Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 21:25

The Power of Kangwon Province, Hong Sang-soo.

photo5992.jpg

 

Le film sur youtube

 

 


 

 

 

Round 1

 

Yann Kerloc’h nous avait prévenus : « formellement, c’est inouï et d’une rare exigence, mais pas facile d’accès ». C’est vrai. Tellement pas facile qu’on n’a pas trouvé la porte d’entrée, si tant est qu’il y en ait une. A l’heure de faire les comptes, perso, je retiens les plus beaux kicks distribués par ma prof de maths de cinquième : « on ne peut pas diviser par zéro, trou du cul ! ». Je souhaite aujourd’hui tirer ma révérence à cette femme d’une grande sagesse. HSS a manipulé le vide : le résultat est atroce.

 

The Power of Kangwon Province est une coquille vide, transparente, de dimension nulle. Il n’y a strictement rien. Ou plutôt deux fois rien dans la mesure où le film d’H(S)S est composé de deux parties. Dans la première, trois jeunes femmes se retrouvent en week-end à Kangwon. Il s’agit de décompresser, surtout pour Ji Sook, cheftaine de la bande – la préférée d’H(S)S en tous cas – qui sort d’une relation foireuse avec un homme marié et qui s’arroge le monopole du style au détriment de ses vassales. Les trois laideronnes se font accoster par un policier sans pistolet – fantasme de l’uniforme ? annihilation du principe phallique ?  yin ? yang ? – qui leur propose de passer la nuit chez lui. A défaut d’organiser une partouze, H(S)S propose une soirée flinguée, avec une discussion toute naze – t’es vraiment un cliché meuf ! – quoi moi un cliché ?! – heu, ça veut dire quoi un cliché ? – tandis que le policier tombe dans le piège de la « fausse mystérieuse », a.k.a Ji Sook, ou la meuf un peu moins moche que ses copines qui parle un peu moins et lance deux phrases creuses comme des dents de cafards pour orienter sa valeur à la hausse. Le mec commence à rôtir sous son caleçon sauf que la poulette ne trouve rien de mieux que … dégueuler. Comme fréquemment, le cinéma sudco nous donne à avoir des demoiselles qui ont la main lourde et le soju léger. Quelques jours après ce premier échec, Ji Sook retourne chez le policier. La disposition donne un peu l’impression de « première fois » : journée d’amoureux rondement planifiée type « on-ne-rate-aucune-attraction-au-parc-astérix », discussions niaises durant lesquelles sont subtilement lourdement dévoilés des secrets de part et d’autre  – des secrets qui mettent en valeur of course – et fin de soirée à l’hôtel Ibis – du moins c’est ce que l’on peut déduire de l’autoroute imperturbable qui s’impose à la fenêtre. Sauf que, sauf que la soirée tombe à l’eau et ne s’achève pas sur les étreintes endiablées du « n’golo n’golo ».

 

kangwon4

 

La deuxième partie du film, c’est deux potes, la trentaine, qui se retrouvent également à Kangwon. L’un des deux, Sang kwon, est l’ex de Ji Sook. Il est lui de même à la recherche de sensations fortes. Il paye une prostituée pour oublier sa misère. Il fait aussi deux ou trois trucs en plus – ne me demandez pas lesquels, je devais être en train de roupiller. Un élément intéressant peut-être : le dernier plan du film le montre lui en train de fixer des poissons rouges. L’histoire de sa vie, three-second-memory boy.

 

Je ne suis pas un poisson rouge, mais nul doute que ce film ne logera pas au fond de ma mémoire plus de trois secondes. Je suis d’ailleurs en train de l’oublier à mesure que j’écris ce texte. Inutile d’aller plus loin dans la reconstitution de l’intrigue. Grosso modo, il semble que nous nous trouvions en face d’un crime. H(S)S, vacciné puis inculpé, a été pris en flagrant délit de « cinéma français ». Histoire sans intérêt, monotonie incontrôlée, banalités des plans : c’est vraiment incroyablement vide. J’ai rarement senti cette angoisse kierkegaardienne au bord d’un précipice sans fond. Il n’y aurait guère que M. Feldspath (Une femme coréenne), ou Yann Kerloc’h (parce qu’il a les clés), pour trouver de l’être dans du néant.

