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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 21:06

 

Fiche technique sélective :

 

Casting :


- Seol Gyeung-gu, Kang Min-ho, légiste manipulé, père paniqué. La machine met un peu de temps à se lancer mais emporte le film dans son élan une fois en route.

 

- Ryoo Seung-beom, Lee Seong-ho, déjà très bon dans Crying Fist voilà un mec qui aime les cheveux longs, les prisons, et qui pourtant a la classe.

 

- Seong Ji-roo, détective Jong-gang, distributeurs de vannes grasses et gratos à l’encontre du détective Min (Han Hye-jin), il anime presque tout seul vingt premières minutes bien mécaniques.

 

 

affiche big

 

 

Cher Marquis,


Combien d’heures, combien de litres de sang écoulés avant que ne me parviennent de vos nouvelles ? Le coursier que vous me faisiez parvenir aux alentours de vingt-deux heures ce dimanche, je le renvoyai bien vite vers vous. Depuis je résidais emmuré dans une angoisse étroite et il me fallut attendre l'instant présent pour qu’enfin la conclusion de cet épisode malheureux arrive à mes oreilles. Comme je vous comprends mon bon ami ! Et comme je m’en veux d’avoir pesté contre votre retard ! Que n’aurais-je pas donné pour être présent quand vous souffletiez cet infâme maraud de Kreu Le Loc’h qui blasphémait Oldboy place de la Concorde ? Que n’aurais-je sacrifié pour croiser le fer à vos côtés quand le rustre appela son père, ses dix frères, ses cent cousins, tous aussi huguenots et bretons que lui, pour vous affrontez, vous, seul avec votre lame et votre génie ? Quelle sublime déesse n’aurais-je pas abandonnée pour vous voir enfin triomphant de cette racaille, érigé fièrement sur la pile de leurs cadavres votre chemise pleine de leur sang ? Partout Paris résonne de vos exploits et pourtant cher Marquis voilà que vous quittez la ville à nouveau, sans même que nous n’ayons pu échanger ne serait-ce qu’un regard fraternel. Malheureusement je ne sais que trop bien que l’affaire ne peut avoir d’autre issue pour le moment et vous promets de venir bientôt séjourner chez vous comme vous m’avez si souvent pressé de le faire. Chargé comme vous l’étiez je me doute que votre voyage ne sera ni des plus courts ni des plus agréables, aussi ai-je souhaité rester fidèle à notre correspondance cinématographique et vous évoquer la pièce que vous n’avez pu voir : No Mercy du coréen Kim Hyeong-Jun qui était présenté ce dimanche à l’Etrange Festival.

 

Chose plutôt rare, le spectacle nous fut présenté par une célébrité au patronyme inquiétant, un mélange de slave et d’espagnol qui ne me dit rien qui valût : Alejandro Jodoroswky. Fort gai et souriant, il débita dans un accent exotique quelques sentences originales qui aiguisèrent mon intérêt. Je notai ainsi : « J’aime beaucoup les films orientaux parce que je ne connais pas les acteurs »; j'esquissai un sourire quand il confessa acheter les dvds au hasard dans les quartiers chinois et laissai échapper un petit rire complice lorsqu’il ajouta qu’il regardait même les films sans sous-titres et sans n’y rien comprendre. Il cita William Blake et vit mon estime s’accroître encore un peu plus « Tout ce qui est excessif est génial ». Sur l’origine de la citation, cher Marquis, je confesse mon ignorance mais je la trouve bien à plus à propos que les mots de votre concitoyen Charles-Maurice de Talleyrand « tout ce qui est excessif est insignifiant ».

 

alejandro jodorowsky

Hélas cher Marquis, cet homme que je pensai remarquable se prit les pieds dans le tapis au plus mauvais moment. « La vengeance est tellement excessive que ça dépasse Oldboy ». Les mots résonnent encore dans ma tête et j’ai longtemps hésité à les coucher sur papier. L’homme tenta bien de contextualiser ses dires, les limitant uniquement à la vengeance et non au film, le mal était fait. J’usai de tout mon flegme anglais pour ne pas hurler, j’eus de violents piquotements dans les narines et mes yeux se révulsèrent. Sentant bien qu’il avait commis l’irréparable, il tenta une dernière bravade et ajouta qu’il connaissait Park Chan-wook et qu’il avait même soupé avec lui. Après la séance, ne pouvant mettre le gant sur cet affreux personnage, je décidai de provoquer en duel le premier passant venu. Ce fut votre coursier et ses tristes nouvelles, je lui laissai donc la vie sauve. Je vous rassure tout de suite cher ami, pas la moindre seconde, pas la moindre ligne de dialogue, pas le moindre plan de No Mercy ne parvient à caresser les chevilles de l’inestimable chef d’œuvre de Park Chan-wook. Le spectacle peut être qualifié de moyen, on ne s’y ennuie pas mais le style est d’une lourdeur affligeante.

