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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 22:34

Ecrit et réalisé par Yun Je-Gyun en 2002, Sex is Zero est par définition un film d'auteur.

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 LE FILM SUR YOUTUBE  

 

 

Pas de pom-pom girls mais des gymnastes tailles mannequins qui s’entrainent au rythme d’une musique entrainante et naïve, une sorte de rock pour campus américain à la différence près que l’on est en Corée (ou que l’Amérique a été recouverte d’une vague d’immigrants asiatiques). Le montage alterne « subtilement » entre nos fans de GRS et une séance de bizutage en bonne et due forme : les nouveaux doivent boire un étrange mélange où flottent mégots et autres immondices. Aucun contexte, aucune explication, aucune prise de recul, Sex is Zero a un cahier des charges à tenir et n’a pas le temps de faire semblant de s’arrêter sur ce genre de subtilités. L’efficacité et les ados coréens dans la ligne de mire, trois ans après American Pie, on sort le bazooka. Ici dentelle ne rime qu’avec sous-vêtements. 

 

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Eunshik, anti-héros, looser affirmé, branleur compulsif mais très fleur bleue, se réveille donc le lendemain de ses expériences culinaires de l’extrême la tête dans le vomis et les gaz de dératisations (ou anti-cafards qui sait). Paniqué, encore saoul, il saute par la fenêtre en criant  « FIRE ». Il est au deuxième étage, on fait un petit arrêt sur image juste avant que la gravité ne reprenne ses droits, c’est très manga et cette dernière étape dans la surenchère d’humour absurde finit par faire mouche : c’est drôle. Le générique commence, on est parti pour 1h30 au même rythme (enfin sauf la fin mais on ne va pas révéler la fin de l’article), une surenchère dans l’absurde et le trash, prière de déposer son cerveau à l’entrée, de préférence dans un casier d’étudiant décorés avec des photos de pin-ups.

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Il y a fort à parier que le scénariste du film s’était fait une check-list avec des mots clés et qu’il les a rayés aux fils des séquences. Juste pour le plaisir (et pour attirer les âmes perdus du net et gonfler nos stats avec des produits interdits), on s’est procuré une copie officieuse de cette liste : « branlette, vomis, poupée gonflable, radio des testicules, viagra fait maison, vestiaires des filles, sperme frit » ! On s’arrête là, c’est répugnant. Mais puisqu’on le tient, ce scénariste, regardons d’un peu plus près son travail. Il a trouvé une formule magique, il la répète inlassablement : il s’agit d’alterner à tout prix et rapidement une scène libidineuse mettant en scène les « hotties » de la fac et une scène de gags mettant à mal la bande de nazes qui lui servent de héros. Le pire c’est que cette logique de répétition fonctionne plutôt pas mal et il faut reconnaitre aux auteurs (petit point culture : en France un film est une œuvre collective qui admet plusieurs auteurs par défaut : scénariste, réalisateur, compositeur, etc) un certain talent pour ce qui est de remuer la mélasse des fantasmes prépubères et d’en extraire le meilleur du pire.

 

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L’histoire n’a a priori rien d’original. Eunshik a 28 ans, il retourne à la fac (de droit !) après une série d’emmerdes dont l’inévitable service militaire. Evidemment, pour les besoins du film, il va se comporter comme un ado de 15 ans. Membre d’un club d’arts martiaux underground (au mauvais sens du terme), la main droite pour seule compagne, il tombe rapidement amoureux de la gymnaste la plus convoitée de la fac, le genre de fille qui ne lui accordera jamais un regard. On vous épargne les détails mais il arrive à l’approcher, mais le beau-gosse de service (qui servait jusqu’ici à placer des scènes érotiques entre les gags) entre en action et lui vole son rêve et sa fleur bleue, mais tout ça finira plus ou moins bien.

 

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Ce n’est qu’alors que le film se démarque des classiques du genre autrement que par la surenchère. Sur la fin il tourne au drame, enfin peut-être plutôt au drama, n’oublions que l’on est en Corée et qu’on parle aux ados. Eunhyo (la belle gymnaste) tombe enceinte et le beau gosse, qui est évidemment aussi très riche, ne trouve rien de mieux à faire que de lui proposer de payer pour l’avortement : il lui tend sa carte bleue, « il y a certaines choses qui ne s’achètent pas, pour le reste il y a mastercard ». Fatal error 404, oust le vilain macho qui se souvient d’ailleurs à peu près au même moment que les scènes d’amours avec son ex n’était pas si mal (et on nous sert son souvenir en images érotiques histoire de rééquilibrer le quota sexe/gag/drame). Du coup on sent venir le coup, c’est Eunshik qui va récupérer la mise. Ce que l’on sent moins venir c’est une tentative de suicide dans les toilettes plutôt glauque et distribution maternelle de kèches en salle de réveil à l’hosto franchement violente. Le titre prend alors du sens et nous un crochet dans les gencives qui n’est pas signe de la plus grande des politesses. Merde quoi, on fait l’effort de se remettre dans la peau d’un puceau, on se tient bien, on rit même à quelques blagues et tout ça pour nous dire que ces fantasmes sont dégueulasses et rendent les gens malheureux, que le sexe c’est sérieux et que tuer un fœtus c’est presque tuer un enfant ? Ah non, c’est pas cool, heureusement que c’est mal fait, ça fait passer le tout pour de la maladresse. On saluera tout de même cette tentative de virage à 180° dans un film lancé à pleine vitesse sur l’autoroute des teenagers, c’est con que la chaussée y soit bien grasse. Et puis de toute manière on se souviendra plus des blagues et hotties que de la morale, c’est bien la preuve que le film fonctionne.

 

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BONUS

 

L'un des 4 défauts cinématographiques, le flicker! En quelques phrases : en cinéma on filme à 24 images par secondes avec, de manière générale, un temps de pose de 1/48ème de secondes. Du coup on n'est pas en phase avec les fréquences du courant électrique (50Hz en France, 60Hz en Corée) et quand on film un écran à tube cathodique, une barre se forme sur l'écran. Pourquoi? Et bien parce que ces écrans fonctionnent avec un balayage progressif et au lieu de projeter des films à 24 images secondes et ils font deux images (appelées trames) à partir d'une seule et la projette en 2 fois (en donc en deux fois plus rapide). Les images sont projetées ligne par ligne, on réécrit sur la ligne de l'image précédente et cette zone noire correspond à une zone écrite deux fois durant le temps de pose de la caméra. En France c'est simple, on tourne à 24 images par seconde, on projette à 25 images secondes, images que l'on décompose en 2 trames d'où une projection à 50 images par seconde. Quand on film un écran cathodique, la pellicule est exposée pendant 1/48s ce qui est plus long que la durée d'une image sur l'écran filmé (1/50s), ce qui explique une double écriture et ainsi la barre noire sur l'écran. CQFD.

  

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Un petit medley du meilleur du pire du film assez honnête

 

 

 

Sex is Zero 2, la suite, à visionner à vos risques et périls, faute de l'avoir vu on ne peut y apposer le sceau KBP.  

 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Comédie
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