui, qui fait quoi, on se laisse emporter par un courant trop puissant. Et on cogne contre les rochers. Désorienté, on se dit qu’on est parti pour un thriller à 100 à l’heure, filmé comme les experts à Séoul (ou alors, allez, osons le dire, comme The Chaser) et qu’on aurait dû mieux se préparer. Faux, « thriller » le film ne l’est qu’à ses extrémités. Au milieu, c’est à la cohabitation des personnages qu’on s’intéresse, au sens propre comme au figuré.

 

En prenant les spectateurs à la volée, le film nous emporte dans une mauvaise direction : on croit mettre le cap sur Shiri et 24h chrono et on se retrouve 20 minutes plus tard à observer une comédie sur Han-gyoo et son nouveau coloc, Ji-won. Et c'est difficile de revenir sur une première impression, surtout quand l'embarquement a été aussi violent. Les passages comiques font tâches au début, on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe. Puis au bout d’une bonne dizaine de minutes, une fois qu’on a définitivement abandonné l’idée d’avoir à l’écran une mort atroce par tranche de deux minutes, on se résigne à prendre le virage à 90° imposé par ce changement brutal de direction. Thriller aux bornes donc, nous commencerons par là.

 

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L’étude du polar aux bornes impose une remarque préliminaire concernant la mise en parallèle des deux protagonistes principaux. Au début du film, et tous espions qu’ils soient, on comprend qu’ils ont chacun de leur côté une famille qu’ils chérissent. C’est une symétrie somme toute assez classique qui se reflète de part et d’autre du 38e, même si Ji-won est en Corée du sud à ce moment là, - c’est pour la métaphore-. A l’extrême fin du film, le lien avec la famille est reconstitué pour Ji-won, -ce qui n’est pas le cas de Han-gyoo, mais on peut considérer Ji-won comme sa nouvelle famille. D’ailleurs cette scène se déroulant dans la première classe d’un avion, on pouvait légitimement se demander si tout cela n’était pas qu’un rêve, mais enfin c’est une autre histoire. Admettons cela pour le moment, symétrie imparfaite mais symétrie quand même.

 

Maintenant, évoquons les deux moments « polars », situés directement à l’intérieur de ces bornes. Dans les deux situations, une constante principale : Shadow, qui porte bien son nom puisqu’en tant qu’ombre, on ne le voit pas durant le « grand milieu » du film. Puis deux autres constantes, incidentes, mais qui méritent d’être relevées. Premièrement, un point qui nous intéresse, que nous aimerions développer, mais que nous ne pourrons peut-être jamais faire : le rôle des voitures. Toujours des vecteurs affolants qui tracent à toute vitesse les lignes d’une tragédie, le rôle et la place des voitures dans le cinéma sud-coréen pourraient constituer un sujet intéressant. Nous sommes peut-être victimes d’une illusion optique, où sillon biaisé, mais nous avons fermement l’impression que le taux d’utilisation de l’objet « voiture » est particulièrement élevé dans le cinéma sud-coréen. Pourquoi ? Vaste question à laquelle nous ne prendrons pas la peine de répondre, du moins pour le moment. Deuxièmement, et cela a déjà été évoqué plus haut, dans les deux cas Han-gyoo veut la jouer solo : une fois ça foire, l’autre fois ça foire aussi mais ça finit par marcher.

