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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 11:31

 

The Secret Reunion, de Hun Jang

 

Fiche technique :

 

- Scénario : Jang Min-Seok

 

- Casting : Song Kang-ho (Lee Han-gyoo, sud-coréen), Kang Dong-won (Song Ji-won, nord-coréen)

 

 

the secret reunion-poster01 small 

 

 

 

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C’est dans les vieux pots que l’on fait… donc on prend une recette qui fait ses preuves : une intrigue nord/sud, qui se déroule au sud. Lee Han-gyoo (Song Kang-ho - qui joue la plupart du temps en autopilote) taffe au contre-espionnage sud-coréen. Dans sa ligne de mire, un assassin nord-coréen haut de gamme surnommé Shadow, un pur méchant, un type old school, un gars de la première heure, le genre à buter femmes et enfants pour la cause. L’occasion se présente de lui mettre le grappin dessus, alors tout fougueux, Han-gyoo fonce dans le tas sans prévenir ses supérieurs hiérarchiques : le désir de reconnaissance, de Spartacus à Aziz du Loft, ne finira jamais de ronger les hommes. Comme il fallait le prévoir, l’opération est un échec, des policiers sont tués, Shadow s’échappe ainsi que son complice : Song Ji-won (Kang Dong-won). Song, c’est le mec qui est méchant parce qu’il est né du mauvais côté de la frontière et qu’il est très patriote. Malgré cela, il empêche Shadow de tuer une enfant, ce qui lui vaut d’être soupçonné de trahison par ce même Shadow quand les sirènes de la police retentissent : les choses ne sont pas si faciles donc, les thuriféraires du crime aussi ont une âme, et elle ne porte pas nécessairement la couleur du sang malgré leur obédience politique. (Larmes). L’intervention du contre-espionnage précipitant un peu le cours des évènements, Song se retrouve donc coincé dans le sud, coupé du nord et de sa famille, en galère. L’officier Lee Han-gyoo est quant à lui licencié. Six ans passent, Han-gyoo s’est reconverti dans la recherche de femmes thaïlandaises et/ou indonésiennes qui fuient leurs maris sud-coréens (au passage, le thème est assez présent dans le film, mais nous ne l’évoquerons pas, on pourra se référer à Land of scarecrows sur ce point) ; grosse chute en gamme pour Han-gyoo  mais il n’y a pas de sot métier et il faut bien gagner sa vie. C’est par ce biais que sa route va à nouveau croiser celle de Song Ji-won. Le reconnaissant, il y voit une occasion en or de mettre la main sur Shadow. Ji-won, reconnaissant Han-gyoo également, persuadé qu’il travaille toujours pour l’agence, se dit qu’il va pouvoir prouver sa loyauté. Du coup ils se mettent à travailler ensemble, sans savoir qu’ils savent que l’autre sait que… et en pensant que l’autre est toujours celui qu’il était six ans plutôt.

 

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The Secret Reunion (un titre bien mal choisi) fait partie de ces films qui débutent in media res, on doit sauter dans le train en marche et franchement à l’intérieur c’est un sacré bordel au début. C’est qu’il roule vite le train et il faut saisir l’intrigue et les personnages à la volée, ce qui n’est pas forcément évident. D’ailleurs au début seule l’énergie contenue dans les images et le son nous porte ; au milieu des tambours et des violons on ne sait pas trop qui est qui, qui fait quoi, on se laisse emporter par un courant trop puissant. Et on cogne contre les rochers. Désorienté, on se dit qu’on est parti pour un thriller à 100 à l’heure, filmé comme les experts à Séoul (ou alors, allez, osons le dire, comme The Chaser) et qu’on aurait dû mieux se préparer. Faux, « thriller » le film ne l’est qu’à ses extrémités. Au milieu, c’est à la cohabitation des personnages qu’on s’intéresse, au sens propre comme au figuré.

 

En prenant les spectateurs à la volée, le film nous emporte dans une mauvaise direction : on croit mettre le cap sur Shiri et 24h chrono et on se retrouve 20 minutes plus tard à observer une comédie sur Han-gyoo et son nouveau coloc, Ji-won. Et c'est difficile de revenir sur une première impression, surtout quand l'embarquement a été aussi violent. Les passages comiques font tâches au début, on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe. Puis au bout d’une bonne dizaine de minutes, une fois qu’on a définitivement abandonné l’idée d’avoir à l’écran une mort atroce par tranche de deux minutes, on se résigne à prendre le virage à 90° imposé par ce changement brutal de direction. Thriller aux bornes donc, nous commencerons par là.

