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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:52

Cette année comme les précédentes, le FFCF affiche une volonté d'éclectisme. Du coup, à côté des grosses pointures, on retrouve des films indés fauchés, bricolés par des bandes de joyeux loustics décidés à faire du cinoch coûte que coûte. Michel Gondry apprécierait, nous aussi.

 

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« Je pense que beaucoup d'étrangers ont des préjugés vis à vis des films coréens à petit budget. Ils pensent qu'ils sont soit trop philosophiques ou trop artistiques ». Au moins, avec un titre pareil, on n'est sûr de ne pas se tromper. La citation est de Ha Eun-jeung, actrice alien du premier du malicieusement nommé : Invasion of Alien Bikini. La suite : « Mais beaucoup d'entre eux ont loué la fraicheur et la créativité du pitch ». Le pitch donc, copié collé du site du FFCF : "Un jeune homme, Young-gun, arpente la ville de nuit munie d’une fausse moustache pour lutter contre le crime et les incivilités de ses congénères. Une nuit, il vient au secours d’une jeune femme agressée par trois voyous. Tous les deux parviennent à se sauver chez lui, mais il s’avère que la séduisante jeune femme est en fait une alien en quête de sperme humain pour se reproduire" …

 

F1-Invasion-of-Alien-Bikini_3.jpg

 

… et que Monsieur, aussi charmante et dénudée que soit la demoiselle, a fait veux de chasteté et tient à rester puceau jusqu'au mariage. Après quelques cascades nocturnes et urbaines où Young-gun affronte les voyous (en fait des Men In Black sans costards qui chassent l'alien), ça nous donne un huis-clos qui fonctionne plutôt pas mal, où l'alien use de tous les moyens pour soutirer à notre Freddy Mercury local quelques gouttes de sa semence. La palette est large, elle passe de la séduction au viol, mais bizarrement dans ce sens là et par une fille de cet accabit, ça ne paraît pas si désagréable. Enfin au début, parce qu'ensuite elle se sert de sa colonne vertébrale comme d'un lasso et ça c'est moins sexe. Sinon c'est bien rythmé, c'est malin, ça se permet des digressions sympatoches (intervention d'un scientifique, fausse pub pour Rolex) et ça fonctionne. On voit que c'est une production fauchée, mais globalement l'image n'est pas dégueu, les rares effets spéciaux réussis et tous les autres obstacles assez bien contournés. On ne va pas vous dire que c'est le film du siècle, mais avec 5000 euros de budget, faire un film plus réussi que la moitié des productions mainstream du moment, c'est toujours remarquable et ça donne envie de s'intéresser un peu plus aux types qui ont produit ce petit plaisir du samedi soir (le film était programmé à 22h).

 

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Invasion of Alien Bikini est un produit du collectif sud-coréen Kino Mangosteen qui réunit 4 habitués de longue date (on nous dit 10 ans) de l'industrie cinématographique. En premier lieu Oh Young-doo qui, sur ce projet, est à la fois scénariste, réalisateur et un peu monteur. Ryoo Hoon, qui s'est chargé de louer le matos. Hong Young-huen, l'acteur principal. Et Jang Yun-jung, la femme de Oh qui fait office de productrice et de responsable du maquillage type « effets spéciaux ». 80% du film se passe dans l'appartement de Young-gun, qui en fait est aussi le bureau de prod du collectif. Paraît que c'est un décors reccurent dans la plupart de leurs films, pour l'occasion ils l'ont customisé avec des tentures colorées sur les murs, on voit parfois les projos accrochés dans les coins en haut, mais franchement ça passe, c'est jamais l'essentiel au cinéma. Ensemble ils avaient précédemment réalisé The Neighboor Zombie qui avait déjà connu un petit succès. Invasion leur a même fait gagner un peu d'argent, 27 millions de wons, fonds grâce auxquels ils ont dors et déjà attaqué la préparation de leur nouveau projet : « Young-gun in the time ». Le même perso, avec un budget multiplié par cinq, alléchant.

 

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Plus cheap encore, The Code of a Duel a été réalisé avec un budget de 3500 euros, à peine de quoi faire un court métrage sérieux. D'ailleurs le film part avec un handicap sévère, sa gueule, c'est à dire son image (ou sa photo). Invasion of Alien Bikini était annoncé en DCP, The Code of a Duel est en Hdcam, rien de catastrophique en soit, pas un format ultra pro non plus niveau cinéma, surtout ça oblige le chef op' à redoubler d'ingéniosité pour obtenir une image correcte. Et puis on nous l'annonce direct, Yeo Myung-jun, le réalisateur, cumule 6 postes sur le film : réalisateur, scénariste, monteur, chorégraphe des combats, décorateur et acteur (l'un des rôles principaux, le gentil maitre qui refuse de se battre jusqu'à ce qu'on le cherche un peu trop). On répète souvent que le cinéma est une œuvre collective, là on flirte avec les limites du genre.