 

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La première borne, c’est l’assassinat d’un traître au régime nordco qui s’était réfugié en Corée du sud. La séquence de l’assassinat est très sombre. On y bute d’abord une vieille sans broncher, puis une jeune fille (on nous épargne l’égorgement tout de même), puis le père, mais on a la décence de détourner l’enfant. Cette séquence est vraiment comme il faut : ramassée, cinglante, affûtée, ergonomique : en matière d’assassinat entre amis-espions, la sobriété paye toujours. Le déchaînement infini de la violence en un temps extrêmement court, dans un espace intensément circonscrit, c’est vraiment une composante essentielle d’une bonne posture d’espion. D’ailleurs cela va entièrement dans le sens des espions, grands mensonges des gouvernements, qui sont toujours occultés, inconnus, déshérités. Ils sont cachés, se fondent, et passent pour. En témoigne la fuite de Shadow, pépère les oies, sur un scooter de pizzaiolo, alors qu’une voiture est à sa poursuite. C’est dans les bifurcations, tours et soubresauts qu’il parvient à se fondre dans le décor. Et là surgit la véritable angoisse : face à Shadow, aucune chance. Un vrai difficile le gaillard, et lorsque Ji-won laisse transparaître un haut-le-cœur à l’idée d’assassiner une femme qui n’est pas partie prenante à leurs affaires, la sentence du vieux singe tombe comme une épitaphe : « romantic southerns are whores » - pas coul. Un mec à l’ancienne ce Shadow, qui a dû garder quelque chose de très prégnant de ses quelques années passées dans des tranchées boueuses : il se fait le traître à coup de semelles, franchement sale.

 

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La fin est du même acabit, Shadow, toujours lui, toujours résolu, détruit tout ce qui croise son chemin avec le plus grand naturel qui soit. Résolu, droit dans ses bottes, sûr de son bon droit et réinterprétant l’Histoire à la lumière de sa propre expérience, il redescend dans le sud pour se faire un autre traître. En freelance cette fois, pour le plaisir de faire plus que ce que la morale impose. Un zélé quoi. Il a atteint un point machinique dans l’assurance qu’il a d’être en train d’accoucher l’histoire : Shadow ne prend même plus la peine de courir lorsqu’il dézingue. Bref, le point ultime de l’idéologie : celle qui se déploie en feignant une légalité totale. Vraiment un chic type ce Shadow, on aurait particulièrement apprécié le voir un peu plus, surtout que le papy n’a pas perdu son sens de l’humour. Au tout début du film, lorsqu’il retrouve les deux apprentis-espions (dont Ji-won), pour refroidir le premier traître, il leur fait passer un test de danse pour savoir lequel il emmènera avec lui. Et les deux bébés de se mettre à gesticuler comme on dansait le « rap » au tout début des années quatre-vingt dix lors des booms de salle de classe du vendredi après-midi précédant les vacances scolaires. Shadow dans les toilettes qui demande à ses deux apprentis-espions de danser à l’occidentale, c’est quand même une bonne manière de charrier. Ce moment est complètement à contretemps, on aurait dû le voir venir à ce moment là, le sitcom du « milieu du film » : « all our funding went to dance classes ». Eh oui, le Cher dirigeant sponsorise les cours de hip-hop.

 

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Bref, au tout début du film, on entend des tirs dans un immeuble, on voit la police s’agglutiner à l’extérieur, et vu la configuration des lieux on se prend à rêver : et si ça partait en Breaking News, comme ça ? Et bah non en fait, ça ne laisserait pas assez de marge de manœuvre au grand Song Kang-ho. Si son personnage, Han-gyoo, accepte de se déployer en effort intense pour rattraper Shadow, le poursuivant à pied jusque dans le périphérique (et à ce moment-là on retient vraiment sa respiration : SKH qui court dans le vide, on sent un bon truc à la Memories of Murder), il faudra refréner ses ardeurs et s’en tenir au coït interrompu : le film n’ira pas plus loin.

