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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 23:35

The Man From Nowhere

 

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 Mardi 9 novembre à 19h, Samedi 13 à 17h (Action Chrisitine), 119 minutes.

 

Réalisation : Lee Jeong-beom (son second film à 29 ans)

Scenario : Lee Jeong-beom (le premier draft a été validé après 3 mois seulement puis réadapté selon le casting, notamment le rôle principal : initialement un agent nord coréen de 60 ans)

Casting : Won Bin (qui a définitivement validé son billet Première Classe avec Mother et qui du coup a pu mettre la pression pour obtenir le rôle), Kim Sae-ron (petite fille qu'on a pu voir dans Une Vie toute neuve de la franco-coréenne Ounie Lecomte).

 

En gros : Gros succès au box-office coréen cet été (il aurait mis Inception au tapis), ça sent le déjà vu très sympa : un ancien "agent" sort de sa retraite pour sauver une petite fille avec qui il s'était noué d'amitié et affronte le crime organisé pendant que son passé ressurgit. Le trailer est sympa et, en plus, on peut apercevoir le héros fatigué trainer sur l'autoroute une hachette à la main. Ah les outils dans le cinéma coréen...

 

A PRIORI : tout réalisateur coréen qui veut toquer à la porte du Panthéon se doit de passer par un film de vengeance ou un thriller violent, quoique pas très finaude (surtout la seconde partie) la bande annonce est alléchante et rares sont les films qui peuvent se vanter d'avoir mis une raclée à Inception cet été : de quoi se laisser tenter mais attention à l'excès d'enthousiasme, placer trop d'attentes sur le film risquerait de le tuer dans l'oeuf.

 

Normalement on y sera mardi et on en reparlera ! C'est bon on a été le voir, et voici le compte-rendu de l'ouverture du FFCF.

 

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17h15 : Joy Means Sick et Sans Congo se présentent aux portes de l’Action Christine. Quelques minutes plus tard, le temps pour JMS de déployer son mètre quatre-vingt dix pour aider à coller des affiches, ils se retrouvent affublés de leurs accréditations, fiers comme des pinsons. Oui mais voilà, il est 17h30, le film ne commence que dans deux heures et il pleut. Ils partent donc en quête de casse croûte afin de calmer leurs estomacs avant la séance.

 

18h : une fois leur panier repas constitué, les deux compères sont de retour : on les a prévenus, il y aura du monde. Une heure avant on compte déjà une petite vingtaine de personnes, pas question de se faire sucrer leur avant-première. Ils restent donc solidement plantés entre le relais château Christine et le cinéma, attendant de pied ferme l’ouverture des portes.

 

19h : deux longues files d’attente s’étendent de part et d’autre du cinéma. A droite, les privilégiés, invités et accrédités. A gauche, la plèbe, réservations internet et téméraires, et… JMS et SC, la carte FFCF sur le torse, dans un élan de justice sociale. Le geste n’est pas compris, on nous remet à notre place, à droite. En tout on compte de quoi remplir facilement trois fois la salle, une petite dizaine de caméras (dont une chaine télé coréenne) et quantité d’appareils photos numériques. On prend un peu de retard mais personne ne s’énerve. Hôtes et hôtesses sont souriants, on est accrédités, on la joue relax et on finit par entrer. Ce ne sera pas le cas de tout le monde. Bien tenté les mecs, on pense à vous.

 

Voici venu le temps de faire une petite dédicace à Dong-suk Yoo, le directeur artistique du festival, et surtout un homme de goût : c’est lui qui nous a invités à être Daily Bloggers. Merci donc DSY, et puis le costume : bogoss. C’est ce même DSY qui fait la majeur partie du speech d’ouverture, les personnalités défilent, on ne va pas s’étendre. On notera juste que selon le goguenard responsable en France d’Asiana Airlines, le FFCF veut devenir le plus grand festival du monde (comme leur entreprise) et que The Man From Nowhere a fait, selon la présentation, 7 millions d’entrées en Corée. Et merde, ça sent le happy-end.

