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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 12:44

To You Form Me, Jang Sun-woo, 1994

to you from me

 

 

Article de la série : les carnets roses de Joy Means Sick et Sans Congo,

 

 

Yo poto,


On m’a dit que chez toi c’était le couvre-feu de la mort à cause d’une vache qui aurait foncedé toute la cantine de ton bahut en mode révolte de milka sur fond de contestation protestataire à cause de l’excès de choux-fleurs et gars y a des rumeurs et si c’est bien toi qui a fait rentrer l’animal ouallah t’es un bon.


Bon du coup j’imagine que tu fais profil bas et tout, moi j’ai vu un bête de film hier, un mec que je commence à connaître bien, Jang Sun-woo et comme je veux rendre un peu hommage à son film je vais essayer un peu de m’appliquer t’as vu faut pas te moquer. En plus je te promets y a de la seuf et des tchouchs à foison au milieu, c’est pour te divertir tout en faisant passer le message et t’éduquer un peu comme dans le film où franchement le gars il est à deux doigt de citer Deleuze en voix off pendant qu’ils font l’amour. En plus j’ai trouvé une copie pirate pour t’imprimer quelques screenshots je suis sûr y a moyen que tu refiles ça aux cassos de ta région pour te payer des pains au chocolats. Je te dis deux mots du réal quand même, le gars c’est un peu un rebelle de la life, genre artiste contestataire jusqu’au bout de l’ADN et il fait des films indépendants grave stylés, genre mouvements de caméra et cadrages de ouf avec des thèmes barjos et masses de références. J’ai trouvé des liens vers des articles chan-més qui parlent de A Petal (ICI) et Fantasmes (LÀ) notamment. Je crois pas que ça ait un rapport mais il fait des études d’anthropologie et il aime bien tout ce qui est expérimentations, comme mettre des passages en accéléré, en animation, sans son, jouer avec la voix-off, tester des montages chelouS et tout. Le film c’est adapté d’un roman du même nom.

 

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Alors au début y a une voix off et un texte à l’écran, c’est un effet qui va revenir souvent et généralement de manière abrupte pour faire des ellipses. Il aime bien chapitrer JSW, il faisait déjà ça dans Fantasmes avec des textes plus lapidaires pr contre (aka « 1er trou »). Là c’est une fille qui lit et elle raconte des histoires chelous de quand elle était petite avec son grand frère et un jour sa daronne lui dit que quand un homme veut ce qu’il y a entre ses jambes, faut toujours lui donner, c’est que comme ça qu’on peut avoir la paix dans le monde. Moi t’as vu je suis pas sûr, parce que si un mec il demande ça comme ça à ma sœur ou à ma meuf mon gars je déclenche la guerre du Vietnam 2.0 avec napalm et scalpel dans sa face. Bon mais en fait c’est un passage du roman sur lequel travaille le personnage principal (Moon Sung-keun), un écrivain qui boit du whisky et qui vit un peu reclus dans son coin. Là normalement, on s’était mis d’accord, c’est carton rouge, le parallèle avec la vie d’artiste et le huis clos du cinéma à un moment ça commence à bien faire. Mais c’était pas un divx que je pouvais foutre à la corbeille direct donc je suis resté dans la salle - ouais toujours au festival du film coréen là, franchement c’était trop bien cette année encore. En plus le gars, c’est le narrateur et je crois même pas qu’on s’embarrasse à lui donner un nom parce qu’on veut qu’on s’identifie à lui et même si c’est un peu un looser tout maigre ça va ça marche bien. Parce qu’en plus de commencer par se taper une meuf fraiche (là je me suis trop identifié mon gars) en fait c’est pas un looser, c’est juste que son équilibre il va être chamboulé à cause de Ba-ji (Jung Sun-kyung) une meuf qui débarque chez lui parce qu’elle a fait le même rêve que celui qu’il décrit dans son dernier livre, celui qui lui a fait gagné un prix national et tout. Lui direct il est tout croque de la fille, il trouve qu’elle a les plus belles fesses du monde (je te laisse juger en tout cas on prend soin de les cadrer au max) et elle fait genre elle le kiffe grave mais y a rien de personnel là dedans. Je te disais dans la lettre sur The Ae-ma Woman qu’on passe les premières minutes à étudier le morceau de viande qu’on nous sert, là y a pas de doute c’est du filet de bœuf morceau choisi AOC et tout. En fait si elle s’incruste, c’est parce qu’elle croit qu’il va devenir un super écrivain et elle sait très bien l’effet qu’elle fait sur les hommes et comment prendre le pouvoir en les rendant accro. Elle est pragmatique et donc elle donne son corps easy, comme un dealer qui t’offre le premier fixe avec le sourire. D’ailleurs une fois qu’elle a couchée avec lui en mode pas farouche pas de culotte, elle lui lâche : c’est mieux que le whisky nan ? T’as la confirmation directe parce que lui on le voit raconter à son pote que c’était un truc de fou que ça a duré une heure que « c’était serré comme un jean » (moi je suis plutôt survêt donc ça j’ai pas capté mais ça avait l’air positif). 

