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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 01:34

 If you were me est un film collectif (ou omnibus) ou se côtoient et se succèdent une série de 6 courts métrages pour une durée totale de 1h50, génériques inclus. Liberté totale et thème social, les clés refourguées aux plus belles pousses du cinéma coréen de l’époque (2003), de quoi faire saliver. Après, c’est sûr, c’est technique et pas vraiment destiné à ceux qui n’y connaissent rien en cinéma coréen. Pour nous c’est l’occasion de voir en une fois le travail de 6 réalisateurs différents, de découvrir et de comparer leurs approches ou leurs façons de répondre à ce bel exercice de style : faire un court métrage sur la discrimination sachant qu’il sera inclus dans une boite de 6 en mode chicken mac nuggets. Et dans la boite, y a juste Park Chan-wook... Après Paris je t’aime, Tokyo (aka Bong Joon-ho je te kiffe) et New-York I love you, voici la Corée et la discrimination.

 


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Round 1 : The “weight” of her (Yim Soon-rye) - La discrimination chez les moches. 


Premier segment, pitch assez simple, assez stylé : la discrimination envers les moches, et les filles en particulier. Droit au but, pas beaucoup de nuances : on a une grosse pas très jolie au milieu d’un lycée de filles. Des jupes et des uniformes qui se divisent en deux groupes, les jolies et les autres. 75% d’entre elles ne cherchent qu’à devenir plus belles et plus minces, bien encouragées en cela par leurs professeurs. C’est la clé pour trouver job et mari, alpha et omega, Saint-Pierre et Miquelon. Un schéma assez sommaire pour un film radical dans son propos mais pas si fou au niveau de la forme. La mère de l’héroïne refuse de lui payer une chirurgie des paupières, sans parler du camp d’amincissement que fréquente avec « succès » de nombreuses filles de sa classe. Du coup elle cherche du boulot, mais comme lui avait annoncé ses profs, quand on est moche… En même temps quand le film jette un coup d’œil du côté de la vie des belles, on peut se poser des questions. C’est d’ailleurs là le but du film : poser des questions. On y parle de la femme, de la beauté et de la façon dont on les considère et associe. Objectif atteint mais vu d’ici (Europe vs Corée, 2003 vs 2010) les questions posées semblent un peu faciles. 20 minutes sobres et efficaces. Plat du pied sécurité, jusqu'au titre: "Weight" est entre guillemets pour que l'on comprenne bien que la jeune fille traine son embonpoint comme un poids sur son chemin.

 

 

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Round 2 : The Man with an Affair (Jeong Jae-eun) – 1, 2, 3, nous irons au bois...


« Changement de style, changement de thème / Changement de rimes, calmes saines et sereines  / Ainsi le rythme imite les rites du septième ciel / Comme dans un film de Marc Dorcel » (MC Solaar, A la claire fontaine). Après un premier segment sobre et réaliste avec des filles parfois hystériques, bienvenue dans le paradis aseptisé imaginé par Jeong Jae-eun. L’opposition de style est totale, on passe d’une chronique du quotidien à de la science fiction, d’une photo réaliste à une image désaturée, du bruit au silence. Les premiers plans de ce segment sont sûrement les plus intéressants. On nous les donne sans nous les expliquer, dans une suite dont la logique nous échappe. Pourtant on prend, on regarde, on se laisse guider. Parce que c’est bien fait, parce que ça reprend parfaitement les codes des classiques de la SF, parce si on ne distingue pas encore les liens entre les différentes parties on peut néanmoins les sentir. Une sorte d’intro puzzle, on ne possède qu’une partie des pièces et on les place dans notre mémoire sans trop savoir quoi en faire. Puis elles commencent à s’assembler et la trame se dessine. Les codes graphiques nous avaient déjà donné la piste d’une orientation futuriste, elle se confirme. Le lieu semble quant à lui être une sorte d’immense complexe résidentiel dont les murs sont ornés de messages appelant à surveiller tout et tout le monde. Bon délire quoi. Dans cet univers quasi-clinique, évoluent deux personnages mis au ban par les autres, c'est-à-dire la norme. Un petit garçon qui fait encore pipi au lit et un homme dont tout le monde sait qu’il a un passé criminel, une sombre histoire sexuelle. Un grand méchant loup qui parait bien moins méchant que tous ceux qui se moquent du jeune incontinent puni et forcé de demander aux voisins de remplir son seau de sel. Jeong Jae-eun fait évoluer ces deux personnages dans un même univers vide et silencieux et, loi de la gravité oblige, ils finissent par se rencontrer. Une fois, deux fois, trois fois... Par contre la dernière pièce du puzzle ce sera à vous de la dessiner.

 

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Round 3 : Crossing (Yeo Kyun-dong) – Tableaux naturalistes.