 

L’histoire en quelques lignes. Le corps d’une jeune femme est retrouvé près de la rivière Keum, découpé en plusieurs parties, comme la rivière par les travaux. Il manque un bras, mais grâce au talent du légiste Kang Min-ho (Seol Gyeong-gu) et la perspicacité de son ancienne élève Min Seo-Young (Han Hye-jin) on le retrouve facilement sur un chantier situé non loin sur la rive. On soupçonne très rapidement Lee Sung-ho (Ryu Seung-Beom) le chef des activistes écologiques qui militent contre ces travaux, longue et pénible démonstration à l’appui. Oui, on nous propose bien une présentation PowerPoint. En salle d’interrogatoire, la détective première de la classe répète son discours devant le malheureux prisonnier qui reconnait la pertinence de l’enquête et avoue son crime. Dans le même temps, notre légiste prépare sa retraite, sa fille rentre en effet bientôt en Corée et il entend bien profiter d’elle au maximum. Dans une droite ligne de dialogues purement utilitaires, son collègue nous glisse qu’elle est malade et qu’il est bon d’avoir enfin un spécialiste de cette maladie en Corée. Evidemment, cette fille, il n’est pas prêt de la revoir. A l’aéroport un inconnu à casquette lui apporte de la part de Lee Sung-ho des photos d’elle attachée à une chaise, dans une cave sûrement. Il se précipite alors au commissariat où ce dernier lui apprend ce qu’il attend de lui. No Mercy est lancé, alors pas de pitié.

 

no mercy still12

 

Je m’explique. Epuisé par une journée que je passais en Province pour assister à une conférence sur le cinématographe, je vous propose de vous donnez d’abord les éléments à mon sens ennuyeux de No Mercy avant de nuancer quelque peu mes propos. La chose qui me frappait avec le plus d’insistance, c’est la lourdeur du style du réalisateur. Quel manque de confiance en soi, en son histoire et en son outil ! Quel manque de recul ! Quel dommage ! Chaque sentiment est souligné par une musique extrêmement intrusive qui rend certaines scènes intéressantes complètement indigestes. Cette musique, principale coupable à mes yeux, trouve en la caméra une alliée à son goût : elle se met à trembler de manière grossière aux moments où Kang Min-ho perd pied, des zooms très secs ponctuent les plans mettant en scène un personnage remarquant un objet hors-champs et notre réalisateur semble particulièrement apprécier cette figure de style qui consiste à tourner autour des personnages à vitesse grand V pour illustrer le désarroi méditatif qui les secoue. Mais le problème ne touche pas que la forme, il heurte aussi le fond. Le scenario de No Mercy se veut alambiqué et elliptique, il est finalement truqueur et explicatif. Ce dernier adjectif s’incarne tout entier dans la personne de Min Seo-Young, toujours éclairée de côté et parfaitement coiffée, insupportable première de la classe qui répète sans cesse ce que vient de nous être dit par des moyens plus subtils. Et quand, pris au piège, le légiste lui avoue que sa fille a été enlevée, au lieu d’être surprise ou choquée, elle a immédiatement les larmes aux yeux. Evidemment les dialogues vont dans le même sens, je décernerais volontiers un prix à l’un de ces deux là : « je vous conseille de fouiller votre passé » et « c’était ça la vengeance de Lee Sung-ho ». Moins grave, le script s’appuie sur de nombreuses béquilles pour avancer : un coup de frein qui fait tomber les bonnes photos au bon moment, des policiers qui reconnaissent les hommes sur la photo scannée par le héros, la salle aux murs couverts de photos emprunté à Se7en, etc. Un mot sur la photo un peu trop propre à mon goût et trop poche des séries américaines du moment.

 

s no mercy07

 

J’en terminerai avec un exemple, l’intrigue tournant autour de la blessure du petit chien. Pour trafiquer des preuves et sauver sa fille, notre médecin utilise le sang de son propre chien qu’il incise au scalpel avant de lui faire un bandage de fortune. Il est pressé, confus et manque de sommeil, soit. S’inquiétant de son absence, l’inspecteur Min se rend chez lui et découvre l’animal et sa patte bandée et ensanglantée. Elle l’amène aussitôt chez le vétérinaire, le risque d’infection sûrement, tout ça sur ses heures de services. Cette dernière lui apprend que la blessure résulte sûrement d’un coup de scalpel. Plus tard, le docteur Kang fait tomber son scalpel dans la maison de Lee Sung-ho au moment même où les policiers viennent la perquisitionner. Deux minutes plus tard ces derniers repartent avec deux seuls objets : ce qu’ils pensent être l’arme du crime et le scalpel que l’un d’eux a trouvé sur le sol. Au commissariat, un trouffion s’interroge : « c’est bizarre tout de même, Lee Sung-ho n’est pas médecin ? » Perspicace, mais pas autant que l’inévitable inspecteur Min dont le regard s’éclaire avant que l’on soit projeté dans le passé pour nous rappeler cette scène chez le vétérinaire qui lui disait justement que le chien de Kang avait été blessé au scalpel ! Elle s’interroge alors sur le véritable rôle du docteur Kang dans cette affaire.