 

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La bande son du film elle est très sympa et elle alterne entre des trucs coréens dont j’ai aucune idée s’ils sont connus et des tubes occidentaux façon Bob Marley et The Doors avec un petit The End à la James Bond - Apocalypse Now. De ce que j’ai vu Jang Sun-woo c’est un type qui fait très attention à ça, ça fait partie de son amour pour le mélange des genres et des arts. Y a plein de passages avec des extraits de films aussi, dont une sorte de fascination pour Bonny and Clyde d’Arthur Penn et la fameuse scène finale de fusillade qui a un peu bouleversé les normes de le représentation de la violence au cinéma (normal qu’en tant que coréen il rende hommage) et dont il remixe un autre passage au son avec I Shot the Sherif. D’ailleurs c’est l’occasion de parler du personnage du poto de l’écrivain, un mec goleri celui-là, c’est notamment lui qui trip sur Bonny and Clyde au point de rejouer des scènes dans sa chambre et de se faire des délires où il prend la place des personnages du film. Le gars c’est un impuissant qui se fait sécher des peaux de bananes pour devenir viril comme un vodou africain et qui travaille dans une banque où il se fait traumatiser par une grosse madame bien relou. Il vit avec sa daronne qui lui lâche une phase goleri : « Je pensais que tu serais écrivain. T’as toujours menti et aimé les filles et les écrivains mentent et aiment les filles » (de mémoire). Franchement c’est un looser mais bien marrant et la vie elle tourne bien pour lui en fait, genre à un moment la fille au pantalon (c’est comme ça que le narrateur appelle celle qui a des fesses de fou) elle prend comme un défi personnel d’arriver à lui faire dresser la chose et s’applique un truc de malade.

 

Capture d’écran 2012-11-07 à 14.06.52

Capture d’écran 2012-11-07 à 14.08.58


Sinon j’ai aussi remarqué quelques trucs dans les films érotiques au niveau des récurrences de mises en scène. Déjà y a un truc c’est le cryptage canal plus maison. Dans The Ae-ma Woman (depuis j’ai checké c’est bien « la femme qui aime les chevaux ») sur la scène finale le gars plaçait la caméra derrière les roseaux de la cabane pour faire genre voyeur mais avec de la frustration parce que vois tu c’est inhérent au truc. Ici c'est une fille toute jeune qui fait escort girl pour la première fois et qui doit se déhabiller et quand elle le fait ben la caméra elle se met derrière le rideau comme ça tu vois pas trop ce qui se passe.

 

 

Capture d’écran 2012-11-07 à 14.22.50

Cryptage canal plus maison, la fille tout à fait bord cadre, à droite.