 

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L’étude du polar aux bornes impose une remarque préliminaire concernant la mise en parallèle des deux protagonistes principaux. Au début du film, et tous espions qu’ils soient, on comprend qu’ils ont chacun de leur côté une famille qu’ils chérissent. C’est une symétrie somme toute assez classique qui se reflète de part et d’autre du 38e, même si Ji-won est en Corée du sud à ce moment là, - c’est pour la métaphore-. A l’extrême fin du film, le lien avec la famille est reconstitué pour Ji-won, -ce qui n’est pas le cas de Han-gyoo, mais on peut considérer Ji-won comme sa nouvelle famille. D’ailleurs cette scène se déroulant dans la première classe d’un avion, on pouvait légitimement se demander si tout cela n’était pas qu’un rêve, mais enfin c’est une autre histoire. Admettons cela pour le moment, symétrie imparfaite mais symétrie quand même.

 

Maintenant, évoquons les deux moments « polars », situés directement à l’intérieur de ces bornes. Dans les deux situations, une constante principale : Shadow, qui porte bien son nom puisqu’en tant qu’ombre, on ne le voit pas durant le « grand milieu » du film. Puis deux autres constantes, incidentes, mais qui méritent d’être relevées. Premièrement, un point qui nous intéresse, que nous aimerions développer, mais que nous ne pourrons peut-être jamais faire : le rôle des voitures. Toujours des vecteurs affolants qui tracent à toute vitesse les lignes d’une tragédie, le rôle et la place des voitures dans le cinéma sud-coréen pourraient constituer un sujet intéressant. Nous sommes peut-être victimes d’une illusion optique, où sillon biaisé, mais nous avons fermement l’impression que le taux d’utilisation de l’objet « voiture » est particulièrement élevé dans le cinéma sud-coréen. Pourquoi ? Vaste question à laquelle nous ne prendrons pas la peine de répondre, du moins pour le moment. Deuxièmement, et cela a déjà été évoqué plus haut, dans les deux cas Han-gyoo veut la jouer solo : une fois ça foire, l’autre fois ça foire aussi mais ça finit par marcher.

 

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La première borne, c’est l’assassinat d’un traître au régime nordco qui s’était réfugié en Corée du sud. La séquence de l’assassinat est très sombre. On y bute d’abord une vieille sans broncher, puis une jeune fille (on nous épargne l’égorgement tout de même), puis le père, mais on a la décence de détourner l’enfant. Cette séquence est vraiment comme il faut : ramassée, cinglante, affûtée, ergonomique : en matière d’assassinat entre amis-espions, la sobriété paye toujours. Le déchaînement infini de la violence en un temps extrêmement court, dans un espace intensément circonscrit, c’est vraiment une composante essentielle d’une bonne posture d’espion. D’ailleurs cela va entièrement dans le sens des espions, grands mensonges des gouvernements, qui sont toujours occultés, inconnus, déshérités. Ils sont cachés, se fondent, et passent pour. En témoigne la fuite de Shadow, pépère les oies, sur un scooter de pizzaiolo, alors qu’une voiture est à sa poursuite. C’est dans les bifurcations, tours et soubresauts qu’il parvient à se fondre dans le décor. Et là surgit la véritable angoisse : face à Shadow, aucune chance. Un vrai difficile le gaillard, et lorsque Ji-won laisse transparaître un haut-le-cœur à l’idée d’assassiner une femme qui n’est pas partie prenante à leurs affaires, la sentence du vieux singe tombe comme une épitaphe : « romantic southerns are whores » - pas coul. Un mec à l’ancienne ce Shadow, qui a dû garder quelque chose de très prégnant de ses quelques années passées dans des tranchées boueuses : il se fait le traître à coup de semelles, franchement sale.

