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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 17:04

affiche

Happy end, de Jung Ji-woo.

 

Voici le trailer. Il est possible de voir le film sur youtube, sans les bons sous-titres. En même temps les paroles ne sont pas importantes. Pour ne pas dire inutiles. Et c'est une bonne raison pour se mettre à apprendre le thaï.

 


 


Avec Choi Min-sik (Seo Choi), Jeon Do-yeon (Bora Choi), un couple de six-tonnes, et un troisième larron, Kim, interprété par Joo Jin-mo, plutôt poids plume, ou papillon, que les quatre vents ont originellement soufflé sur les côtes ultra-rentables  du drama sudco. Hé ouais, un triangle, donc un plan à trois, un marivaudage de canard, pas besoin d’être devin. Happy End a plutôt bien marché lors de sa sortie en 1999 (5e film au box office des films sudco en six semaines de présence sur les écrans), alors qu’il s’agissait d’un jeune premier. Ce fut aussi un succès d’estime. En tous cas, Darcy Paquet a « a-do-ré ». L’histoire du film reflète un peu la forme de post-modernisme dans lequel le cinéma sudco s’est renouvelé après la deuxième ou troisième nouvelle vague, chargée politiquement, qui toucha la France au début des années 1990. Il s’agit d’un couple, Seo et Bora donc, qui traverse une espèce de crise de la quarantaine de l’amour. Le mari a été viré de son job, et se retrouve dans un rôle d’homme au foyer, tandis que sa femme est l’exacte opposée : c’est une femme d’affaires accomplie qui se plaint de ce que sa larve de mari bave en rampant à longueur de journée aux quatre coins de leur appartement plutôt haut standing. Et elle de porter la culotte jusqu’au bout : elle a son amant, un ex, Kim donc, avec qui c’est foufou ; comprendre scènes de cul explicites d’une troublante antériorité à celles qui s’épancheront ça et là, quatre ans plus tard, dans le film d’Im Sang-soo, Une femme coréenne. Ah oui, l’inversion est vraiment totale : Seo, qui retrouve son adolescence en perdant son job, s’enferme dans une librairie à longueur de journée. Le bon sens aurait naturellement porté à croire qu’il passât ses journées le nez suspendu au-dessus de pages de mangas. Or, une interprétation trouvée sur le net prétend qu’il s’agit de romans d’amour. Faut voir. Difficile de croire que le grand Choi Min-sik, qui a accepté de se ratatiner péniblement pour ce film, ait poussé l’art et la manière de la serpillère à ce point de mollesse. Bref, un schéma classique => Bora + Kim = passion ; Bora + Seo = désillusion ; Kim + Seo = relations courtoises.

 

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Bon on passe sur l’aspect perte de virilité, sur le retournement sadien des valeurs, le nihilisme individualisant lipovetskien et la démocratie contre elle-même ; nul doute que ces biscuits auraient été plantés comme des lances sur le corps vierge et dénudé de la finesse cinématographique si M. Feldspath eût été parmi nous (cf. Une femme coréenne). Il paraît que le personnage de Seo a provoqué quelques remous à l’époque, sur le mode : les hommes au charbon les femmes au fourneau, non mais ho. Le pater familias piétiné par une Emma Bovary désinvolte et chouineuse, qui prend son pied de surcroît, voilà qui était plus que ce que le séoulite bon et beau et de droite ne pouvait supporter. Et vos serviteurs de remonter à la première version du Code civil, en son deux cent treizième article : « le mari doit protection à sa femme, la femme doit obéissance à son mari » ; « 343 salopes » ou pas oserait-on ajouter. Bref, rien de mieux que Napoléon pour clore un paragraphe inutile.      

 

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ou du Viagra (en fait c'est pas du Viagra dans le film)

 

On ne parlera pas d’énormément de choses, donc, à propos de ce film, si ce n’est qu’il s’agit d’un patchwork inachevé. D’une espèce de matrice googlesque du cinéma sudco. C’est un film qui, en ne provoquant rien, ou pratiquement rien, même pour un œil bienveillant, laisse une espèce de goût d’inaccompli, voire une sorte d’agacement face au phénomène « jeune premier ». Jung Ji-woo essaye, souvent très bien, de se la faire premier de la classe qui a bien encadré en rouge les théorèmes principaux des grands maîtres. C’est comme si Jung ji-woo avait réalisé le film archétypale, la nouvelle branche du début du XXIe siècle, qui participera à la troisième ou quatrième nouvelle vague du cinéma sud-coréen. Happy End se répète et persiste dans un paquet de films des années 2000. L’intérêt de ce film donc, c’est d’entrer dedans comme dans une généalogie, pour en identifier les lignes de fuite qui constituent une charpente virtuelle canonique pour les films à venir. Vive l’archéologie donc.      