 

C’est comme une fille habillée sexy qui est plus attirante qu’une naturiste en train de cramer au soleil sur sa terrasse privée de Ouarzazate tu piges ? Ca crée un mystère, une tension, une difficulté et après hop il met sa caméra à l’intérieur comme la fille qui fait tomber la robe. Mais même là c’est pas des films de cul donc c’est le second truc dont je voulais parler, les cadrages interdits. En gros pas de zob, pas de foufoune. Y a une règle bizarre par contre, t’as le droit de voir les poils pubiens de la fille mais pas du mecs, je sais pas ça doit être le sénateur Mac Poil de l’ONU qui a glissé ça vite dans le texte de loi en loucedé au dernier moment, sûrement un joyeux drille qu’aimait bien la picole et la toison des pépées. Du coup ça donne des chorégraphies mais surtout des cadrages bizarres et selon les réalisateurs c’est une contrainte qui stimule ou pas la créativité. Par exemple là y a une scène qui en plus de ça est bien symbolique du film. Je te raconte : la meuf elle fait un faux interview au mec pour le préparer à être célèbre, les questions types et tout le tralala mais nous grâce au pouvoir de l’ellipse on arrive qu’à la fin. Donc il répond à la dernière question et là direct il est trop chaud il se jette sur elle un peu comme un gosse en disant qu’il a bien travaillé et qu’il mérite une récompense, une sorte de trip couche-culotte où tu sens que les rapports de force ils ont vite basculé entre miches de serin et l’écrivain. Elle fait sa mijorée vite fait en disant qu’ils doivent encore écouter et débriefer mais finalement elle se contente de mettre lecture et de se laisser aller et nous a on peut écouter tout l’interview pendant la scène d’amour. Et là c’est franchement bien filmé, la caméra elle fait des allers-retours entre les vêtements sur le sol, les corps des deux acteurs et le magnétophone, c’est grave bien fait et à un moment c’est son coup du foulard à lui, il met le magnétoscope en gros plan bien net avec les deux zigotos derrière en plan suffisamment large pour que tu te dises que c’est chaud chaud sans pour autant bien voir parce que c’est flou. Voilà ça c’est pour l’artistique, les autres cadrages interdits c’est la frontière avec le porno mais là je sais que tu touches ta bille donc je laisse ça de côté.

 

Capture d’écran 2012-11-07 à 14.18.38

 

L’autre truc récurrent, c’est au niveau du scénario. C’est toujours du sexe tourmenté. T’avais Madame Ae-ma qui était trop fidèle et trop en chien, là ça part bien tu dis que l’autre elle a une sexualité épanouie voire un peu trop mais bas-léc’ c’est de la fiction érotique. En fait elle a des secrets d’enfances pas loin de ce que je te disais avec la voix off du début et quelques expériences hardos dans les pattes, notamment avec son mec d’avant et là faut que je raconte un peu parce que c’est une scène de fou. Mon gars je trouve pas les mots pour dire ça bien, je crois qu’en étant brut mais direct ça passera mieux. C’est pendant les mouvements de contestations étudiants quelques années avant, ils se réfugient chez eux à cause des gaz lacrymogènes et elle elle va dans la salle de bains  pour s’essuyer les yeux. Elle est penchée sur la baignoire et là ni une ni deux, le mec il tourne fou et lui soulève la jupe sauf qu’aujourd’hui il a décidé qu’il passerait par des voies inhabituelles. Donc il lui fait ça en criant comme un dingue « à mort les capitalistes ! » parce qu’en fait c’est un peu la figure de l’intellectuel baltringue qui ose pas aller dans la rue et qui mène son combat là où il faut pas et pour son délire perso. La suite de la scène elle est carrément hardcore c’est limite un viol mais en animation. Du coup ça Mac Poil de l’ONU il l’avait pas prévu et tu peux tout montrer, même un plan depuis l’intérieur de la bouche façon Gaspard Noé dans Enter The Void. Tu vois le délire de l’association entre le flingue d’un mec qui serait comme son sexe, ben là le gars c’est l’inverse, t’as un plan assez clair qui te fait dire que le gars ce sert de teub comme d’un flingue. Elle, après ça, elle devient anorexique, c’est vraiment un sale délire le sexe tourmenté. T’as l’écrivain qui avait jamais eu de meuf, l’autre impuissant, la fille limite nympho mais en fait traumatisée, le producteur qui aime bien les lycéennes, bref c’est pas ton truc sur M6 le dimanche soir avec deux collocs un peu lesbiennes et un étudiant en échange brésilien beau-gosse qui vient découvrir les douceurs de Paris. Après le ton est pas vraiment dramatique non plus, même si y a des scènes un peu choquantes, ça couperait trop l'envoûtement du spectateur et c’est un peu comme briser un contrat donc faut être solide sur tes appuis si tu fais ça. 

