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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:21

 

Fiche technique

 

Réalisateur : Park Kwang-hyun (1er film)

Casting : Kang Hye-jeong (Yeo-il, incarnation de l’esprit de Dongmakol, âme d’enfant dans un corps de femme, mannequin dont la carrière fût lancée par Oldboy), Le petit garçon qui joue Dong-go dont on ne trouve pas le nom, Ha-ryong Lim (Jang Young-hee, soldat du Nord, une bonne bouille)

Directeur de la photographie : Sang-ho Choi

Musique : Joe Hisaishi (un petit gars pas connu qui a fait la musique des films de Kitano et Miyazaki)


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Remarque préalable : le film est disponible en intégralité sur Youtube, un lien en fin d'article.

 

Premier et unique film à ce jour du réalisateur Park Kwang-hyun, Welcome to Dongmakgol est l’adaptation cinématographique d’une pièce de théâtre signée Jing Jan. A première vue, l’équation proposée par le film est tout ce qu’il y a de plus casse gueule : héritage des films de Miyazaki ouvertement revendiqué + récit « parutopique » (presqu’utopique) / guerre de Corée. C’est un peu comme si des variables aléatoires tapaient l’incruste dans une soirée géométrie dans l’espace. Et pourtant le salop s’en sort pas mal, son film slalome entre les écueils attendus et nous bombarde de trouvailles d’inventivité. Résultat, un film grand public (8 millions d’entrées en Corée) tout à fait digne d’intérêt. Alors non ce n’est pas parfait, la faute au rôle donné aux américains (et non pas la faute aux américains tout court) : on pardonne et on comprend le côté caricatural, mais pas les mauvais choix de narration. Les grandes lignes de l’histoire sont assez simples, comprenez que l’on demande au spectateur d’aller au-delà.


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En pleine guerre de Corée, deux groupes de soldats ennemis, sud et nord coréens donc, se retrouvent un peu par hasard au village de Dongmakgol, haut lieu retiré et paisible qui ignore tout de la guerre. Ambiance détente. Paradis des Innocents. A partir de là se lance le schéma classique de la réconciliation d’un même peuple divisé par une guerre absurde. Traité de paix, l’unité retrouvée d’un peuple injustement séparé se déroule sur un terrain neutre aux couleurs flamboyantes. Mais attention, coriacité soldatesque oblige, le groupe (deux sud-coréens et trois nord-coréens) se réconciliera au prix d’énormes efforts et  de circonstances incongrues. L’occasion d’une succession de scènes, drôles ou tendues, qui finira par sceller leur amitié.


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 Gros comme un nuage breton, didactique à l’envie, le concept du film trouve tout son intérêt dans le traitement qui lui est donné : le passage de la réalité au récit. Les premiers plans nous donnent l’univers et le ton du film. Super plongée sur Yeo-il et son éternel sourire aussi candide qu’allumé. Derrière elle, l’herbe vert feutre et les pâquerettes. Un avion de chasse passe à toute vitesse et manque de lui arracher le ciboulot, avant d’aller s’écraser plus loin, rompant ainsi la douce monotonie de ce petit coin de paradis. A ce point et en ce lieu du film, l’innocence possède encore toute sa vigueur : le crash de l’avion tourne très rapidement à la comédie avec un petit esprit animiste très Miyazaki. « Goleri ».


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Ce qui fait moins marrer en revanche, c’est la guerre, la vraie. Celle qui sévit à quelques kilomètres de là et qui oppose les armées coréennes du sud et du nord. Au revoir douce fiction. Le principe de réalité retentit à la cadence des mitraillettes. Des armes, du sang, des tibias qui sautent sous l’impact des balles, des morts. Bref c’est sale. Ce contraste originel, c’est la clé de lecture des 120 minutes restantes. C’est en essayant de comprendre cette rupture que l’on donne un sens au film. Pourquoi, quand un avion s’écrase à Dongmakol, le pilote s’en sort presqu’indemne alors qu’à quelques kilomètres de là les balles des soldats coréens font gicler le sang ? D’ailleurs ce crash n’est pas anodin. Le pilote, accueilli par les villageois, sera le prétexte pour une opération des soldats américains qui veulent le récupérer.


