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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 21:36

 

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Land of scarecrows, Tah Gyeong-roh

 

Encore une soirée de chien pour Carter San-Congo. Son commandant lui a ordonné de faire une petite descente dans le Quartier Latin, au Reflet Médicis plus exactement. S’il y avait bien quelque chose qu’il ne supportait pas, c’était de changer les couches de la marmaille. Entre collègues, c’est ainsi qu’ils qualifiaient les rondes dans le cinquième arrondissement de Paris. Carter participait innocemment à une énième discussion sur les favoris au ballon d’or 2010 lorsqu’une vieille bourgeoise défraichie alerta le commissariat - « l’Epave » pour les adeptes - à 21h47 pour signaler un attroupement suspect sous sa fenêtre, rue Champollion. Inutile de dire que le temps ne fut pas long avant que le cours naturel des choses ne désigne Carter pour cette futile mission de proximité.

 

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Carter arriva sur place avec un léger vague à l’âme, quelque chose ne tournait pas rond dans ce monde, et ça commençait franchement à l’écœurer. Cela ne lui était jamais arrivé depuis son installation « forcée » à Paris. Le dernier plan foireux dans lequel John O’Meanseek l’avait trempé (cf. Windstruck) a été la goutte qui a fait déborder le vase des autorités fédérales. Il avait dû quitter le territoire en catastrophe pour éviter les foudres de Washington. Destination Paris. Son grand-père, d’origine française, lui avait enseigné la langue. Arrivé en France, il n’avait eu aucun mal à se prévaloir de ses faits d’armes pour se mettre au service de la police judiciaire. Son origine étrangère ne lui permettant pas d’être un bœuf-carotte à part entière, il se trouvait cantonné à un rôle de « consultant », même si la hiérarchie l’autorisait à aller par moment sur le terrain ; rien de passionnant pour autant ; rien qui ne soit à la hauteur des escapades-revolver qu’il partageait avec son funeste comparse.

 

Le Chinois a dû mettre quelque chose de bizarre dans sa bouffe ce soir ; s’il y avait bien une sentence sur laquelle on pouvait tomber d’accord de part et d’autre de l’Atlantique, ce serait la suivante : entre le restaurant chinois et son estomac, il faut choisir. Carter le savait pourtant, mais c’était plus fort que lui. Elle était là sa misère : tout semblait plus fort que lui.

 

 

 (Première Classe 1, un grand moment de rap français ; Vive Lino)

 

Arrivé devant le cinéma, Carter ne trouva bien évidemment pas âme qui vive. Seul un jeune homme, des cheveux sales trônant fièrement sur sa tête, la dégaine soigneusement négligée, vêtu d’un blouson en cuir marron sciemment abîmée, mimait un acte intense de réflexion en fumant une roulée. Malheureusement, l’idée qu’il se faisait des élucubrations vaseuses qui nourrissaient la minuscule cervelle de ce moineau sorbonnien ne permettaient pas à Carter de le contrôler pour trouble à l’ordre public.

 

Le monde, l’histoire sont faits de chocs, de poc-pocs. Carter allait l’apprendre ce soir-là lorsque la jeune ouvreuse du cinéma, blonde de son état, l’interpela : « monsieur, vous m’avez l’air de vous ennuyer ; je crois que je peux faire quelque chose pour vous : je vous offre une place pour un film qui commence dans cinq minutes ». Etonné, Carter lui répondit qu’il ne souhaitait pas aller au cinéma. « Mais si, s’il-vous-plait, si vous n’entrez pas, nous perdons nos subventions de la CNC ; nous donnons un film sud-coréen, Land of Scarecrows de Tah Gyeong-roh, je ne comprends pas, c’est un film exceptionnel pourtant, mais personne ne veut le voir ». Carter ne releva pas cette antithèse qui cognait salement le bon sens. Il n’avait vraiment pas envie de sauver le monde. Il finit par accepter pourtant, pensant que ce film ne pouvait pas l’atteindre négativement outre mesure.

 

 image sorties id.php 

 

Dans la salle, quatre lascars à tout casser, « elle avait raison la blondinette : c’est la crise » pensa-t-il. Encore plus rachitique que le butin de la prise de la Bastille, le cheptel se limitait ici à : un couple dont la vie approchait calmement de son terme, un quinquagénaire qui était déjà endormi, un asiat’fashion haut comme trois pommes et un chauve. Pensant automatiquement à Will Smith, Carter se demanda qui était le plus suspect. Sans aucune hésitation, mais sans raison valable non plus, Carter arrêta son jugement sur l’asiatic-pop-designed : il porte des lunettes beaucoup plus grande que son corps, ce ne pouvait être qu’un Zgorbfien en touring intergalactique.

 

 

 


 

 

Quelques secondes avant que le film ne commence, un silence de mort l’entourait, comme si quelque chose se tramait. Alternativement, un halogène clignotant et le tintement des canalisations, enrobés dans les chuchotements irréguliers des courants d’air, le mettaient dans une disposition shakra-wide-open propice à l’image, à la digression métaphorique, à la magie du cinéma...

 

...