 

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Et puis le film commence, par un crochet. Il s’ouvre sur un fond noir que déchire une flamme allumant une cigarette. Un visage se détache du fond indifférencié, un peu occupé, un peu distant, un peu ennuyé. The Man from Nowhere essaye de ne pas se faire repérer par le physio dans la queue devant la boîte de nuit la plus select des années 2000, Les thrillers sud-coréens. Une descente de flic dans une discothèque, une baston en bonne et due forme, un gros gorille éclaté par un inspecteur un peu vénère et une meuf qui met un coup de taser avant de se faire la malle avec la marchandise. On tend l’oreille pour voir s’il n’y a pas du Nina Simone en fond sonore tout en guettant la moustache de Collin Farrel. Ah Miami Vice… Nulle trace de Won Bin pour l’instant, normal, l’intrigue part sans lui et c'est en le bousculant qu’elle le fera entrer dans la danse. Sauf que là on n’est pas dans Grease. C’est bon, le film est bien sapé et le physio aime bien sa gueule, il gagne son sésame : on se glisse doucereusement dans nos fauteuils, ça va mordre de la trachée.

 

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Quand on veut voir un bon match de football, on regarde du côté de Barcelone ; mais quand on veut se frotter à un bon thriller, il semble de plus en plus évident que c’est à Séoul qu’il faut chercher. La Corée du sud est en train de déposer une belle franchise sous ce label, et The man from Nowhere est complètement dans le tempo. Le seul bémol, paradoxalement, réside dans son immense succès au box-office qui est le signe que le film est une tragédie inachevée. Nous disions dans un de nos articles qu’il n’y avait pas de happy-end dans la cosmologie sud-coréenne. Ici, c’est en partie faux. En même temps, on croule sous des trombes de malheur du début jusqu’à la fin. Les héros ont la poisse accrochée jusqu’aux os, donc un bon petit rayon de soleil en épilogue, ça soulage un peu tout le monde.

 

Forcément, après avoir fait le forcing pour faire le film, Won Bin se devait de soigner son entrée. Et franchement ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Won, sérieux, la mèche constamment sur l’œil, c’est tout much, ça fait plus Star ac’ qu’ex-agent des forces spéciales. Enfin bon, même s’il ne joue du coup qu’avec la moitié du visage, il le fait plutôt pas mal et monte en puissance progressivement. Mother n’était donc pas un coup de pot, le mec est doué. Et puisque l’on parle des acteurs, saluons tout de suite la performance de Kim Sae-ron, troublante dans son rôle d’enfant abonnée par tous (on affectionne le terme « troublante », ça fait très critique de cinéma).

 

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Au-delà, The Man from Nowhere est un pur thriller élégant et racé. Du tonus, du cœur, de l’envie : tout ce qu’on aime. Aucun personnage, même les secondaires de secondaires, ne semble avoir été écrit par la petite sœur du scénariste. Nous lui en savons gré, bien évidemment. Tae-shik (Won bin) est un antihéros placide dans la droite lignée de ces illustres prédécesseurs en la matière. D’ailleurs, les thrillers sud-coréens ont semble-t-il dépassé le paradigme tarantinesque du gangster en costume noir ajusté, chemise blanche, lunette noire, cravate fine. En Corée du sud, l’âme damnée est un peu plus extrême, tout en restant sobre : costume noir, chemise noire, outil de bricolage à la main (hache, marteau, comme vous voulez). Tae-shik c’est personne, un Ulysse perdu dans une odyssée infernale et lugubre. On passe sur les détails mais ça donne : trafic d’organes, de drogue, enfants séquestrés, et épouse écrasée par un six tonnes.