 

Premier point : trop facile de rendre hommage à Stanley Kubrick dans son premier film. Stan, c’est un peu le Baudelaire des mauvais poètes, les Lucien Chardon qui écrivent sur les marguerites ; ou le Jacques Brel, horizon indépassable, de la nouvelle chanson française qui n’a de Brel ni le drame, ni la laideur, ni la misère. Jung Ji-woo ne s’en cache pas puisque le premier plan de son film, un beau couloir blanc à la perspective géométrique parfaite, est comme tracé à la règle en hommage au maître des Sentiers de la gloire, tout en rappelant l’épure de Shining, le rouge en moins (en fait le rouge arrive dans le plan d’après, une pièce chaude dans laquelle les deux amants s’adonnent aux plaisirs de la chaire). Pour vous prouver qu’il ne s’agit pas d’une circonstance, d’une référence facile, ou d’un pis-aller, deux autres preuves. La première, un plan dans la chambre de Kim, l’amant de Bora donc, dans lequel on aperçoit, discret mais centré, une petite affiche d’Orange mécanique en arrière plan. Bon il eût été judicieux de lâcher sa dédicace avec un peu plus d’amour-propre, mais enfin bon, au moins le bonhomme a du goût. Deuxième preuve, tout aussi distinguée, est le trio de piano de Schubert qui est joué deux ou trois pendant le film ; il s’agit évidemment du thème de Barry Lyndon. Au moins Jung Ji-woo, sauf erreur, ne fait pas de référence explicite à 2001 : L’odyssée de l’espace, le film préféré des faux admirateurs de Stan. Tout le monde sait que c’est Barry Lyndon le plus grand film de Kubrick. Donc référence empruntée et facile, mais dans les règles de l’art. Bergson disait que tous les philosophes avaient deux philosophies : la leur et celle de Spinoza. D’une certaine manière, cette sentence s’applique au cinéma. Tous les cinéastes ont leur cinéma et celui de Kubrick. Bah ouais, parce que Kubrick a voulu réaliser le meilleur film dans chaque genre de film. Donc c’est un peu difficile de dépasser la Bible. Du coup, tout le monde, consciemment ou pas, répète du Kubrick. Après, c’est une question d’orgueil.

 

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Mais bon, Jung Ji-woo donne aussi dans l’originalité. Il a inventé, en fait on ne sait pas si c’est lui qui l’invente mais on n’a qu’à faire tout comme, le « cadre surgissant ». C’est assez déstabilisant pour le noter. Lors d’une des scènes de copulation, la caméra filme la pièce depuis un angle ; le plan est fixe, comme si la caméra était posée sur un trépied. Et d’un coup paf, la caméra se lève et se rapproche des affreux fornicateurs. En fait, la fixité du plan résidait dans l’immobilité du caméraman assis sur un fauteuil. Du coup, ça fait très bizarre comme sensation. Genre un voyeur se trouvait là, à mater la scène (le spectateur ou le mari qui sait ?).

 

Juste au passage, petite parenthèse qui pour le coup ne se retrouve pas forcément dans le cinéma sudco des années 2000 : le product placement à la française. Si si, on voit apparaître la marque Carrefour et la marque Marie Claire. On voit subrepticement des sacs Carrefour apparaître à l’écran quelques secondes, et CMS fait des courses dans ce qu’on imagine être un Carrefour. Mais c’est étonnant comme choix. Encore plus étonnant est le choix des taies d’oreillers Marie Claire. Encore une fois, et sauf erreur, Marie Claire est un magazine. Alors là, deux hypothèses s’offrent à nous. Ou bien Marie Claire vend des magazines en France, et du linge de lit à l’étranger ; ou bien l’équipe de production a récupéré des taies d’oreillers spécialement mise en vente dans un magazine Marie Claire en Corée du sud. En tous cas, dans les deux hypothèses, il s’agit des prendre des noms bien frenchy pour les associer, subrepticement cette fois, avec l’image de l’amour fol. Bon, un peu facile encore une fois. Il aurait plus manqué qu’une apparition de Louis Garrel, entre deux scènes de sexe, avec une baguette et une capote – heu non, pas Louis Garrel, il était au collège à l’époque. Bref la folklorisation est une technique comme une autre, un peu regrettable, mais qui fonctionne à tous les coups. Mais là, quand on voit en plus qu’une scène du film se déroule dans un café nommé « La vie en rose » : là, non, sans nous, on dit stop. La France ce n’est pas que du romantisme, c’est aussi : Emile Louis, le stade Felix-Bollaert, Alain Finkielkraut, Franck Ribéry, et Magloire. On a aussi le droit de ne pas être romantiques, et de faire peur, comme les Russes.   

 

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A part ça, le seul intérêt du film, c'est bien évidemment Choi Min-sik. Comme pour Robert de Niro dans le Parrain 2, on regrette de ne pas en voir assez. Mais globement l'ascenseur émotionnel par lequel il passe est d'un maîtrise remarquable. A noter que le rôle qu'il joue rappelle Failan (au moins dans la fin du film). Son personnage est l'incernation du mélange des genres: on ne va pas raconter l'histoire pour ceux qui; mais quand même, son rôle est l'autoroute des drames sudco.

 

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Dans le même genre, la pluie, forcément.

 

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Les jeux de glaces, miroirs et autres verreries. 

 

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(c'est très bleu comme film quand même)

 

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Bon, on ne vous cache pas que l'histoire finit mal. Made in South Korea.

 

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      (à Rome, un mari pouvait légalement tuer son épouse adultérine; un grand lecteur de Marc Aurèle ce Seo)

 

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(Memento Mori cousine)

 

Et pour finir, bon élève qu'il est, le réalisateur n'hésite pas à placer une citation en l'honneur du saint-patron du cinéma sudco, Kim Ki-young, avec ce jeu d'élastiques, sisi, allez voir le texte sur The Housemaid pour vous en convaincre. Dans The Housemaid, le plan sur le jeu d'élastiques ouvre le film; dans Happy end, il le ferme, comme une conclusion (bon il le ferme pas totalement mais presque).

 

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Voilà quoi, film pas ouf, impression de se répéter. Du coup article cauteleux, style perdu, manque de verve, désabusé. Que faire ? Je vais me mettre au cinéma albanais la vie de ma mère. Les dimanches sont durs.

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Published by Kim Bong Park - dans Drame
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