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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 12:00

Love Fiction, Jeon Kye-soo, 2012

lovefiction

 

Attendre Godot ou mourir, enchaîner deux comédies sud-coréennes en une aprem, il y a des jours où le destin porte le masque du défi roublard et absurde. Tout étourdi des litres de lol potache qui ont infusé dans la prunelle de ses yeux des heures durant, Joy Means Sick voyait la vie en rose. Oubliée la rudesse norvégienne, il voulait partager, il voulait aimer. Très vite, il attrapa son blackberry chromé or – toujours frappé de l’écusson d’Arsenal – et se mit en quête du numéro de téléphone de la responsable des accreds sur lespagesjaunes.fr, en vain. Déçu, mais pas abattu, il se creusa la cervelle et comme à l'haitude, l'idée jaillit en un clin d'oeil : son ami Sans Congo avait autrefois fait un stage à la Direction centrale du renseignement intérieur. Il lui expliqua qu’il cherchait ce numéro de portable : « tu peux pas demander à ton ancien maître de stage, tu sais, le sous-directeur des écoutes téléphoniques ? » Sans Congo accepta de s’exécuter contre juste rétribution – quelques milliers d’euros – en grommelant quelque chose comme : « tu fais quand même chier, « la responsable des accreds », t’as pas plus vague comme terme ? j’ai à peu près 2 300 entrées à ce nom ».

 

Joy Means Sick n’en démordait pas, il voulait coûte que coûte remercier la charmante jeune femme et s'excuser de l'avoir vexée avec un paragraphe maladroit. Ô combien il regrettait désormais, cloué qu'il était sur l'autel des remords où chaque jour ce même aigle viendrait lui dévorait le foie ! Inspiré par Love Fiction, il lui avait même écrit un poème, mais la raison l'emporta et il décida plutôt de lui raconter ce qu’il avait pensé du film. "Après tout, c'est pour ça qu'on m'a invité". Il se lança donc, pour la bagatelle de 15 centimes d’euros par destinataires (2 392 exactement), dans la rédaction du plus long texto du monde, en espérant faire vibrer le portable de sa nouvelle amie :  


 

--CE010.jpeg


 

"Joo-wol est un artiste, la mise en abîme de l’auteur et typiquement le genre de personnage qu’on n’a pas envie d’aimer. Un écrivain qui refuse d’écrire un feuilleton dans le torchon de journal à scandale de son pote éditeur, un mec qui a des principes, mais pas d’inspiration et qui traine depuis deux ans un bouquin qui n’avance pas. Un type mal dans sa peau, qui vient de se faire larguer et qui, comme tout artiste maudit qui se respecte, à des problèmes avec la gente féminine. Généralement tout ça nous donne un cocktail qui fleure bon le nombrilisme et la complaisance dans la médiocrité (au hasard, le cinéma d’Hong Sang-soo). Sauf que là, Joo-wol est joué par le chouchou de Na Hong-jin, à savoir Ha Jung-woo, et qu’on n’est pas prêt de le retrouver dans un café pourave à parler psychologie avec une étudiante en lettres. Nope, lui, quand il n’est écrit pas, il est barman dans un rade pour rockers avec cuir et piquants et pour lui remonter le moral son pote lui propose un nouvel arrivage de porno, « pas du japonais, un truc hardcore, nord-coréen ». Autant vous dire que ça part bien, avec même quelques passages fictifs qui ne sont pas sans rappeler les divagations scénaristiques de Jun Ji-hyun dans Windstruck. Il cherche à écrire un roman qui s’appelle Femme Fatale, on voit directement les situations qu’il s’imagine (avec ou sans voix-off) et les personnages finissent par se foutre de sa gueule et de son manque d’imagination.

 

Love-Fiction-Korean-Movie-2011 4


Face à lui, Hee-jin, une meuf qui gagne sa vie en important des films et dont il tombe amoureux lors d’une soirée showbiz en Allemagne. Dès son retour sur sa terre natale il la drague façon le Miel et les Abeilles, lui écrit une lettre passionnée (« Chateaubriand ou rien ») qu’elle fait tourner à tout ses collègues tant ça la fait marrer - ah bienheureux arriéré qui n’a pas envoyé de mail, elle l’aurait transféré à la terre entière. En tout cas elle finit quand même par l'oublier dans un coin de son bureau. Sans réponse, lui n’a évidemment plus goût à la vie, refuse de manger ses chocapics et se repasse en boucle le CD de James Blunt en consultant son téléphone toutes les deux minutes. Moment de blues sympatoche que le montage en accéléré évacue presto : elle l’appelle. Tant que les deux batifolent, le film tient la route qu’il semble s’être fixé, un truc léger plein de bonne humeur qui fait appelle à tout ce qui lui passe sous la main pour enrichir son récit : voix off, musique, mise en abîme, confident imaginaire, texte qui défile sur l’écran, split-screens… On découvre le personnage de Hee-jin, les 98 points que notre écrivain note sur elle et surtout les deux éléments importants qui la caractérisent : elle chérie une passion pas si secrète pour la photographie et – vanne récurrente dans le film – ne se rase pas les bras. A part ce dernier détail, qui choque notre bonhomme avant de l’inspirer, c’est presque la fille parfaite : elle ne veut pas s’engager, elle ne force pas à bouffer de la viande et ne le juge pas même quand il se ridiculise avec des envolées lyriques qui témoignent du même excès de générosité que les comédies coréennes. Elle s’entend d’ailleurs plutôt bien avec ses potes – qui sont de gros balourds – c’est dire si elle est chouette. Chose suffisamment rare pour être soulignée, le film commence par une idylle qui se construit sans trop de difficultés et le mieux dans tout ça, c’est qu’elle dure. Joo-wol a trouvé sa muse et se lance dans le roman feuilleton autrefois honni, il s’inspire évidemment de sa vie réelle mais la transforme en polar aux allures de téléfilm oldschool mal joué. Ca marche bien et nous on suit ça avec un léger sourire aux lèvres en se disant bien que ça ne va pas durer, parce que « les gens heureux n’ont pas d’histoire ».