 

Une fois rentré au commissariat, Carter devait dresser un rapport de sortie. Le chemin du retour, qui lui sembla très long, était l’occasion pour lui de ruminer ces quatre vingt-dix minutes  de contemplation. Pensant maladroitement qu’il se sentait « chose » du fait de sa sensibilité féminine, Carter avait l’impression que c’était maintenant ou jamais. Il avait toujours suivi. C’en était trop. Quelque chose avait changé en lui ; il allait le dresser ce procès-verbal : un procès-verbal contre l’humanité.

 

 

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Vu, le 30 septembre 2009, à 01h56 ;

 

Land of Scarecrows, de Tah Gyeong-roh

 

 

Lieu:

 

Quelque part entre la Corée du Sud, à Honghae, et les Philippines.

 

 

Signalements:

 

Protagonistes :

 

-Jang Ji-young (Kim Sun-young), artiste foireuse – ou amateur – qui sévit dans le milieu incertain de l’art contemporain, se travestit en se faisant passer pour un homme, ses vêtements larges font penser à Charlot ;

 

-Rain (Bich Phuong Thi) est une jeune Philippine qui cherche à vivre en Corée du Sud, et qui finit par épouser le travelo ci-dessus évoqué ;

 

-Loi-tan (Jung Du-won) est un jeune Coréen du sud, adopté en bas âge, d’origine philippine, qui cherche à renouer avec ses racines (on nous signale un autre cas : Take off – un jeune Américain qui cherche à renouer avec ses origines coréennes, la magie de la transitivité en somme)

 

Points communs :

Graves problèmes de communication / les trois sont liés par une sorte de filiation, une filiation de galériens de la vie peut-être.

 

Signes distinctifs :

Plans larges ; froid ; 21 grammes ; plans fixes ; Kim Ki-duk ; documentaire ; objectif ; Film Socialisme ; mutisme ; disséquer ; découpe-le-scénario-en-plein-de-petits-bouts-mélange-les-dans-un-saladier-et-recolle-les-morceaux-comme-tu-le-souhaites ; Inarritu ; photo patate ; Godard.

 

 

(La Bande-annonce de Film Socialisme, c'est le film en accéléré - bien vu)

 

Menace :

Oncle Bonmee rôde dans les environs, sa marque n’est pas loin – les forces de l’ordre devront se tenir en état d’alerte. Des verbicistes satisfaits chercheront à forcer les barrages. Nous recommandons au Préfet de se focaliser particulièrement sur l’expression « un poème en image », qui en plus d’être un pléonasme, constitue la panacée qualifiant les films dont on n’a pas compris grand-chose. Les censeurs autoproclamés s’y réfugieront à coup sûr. Dans le même ordre d’idées, une veille pourra être mise en place sur le mot-clé « hypnotique » qu’on ajoute pour signifier le fait qu’on a perdu le fil à un moment de l’histoire et qu’on a essayé tant bien que mal de suivre.

 

UncleBonmee.jpg

(mais qui es-tu ?) 

 

 Antécédents :

 

Land of scarecrows est le deuxième volet (après Le dernier repas, 2006), d’un tryptique sur la pollution environnementale. C’est autre chose que Home ou Ushaïa, on est dans l’ordre de la micro-analyse sociale des effets d’une pollution réelle, ou, selon les temps lyriques du film, exagérée, voire fantasmée.

 

bacon-tudes-crucifixion.jpg 

 

Observations :

 

A l’ouverture du film, deux femmes en blanc dansent dans un espace qui semble aménagé pour un rituel de sacrifice, un truc chelou, une sorte de rite de purification que l’on déduit de la blancheur des robes qu’elles portent. La chorégraphie s’effectue sous une musique planante, déstructurée, à base de percussions, de cloches, de flûtes. J’attends qu’une vache entre dans le cadre et me prépare à exercer mon pouvoir de police pour la salubrité publique (L2122-2 Code général des collectivités territoriales). La vache ne vient pas. Encore une occasion ratée. Une sorte de voix-off diffuse une complainte, puis des pleurs, puis des rires, puis les deux emmêlés. Le ton est ne laisse pas indifférent. Dans sa danse, une des femmes fait semblant de se pendre. L’ouverture est saisissante. Le jeu sonore est peut-être trop peu exploité dans le cinéma : la montée en volume attrape presque toujours aux tripes.  

 

 

 

Lygeti - Arc-en-ciel

 

Puis l’habituel plan de rivière, des petits jouent au bord des rives. Belle photo de carte postale sur une fin de journée : les couleurs rougissent sous l’effet rôtissoire du soleil couchant ; le ventre vide, je m’évoquais un poulet fermier qui achevait sa cuisson rotative. Putain, j’ai la dalle. En parlant de poulet, une tortue avance lentement. Je sentais que le film serait essentiellement silencieux, la suite ne m’a pas donné tort : putain j’ai faim. 

 

La suite de l'article, avec des observations filmiques plus étoffées, après-demain, soit : jeudi (hé oui)...

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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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commentaires

Sans Congo 05/10/2010 19:08


héhé David, et attends de voir la suite jeudi, on fout les mains dans le cambouis jusqu'aux viscères :-)


David T 05/10/2010 11:26


Tu te donnes beaucoup de mal pour un film si médiocre, tu as du courage ;) Ca fait plus d'un an que je l'ai vu au ciné celui là, je regrette encore^^