 

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Nous arrivons donc au « grand milieu », qui vire tout bonnement à la comédie. A ce sujet, une idée de classement nous vient à l’esprit : Les Grands écarts les plus improbables du Cinéma sud-coréen. Lorsque, six ans plus tard, Ji-won et Han-gyoo se retrouvent, la moindre des choses à laquelle on puisse s’attendre, c’est qu’ils s’écharpent. Bon, ils ne le font pas, tant mieux se dit-on, c’est encore plus vicieux de faire comme si. Mais encore moins en fait, il ne se passe rien ! Han-gyoo embauche Ji-won dans sa petite entreprise foireuse de ramasse-thaï perdues dans la nature, et Ji-won emménage dans l’appartement de son patron. Hou, il fallait la tenter celle-là. Le ton du film se balade entre le 1er et le 2nd degré, sans pour autant taper dans le 1,5 degré d’Im Sang-soo. Du rire et des larmes, une recette classique pour un film qui veut plaire à son public, surtout en Corée ; surtout quand il faut nuancer les passages thrillers et la violence des premiers assassinats.

 

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De la comédie et du second degré, on pourrait trouver pléthore à redire. Le premier point, le plus évident peut-être, réside dans le quiproquo entre Han-gyoo et Ji-won qui se matérialise selon les circonstances en jeu du chat et de la souris et autres cache-cache. Une des premières choses qu’on nous apprend au collège à propos des pièces de Molière, c’est que le quiproquo est l’étoffe de l’humour. Ici, c’est une belle doudoune puisque le malentendu est élevé au second rang. Et du coup, comme claustrophobique, le film réduit l’espace de l’enjeu politique à un petit appartement d’une pièce en duplex. Du coup, l’espace étant restreint, « ce sont les volumes qu’on exploite » (cf. Ikea, centre commercial Paris-Nord II, appartement-modèle factice de 21 m², le plus petit – pourquoi se sentent-ils obligés d’y poser des livres en suédois ?). De ce point de vue là, les angles sont exploités avec brio, et la vue ne s’ « ennuie » pas vraiment malgré l’exiguïté de l’espace filmé. En attendant, à l’intérieur, c’est la « coloc » : rangez Brad Pitt et Angelina Jolie, voici venus Mr & Mr Smith. Si le couteau qui tombe suspectement au sol peut réveiller le flip d’Han-gyoo à l’encontre de son « féroce » colocataire Nordo, pour le reste, c’est quand même globalement le déploiement d’une dialectique homosexuelle. Il faut faire attention, lorsqu’on regarde un film « étranger », à ne pas calquer une grille de lecture réductrice renvoyant insensiblement à nos catégories d’allant-de-soi. D’ailleurs, notre point de vue selon lequel les deux se cherchent sexuellement n’est jamais qu’une assertion visant à remplir un espace vierge du verbiage généreux de nos plumes. Nous ne disons pas que ce sont des homosexuels, nous disons seulement que certains éléments du film permettent d’explorer cette piste. Le jeu auquel ils s’adonnent, l’espionnage d’espionnage, est quand même relativement caractéristique d’une manière d’être au monde lorsqu’on drague quelqu’un. Quand on drague, on est en devenir-chacal : on épie les faits et gestes, on cherche des signes, on se met en scène, on se fait passer pour autrui, on ignore délibérément, le tout dans un but de capture, de déchiquètement, d’ingurgitation. Cette métaphore de l’amour n’est peut-être pas présentée sous ses atours les plus flatteurs, il semble pourtant que le principe de la drague puisse, physiologiquement, être réduit à ces quelques principes d’action. Et quand on regarde et analyse les actes d’Han-gyoo et de Ji-won, force est d’admettre, au regard des critères ci-dessus établis, que les deux zigotos se draguent. Et alors franchement, passer du Cercle bleu des Matarèse (Robert Ludlum), où Brandon Alan Scofield, vétéran des opérations consulaires américaines, se trouve dans l’obligation de s’associer avec son pire ennemi, Vassili Talenikov, grand gourou du KGB, comme le laissait entendre le trailer de The Secret Reunion, à une esquisse allant dans le sens de Brokeback Mountain, comme le suggère, par exemple, le regard figé de Ji-won sur la raie des fesses de Han-gyoo qui dépasse de son pantalon, nous n’avons qu’un mot à dire : bravo M. Hun Jang, le contrepied est total.    

