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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 23:26

Fiche technique:

 

 

Réalisateur : Kwak Jae-young (gros come back après huit ans d'absence, histoire de refaire à tout jamais son compte en banque)


Acteurs : Jun Ji-hyun (c'est un peu Lunch de Dragon Ball Z si vous vous en souvenez, sauf qu'elle n'a pas besoin d'éternuer pour devenir méchante) et Cha Tae-Hyung (groooooosse victime !!).


 

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Mieux vaut un bon coca...


Puisque l’été pointe enfin le bout de son nez, une petite anecdote en apéro. Vendredi 2 juillet, 23h50 heure française, métro Porte d’Italie, Paris.  Une grosse bonne-femme, en position dite de « la boule », la tête dans les genoux, dort sur un siège en attendant un prochain métro bien paresseux. Son mari, bien plus svelte, voire carrément tout sec, la maintient comme il le peut en équilibre sur la chaise et, quand il la recadre, elle ronchonne. Lui, embêté, sourit à ceux qui regardent avec amusement, même à ceux qui, comme ce couple, les regardent avec un mélange d’incompréhension et de moquerie. Sacrés chinois. Ceux qui ont vu le film comprendront le lien, ceux qui ne l’ont pas vu risque de le regarder comme ce couple regardait cet homme et son air penaud tenir sa femme en équilibre. Sans vraiment chercher à comprendre, juste pour le fun. Bon, fini le pastis, passons aux choses sérieuses.


 

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My Sassy Girl est un tube de l’été façon cinéma, mais un bon, celui qui vous fera sourire sans honte quand vous l’entendrez 10 ans plus tard. C’est sympatoche et honnêtement on peut reprocher énormément de choses au film, mais pas d’être prétentieux. Au fond, je crois que j’ai beaucoup plus d’estime pour les films simples qui s’assument que pour les prétentions ratées d’un réalisateur en manque de reconnaissance. Vicky, Cristina, Mega Culpa. My Sassy Girl se donne pour ce qu’il est, une comédie grand public bâtie autour d’une histoire d’amour improbable, recette miracle du premier succès coréen pan-asiatique. Je ne le recommanderais pas chaudement, mais c’est bien de se le garder dans un coin : c’est assez rare de voir une comédie suffisamment intelligente pour rester à sa place et de bien jouer son rôle.

 

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Sans être géniale, la photographie frappe par son côté réaliste. S’associent à elle des décors peu flamboyants, ce qui est remarquable quand on sait la propension quasi maladive de certains à faire des comédies dans un univers acidulé où tout est beau, de l’actrice principale aux chaussettes du figurant du troisième rang. Ici on est quand même fermement ancré dans une sorte de quotidien réaliste et si l’actrice n’échappe pas aux obligations esthétiques du genre, le film évite de tomber trop souvent dans les clichés imposés par la forme. Alors que les personnages évoluent dans des lieux communs, le film les évite. Sens littéral VS sens symbolique, l’histoire de la réussite d’un film premier degré. Petit comparaison avec la version US réalisée par le français Yann Samuel : des filtres de couleurs sur chaque scène, une beau-gosse fade comme une pomme de terre déshydratée en guise de héros (« Charlie » - lambda) et les beaux décors de New-York comme cadre. Youpi !

 

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Autre signe de l’ambition toute relative du film, la volonté ferme de s’en tenir au point de vue d’un seul et unique personnage, Gyeon-woo, qui va jusqu’à partager avec nous ses pensées avec une voix-off parfois maladroite, parfois drôle. Lui aussi raconte son histoire sans prétentions, sans envolées lyriques, sans effets de style trop inutiles. J’insiste une dernière fois parce que je me rends compte de l’aspect répétitif du texte, mais je me devais de le souligner. Dernière banderille: les mises en abîmes des passages parodiques qui illustrent les improbables scenarios écrits par l’héroïne. Ces derniersfont la part belle au cinéma simple et marrant, kitsch un peu, naïf beaucoup... Puis beaucoup moins quand on comprend l’insistance sur les personnages venus du futur, jolie façon d’exprimer le background un peu trop facile du personnage. On va même encore plus loin quand les deux  tourtereaux platoniques discutent de la fin d’un film, lui disant que les héros doivent s’embrasser et que les coréens aiment les mélodrames, elle qu’il n’y connait rien, véritable dialogue intérieur du scénariste qui s’en remet à ses personnages.