 

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D'ailleurs ça me fait penser à Killer Joe de William Friedkin ça.


En plus évidemment c’est pas un téléfilm, c’est bien filmé, bien éclairé et bien joué et globalement l’alternance passages érotiques passages narratifs passe bien et même d’autant mieux que comme je te disais JSW s’amuse à mettre de la voix off narratives sur les moments érotiques et à imbriquer nickel son quota de scènes chaudes dans son scénario. D’ailleurs y a un type qui m’a dit un truc du genre « les scènes de sexe elles apportent rien à l’histoire » et en fait je suis trop pas d’accord. Y a une idée d’identification au personnage principal qui est évidente et comme le type devient accro à cette fille en grande partie à cause de son corps et de leurs parties de jambes en l’air et ben il faut que t’en vives un peu avec lui par écran interposé. C’est même juste qu’une question de manipulation (consentie) du spectateur, c’est comme dans un film d’horreur, on va pas juste te dire « le personnage a peur » ou le suggérer en faisant un plan sur le Cri de Munch, on va essayer de te faire vivre ça avec lui au moins en partie. Pareil dans les films de vengeance généralement on va voir le truc qui a trop venere le héros.

 

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En tout cas là c’est pas comme Madame Ae-ma, je te raconte pas trop l’histoire parce que si jamais t’as l’occasion faut que tu le vois c’est très frais même si faut faire gaffe que tes darons ils trainent pas dans le coin à ce moment là. En plus le gars il cite du Faulkner (« la meilleure chose pour un écrivain c’est de posséder une maison de prostitution »), Les Souffrances du jeune Werner de Goethe, il rend hommage à Alexander Payne et il fait un plan de violence muette à la Répulsion de Polanski, il te met une bande de son de rebelles de qualité bref un gars bien avec qui tu pourrais prendre un coca en terrasse et discuter des élections américaines. Tout ça ça fait partie de son délire idéologique de s’opposer au sein même du capitalisme parce que toi même tu sais les révolutions ça marche jamais comme tu veux c’est trop bourrin. Du coup on retrouve la théorie de Lorenzaccio évoquée dans l’Ivresse de l’Argent mais aussi cette idée d’humiliation en tant que manifestation du pouvoir dans un rapport de force. C’est le producteur dans les toilettes avec la meuf au pantalon, puis c’est cette même meuf avec son écrivain quand elle menace de se barrer. Lui il est genoux tout chialant pour qu’elle reste et elle accepte à condition qu’il fasse tout ce qu’elle dit comme un toutou. Tu te souviens du mec de The Housemaid qui lâche « suce !» à Eun-i en mode mâle dominant ? Ben là elle lui fait « lèche !». Une sorte de métaphore des abus devenus structurés par la classe dirigeante de nos société qu’il dit.

Tiens bon poto, nous ici on lâche pas t’as vu.

 

to you from me


 

JMS du XV3


PS : j'ai oublié un moment stylé du film où le gars baisse le son des dialogues parce que les personnages s'éloignent et là c'est goleri parce que les gens commençaient un peu à se pencher en avant pour mieux entendre. Ca m'a fait penser à Rosemary Baby où t'as un plan sur Mia Farrow qui pleure sur son lit mais on filme depuis l'extérieur de la chambre. Polanski il explique qu'il veut qu'on place la porte de façon à ce qu'on la coupe à moitié et je crois qu'il s'engueule avec son chef op qui lui pense que c'est un moment important et qu'on doit bien voir le visage de la fille. Mais bon c'est Polanski le chef donc il fait ce qu'on lui dit, mais là où c'est intéressant c'est qu'à la projection, au moment où arrive ce plan là, le chef op il a remarqué que toute la salle penchait la tête sur le côté pour essayer de mieux voir le visage de l'actrice en train de pleurer. Et là il s'est dit ouallah j'suis un naze et Roman poto t'es un boss t'as tout capté.


 

 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Erotique
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