Love-Fiction-Hyo-jin-Jung-woo-Ha


Malheureusement, pas de surprise à ce niveau là. Au bout de 8 mois notre pépère commence à se poser des questions. Les poils sous les bras (apparemment un truc qu’elle a hérité de son séjour en Alaska), ça l’inspire mais ça le travaille et monsieur commence à voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. S’ajoute à ça quelques  belles grosses gouttes d’eau qui viennent remplir le vase, par exemple lorsqu’au milieu d’une soirée elle remporte un franc succès en racontant le jour où elle s’est littéralement chiée dessus, et avec moultes détails et exagérations qui font autant marrer les potes de Joo-wol que les gens dans la salle. Pourtant la réponse aux questions qu’il se pose, elle l’a : il croit que l’amour s’est facile, alors il ne le protège pas et se lasse. Ou bien est-ce ses amis qu’ils l’ont ? Comme Nastassia Filipovna chez Dostoievski, il serait un être livresque, trop nourri de romances exaltées et qui ne sait pas vivre sobrement ? En tout cas on est sur le point de basculer à nouveau sur les terres d’Hong Sang-soo et si cela ne se passait pas via un bus scolaire on y aurait sauté à pieds joints. Explication (et SPOILER) : suite à une séance de question-réponse avec les fans de son roman feuilleton, il tombe sur un type qui a connu une fille au lycée qui présentait la même particularité capillaire sous les aisselles. Au fil de la discussion, on comprend qu’il s’agit de Hee-jin et qu’elle était surtout célèbre dans le lycée pour ses séances photos de nus masculins et les faveurs qu’elle accordait en retour à ses nombreux modèles, d’où son surnom très imagé de « bus scolaire ». Voilà le propre d’une comédie coréenne, elle peut basculer dans le glauque sans prévenir. Rappelez-vous Sex is Zero et (SPOILER) l’avortement qui ponctue l’insouciance lycéenne.

 

love Fiction scene


Dans Love Fiction point de moral de bon père de famille, mais une mélasse d’apitoiement et de dépression, un truc gris, qui dure, qui dure et où même les passages de fiction dans la fiction illustrant à coup d’enquête policière les déboires amoureux de nos personnages en deviennent longs et rébarbatifs. Le problème ce n’est pas que les gens heureux n’ont pas des histoires, ça aurait été intéressant de voir un film qui ne passe pas par la case malheur et qui s’efforce de tenir une note joyeuse sur 1h30, non le problème c’est que les histoires des gens qui se lamentent quand ils n’ont pas de raisons d’être malheureux nous les brise sévère. Dans La Ballade de l’Impossible de Haruki Murakami, le personnage de Watanabe s’entend dire qu’il n’y a rien de plus dégoûtant qu’un homme qui se plaint. « I second that ». Alors heureusement que ça finit sur un clip plein de bonne humeur et d’amateurisme (avec un superbe rap de Ha Jung-woo) et que l’épilogue est expédié au rythme des couplets d’une chanson sur l’Alaska et les filles qui ne se rasent pas les bras."

 

So sorry... JMS

 

love-fiction31

 

En bonus, quelques pensées sur les points communs entre les deux premières comédies de l’édition 2012 du FFCP :

- la démocratisation du porno : une vanne là-dessus dans la première demi-heure à chaque fois, un peu gênant quand les personnages ont plus de 25 piges.

- les split-screens : qui sont un bel exemple de mise en scène décomplexée et légère avec comme point de mire l’efficacité et le divertissement

- les relations homme-femme : monsieur est là  pour divertir madame, souvent en se rendant ridicule, c’est un hédoniste en marge, original ou artiste, alors qu’elle est une femme forte et responsable

- le suremploi de la musique : bande-son hyper chargée où les instruments surlignent les sentiments. Beaucoup de passages « clip » aussi qui permettent d’accélérer le récit.

- les acteurs qui cabotinent : le public est là pour ça et ils ne font pas les crevards. Et que je t’imite l’éléphant, et que je me lance dans une déclaration d’amour enflammée et imbibée d’alcool.

Et sûrement plein d’autres qu’on vous invite à ajouter en commentaires.

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Comédie
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commentaires

Joy Means Sick 02/11/2012 00:49

Yep, classique le bonnet, bien vu. Mais de ce que j'ai vu de 2012 la mode semble être passée. On s'orienterait apparemment vers une dualité intérieur/extérieur du type : pijama pourave/veste nickel
+ t-shirt blanc au niveau des costumes masculins. Enfin sur un échantillon de deux films en tout cas...

Martin 01/11/2012 22:10

Quid des bonnets et autres debardeur?

Joy Means Sick 01/11/2012 15:56

Ci-mer gros.

I.D. 01/11/2012 14:38

Un mot : joli.

Sinon, c'est déjà culte : "Attendre Godot ou mourir" :D