 

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Pour finir, une liste pas vraiment exhaustive de points plus frappants que d’autres, dans le positif comme dans le négatif. Par exemple ce joli comique de l’extension qui consiste à faire durer de façon surréaliste « l’avant-vomi » lorsque les personnages se rencontrent dans le métro pour la première fois. Un joli concept de retournement de la notion de suspens façon comédie : comme dans les films d’horreur la gestion de l’attente est presque plus importante que l’évènement lui-même. L’évènement, ici, c’est une surenchère classique et efficace d’un trash gentillet. D’ailleurs, au contraire du personnage féminin, le film sait se retenir quand il le faut. Quand Gyeon-woo la porte jusqu’au premier motel et que le réceptionniste lui donne une chambre au 4ème, on nous évite la montée d’escalier, on vient déjà d’insister longuement sur le fait qu’il la porte sur son dos et à ce moment là suggérer suffit amplement. Dans le moins bien, il y a ces inévitables moments de suspens, de tensions et d’amour, ces grands discours qui ne collent plus à la simplicité du récit et qui nous ramènent à des schémas trop connus et trop faciles.

 

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Un dernier point sur les acteurs, beaucoup ne manqueront pas de dire qu’ils sur-jouent. Ils ont raison, mais ils auraient tort de penser que par conséquent ils jouent mal. C’est l’un des traits majeurs des comédies asiatiques que de donner un aspect théâtral au jeu d’acteur : la forme doit correspondre au fond et se doit d’être drôle. C’est un peu comme si quelqu’un mimait l’histoire qu’il raconte, il exagère forcément, mais c’est aussi pour ça que les histoires sont souvent plus drôles que la réalité. Ceci dit il ne faut pas se cacher derrière cette excuse, on peut très bien être théâtral et mauvais, ce n’est pas le cas de My Sassy Girl, qui ne pouvait viser que le titre de bon film sympa sans plus et qui le décroche haut la main, avec quelques millions de dollars de recettes et un mauvais remake en prime.

 

Parfois mieux vaut un bon coca qu'un mauvais vin.


Joy Means Sick

 

 

 

 

Western or Korean style ?

 

Je ne reviendrai pas sur les brillantissimes analyses de mon grand confrère, Norvégien de la première heure. Pour ma part, je me bornerai à développer quelques considérations à partir d’une phrase prononcée dès le début du film qui sonne comme une sentence de la Pythie. Alors que Gyeon-woo arrive dans l’hôtel avec la fille complètement raide sur le dos, le tenancier de l’hôtel demande au jeune homme s’ils sont fiancés. En particulier,  il s’enquiert du déroulement des fiançailles : ont-elles été célébrées à l’occidentale ou à la coréenne ? Loin de moi l’idée de proposer une analyse comparative des avantages et inconvénients de ces deux types de fiançailles, il me paraît tout de même fort judicieux de s’attarder sur cette dichotomie coréen/occidental qui constitue une grille de lecture permettant de situer le film dans son contexte.

 

My Sassy Girl est parmi les premiers très gros succès populaires du cinéma coréen (Shiri de Kang Je-Gyu et Joint Security Area de Park Chan-wook avait déjà percuté les sommets respectivement en 1999 et en 2000, mais dans des styles différents et surtout dans des limites nationales). Numéro 2 du box-office coréen en 2001 derrière le film Friend de Kwak Kyung-taek, cette comédie romantique s’est démarquée, outre sa réussite nationale, par ses scores dans le reste de l’Asie, en particulier à Hong-Kong, en Chine et au Japon. Gloire à l’américaine oserait-on dire.