 

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La fin est du même acabit, Shadow, toujours lui, toujours résolu, détruit tout ce qui croise son chemin avec le plus grand naturel qui soit. Résolu, droit dans ses bottes, sûr de son bon droit et réinterprétant l’Histoire à la lumière de sa propre expérience, il redescend dans le sud pour se faire un autre traître. En freelance cette fois, pour le plaisir de faire plus que ce que la morale impose. Un zélé quoi. Il a atteint un point machinique dans l’assurance qu’il a d’être en train d’accoucher l’histoire : Shadow ne prend même plus la peine de courir lorsqu’il dézingue. Bref, le point ultime de l’idéologie : celle qui se déploie en feignant une légalité totale. Vraiment un chic type ce Shadow, on aurait particulièrement apprécié le voir un peu plus, surtout que le papy n’a pas perdu son sens de l’humour. Au tout début du film, lorsqu’il retrouve les deux apprentis-espions (dont Ji-won), pour refroidir le premier traître, il leur fait passer un test de danse pour savoir lequel il emmènera avec lui. Et les deux bébés de se mettre à gesticuler comme on dansait le « rap » au tout début des années quatre-vingt dix lors des booms de salle de classe du vendredi après-midi précédant les vacances scolaires. Shadow dans les toilettes qui demande à ses deux apprentis-espions de danser à l’occidentale, c’est quand même une bonne manière de charrier. Ce moment est complètement à contretemps, on aurait dû le voir venir à ce moment là, le sitcom du « milieu du film » : « all our funding went to dance classes ». Eh oui, le Cher dirigeant sponsorise les cours de hip-hop.

 

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Bref, au tout début du film, on entend des tirs dans un immeuble, on voit la police s’agglutiner à l’extérieur, et vu la configuration des lieux on se prend à rêver : et si ça partait en Breaking News, comme ça ? Et bah non en fait, ça ne laisserait pas assez de marge de manœuvre au grand Song Kang-ho. Si son personnage, Han-gyoo, accepte de se déployer en effort intense pour rattraper Shadow, le poursuivant à pied jusque dans le périphérique (et à ce moment-là on retient vraiment sa respiration : SKH qui court dans le vide, on sent un bon truc à la Memories of Murder), il faudra refréner ses ardeurs et s’en tenir au coït interrompu : le film n’ira pas plus loin.

 

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Nous arrivons donc au « grand milieu », qui vire tout bonnement à la comédie. A ce sujet, une idée de classement nous vient à l’esprit : Les Grands écarts les plus improbables du Cinéma sud-coréen. Lorsque, six ans plus tard, Ji-won et Han-gyoo se retrouvent, la moindre des choses à laquelle on puisse s’attendre, c’est qu’ils s’écharpent. Bon, ils ne le font pas, tant mieux se dit-on, c’est encore plus vicieux de faire comme si. Mais encore moins en fait, il ne se passe rien ! Han-gyoo embauche Ji-won dans sa petite entreprise foireuse de ramasse-thaï perdues dans la nature, et Ji-won emménage dans l’appartement de son patron. Hou, il fallait la tenter celle-là. Le ton du film se balade entre le 1er et le 2nd degré, sans pour autant taper dans le 1,5 degré d’Im Sang-soo. Du rire et des larmes, une recette classique pour un film qui veut plaire à son public, surtout en Corée ; surtout quand il faut nuancer les passages thrillers et la violence des premiers assassinats.

 