 

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Bon mais au-delà, encore une fois, il faut bien comprendre que nous ne disons pas « haha c’est en fait un film sur l’homosexualité ». Nous disons juste que la relation entre Han-gyoo et Ji-won est univoque, allant particulièrement dans le sens d’une affection réciproquement grandissante, mais qu’elle bifurque selon diverses directions, notamment une qui semble être la voie d’un désir sexuel.

 

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Pour des considérations plus prosaïques, il conviendrait de rendre compte du caractère d’Han-gyoo, joué par SKH. Le visage passif et maussade de Ji-won ne semblant pas vraiment appeler à des remarques particulières, SKH est en revanche au rendez-vous, comme d’hab, toujours plein de style, toujours dans le temps, toujours farceur, toujours dépité, toujours jovial, toujours dépassé. En costume blanc de béké, chemise pâle, à la chasse aux petites thaïlandaises et/ou indonésiennes, le mec est du genre à fantasmer sa vie : genre « je te jure, si tu ne m’avais pas retenu, je lui aurais fait la tête en carré ». Un mec complètement normal. Mais au lieu d’en faire un personnage à la con « type je n’ai pas de biceps, mais au fond de moi, qu’est-ce que je suis torturé », là on en fait juste un mec sympa, impuissant, mais vraiment drôle. Un type coul avec qui on passerait un bon moment à boire des bières. Les deux branquignoles qu’il se coltine dans sa petite boîte de détective privé, ce n’est pas vraiment la strike force, mais il s’en moque un peu. Comme il se moque d’aller au combat contre une trentaine d’Indonésiens survoltés avec vieux pistolet à vent. Le combat est extrêmement chorégraphié, avec de la musique burlesque : on est là pour le cirque, pour amuser. Tout de suite, Charlie Chaplin scintille dans nos hypothalamus de renards des surfaces, mais ça va encore plus loin. Dans ce combat foutraque et déséquilibré, ce sont tous les participants qui font corps, comme s’ils formaient une masse unique, une meute. Il semble que le cinéma asiatique retranscrit avec plus d’aisance l’effet-meute que les autres cinémas : formant ainsi un ensemble stable, il n’y a pas à s’inquiéter pour Han-gyoo, il ne se fera pas tuer.

 

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Ce qui est encore plus stylé avec SKH, c’est l’apparente négligence qu’il impose à son personnage. On a l’impression parfois de ne plus vraiment savoir si c’est lui qui parle ou son personnage. Les exemples les plus nets se trouvent dans les jurons et remarques qu’il lance dans le vent contre les communistes. Et en particulier deux phrases qui sont lâchées avec un naturel troublant : « what kind of commie is so fixated on money » et « a commie producer, no wonder this country is going to shit ». Ces phrases sont d’abord l’occasion d’évoquer un point particulier qui rattache au moins la Corée du sud, Taïwan, et à moindre mesure les Etats-Unis : dans ces pays, une des insultes communes, c’est d’ « être communiste ». Là où dans notre pays nous mobiliserions des armes disons plus conventionnelles, comme la mère, l’orientation sexuelle ou … (bah non rien d’autre en fait), ces pays font du « commie » la ratio essendi originale qui bourgeonne au détour d’une bouche malintentionnée. Qu’on s’en assure en regardant, concernant Taïwan, les films d’Edward Yang, notamment la fresque historique taïwanaise post-seconde guerre mondiale, A Brighter summer’s day, ou Mahjong, avec Virginie Ledoyen (pourquoi elle ?? No sé…). Mais surtout, ces remarques paraissent tellement sincères qu’on a envie de lui dire « trop d’accord avec toi gars ». Et du coup, c’est SKH ou Han-gyoo qui le dit ? Plus loin encore dans le film, SKH joue Hang-yoo en train de se mettre en scène tout seul : il fait semblant d’arrêter Ji-won dans son appartement. Pas mal cette petite transitivité. Han-gyoo dit d’ailleurs à son pote, quand il lui raconte qu’il a réussi à faire l’étonné lorsqu’il a pour la première fois croisé Ji-won : « je savais que j’avais le truc ». La fiction par laquelle un acteur qui joue l’apprenti acteur, c’est quand même une super belle dérivée. C’est même un grand moment mythique que celui où SKH/Han-gyoo fait semblant d’arrêter Ji-won. Dans le même genre, il faut regarder dans Un héros très discret (Jacques Audiard), la séquence durant laquelle Matthieu Kassovitz s’entraîne à jouer le rôle d’un ancien résistant. C’est vraiment une super grande prouesse. Juste une précision urgente sur ce film d’ailleurs : si vous avez envie de vous flinguer, accordez au moins une dernière chance à la vie et regardez Un héros très discret, ça vous remettra peut-être les idées en place.