 

Une remarque concernant l’habillage : The Power of Kangwon Province n’est filmé qu’en plan fixe. Sommité du summum de l’archi-naze que de chercher à acquérir sa légitimité à partir d’un style clinique, neutre, et épuré. Le plan fixe n’a de sens que par le contenu. Et si le contenu sonne comme une niaiserie et arrache les pupilles, le plan fixe n’est qu’une insulte de plus à la longue liste garnissant le procès-verbal. Le pire c’est que ça donne encore moins envie de prendre le film au sérieux. Même Eric Rohmer fait des efforts pour bouger sa caméra, alors franchement H(S)S n’a aucune excuse ; hé oui, n’est pas Haneke qui veut.

 

display

 

Round 2

 

Du coup, regardons d’un peu plus près les ingrédients utilisés par HSS pour nous concocter son film.

 

Des plans fixes, uniquement des plans fixes. En soi, pas une mauvaise idée, pas super originale non plus. Au début de sa carrière de réalisateur, Kitano avait pris la même option, avec une explication intéressante : nouveau au cinéma, il refusait d’employer les mouvements de caméra sans les comprendre. Coppola l’a fait aussi, en « fin de carrière » cette fois, pour L’Homme Sans Âge, mais bon, comparer HSS à Coppola c’est vrai que ce n’est pas fair-play. Quoiqu’il en soit, les deux larrons précédemment cités se démarquent par un sens du cadre méchamment prononcé et rigueur extrême, bref un truc qui dépasse le spectateur. Chez HSS, on est jamais dépassé, on sent que la composition est pensée, ou plutôt on le voit et dans les moindre détails. Pensée peut-être, mais pas travaillée. Elle est insignifiante et son seul intérêt de faciliter la digestion de longs plans bavards. Parfois, c’est aussi clairement un choix économique et frileux : ça coûte moins cher et ça prend moins de temps. On sait que HSS n’a pas vraiment de succès en Corée et qu’il n’a pas de moyens, on sait aussi qu’avec trois francs six sous d’autres ont pondu Permanent Vacation, Made In Hong-Kong ou même Sexe Mensonge et Vidéo. Les références sont trop dures ? C’est bien la preuve que l’on a mis Hong Sang-soo dans la mauvaise division.

 

Très peu de raccords, voire pas de raccords du tout. En plus d’êtres fixes, les plans d’HSS constituent une unité : dans 75% des cas (à plus ou moins 10% près vu que j’ai parfois roupillé) l’équation « un plan = une scène » est respectée. On ne va pas s’acharner sur le côté cheap du film mais quand on peut entendre un changement de plans à l’oreille par manque de lissage sonore, on commence à se demander si ce n’est pas un film de vacances monté vite fait sur movie maker. En plus, ce faisant, HSS s’interdit tout montage, donc toute variations de rythme autre que celle imposée par l’enchainement des scènes. Impossible aussi d’utiliser d’autres prises sous d’autres angles où les acteurs joueraient mieux à la fin qu’au début ou inversement.

 

ed7841ab5a609d1d013dbd16ff791460

 

Des décors et une lumière naturels et pas franchement jolis, HSS n’est pas porté sur l’esthétique mais passe encore, personne que le cinéma devait être beau. Personne n’a dit que le cinéma ne devait être quoique ce soit d’ailleurs. Quoi d’autres ? Ah oui, des dialogues, et quels dialogues ! C’est sûr, ce n’est pas trop mal écrit ni même super mal joué, en même temps on ne peut pas dire qu’HSS se soit foulé. C’est facile de dire que l’on veut coller au réel, dépeindre les gens tels qu’ils sont vraiment, montrer la banalité au cinéma. C’est beaucoup plus difficile d’en faire quelque chose de regardable, d’intéressant, bref quelque chose qui ne soit pas The Power of Kangwon Province.