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De la comédie et du second degré, on pourrait trouver pléthore à redire. Le premier point, le plus évident peut-être, réside dans le quiproquo entre Han-gyoo et Ji-won qui se matérialise selon les circonstances en jeu du chat et de la souris et autres cache-cache. Une des premières choses qu’on nous apprend au collège à propos des pièces de Molière, c’est que le quiproquo est l’étoffe de l’humour. Ici, c’est une belle doudoune puisque le malentendu est élevé au second rang. Et du coup, comme claustrophobique, le film réduit l’espace de l’enjeu politique à un petit appartement d’une pièce en duplex. Du coup, l’espace étant restreint, « ce sont les volumes qu’on exploite » (cf. Ikea, centre commercial Paris-Nord II, appartement-modèle factice de 21 m², le plus petit – pourquoi se sentent-ils obligés d’y poser des livres en suédois ?). De ce point de vue là, les angles sont exploités avec brio, et la vue ne s’ « ennuie » pas vraiment malgré l’exiguïté de l’espace filmé. En attendant, à l’intérieur, c’est la « coloc » : rangez Brad Pitt et Angelina Jolie, voici venus Mr & Mr Smith. Si le couteau qui tombe suspectement au sol peut réveiller le flip d’Han-gyoo à l’encontre de son « féroce » colocataire Nordo, pour le reste, c’est quand même globalement le déploiement d’une dialectique homosexuelle. Il faut faire attention, lorsqu’on regarde un film « étranger », à ne pas calquer une grille de lecture réductrice renvoyant insensiblement à nos catégories d’allant-de-soi. D’ailleurs, notre point de vue selon lequel les deux se cherchent sexuellement n’est jamais qu’une assertion visant à remplir un espace vierge du verbiage généreux de nos plumes. Nous ne disons pas que ce sont des homosexuels, nous disons seulement que certains éléments du film permettent d’explorer cette piste. Le jeu auquel ils s’adonnent, l’espionnage d’espionnage, est quand même relativement caractéristique d’une manière d’être au monde lorsqu’on drague quelqu’un. Quand on drague, on est en devenir-chacal : on épie les faits et gestes, on cherche des signes, on se met en scène, on se fait passer pour autrui, on ignore délibérément, le tout dans un but de capture, de déchiquètement, d’ingurgitation. Cette métaphore de l’amour n’est peut-être pas présentée sous ses atours les plus flatteurs, il semble pourtant que le principe de la drague puisse, physiologiquement, être réduit à ces quelques principes d’action. Et quand on regarde et analyse les actes d’Han-gyoo et de Ji-won, force est d’admettre, au regard des critères ci-dessus établis, que les deux zigotos se draguent. Et alors franchement, passer du Cercle bleu des Matarèse (Robert Ludlum), où Brandon Alan Scofield, vétéran des opérations consulaires américaines, se trouve dans l’obligation de s’associer avec son pire ennemi, Vassili Talenikov, grand gourou du KGB, comme le laissait entendre le trailer de The Secret Reunion, à une esquisse allant dans le sens de Brokeback Mountain, comme le suggère, par exemple, le regard figé de Ji-won sur la raie des fesses de Han-gyoo qui dépasse de son pantalon, nous n’avons qu’un mot à dire : bravo M. Hun Jang, le contrepied est total.    

 

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Bon mais au-delà, encore une fois, il faut bien comprendre que nous ne disons pas « haha c’est en fait un film sur l’homosexualité ». Nous disons juste que la relation entre Han-gyoo et Ji-won est univoque, allant particulièrement dans le sens d’une affection réciproquement grandissante, mais qu’elle bifurque selon diverses directions, notamment une qui semble être la voie d’un désir sexuel.

 

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Pour des considérations plus prosaïques, il conviendrait de rendre compte du caractère d’Han-gyoo, joué par SKH. Le visage passif et maussade de Ji-won ne semblant pas vraiment appeler à des remarques particulières, SKH est en revanche au rendez-vous, comme d’hab, toujours plein de style, toujours dans le temps, toujours farceur, toujours dépité, toujours jovial, toujours dépassé. En costume blanc de béké, chemise pâle, à la chasse aux petites thaïlandaises et/ou indonésiennes, le mec est du genre à fantasmer sa vie : genre « je te jure, si tu ne m’avais pas retenu, je lui aurais fait la tête en carré ». Un mec complètement normal. Mais au lieu d’en faire un personnage à la con « type je n’ai pas de biceps, mais au fond de moi, qu’est-ce que je suis torturé », là on en fait juste un mec sympa, impuissant, mais vraiment drôle. Un type coul avec qui on passerait un bon moment à boire des bières. Les deux branquignoles qu’il se coltine dans sa petite boîte de détective privé, ce n’est pas vraiment la strike force, mais il s’en moque un peu. Comme il se moque d’aller au combat contre une trentaine d’Indonésiens survoltés avec vieux pistolet à vent. Le combat est extrêmement chorégraphié, avec de la musique burlesque : on est là pour le cirque, pour amuser. Tout de suite, Charlie Chaplin scintille dans nos hypothalamus de renards des surfaces, mais ça va encore plus loin. Dans ce combat foutraque et déséquilibré, ce sont tous les participants qui font corps, comme s’ils formaient une masse unique, une meute. Il semble que le cinéma asiatique retranscrit avec plus d’aisance l’effet-meute que les autres cinémas : formant ainsi un ensemble stable, il n’y a pas à s’inquiéter pour Han-gyoo, il ne se fera pas tuer.

