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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 18:50

La Chanteuse de P’ansori – Im Kwon Taek – 1993

 

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Liste technique


- Réalisation : Im Kwon Taek, son 96ème film. Respect.


- Scénario : Kim Myung-gon, d'après le roman de Lee Chung-joon, une tragédie dignes des grecs en Corée et découpée en série de souvenirs, ça se salue.


- Chef Op' : Jung Il-Sun, le chef opérateur d'Im kwon Taek depuis le début des années 1980.

 

- Casting : Myung-gon Kim (« mon papa à moi, est un … » chanteur de p’ansori itinérant, c’est méchant quand même), Jung-hae Oh (s’il n’y a pas de doublage elle chante super bien mais au cinéma elle a uniquement joué pour Im Kwon Taek et toujours sous le nom de Songhwa, étrange), Kyu-chul Kim (Dong-ho, son nom m’a fait penser au petit paysan de Welcome de Dongmakgol tout au long du film, du coup j’aime bien sa tête).

 

LE FILM SUR YOUTUBE (bonne chance pour le trouver dans le commerce et merci à DrStrangeFlick)

 

 


 

 

 

Dong-ho, c’est le genre de type trop normal pour participer à une tragédie grecque. Du coup il s’est barré en plein milieu de la pièce et on le retrouve à trainer d’auberges en auberges pour entendre la fin de l’histoire. C’est pas un picoleur le Dong-ho, il cherche juste sa sœur, une chanteuse de p’ansori. Il nous raconte le début de l’histoire et ces interlocuteurs la finissent ; on est très peu dans le présent quand on explore le passé. Un troisième larron manque pour l’instant à l’appel, il s’agit de leur père adoptif, Yu-bong. Lui c’est un peu le papa de la famille Jackson, en version coréenne et traditionnelle. Nous sommes dans les années qui suivent la seconde guerre mondiale.

 

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Chassé par son maître pour une histoire de fesses et brisé par une histoire d’amour qui finit mal, Yu-bong se retrouve sur la route avec ses deux enfants adoptifs. Il vit de ses chants tout en formant ses deux marmots : Dong-ho au tambour, Song-hwa au chant, c’est un peu Makelele qui laboure le terrain pour Zizou, comprenez que si Song-hwa a le talent, Dong-ho n’en est pas moins nécessaire à son bon fonctionnement. Le hic c’est que Dong-ho atteint un point et un âge où il en marre du foot p’ansori et de ce coach père qui n’arrête pas de les rabaisser et de les exploiter, le tout au nom d’un chant traditionnel que Dong-ho sait destiné à péricliter. « Quand le jazz est, quand le jazz est là … ».

 

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Adapté d’une nouvelle de Lee Chung-joon, La Chanteuse de P’ansori était une sorte de cadeau fait à Im Kwon-taek après le succès de The General Son. S’en suit un joli pied de nez, sorti dans une seule salle (mais je peux dire des conneries, j’y étais pas) il a fini par battre les records du box office de l’époque (depuis il a été chassé du top 10, voir notre article). Comme quoi, c’est pas si con de laisser un réalisateur doué faire les films dont il a envie.

 

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Quand on parle de ce film, difficile de passer à côté du p’ansori, d’ailleurs la BO a fait un carton à l’époque. En même temps, j’ai du mal à m’imaginer pertinent sur le sujet (en plus on va s’en servir pour les bonus). Je me suis déjà frotté à l’opéra chinois avec Adieu ma Concubine, le p’ansori est peut-être plus sobre et plus digeste, mais tout aussi étrange. Pas vraiment le genre de trucs qu’on fout sur son mp3 d’habitude (raison de plus pour que ce soit à sa place dans un film). Ce serait un manque de tact que d’aborder un art sans creuser un peu plus. Pour avoir une meilleure idée de la chose, suffit de lancer le film, on a très vite du p’ansori (ou plus simple de taper pansori sur youtube) pour les autres un résumé plat consiste à parler d’un récit chanté accompagné au tambour, un peu comme les troubadours et leurs mandolines au fond.

 

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Plus frappant encore que le pansori, est le choix de tourner tout le film en longue focale. C’est quand même pas le parti pris le plus discret et, à moins de l’avoir ratée, aucune scène ne fait exception. On pourrait se demander pourquoi mais les seules réponses intéressantes sortiraient de la bouche du réalisateur, et ce dernier ne daigne pas répondre à son portable. Du coup, il ne nous reste qu’à questionner les conséquences de ce choix. Premier point, la longue focale écrase les perspectives. Im Kwon Taek s’en sert admirablement lors d’un plan séquence fixe de plusieurs minutes où les personnages avancent le long d’un chemin de campagne tout en chantant. Ce n’est pas qu’une astuce, dans un plan composé comme un tableau, les personnages se rapprochent lentement avant de danser au premier plan. On est à la campagne, en été, dans une autre époque, le rapport au temps n’est pas le même. Dans le même ordre idée, dans la scène où Dong-ho s’en va, la vitesse perçue est ralentie, nous ne sommes pas dans un monde qui peut changer à chaque coup de téléphone. Visuellement, les plans d’ensemble et de paysage filmés en longues focales sont les plus marquants, parce qu’ils sont inhabituels, qu’ils ne correspondent absolument pas à une vision normale mais surtout parce qu’ils font ressentir plus que jamais la présence du cadre et de ses bords latéraux. Le résultat peut être un effet d’écrasement ou de pression sur les personnages, on vous laisse libres d’interpréter cela à votre manière. On remarquera juste qu’un autre film a été tourné avec ce même parti pris, il s’agit de la Balade Sauvage de Terrence Mallick, un road movie avec beaucoup de plans en extérieur, le cadre strict et étouffant d’une banlieue américaine moyenne et deux personnages qui en sortent violemment sans pour autant s’en libérer complètement. Pour en finir avec la longue focale, et surtout pour un film d’époque, on peut rapprocher ce choix de la peinture traditionnelle orientale et ses formats verticaux qui dictent la narration : l’œil ne s’y ballade pas pour y chercher les éléments intéressants comme face aux grandes peintures occidentales, ou pas de la même manière, l’image est un tout que l’on peut embrasser d’un seul regard, on ne s’y perd pas, comme dans les plans larges en longues focales.

 

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 Allez un petit paragraphe très critique de cinéma en fin d’article pour ceux qui veulent juste un avis sur le film : c’est bien, c’est très bien et en plus on en sort plus cultivé. Im Kwon Taek et la culture traditionnelle coréenne (Ivre de Femme et de Peinture, Le Chant de la Fidèle Chunhyang, etc.) c’est un peu comme les allemands et les machines outils, du sérieux.

 

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BONUS

 

 

DrStrangeFlick, on le remerciait en introduction, on vous recommande sa chaine youtube l'une des plus propres et des mieux fournies du marché. http://www.youtube.com/user/DrStrangeflick

 

Quelques films que l'on peut y trouver :

 

Yaaba (Idrissa Ouedraogo, 1989)

 

 

 


 

 

 

 

Vive l'amour - Ai qing wan sui (Tsai Ming-liang, 1994) 

 

 

 


 

 

 


 

 

Et pour la route, Yol (Yilmaz Güney, 1982)

(ça par contre ça se trouve en DVD facilement - et ça vaut le coup d'investir)

 

 

 


 

 

 

La Balade Sauvage de T. Mallick, la longue focale en image le temps d'un trailer

 

 

 


 

Et puis non finalement, pas de pansori en bonus, on vous laisse chercher tout seul c'est plus ludique et puis y a le film sur youtube.

 


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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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