 

Au niveau du contenu, c’est vide et le mot « fond » prend un autre sens : c'est un fond que l'on distingue nettement à travers des dialogues vides et creux. Criez et il y aura de l’écho, sûrement la recette du succès d’HSS. Ce type a toujours les mêmes obsessions : les milieux pseudo intello, les errances sexuelles, des filles bavardes et faciles… le tout filmé comme un documentaire chiant. Ce n’est ni drôle, ni pathétique, ni érotique. Les personnages boivent pour oublier leur misère, Hong Sang-soo fait des plans et des films pour combler le vide, pour meubler comme d'autres bavardent à la terrasse des cafés en citant télérama.

 

HSS c’est le terrain de jeu rêvé du cinéphile bas de gamme, celui qui aime bien plus parler des films que de les regarder et qui affectionne particulièrement les œuvres les plus chiantes. C’est difficile de faire son intéressant en parlant de Citizen Kane, sur The Power of Kangwon on peut dire à peu près tout ce que l’on veut. Yann K se trompe quand il dit quand il dit que ce n’est pas très accessible, c’est grand ouvert et on peut y mettre ce que l’on veut pour la simple raison que c’est vide.

 

Après La Femme et l’Avenir de l’Homme, ce film est donc le 2ème avertissement pour HSS, j’ai beau avoir apprécié Conte de Cinéma il sera suspendu au prochain match.

 

19279f1f880a9e1cd25b7f29ffde8ba2

 

 

BONUS

 

Groland - la pétasse

 

 


 

 

Retournez à la cuisine ! - recette du sashimi par un cuisto qui a un cheveu sur la langue (difficile de dire sushi et sashimi dans ces conditions)

 

 


 

 

Au moins Rohmer, dans ses discussions chelous, il place de la référence, ça fait réviser la philo


 


 

 

Pauline à la plage, Eric Rohmer, dans la série discussions bizarres

 

 


 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Kim Bong Park - dans Comédie
commenter cet article

commentaires

Sans Congo 10/12/2011 14:24

Il se rebiffe. Rien ne va plus. Triste époque.

Martin 08/12/2011 22:00

Patatra! V'la Yann K qui nous dézingue HSS!
http://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=278632062187248&id=100001772719899

Joy Means Sick 12/02/2011 10:57


Ok man, désolé j'ai du lire un peu vite ton commentaire, en même temps ma bêtise t'a poussé vers un développement intéressant sur la façon de filmer de HSS. Si jamais j'ai le courage d'en regarder
un autre je me pencherais sur ce systématisme, ça donnera au moins un intérêt au film.

Je suis super chaud pour lire ton ITW de HSS !


Epikt 11/02/2011 18:20


On s'est mal compris.
Je ne parle pas d'épure ni de quoi que ce soit du genre. Plutôt qu'au cadre, je pense surtout aux angles/distances de prise de vue, qui n'ont pas encore le systématisme de ses derniers films
(heureusement que le zoom déride un peu ça).

J'ai vu pour la rétro, en fait ils font deux coups d'un seul puisqu'il y a aussi rétro à Deauville - je me demande qui a bien pu trouver ça indispensable. J'irai pas voir les films, mais je me tâte
de faire une interview :/

(c'est pas sur la page d'accueil car il n'y a que les rétros du mois ; je sais ils sont très doués pour la mise en valeur de leur programme)


Joy Means Sick 11/02/2011 17:42


T'as vu tous les films de HSS? Pourquoi tant d'acharnement? T'es un grand malade mec. Ou un sympathique masochiste. En même temps j'ai vu trois film de ce type et je ne peux pas en dire autant de
tous les réalisateurs, même ceux que j'aime.

Je vois ce que tu veux dire pour la mise en scène "épurée" mais quand même... c'est extrêment creux, rébarbatif et sans inventivité. D'autres diront "dépouillé" ou "sobre" mais j'ai bien peur que
ce ne soient les même qui parlent de film "difficilement accessibles".

Tiens d'ailleurs si tu veux te faire un trip SM : y a une retrospective HSS qui se prépare à la cinémathèque:

http://www.cinematheque.fr/fr/calendrier-general.html?annee=2011&mois=3

(va savoir pourquoi ils n'ont pas osé l'afficher sur leur page d'accueil...)