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Mais au-delà des Américains, relativement nocifs par rapport au fond et à la forme du film (on y reviendra), une question se pose: qui pourrait bien être le narrateur de ce film ? Qui nous fait passer en une poignée de seconde d’un massacre à une survie insolente ? On vous épargne les différentes étapes du raisonnement pour vous soumettre ceci : l’Idée du narrateur, c’est un vieux soldat sud-coréen qui nous rapporterait la légende de Dongmakgol. Quand on dit narrateur, on ne parle pas de voix off, c’est bien plus simple : tout film est une histoire résultant du point de vue de celui qui la raconte. Souvent ce sera le metteur en scène. Principe neutre et froid. D’autres fois, ce pourra être un personnage évident dans le film. Enfin, on pourra avoir le point de vue d’un personnage invisible, qui n’est aucune fois mentionné, mais dont les souvenirs irradient le récit. Ici, c’est le vieux soldat sud-coréen, fatigué et nostalgique, qui nous raconte comment c’était, à l’époque, durant cette guerre, à Dongmakgol.


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 Attardons nous sur ce narrateur. Il tente de nous raconter une belle histoire en plein milieu de la guerre de Corée. Sauf que la guerre, c’est l’Histoire mais ce n’est pas encore l’histoire. La guerre, bien réelle, n’est que le cadre, le contexte dans lequel va se dérouler le récit. Impossible pour lui d’en parler sur un ton angélique. La guerre, ce sont les balles, le sang, la mort. Puisqu’il doit en parler, il nous la livre telle quelle, crue. Pas d’héroïsme, pas de dramatisation, pas de concession non plus. Les soldats tuent puis meurent à leur tour. Ils tirent sur tout ce qui bouge au moindre bruit. Ils glissent bêtement d’une falaise juste après avoir confié leur foi en la victoire finale. De simples pions sur un vaste damier carnivore. Quelle connerie la guerre, Barbara.


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Le récit commence véritablement à Dongmakgol, en y entrant, les soldats pénètrent aussi dans le monde de la fiction. Fini le premier degré d’interprétation, il faut imaginer ce à quoi les outils de narration renvoient. On ne parle plus de faits mais d’idées. Exemple, la durée de la scène où les deux camps se tiennent en joue en plein milieu du village : ce qu’on nous montre (ils restent figés même pendant la nuit) ne correspond pas à la réalité mais à l’Idée qu’elle dure extrêmement longtemps, que les soldats campent littéralement sur leurs positions. De même pour la réaction des habitants du village véritablement pris en étau entre les sud-coréens et les nord-coréens. Face à l’agression des soldats, ils réagissent de manière tout à fait étonnante en évoquant des miscellanées quotidiennes, depuis les récoltes et jusqu’aux besoins naturels. C’est une fiction assumée et revendiquée : la musique (antipode du réalisme) est omniprésente, les éléments et les séquences surréalistes se multiplient, les couleurs sont flashis et les personnages un peu caricaturaux. D’ailleurs la scène du face à face se termine sur une grenade explosant dans le grenier à maïs des villageois, ce qui provoque une jolie pluie de pop-corn. En quelques plans oniriques et corrosifs, le réalisateur met en lien destruction de la Corée et hégémonie culturelle américaine sous la joie naïve des petites gens. Si ce n’est pas hautement narratif…

 