 

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Bref, on passe de bons moments comiques, parfois longuets comme dans toutes les comédies sudcos. Et à vingt minutes de la fin, retour de Shadow. Le tracteur scénaristique nous ramène sur le droit chemin. Le final est classique, sans intérêt pour les plus durs peut-être, mais étant donné qu’on a fini par s’attacher aux personnages, on a l’hameçon solidement enfoncé dans le palais, et on marche.

 

Le problème de l’épilogue. Le film commence dans l’action, son début est donc ouvert : on a raté quelque chose, il y a un avant film auquel on ne nous a pas prié d’assister. Le mouvement préexiste et nous emporte dans son sillon. Le film se ponctue, longuement, par un épilogue. Chaque intrigue trouve son dénouement, le mouvement est ralenti puis stoppé. Ok, c’est une règle de base de scenario que de finir toutes les intrigues, de ne rien laisser au hasard, de ne pas commencer quelque chose sans la terminer. Ok. Mais ici, premier problème, toutes les intrigues se ponctuent au même moment, dans l’épilogue, soit après la fin de l’intrigue principale. Le moteur principal s’est donc arrêté, on est en roue libre, et l’inertie n’est franchement pas folle. Du coup, on s’emmerde un peu. Pourquoi ne pas oser laisser le spectateur en suspension. Le suspens, si valorisé au cinéma, ne traverse que trop rarement les portes des salles de ciné. La Haine, ça c’est une fin. Un film se passe autant sur l’écran que dans la tête de chaque spectateur. Avoir une fin plus ouverte, c’est peut-être aussi faire confiance au spectateur, le laisser finir le film tout seul. Alors bien sûr il ne faut que ce soit une facilité. Il doit pouvoir trouver suffisamment d’indices, faire ses hypothèses, bâtir ses raisonnements. Si on nous avait laissé sur une vision fantasmée de la famille de Ji-won, on en aurait été bien plus heureux.

 

 

BONUS:

 

Puisqu'on parle d'Edward Yang, voici deux extraits, le premier de Mahjong, le second de A Brighter summer's day (malheureusement, nous n'avons pas pu trouver de passages d'insultes...

 

 


 

 

 


 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 17:48

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Réalisation & Scenario : Kwak Kyung-taek et ses envies de grandeur

 

Casting :


- Yu Oh-Seung : Bulldozer dans Attack the Gas Station, Lee Jeong-suk dans Friend, Kim Duk-koo ici. Un visage qu’on commence à connaitre, et à associer furieusement aux rôles de bourrins. Plus à l’aise sur le ring que dans l’émotion, une maladresse qui colle au personnage et qui finalement le sert. Joue très mal le mec bourré.