 

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Ce remarquable triomphe est porté par des éléments de structure qui ne sont pas sans rappeler la manufacture hollywoodienne, si bien que le terme de blockbuster Seoulywood s’impose naturellement (ce terme est emprunté au blog Insecte Nuisible, cliquez ici). Tout d’abord, un aspect presque trivial : le processus de starification des deux acteurs principaux du film à l’échelle de toute l’Asie. Cha Tae-Yun, qui joue Gyeon-woo, est un artiste protéiforme donnant dans le drama, le cinéma, la pop et la publicité. Beau gosse glabre, personnification ultime d’une adolescence libre d’acné, My Sassy girl était fait pour lui. Ce film est d’ailleurs la pierre angulaire de la carrière internationale (asiatique entendons) du bonhomme. Léger et vif à la fois, l’acteur est à l’image du film et inversement. Dans cette continuité, il en va de même pour la pétillante Jeon Ji-hyun, machine à claques bien huilée pleine de jeunesse désinvolte. Mannequin, actrice, etc. dans la vie, elle est également symptomatique de ce phénomène particulier qui associe comédie romantique et stars de la société du Spectacle (la référence situationniste n’est pas assumée, elle n’a aucune prétention). Grossièrement, My Sassy Girl a permis au cinéma coréen d’introduire un nouveau mot dans son vocabulaire : bankable. L’analyse d’Adrien Gombeaud, journaliste et critique de cinéma asiatique auteur du très instructif Séoul Cinéma, Les origines du nouveau cinéma coréen, illustre parfaitement le propos. Sans entrer dans les détails, Adrien Gombeaud explique que durant les années 90 les milieux industriels et financiers se désintéressaient globalement du cinéma. Les quelques producteurs qui finançaient des films le faisaient plus pour promouvoir l’industrie sud-coréenne et les produits made in Korea que pour le cinéma lui-même. De plus, le cinéma coréen de cette décennie est resté fortement imprégné par l’influence de la dictature militaire. Au contraire, My Sassy Girlinitie un double mouvement : d’abord les industriels se rendent compte qu’on peut gagner énormément d’argent avec le cinéma ; ensuite l’influence de la dictature militaire disparaît. Et là ça fait un peu « boom ». La production de blockbusters à la coréenne s’accélère en même temps qu’une esthétique dominante se forme progressivement (photographie chiadée, mélange des genres, etc.).

 

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On explique parfois les succès des blockbusters américains par l’effet du melting-potcaractérisant la société américaine. On avance l’idée que celle-ci, étant essentiellement multiculturelle, fonctionne comme un reflet du monde et qu’en conséquence, si le film fonctionne bien aux Etats-Unis, il est sûr d’avoir du succès à l’étranger. Pour s’en assurer, il suffit de lisser les bords pour ne heurter aucune communauté et ne pas se voir opposer son incompréhension. Ce lissage se ressent dans My Sassy Girl, et le réalisateur ne semble pas vraiment s’en cacher. Le film fait quand même grandement penser à un classique teenager movie.  La topologie s’inspire du triptyque Lycée-Restaurant-Maison, même s’il ne s’y limite pas. De plus l’histoire est nettement balisée. On assiste à une succession de sketchs donnant l’occasion aux deux acteurs principaux de confronter leurs tempéraments a priori irréconciliables à moins d’opter pour une relation sado-maso. Mais ces éléments n’empêchent pas le film d’être construit autour d’une certaine rigueur. Celui-ci est bien bouclé, la fin résonne en écho à un évènement anodin qui déroule au début et les personnages évoluent bien selon des motivations qui leur sont propres et qu’on découvre tout au long du film. Cela permet d’asseoir My Sassy Girl sur une certaine cohérence qui lui donne tout son intérêt.       

 

Pourtant, le film de Kwak Jae-Yong garde des caractéristiques du pays. Le réalisateur ne passe pas sous silence des aspects de la société sud-coréenne. On voit le quotidien des deux protagonistes dans un cadre réel renvoyant à une situation locale. Leur cadre de vie n’est donc pas aseptisé. Il n’a pas vocation à être un contexte préchauffé servi au spectateur « universel ». J’en prends notamment pour témoin le rapport à l’alcool qu’ont les deux tourtereaux. Pris dans une spirale Beuverie > Vomissement > Gueule de bois, My Sassy Girl se déroule sur un ton fortement décalé. Il n’est pas propret pour un sou.  Cette korean-touchest renforcée par l’humour du film. La comique gestuelle de celui-ci est poussée à l’extrême. Cet aspect gaguesque est peut-être le véritable point fort du film. En effet, le comique du corps est destiné à être compris partout dans le monde, c’est un aspect blockbusterisant (hum...). Ce choix est fort judicieux et force est d’admettre que les deux protagonistes sont brillants en la matière. Je ne reprendrai pas les développements de Joy Means Sick à ce sujet, il est trop fort pour moi.        