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 Soulignons-le, le choix de présenter la réalité avant d’attaquer le récit est extrêmement courageux. C’est une joue tendue à la critique facile. Un peu comme Yeo-il qui met un petit coup de tête dans le casque d’un soldat qui la tient en joue. C’est courageux et surtout ce n’est pas gratuit. Cette distinction fiction/réalité offre aux spectateurs un large spectre d’interprétation et permet un discours à double tranchant. On peut alors revenir sur un élément perturbant : hors de Dongmakgol, pas de musique. C’est logique, puisque la musique appartient à un univers extra-diégétique (hors de l’action présentée par l’image, mais c’est surtout pour la rime) et se trouve être en soi un pur outil de narration, complètement fictif. Aussi est-elle omniprésente à Dongmakgol. Le raisonnement est cohérent sauf que, juste avant l’embuscade des sud-coréens en dehors de Dongmakgol, la musique pointe le bout de son nez. Le bât blesse ? Et bien non, rappelons que notre narrateur est sud-coréen. En introduisant de la musique, il remet en question la réalité de cette scène où le camarade chef Su-hwa refuse d’exécuter les blessés qui ralentissent la troupe. Parce que c’est une scène héroïque, parce qu’étant sud-coréen il n’a pu en être témoin, parce qu’elle ne correspond pas à son idée du comportement des hommes pendant de la guerre. Alors pourquoi s’embarrasse-t-il d’une telle scène ? Histoire de laver le linge sale en famille. Les films sud-coréens s’adressent aussi à ceux du Nord, ils leur jettent très rarement la pierre préférant des cibles plus faciles comme les américains.


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 Et c’est là où ça se complique. Parce que les américains polluent véritablement le film. Un véritable relent d’idéologie moisie crachée dans notre Yop. Le problème n’est pas tant qu’ils soient présentés de manière archi-caricaturale, dans notre logique de récit cela s’explique très simplement : ils correspondent à la façon dont le narrateur les imagine. Que ce dernier s’applique dans sa caricature en utilisant consciencieusement les codes des films militaires US jusqu’aux confins d’une photographie sombre et lâchement désaturée, soit. En revanche ce qui est difficilement pardonnable, c’est qu’en insistant lourdement sur la menace américaine, le récit est inutilement pollué. Chacun des plans montrant l’armée américaine est une pub pour Call of Duty 2 : Modern Warfare. C’est fort regrettable, il n’y a plus rien de la finesse et des nuances qui émaillaient le récit. De toute façon, la couille sur les Américains, il fallait la sentir venir depuis le début. Le symptôme, il s’appelle Smith. C’est le soldat de l’ONU qui pilotait l’avion qui s’abîme à l’ouverture du film. Le coco est recueilli par les villageois de Dongmakgol et autant ne pas y aller par quatre chemins : c’est une véritable tache. Fade et lissé à l’extrême, le personnage ne présente aucun intérêt. Blond aux yeux bleus à la dégaine stéréotypée, il donne l’impression d’avoir été choisi à la va-vite dans le hall d’un hôtel à proximité de l’aéroport de Séoul. Ce n’est pas à l’acteur qu’on en veut, mais au traitement fait du personnage par le scénario. Ce traitement, il est nul. 


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Après un début courageux donc, le film perd de son élan. Il faut bien finir l’histoire et maintenant que les soldats coréens sont unis il leur faut bien un ennemi : qui de mieux que les méchants américains ? Les bombardiers US planent trop longtemps au dessus du village, on s’en lasse. Au lieu d’affirmer un véritable point de vue, il rentre dans le rang et crie avec la foule contre l’impérialisme américain en bouffant son Mac Chicken à deux euros. Une erreur de jeunesse dira-t-on, ça se pardonne, après tout pour un premier film c’était déjà bluffant.


Joy Means Sick & Sans Congo


 

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BONUS TRACK : Le top 7 des meilleures phases du film.


1   Dong-go qui corrige Smith, lui disant qu’il est malpoli de ne pas lui répondre alors que Smith essaye de faire fonctionner la radio dans son avion.

 

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1   L’enchainement rapide de plans (4’55’’) au moment où Su-hwa attrape par le col le sous-fifre qui lui demande d’abattre les blessés

 

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1    Le prof du village qui tente de parler anglais avec Smith

 

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1    Le combat contre le sanglier façon manga (summum de la fiction qui s’assume)

 

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1   La tentative de réconciliation dans les toilettes naturelles

 

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1    Yeo-il qui danse sous la pluie

 

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1    La pluie de pop-corn

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BONUS TRACK 2

 

Le lien pour voir le film sur Youtube !

 

 

 


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Published by Kim Bong Park - dans Comédie
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