 

Le film se déroule ensuite de façon plus ou moins éclatée (on suit différent points de vue) mais, loi de la gravité oblige, on colle de plus en plus aux basques de Won Bin, the man from nowhere is now everywhere. Le tout est très bien fait, calibré, efficace. On n’atteint quand même pas les sommets d’un Oldboy, d’un The Chaser ou encore d’un Memories of Murder, et surtout le film se sacrifie finalement sur l’autel de la rentabilité. Mais globalement on ne va pas faire la fine bouche.

 

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Pour ce qui est du syndicat du crime, c’est une bande de joyeux gai-lurons. Ce qui invite à méditer sur cette sentence : les méchants les plus méchants sont aussi ceux qui ont l’air les plus sympas. Reprenant à son compte le théorème du Joker, le réalisateur fait du duo maléfique un couple drolesque et pince-sans-rire qui gonfle un peu le film de quelques bouffées d’oxygène parfois salutaires. Les policiers aussi, dans leur relative incompétence, sont l’occasion de déconner un petit peu. A noter également que le schéma classique du héros qui mène son enquête parallèlement à celle de la police est scrupuleusement respecté ici. Plus largement, The man from Nowhere semble clairement en communication avec The Chaser. Et la plante de Tae-sik amène inévitablement à voir une passerelle avec Léon, et Natalie Portman, notre première amoureuse.

 

Sinon très grosse dédicace à la scène du saut par la fenêtre en un seul plan ! On est avec Won Bin dans le couloir, on passe avec lui à travers la vitre et on atterrit avec lui. Tout simplement génial, incroyable, un direct au foie qui sonne pendant cinq bonnes minutes. Après une brève enquête sur l’Internet, il semble que le caméraman et Won bin, attachés à deux cordes, sautent tous les deux par la fenêtre. La scène a été filmée en plusieurs prises (tu m’étonnes…).  Et c’est pas tout, on notera aussi une nouvelle façon d’utiliser un sèche-cheveux, un face à face extrêmement stylé entre deux supers guerriers au milieu des basses et des lasers d’une boite de nuit, des scènes de baston au top du hip-hop, et une alternance élégante de scènes méchamment sanglantes et de petits passages comiques. On met à part les deux scènes qui entourent le départ de la « grande sœur » exploitée par les méchants chinois : on nous dit qu’elle rentre chez elle alors qu’on sait tous bien qu’elle ne fait que franchir une étape dans le malheur… Et pourtant, ici on se place du point de vue des autres enfants, comme si on y croyait. On adopte un ton qui serait presque heureux, les adieux se font sans larmes, sans musique triste et c’est d’autant plus cruel à regarder. La sobriété ça paye, et ça s’applaudit.

 

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Quelques nuances cependant : la musique, vraiment pas top voire franchement chiante, les passages de flash-back pas très subtils (grosse lumière blanchâtre, tons clairs, ralentis, sourires niais… héhé si tu savais ce qui t’attend) et puis la fin : sans elle jamais le film n’aurait fait ses 7 millions d’entrées, avec elle jamais il n’entrera au Panthéon. Tristes tropiques. En tous cas, n’hésitez pas à aller voir le film samedi 13 novembre, ça vaut le coup ! 

 

 

TRAILER

 

 


 

 

L'idéal pour se faire un a priori par vous-même, ce serait de regarder Cruel Winter Blues, le premier film de Lee Jeong-beom, sur Youtube (dans un méchant format 4/3 qui en découragera certains). Perso, on ne l'a pas encore vu.

 

 

 


 

 

Liens :

- Fiche FFCF

- Fiche London Korean Festival

- Site Officiel (anglais)

- Topic sur le forum Mad Movies

 

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Published by Kim Bong Park - dans Thriller
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commentaires

Sans Congo 20/01/2011 00:50


et dsl pour mon côté suisse, j'étais sous l'eau cette semaine !


Sans Congo 20/01/2011 00:49


on essaye de se constituer un capital pré-nouvelle vague, pré-transition démocratique, mais le problème c'est que c'est assez difficile de toucher la came; on a eu un bon arrivage grâce à une sorte
de mécène cosmique, on devrait donc ouvrir de nouveaux horizons sous peu
à bientôt man


meganekun 11/01/2011 13:49


Concernant l'aversion pour la Corée des rédacteurs de Drink Cold : eux peut-être mais moi sûrement pas!