 

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Ce qui est encore plus stylé avec SKH, c’est l’apparente négligence qu’il impose à son personnage. On a l’impression parfois de ne plus vraiment savoir si c’est lui qui parle ou son personnage. Les exemples les plus nets se trouvent dans les jurons et remarques qu’il lance dans le vent contre les communistes. Et en particulier deux phrases qui sont lâchées avec un naturel troublant : « what kind of commie is so fixated on money » et « a commie producer, no wonder this country is going to shit ». Ces phrases sont d’abord l’occasion d’évoquer un point particulier qui rattache au moins la Corée du sud, Taïwan, et à moindre mesure les Etats-Unis : dans ces pays, une des insultes communes, c’est d’ « être communiste ». Là où dans notre pays nous mobiliserions des armes disons plus conventionnelles, comme la mère, l’orientation sexuelle ou … (bah non rien d’autre en fait), ces pays font du « commie » la ratio essendi originale qui bourgeonne au détour d’une bouche malintentionnée. Qu’on s’en assure en regardant, concernant Taïwan, les films d’Edward Yang, notamment la fresque historique taïwanaise post-seconde guerre mondiale, A Brighter summer’s day, ou Mahjong, avec Virginie Ledoyen (pourquoi elle ?? No sé…). Mais surtout, ces remarques paraissent tellement sincères qu’on a envie de lui dire « trop d’accord avec toi gars ». Et du coup, c’est SKH ou Han-gyoo qui le dit ? Plus loin encore dans le film, SKH joue Hang-yoo en train de se mettre en scène tout seul : il fait semblant d’arrêter Ji-won dans son appartement. Pas mal cette petite transitivité. Han-gyoo dit d’ailleurs à son pote, quand il lui raconte qu’il a réussi à faire l’étonné lorsqu’il a pour la première fois croisé Ji-won : « je savais que j’avais le truc ». La fiction par laquelle un acteur qui joue l’apprenti acteur, c’est quand même une super belle dérivée. C’est même un grand moment mythique que celui où SKH/Han-gyoo fait semblant d’arrêter Ji-won. Dans le même genre, il faut regarder dans Un héros très discret (Jacques Audiard), la séquence durant laquelle Matthieu Kassovitz s’entraîne à jouer le rôle d’un ancien résistant. C’est vraiment une super grande prouesse. Juste une précision urgente sur ce film d’ailleurs : si vous avez envie de vous flinguer, accordez au moins une dernière chance à la vie et regardez Un héros très discret, ça vous remettra peut-être les idées en place.

 

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Bref, on passe de bons moments comiques, parfois longuets comme dans toutes les comédies sudcos. Et à vingt minutes de la fin, retour de Shadow. Le tracteur scénaristique nous ramène sur le droit chemin. Le final est classique, sans intérêt pour les plus durs peut-être, mais étant donné qu’on a fini par s’attacher aux personnages, on a l’hameçon solidement enfoncé dans le palais, et on marche.

 

Le problème de l’épilogue. Le film commence dans l’action, son début est donc ouvert : on a raté quelque chose, il y a un avant film auquel on ne nous a pas prié d’assister. Le mouvement préexiste et nous emporte dans son sillon. Le film se ponctue, longuement, par un épilogue. Chaque intrigue trouve son dénouement, le mouvement est ralenti puis stoppé. Ok, c’est une règle de base de scenario que de finir toutes les intrigues, de ne rien laisser au hasard, de ne pas commencer quelque chose sans la terminer. Ok. Mais ici, premier problème, toutes les intrigues se ponctuent au même moment, dans l’épilogue, soit après la fin de l’intrigue principale. Le moteur principal s’est donc arrêté, on est en roue libre, et l’inertie n’est franchement pas folle. Du coup, on s’emmerde un peu. Pourquoi ne pas oser laisser le spectateur en suspension. Le suspens, si valorisé au cinéma, ne traverse que trop rarement les portes des salles de ciné. La Haine, ça c’est une fin. Un film se passe autant sur l’écran que dans la tête de chaque spectateur. Avoir une fin plus ouverte, c’est peut-être aussi faire confiance au spectateur, le laisser finir le film tout seul. Alors bien sûr il ne faut que ce soit une facilité. Il doit pouvoir trouver suffisamment d’indices, faire ses hypothèses, bâtir ses raisonnements. Si on nous avait laissé sur une vision fantasmée de la famille de Ji-won, on en aurait été bien plus heureux.

 

 

BONUS:

 

Puisqu'on parle d'Edward Yang, voici deux extraits, le premier de Mahjong, le second de A Brighter summer's day (malheureusement, nous n'avons pas pu trouver de passages d'insultes...

 

 


 

 

 


 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Action
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Epikt 25/10/2010 12:07


A ce sujet, pour ceux que ça intéresse : rétro Edward Yang à la cinémathèque française, du 8 au 26 décembre 2010.