On ne pourra pas reprocher à Yeo Kyun-dong d’avoir fait un hors-sujet, ah ça non. Les thèmes du handicap et de la discrimination sont abordés frontalement à travers une série de tableaux mettant en scène de vrais handicapés dans leur quotidien. En fait, on en suit un en particulier, dont on nous dit qu’il sort pour la première fois de chez lui depuis 18 ans (mais il se peut que la traduction des sous-titres soit trompeuse à ce sujet là). L’auteur nous sert donc une petite dizaine de tableaux, très sobres, tout dans la retenu. Prises individuellement les parties sont inégales, les plus simples étant les plus réussies, notamment la montée de l’escalier et la sortie du métro avec des plans fixes qui correspondent parfaitement à l’idée de tableaux. Quand ça parle, c’est un peu moins efficace, même si l’acteur s’en sort vraiment pas mal avec un jeu d’une sincérité troublante. Normal quand on joue son propre rôle me direz-vous, mais quand même. Le truc, c’est qu’au bout du compte, la somme de ces parties bien distinctes parvient à créer un tout cohérent. On passe 20 minutes avec un type duquel on aurait détourné les yeux dans la rue et on commence à le comprendre, si bien que, quand arrive la scène finale et son défi symbolique et insensé, on partage sa frustration et ses cris de désespoir face à cette réalité pseudo-bienveillante qui le rattrape.

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Round 4 Tongue Tie (Park Jin-pyo) – Le petit prince et la carotte.


Soir de Noël 1999, papa et maman filment fièrement leur enfant chanter dans la chorale de l’école privée qu’ils lui ont payé. Filmée comme une vidéo amateur, la scène dure le temps de quelques bouts de chansons, le temps que l’on comprenne que les deux parents placent beaucoup (trop) d’attentes sur leur enfant. Ecran titre, Tongue Tie, et on se retrouve dans le cabinet d’un chirurgien pour enfant avec une assistante déguisée en lapin. Dans ce décor coloré, on ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit, on peut même penser qu’on va juste lui arracher une dent et que c’est quand même beaucoup pour pas grand-chose. Mais la scène et les plans durent et on commence à comprendre que ce n’est pas une simple opération dentaire. La feinte c’est qu’il ne s’agit pas vraiment de handicap ou de discrimination et, à moins d’avoir une solide culture coréenne, difficile de comprendre dès le titre qu’il s’agit d’opérer la langue du petit bout de chou. Le but, lui faire mieux prononcer les R en anglais. On notera surtout la belle mais lente progression vers la douleur, ponctuée par de très rare changement de plans au début puis alternant plans larges colorées et gros plans sanguinolents digne d’un manuel de SVT par la suite. Sinon le petit martyre envoie valser les cadeaux que lui apporte le lapin pour son courage, ça fait plaisir, perso j’ai toujours trouvé que les bonbons des dentistes avait un goût de carotte.

 

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Round 5 : Face Value (Park Kwang-su) – Passe-passe et tours de manège.


“The Face value is the value of a coin, stamp or paper money, as printed on the coin, stamp or bill itself by the minting authority”  (Wikipedia). Le segment de Park Kwang-su utilise le concept éponyme à tous les niveaux. D’abord sur la forme : photo, mouvement de caméra, musique, acteurs, tout est beau, tout est propre. Le concept de discrimination est pris à l’envers et c’est culotté de nous parler de la difficulté d’être beau après 4 segments sur des handicaps autrement plus douloureux. En même temps être culotté au cinéma c’est plutôt bon signe. On se retrouve ainsi avec Ken qui se réveille dans sa voiture encore légèrement saoul. En sortant du parking il tombe sur Barbie, à qui il doit régler son ticket. Petite précision, Barbie ayant taf pourri, c'est une sorte de Cendrillon, l'innoncence en moins, on reste donc sur Barbie. Comme toutes les filles trop jolies (c’est Ken qui le dit), elle se montre hautaine et désagréable. Lui, il renvoie bien la balle, sec et aggressif, un peu donneur de leçons. Bref Ken et Barbie se chamaillent, manifestation d’une séduction réciproque comme les garçons qui tapent les filles au collège. C’est mignon et ce n’est pas si con, le jeu attraction/opposition entre les deux est plutôt bien mené, la mise en scène semble volontairement proche d’un clip publicitaire et on se laisse embarquer dans ce manège qui redémarre à chaque fois que Ken retourne dans le parking. Par contre, la fin un peu fantastique… pas compris.

 

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Final Round - N.E.P.A.L. Never Ending Peace And Love (Park Chan-wook)


Cerise sur le gateau, 23 minutes de Park Chan-wook cloturent If You Were Me. Notre religion nous interdit de parler de son travail pour l'instant, le temps viendra, on ne badine pas avec ces choses là. Et puis Park en dernier round c'est pas fair-play. On ne fera donc que citer, notamment le producteur de NEPAL qui nous apprend que maitre Park considèrerait ce segmant comme son film favori, entre tous. Rien que ça. Quand on voit la liberté qu'il a pris au niveau de la réalisation, on peut le comprendre.

 

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Gong final, on enlève le protège dents et crâche tout notre sang. Mais pourquoi Park Chan-wook a-t-il droit au marteau même sur un ring...



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Published by Kim Bong Park - dans Courts Métrages
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