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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 10:21

 

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Cette semaine l’article prend une forme épistolaire. Mais comme tout le monde n’a pas forcément vu le film et que la version coréenne n’a rien à voir avec celle des frères Grimm, voici le topo.  Eun-soo (Chun Jeong-myong) conduit sur une route de campagne. Il a choisi d’aller voir sa mère mourante plutôt que d’accompagner sa femme à l’hôpital , du coup cette dernière l'engueule. Décidemment ça ne va pas fort. Un panneau « virage dangereux » sur sa droite, le téléphone dans la main, ça ne manque pas, c’est l’accident. Un point pour la sécurité routière. Sa voiture se retourne, il se réveille avec une migraine à l’orée d’une forêt merveilleuse. Deux points pour le fantastique. Comme il va faire nuit et qu’une fillette de 12 ans lui propose de venir dormir dans sa maison, il la suit. Faut avouer qu’elle l’arrange bien pour le coup. Au milieu des bois, la petite maison dans la forêt, ses petit-déjeuners à base de guimauve, ses couleurs flashy, ses trois garnements et deux parents fraichement débarqués de Suburbia (cf Edward aux mains d’argent). N’ayant pas envie de faire de crise d’hyperglycémie, Eun-soo tente de partir dès le lendemain matin. La famille du bonheur cherche à l’en dissuader et la forêt y parvient. Notre héros est coincé, on lui sert encore des confiseries, la mort le guette. Alors quand il s’aperçoit que ses hôtes jouent une comédie plutôt macabre, il décide de tout faire pour se barrer au plus vite.

 

 

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« A l’attention des auteurs et coauteurs du film Hansel et Gretel,

 

Messieurs,

 

Il y en a parmi vous auxquels il me semble bon de tirer les oreilles. Vous l’aurez compris, je viens de voir votre film.

 

Voyez-vous, j’ai de gros défauts, une certaine idée de ce que l’on aime appeler le 7ème art et un véritable amour pour le celui qui nous vient de la péninsule coréenne. Je suis aussi très rancunier, demandez donc à Akira Toriyama, je ne lui pardonnerai jamais d’avoir participé à Dragon Ball Evolution. Vous m’avez séduit et vous m’avez trompé. Pire, après une heure agréable et courtoise, vous m’avez pris pour un con. C’est désagréable.

 

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Tout avait pourtant bien commencé. Je notais dans un coin de ma tête quelques plans sympas (la voiture qui passe devant le panneau zig zag) et j’esquissais un sourire lors de l’accident qui s’en suit. La caméra tourne comme dans un manège, le véhicule se retourne comme une crêpe. Le trait est un peu trop appuyé à mon goût mais c’est sympa. Surtout, j’admirais déjà votre audace. On a bien plus souvent l’habitude de se confronter aux contes d’horreur en littérature qu’au cinéma. J’y ai vu un combat à mener. Malgré des premiers pas hésitants je faisais déjà de vous les héros de mon histoire. Des hommes et des femmes qui auraient su recréer au cinéma la légende des contes d’autrefois, ceux que l’on raconte aux enfants qui ne sont pas sages. Un peu plus et je vous faisais frères d’armes de Tim Burton. Enfin écuyer plutôt mais là n’est pas la question.

 

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Une belle équipe avec des moyens conséquents. J’étais confiant. J’ai été berné. Tout commence avec les décors. La forêt, lieu de transition entre réalité et fantastique. Elle est d’abord filmée de manière très crue, avec des couleurs cependant affirmées, rassurantes. On avance petit à petit vers le fantastique, toujours situé en son cœur : ici la maison des trois garnements. Autre complice, la photo. Bien sûr vous savez y faire. Les coréens excellent dans la direction photographique et en engageant Kim Ji-yong vous saviez où vous mettiez les pieds. Deux ans plus tôt, il signait la photo de Bittersweet Life. Son travail est extrêmement propre, peut-être même un peu trop. Il compose ses portraits avec une attention remarquable et maitrise véritablement la lumière. Mon préféré : le plan de la marâtre qui gronde les enfants à table. On sent que la gravité travaille sa peau depuis plus longtemps que les visages en porcelaine des garnements qu’elle affronte. Opposer adultes et enfants de la sorte, c’est balèze. Par contre, pour un conte j’aurais plutôt eu tendance à penser à des plans larges et fixes à l’image des illustrations des livres pour enfants. Je dois dire que certaines (contre)plongées m’ont dérangé. Mais je ne remets pas en cause la qualité du travail de Kim Ji-yong, il donne d’ailleurs un style plus léger au film, seulement il me semble parfois bon de se prendre au sérieux. D’ailleurs, petit coup de gueule. A l’époque de la 3D, la nuit américaine c’est anachronique. Ca fait peut-être américain (des années 80) mais ça ne fait pas du tout nuit. Votre film est une call girl et vous lui avait choisi un bon maquilleur, c’est bien vu. Ca marche pour l’apéritif, mais quand au milieu du plat principal elle a commencé à parler morale et éducation, elle m’a coupé l’appétit.