 

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Bon finalement, arrêts de jeu textuel oblige, ces fiançailles sont-elles à l’occidentale ou à la coréenne ? Et bien comme rien n’est jamais ou tout blanc ou tout noir, elles sont forcément des deux à la fois. Blockbuster qui garde une forte identité coréenne, disons que le film ne se travestit pas et se permet de fracasser des box-offices étrangers. Une sorte d’Amélie Poulaindans l’idée. Je me permettrais peut-être en remarque finale de faire cette suggestion. My Sassy Girl est un film qui a fait l’objet d’un certain nombre de remakes (chinois, japonais, américain, indien). Mais en même temps, My Sassy Girl est un film de référence pour les innombrables amoureux de la culture coréenne. Donc ce film (allez je me lance) c’est un peu comme la devise de l'entreprise Pernot Ricard : Global Reach, Local Roots. Et Dieu sait qu’on se murge bien gueule tout au long de la pellicule.

 

Sinon à titre personnel, j’ai trouvé ça très sympa même si parfois c’est un peu long.

 

Sans Congo.

 

 

LES BONUS: héhé ! Il y en a un petit paquet cette semaine. Cet article, c'est un peu une édition collector.


  • Le roman original: My Sassy Girl est l'adaptation d'un roman qui a été publié en feuilleton sur internet. Le roman original s'appelle Yupgi Girl, il a été écrit par un certain Kim Ho-sik. Le roman est toujours disponible sur internet en Coréen. On peut le trouver ici: http://blue.utb.edu/tyi/Korean/yubgi/yubgi01.htm. Un charmant imdbien s'est proposé d'en faire la traduction en anglais : cliquez ici. Nous ne pouvons malheureusement pas garantir la bonne traduction, mais ça a l'air solide.
  • Une interview d'Adrien Gombaud sur Lacoree.fr qui traite du nouveau cinéma coréen: cliquez ici. Voici un extrait qui parle de My Sassy Girl : " [...] Ce film est l'exemple typique du film ayant connu un succès international avec une actrice qui devient une icône dans toute l'Asie. Un film très bien construit. Un peu de provocation dans la première partie mais où, à la fin, l'héroïne est sur la montagne et crie : "Pardonne moi chéri !". Et surtout il y a un plan très précis. Au début du film, on la voit dans le métro du mauvais côté de la ligne marquée sur le quai et donc très près du bord et à la fin du film on a le même plan mais elle ne porte plus des baskets, elle porte des petites chaussures à talon et un tailleur blanc très élégant. Et lorsque la sonnerie retentit, elle fait un pas en arrière et revient du bon côté de la ligne. Je pense que c'est à ce moment là aussi que le cinéma coréen rentre dans l'ordre. Il fait commela Sassy girl. Il tire un trait sur son passé un peu rebelle et revient du bon côté de la ligne. Il accepte enfin de rentrer dans l'âge adulte. C'est un passage qui est vraiment un pivot pour le cinéma coréen, le moment où il retrouve ses codes ".

 

  • Les trailers des différents remakes :

 

Remake américain :

 

 

 

 

Remake japonais: la série est dispo sur Youtube en VOST

 

 

 

 

Remake chinois: pas trouvé !

 

 

Remake indien: 

 

 

 

 

 

 

 

  • Quelques musiques du film:

 

Le Canon de Pachelbel en Ré majeur par l'orchestre philharmonique de berlin

 

 

 

 

 

Geudae naege dashi (meaning you to me again) de Byun Jinseop  : lorsque Gyeong-woo explique les 10 règles.

 

 

 

 

 

 

 

Bird de Psy (coup de coeur de Sans Congo) : lorsque les deux amoureux vont fêter leurs cent jours en boîte de nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Kim Bong Park - dans Comédie
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