 

s no mercy26

 

Je m’en tiendrai là au sujet des faiblesses du film, mais sachez que si quiconque ose comparer sa qualité à celle d’Oldboy, je me tiens à son entière disposition et me ferais un plaisir de lui faire entendre raison. Puisqu’il faut être juste vis-à-vis du premier film de Kim Hyeong-Jun, reconnaissons lui tout de même de nombreuses qualités. L’histoire, bien que mal racontée, est ma foi fort distrayante et la révélation finale en deux temps, intéressante. Un premier coup attendu, pour frapper ensuite le spectateur bien plus fort et directement au foie. Résonne alors cette phrase « ce corps est un indice, ce n’est plus un être humain » (et pas dans le flash-back bien heureusement) - bien qu’en sortant du cinéma cet effet de fumée perde de sa consistance alors que l’on s’interroge sur la compétence réelle de ce médecin légiste incapable de reconnaitre les différentes parties de corps décomposés. Les scènes d’autopsie sont fort bien réussies, elles sont filmées de manière clinique et aseptisée mais sans concessions : le corps humain y est traité comme de la viande, une carcasse mon bon marquis. Un petit mot pour un champ/contrechamp plongée/contreplongée avec deux gros plans filmés en grand angle dans une petite cellule, passage qui me parut fort réussi. Enfin le mot de la fin revient aux acteurs. Ils sont trois magnifiques héros à porter le film sur leurs épaules : Seol Kyeong-gu (docteur Kang), Ryoo Seung-beom (Lee Seong-ho) et Seong Ji-roo (Yoon Jong-gang, gros flic raleur un peu benêt et très drôle). Si la performance du dernier cité relève du comique et s’exprime dans le premier tiers du film, les deux poids lourds qui le côtoient montent quant à eux progressivement en puissance jusqu’à atteindre des sommets dans la dernière demi-heure quand, enfin, on arrêtera de les maquiller et de les filmer avec une lumière appuyée. Leurs yeux exorbités, leurs visages ensanglantés et crispés dans des rictus douloureux valent bien plus que n’importent quelle musique, n’importe qu’elle ligne de dialogue. Ne serait-ce que pour la prestation de ce trio de mousquetaires, le film vaudrait le coup d’être visionné.

 

Le film, lui se conclue sur ses belles paroles : « Savez-vous ce qui est plus difficile que mourir ? C’est pardonner, parce que la douleur du pardon est plus longue que la vengeance ». Il serait alors dommage de ne pas signaler ce morceau de rap coréen avec quelques passages intriguant dans ma langue natale tandis que défile le générique sur un fond noir et une pluie de pétale de rose numérisés.

 

En espérant que ce récit vous ai distrait sur votre route,

 

Sir Alan Joy Greenpaths, Comte de Meanssek.

 

Paris, le 6 septembre 2010.

 

s no mercy34

 

 

 

BONUS

 

Puisque l'on parle de William Blake, c'est l'occasion de rappeler un peu l'oeuvre d'un Monsieur peintre et poète.

Page Wikipedia ici (en en anglais, plus complète, ici)

 

  Poèmes:

 

A Divine Image (extrait 1)

 

Cruelty has a Human heart

And Jealousy a Human Face,

Terror, the Human Form Divine,

And Secrecy, the Human Dress.

 

The Human Dress is forgéd Iron,

The Human Form, a fiery Forge,

The Human Face, a Furnace seal'd,

The Human Heart, its hungry Gorge.

 

 

A Divine Image (extrait 2)

 

 

To Mercy, Pity, Peace, and Love,

All pray in their distress:

And to these virtues of delight

Return their thankfulness.

 

For Mercy, Pity, Peace, and Love,

Is God, our father dear:

And Mercy, Pity, Peace, and Love,

Is Man, his child and care.

 

For Mercy has a human heart,

Pity, a human face:

And Love, the human form divine,

And Peace, the human dress.

 

Then every man of every clime,

That prays in his distress,

Prays to the human form divine,

Love, Mercy, Pity, Peace.

 

And all must love the human form,

In heathen, Turk, or Jew.

Where Mercy, Love, & Pity dwell,

There God is dwelling too.

 


Quelques tableaux à la volée

 

 

Blake ancient of days

 

 

4223william blake 3

 

 

 

William-Blake-Emotions-Horror-People-Men-Modern-Times-Class

 

 

william blake jacobs ladder

 

 

william blake pity shop postcard.1272633658

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puisque celui qui a parlé de William Blake c'est Alejandro Jodorowski, voici une petite vidéo sur lui et le début de son chef-d'oeuvre, El Topo, histoire de se faire une idée du monsieur: 

 

 


 

 

 


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Published by Kim Bong Park - dans Thriller
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