 

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L'histoire est assez simple, on est dans un présent un peu décalé, limite parallèle, où le duel est une habitude et une distraction. Y a des règles, chacun prend un pseudo et un seul, les combats sont anonymes et sous contrôle d'un huissier et d'un policier, on se bat pour l'adrénaline ou pour laver son honneur, très 18-19ème siècle tout ça. Et à ce petit jeu là, Young-bin est un crack, ce que son apparence de souffre douleur au taf ne laisse pas présager. Y a aussi son pote, incarné par le réalisateur, qui tient une salle d'arts martiaux, qui fût autrefois un ponte de la discipline, qui refuse de se battre, et qui tient sous son aile un jeune foufou qui rêve d'héroïsme et peut-être de vengeance. Un jour le gouvernement annonce l'abrogation prochaine de la loi autorisant le duel, c'est le catalyseur, tout s'accélère.

 

photo91397.jpg

 

On ne peut pas dire que le film s'appuie sur un scenario fort ou original et Yeo Myung-jun ne s'en cache pas : son crédo « aucun message, aucune émotion » et le film est principalement un hommage aux films de sabre hong-kongais. Un hommage sans moyens donc, genre petite dédicace dans son coin, mais avec beaucoup d'application et de sincérité. La lumière est dégueulasse ? Le découpage chiadé et respectueux des codes compense. Pas d'effets spéciaux ? Le réal est un spécialiste des arts martiaux, et à part un empalement qui passe clairement sous l'aisselle et non dans les poumons, ça marche. La musique est plutôt bien utilisée, les références et le genres sont assumées, c'est sans grandes ambitions et c'est rafraichissant. Peut-être un petit regret concernant la fin, qui aurait sûrement gagné à s'éloigner des codes... mais bon c'est le jeu et au moins Yeo Myung-jun va jusqu'au bout de ses idées.

 

Deux petits plaisirs sympatoches offerts par le FFCF en somme, mais bon faut aussi dire qu'on ne paye pas nos places et qu'on a déjà vu une sacré dose de cinéma coréen alors forcément des petites gâteries dans ce goût là, on y est un peu plus sensible que la moyenne.  

 

Petit bonus, deux autres affiches de Invasion of Alien Bikini :

 

Invasion-of-Alien-Bikini-New-Poster-2.jpg

 

Invasion-of-Alien-Bikini-New-Poster-3.jpg

 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Science-Fiction - Fantasy
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commentaires

I.D. 18/10/2011 11:49


> "Le flashback je n'y crois pas trop, à choisir je dirais qu'ils ont survécu."

Il a répondu pour moi. La même. Du coup, ça se divisait dans l'échange soit pour l'un, soit pour l'autre. Le fait de survivre à la chose me parait l'option la plus plausible. Le flashback dans ces
conditions, je ne trouve pas cela idiot de pouvoir le penser mais j'ai quand même du mal à y croire sincèrement.


Joy Means Sick 18/10/2011 10:47


Ah oui l'épilogue final, c'est vrai que je l'ai zappé tant pour moi le film se termine avec le duel sur le toit. Le flashback je n'y crois pas trop, à choisir je dirais qu'ils ont survécu.

D'ailleurs ma principale déception c'est que Young-bin se laisse blesser/tuer par son pote, j'aurai trouvé ça beaucoup plus fort qu'il le tue mais bon j'imagine que c'était la seule façon d'arrêter
la machine étant donné que tout le monde le défie pour venger un parent/ami qu'il a tué lors d'un duel précédent...


Sans Congo 18/10/2011 10:32


Bouah perso je t'avoue que je n'y ai pas vraiment pensé, mais d'un coup d'oeil comme ça je dirais que c'est un happy end à la hong-kongaise, par opposition aux fins coréennes
après les films de HK ne sont pas nécessairement gais à la fin

pourquoi tu penses à quoi toi ?


I.D. 18/10/2011 09:33


Petites interrogations que l'on a sur le blog de David T. Comment tu interprètes (vous interprétez) la fin du film ? Le magasin de sabre, le prof' d'arts martiaux que l'on retrouve bien vivant avec
ce salary man qui pénètre dans sa salle d'entrainement...