 

- Jung Doo-hong : un film de baston ? Il se devait d’être là. Discret, il reste au second plan, en retrait (Lee Sang-bok, frère sous le signe du Chien). Le spécialiste des chorégraphies martiales (Natural City, Frères de Sang, City of Violence,etc) lance à l’occasion un poing ou un regard accusateur sur celui qu’il voit lentement dériver. Si vous voulez le voir dans ses oeuvres, rendez-vous rayon vidéo de la semaine, épisode 9 : City Of Violence

 

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« Toujours vif, comme au premier jour de cour, où tour à tour les mecs te matent, claque pas de genoux, t'es viré de la cour. Tenir le coup, regard froid. Fais pas le tocard. L'œil au beurre noir, vaut mieux le faire que l'avoir. Dès le plus jeune âge entrainé à évoluer dans une meute où les l'ego se fait les dents sur les colliers d'à-côté… » Samourai, Shurik’N.

 

C’est dingue le nombre de films biographiques que l’on a pu faire autour de la boxe. Day Of The Fight, l’un des premiers court-métrages de Stanley Kubrick ; Raging Bull, l’un des meilleurs films de Martin Scorsese ; Ali le meilleur rôle de Will Smith… Pas le genre de cour de récré dans laquelle on peut entrer la tête basse avec des baskets sans marque et un cartable trop lourd. Pas question non plus de tenter l’entrée Tony Truand, de se faire déposer en Porsche par papa, le dernier Iphone dans la pogne, une casquette Van Dutch vissée sur le crane.

 

Tout ça Kwak Kyung-taek l’a bien compris. Il tente donc de s’en tenir à une ligne sobre et classique, un style assez épuré, avec quelques contre-pieds. Evidemment n’est pas Stanley qui veut et, le regard trop droit, fixé sur l’horizon, Kwak se prend parfois les pieds dans le tapis. Le titre déjà : Champion, ça n’aide pas. Ca ne colle pas au film (ou à ses plus mauvais moments), ça gratte.

 

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Champion donc, c’est l’histoire de la vie de Kim Duk-koo, un type dont on se souvient surtout parce qu’il est mort sur le ring, à Las Vegas alors qu’il combattait pour le titre de champion du monde poids légers. Une fin que l’on peut qualifier de cinégénique et qui est utilisée ici en amorce du récit. Champion débute par la fin, le combat à Las Vegas, sans nous en donner le verdict. De toute manière c’est marqué sur la pochette DVD. Même le générique initial a tout d’une fin de film : musique mélancolique, photo des différents moments de la vie du héros. Ce n’est qu’ensuite que l’histoire commence vraiment, un retour brutal dans le passé. Kim est enfant, il court après un bus (déjà) et n’a pas d’argent pour payer son voyage. Il est pauvre, très jeune, la contrôleuse le laisse monter. C’est court, c’est stylé. Deuxième bond sur la timeline, on se retrouve 7 ans plus tard, Kim a grandi, il ne peut plus monter dans le bus, il se fait victimiser. Le personnage est caractérisé, mais le passage est moins aiguisé, la dramaturgie moins assumée. On verse dans l’excès pour faire sourire, distraire, divertir. Le film change d’appuis pour donner du rythme. La boxe, la corde à sauter, Mohammed Ali, la guêpe, le papillon.

 

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La narration se fait ensuite par paliers. Des tranches de vie qui ne laissent absolument pas présager que Kim a tout d’un grand champion. Le spoiler initial est ainsi habilement retourné : puisque tout le monde sait jusqu’où sa carrière va le mener, on peut s’affranchir des faux enjeux et se concentrer sur d’autres. La Corée dans les années 70/80, la perception de la boxe et des boxeurs, l’intrigue amoureuse, le personnage de Kim ou plutôt sa personnalité. Des tableaux jaunes et silencieux entrecoupés de séquences musicales TGV : des montages en « effet clip » qui permettent de faire des bonds rapides dans le temps. Le front collé à la fenêtre du train-film, le Ipod sur les oreilles (en mode aléatoire au début du film apparemment, et souvent pour le pire), on voit des bouts de paysage et de vie défiler à toute allure. C’est vrai que la musique est une compagne de choix pour le mouvement, même quand il est temporel. Et puis, même si ça va vite, on connait la destination. D’ailleurs, une fois arrivés sur place, dans la période qui précède le combat final, la musique change. Finis les contrepoints qui ne font pas mouche, place aux cordes du premier degré qui cherchent à vous prendre à la gorge. Deux moments de brio : la chanson que se chante Kim face au miroir, le montage qui suit « mon père refuse de marier sa fille à un boxeur » : des violons qui commencent dans les larmes pour finir en boite de nuit.