 

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Certains personnages avaient même réussi à m’enthousiasmer. Manbok (Eun Won-jae), 12 ans et chef de meute, mi ado mi psycho, des yeux qui se foutent constamment de notre gueule, très prometteur. Pourquoi en avoir fait un pseudo Super-Saïen par la suite ? L’arrivée du deuxième couple fût un coup très classe. Enfin un film qui sort du schéma proies-prédateurs. Un ménage à trois qui a failli m’exciter, même avec notre héros fadasse au milieu. Le hic, c’est que tout s’effiloche au fur et à mesure. On en vient à se demander si certaines bonnes idées sont vraiment volontaires. Le diacre par exemple. [attention spoiler] Un prêtre tueur d’enfants dans un conte et un pays aussi catholique que la Corée, c’est courageux. Annoncer à la fin que son costume de prêtre n’est en fait qu’un déguisement, c’est faire machine arrière.

 

bientot les cheveux vont devenir jaunes supersaian

 

J’en viens au cœur du problème afin de vous garder deux trois sucreries pour la fin ; ce serait bête de partir fâché. Je suis allergique aux passages explicatifs. J’ai du hériter de mon éducation à la cour de Norvège quelques complexes et je déteste qu’on me prenne pour un con, qu’on me serve un plat prémâché. J’ai toutes mes dents. Durant la dernière demi-heure du film, je me suis arraché la peau, mes lèvres ont triplé de volume et j’ai manqué de peu la crise d’épilepsie. Me faire un coup comme ça, c’est très bas. Toutes les promesses sont bazardées, ça parle, ça chiale, ça balance de la musique triste à tout va. Etrange ce hara-kiri scénaristique. L’auteur devait d’ailleurs tenir ses viscères dans sa main gauche quand il a écrit cette belle réplique « j’ai toujours pensé que j’étais le plus malheureux du monde, j’ai toujours fui, mais aujourd’hui j’ai changé » (de mémoire, je ne vais pas risquer une nouvelle crise en recherchant le passage). Argh, la morale, le coup de grâce. Il a ensuite utilisé ses dernières forces pour préciser qu’il voulait des violons et une larme au coin de chacun des yeux du héros. Il n’a pas su finir son scenario et s’est sabordé. Mes condoléances à sa famille.

 

stylé mais pas très conte ce plan

 

« Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce
Jamais un lourdaud, quoiqu'il fasse
Ne saurait passer pour galant. »

 

La Fontaine, 21 mots pour une morale, c’est quand même plus aérien qu’une demi-heure de dialogues et de violons.

 

Ah ben non en fait je n’ai pas de sucreries pour la fin. Tant pis, vous pouvez toujours bouffer votre maison en pain d’épices.

 

Bon allez, tenez : j’ai bien aimé la scène où Eun-soo monte au grenier pour la première fois. Les cheveux d’une inconnue qui tombe sur la gueule, c’était flippant.

 

Un spectateur trahi. »

 

 

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Nuances : Hansel et Gretel est un film plein de sucreries dont il ne faut pas abuser mais qui nous réserve quelques savoureux moments. Revenons-y afin de lui faire un enterrement en bonne et due forme.

 

Des portraits d’une netteté absolue.

 

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Quelques plans composés autour d’une diagonale (les bonbons préférés de Joy Means Sick)

 

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Un plan avec un prêtre et une croix très discrète

 

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Et puis bon les décors sont quand même sympas.

  décors copy

 

 

BONUS

 

- Dans la famille "films avec de enfants qui sont censés faire peur" je demande la version française : Un Jeu d'Enfants de Laurent Tuel

 

 

 


 

 

- Bien vu...

 

- Yeah ! bon alors dans la famille "enfant super méchant", je demande Bujin l'illusionniste de la fine équipe de Bojack dans Les Mercenaires de l'Espace (9ème film de Dragon Ball Z)

 

bojack_minions_02.jpg

 

- et le début du film en prime...

 

 


 

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Published by Kim Bong Park - dans Horreur - Fantastique
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commentaires

Miss Babooshka 10/03/2011 18:20


J'avoue avoir été charmée, mais je suis bon public donc ...

http://missbabooshka.hautetfort.com/archive/2009/05/21/ne-telephonez-pas-au-volant.html


Kim Bong Park 30/08/2010 01:11


Je crois qu'on est à peu près sur la même longueur d'onde même si la notre fait des nuances un peu plus larges. Film décevant et qui dit déception dit attentes : y avait un potentiel mais il est
beaucoup trop rarement exprimé. La photo est quand même jolie, et le film une belle coquille vide.


Bruce Kraft 29/08/2010 09:58


Hansel et Gretel m'a profondément déçu...une histoire sympa mais alors le tout ressemble a un énorme bordel avec un montage de merde (euh oui ce mot signifie vraiment "excréments" chez le français
moyen!!), un scénar' qui est...burlesque mais vraiment pas dans le bon sens et qi je vous parle de l'interprétation...oh et puis non...j'ai pas envie...Mdr!!