 

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L’intérêt principal du film réside peut-être dans ce choix atypique de narration. Donner la fin, tuer le suspens et remonter la pente au lieu de la dévaler. Devant combien de films s’est on posé cette fatidique question : est-ce que le héros va mourir ? Le scénariste se retrouve alors coincé dans un labyrinthe avec seulement deux issues : un happy-end qu’il va falloir nuancer pour ne pas faire nian-nian, une tragédie anti-dollars qui se doit d’être parfaite. Pour Kerry James, la question était plus  noire : « la mort ou la prison », une question de degré dans le malheur, et finalement les meilleurs films sont sûrement ceux qui nous font hésiter sur l’ampleur du désastre ou du bonheur, plutôt qu’entre les deux. Kwak Jae-young, est un petit malin, il nous dévoile sa main pour mieux prendre la notre et nous emmener sur d’autres chemins. La tragédie est inhérente à l’histoire, elle se résumait en deux lignes, on la voit se développer au loin pendant deux heures.

 

 

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Enfin saluons cette dernière pirouette, au moment du 14ème round à Las Vegas. Le visage tuméfié de Kim traverse le champ de la caméra, celle-ci pointe son regard vers le ciel puis replonge sur la mer, sur l’enfance. L’épilogue est un peu long, mais ce moment de retenue est d’une grâce certaine.

 

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BONUS

 

Déjà, Shurik'N, Samouraï. Reprendre ses paroles à l'écrit c'est bien, chantées c'est mieux. Ah M6 Clip en rentrant du collège et en prenant son goûter...

 

 

 

 

En matière de boxe, impossible d'éviter le combat Ali - Foreman au Zaire.

"voler comme un papillon et piquer comme une guepe"

 

 


 

Et rendons hommage à Will Smith et Micheal Mann. Ali, ce n'est peut-être pas Raging Bull, mais c'est quand même de la boulette (notez aussi la bande son très sympa de ce montage)

 

 


 

 

Champion commence par la fin, finissons par le début.  1951, Day of the Fight, Stanley Kubrick. 20 ans d'avance, au moins.

 

 


 

 


 

 

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 21:03

 

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Nous rendions compte, il y a quelques jours, de notre soirée à la Cinémathèque dans le cadre de la soirée Cinéma bis qui était consacrée à deux films sud-coréens, La Bataille du 38e parallèle et Le Tigre de Mandchourie.

 

Concernant le premier film, La Bataille du 38e parallèle, réalisé en 1973 par Im Kwon-taek, nous disions que le film ne nous avait pas vraiment inspiré, mise à part une scène ou deux. Peu marqués par ce film peu marquant, nous jetions notre dévolu sur l'incommensurablement absurde Tigre de Mandchourie.

 

Voici le lien votre notre article : cliquez ici.

 

Pourtant, le Festival Franco-Coréen du film a eu la bonne idée de réaliser une interview d'Im Kwon-taek dans lequel il s'explique entre autres sur ce film. C'est ainsi une bonne occasion de bien situer le film dans son contexte. Où on apprend notamment que La bataille du 38e parallèle était un film directement commandé par la pouvoir, mais qu'il ne veut pas dire pourquoi il l'a réalisé... Merci pour la vidéo en tous cas !

 

Le site du Festival Franco Coréen du film : cliquez ici.

 

 

 

 


Rencontre avec IM Kwon-Taek
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