Je suis le farouche défenseur de la culture kimchi au sein de la buvette. Il n'y a qu'à voir mon amour indéfectible pour So Nyeo Shi Dae, Park Ji-Sung et Kim Yu-Na!

Sans compter qu'après avoir gouté au plaisir de la bulgogi romance, je n'échangerai pas ma plantureuse coréenne contre trois barils de japonaises.

Pour en revenir un peu au cinéma coréen, je dois bien avoué que je ne suis pas tellement sorti des sentiers battus : The Chaser, Oldboy, The Host, Thirst, Save The Green Planet, City Of Violence,
Memories Of Murder... J'ai de grosses lacunes en cinéma plus ancien, j'aimerai vraiment en apprendre plus sur les 70's par exemple. Donc voilà, si vous avez ce genre de films en stock, je serai
avide de ces articles.

Meganekun, passe commande.


Sans Congo 11/01/2011 10:26


Salut Meganekun, merci pour ton message (et c'est vrai que c'est très poli)

On est passé un peu vite sur le Won Bin effect vu que c'était repris un peu partout, mais c'est évident que le bonhomme a sa part de responsabilité dans le contingentement de pucelles qui ont
laissées leur traces dans les salles de cinés. Et sinon bogosse le beau frère ! On pourrait presque dire par transitivité que tu as un pied dans le cinéma sudco.

Perso j'ai jamais balancé un comment sur votre blog, donc je suis d'autant plus heureux que tu nous envoies ce message. J'aime beaucoup DC, je trouve que c'est du blogging utile : ultra-niché,
ultra-spécialisé, et ultra-divertissant, et pile poile le ton auquel j'adhère. Je suis d'ailleurs un lecteur assidu de tes chroniques j-popienne
(j'ai cru comprendre que votre bastion se défendait des intrusions kimchistanaises; je dois d'ailleurs t'avouer que depuis le temps que nous baignons dans le cinéma sudco, nous avons inconsciemment
intériorisé les relations houleuses avec le japanisthan)

Bref, en espérant que les ponts lancés de part et d'autre de la "mer de l'Est" ouvrent sur des relations cordiales et fructueuses !

Sur ce, je te souhaite une bonne journée Meganekun,

Sans Congo


meganekun 11/01/2011 00:43


Wesh les mecs!

Je découvre votre blog aujourd'hui et comme j'aime votre prose (et puis comme vous nous avez subrepticement linké dans un article récent) je me suis dit que la moindre des choses était de laisser
un petit commentaire.

C'est que nous sommes bien élevés à la buvette.

Alors j'ai cherché un article sur un film que j'avais vu récemment et BIM! 'Ajussi', The Man From Nowhere.
Et j'ai été surpris de lire avec plaisir l'article. Parce que la plupart du temps, les 'critiques' bloguesques de films m'emmerdent au plus haut point (c'est valable pour mes propres tentatives).
Mais là, on a plutôt l'impression de tailler le bout de gras avec un pote que de lire une chronique circonstanciée. Et ça, je trouve ça cool.

Et comme je trouve ça cool, je le dis.

Mais si le film a fait 7 millions d'entrées, c'est plutôt grâce à la présence de l'acteur principal (j'ai pas retenu son nom et j'ai la flemme de vérifier tout de suite). Apparemment, ce serait le
Beau-Gosse Number One en Corée. Et la scène où il se rase le crâne a fait se pâmer de l'adolescente par milliers dans les salles obscures apparemment. Certaines ont été voir le film une
demi-douzaine de fois pour ce passage (ne me demandez pas pourquoi, je n'ai pas la clé de compréhension de la psyché féminine).

Alors peut-être que le happy-end (que je n'ai pas trouvé trop 'forcé' personnellement) y est pour quelque chose mais ne minimisons pas le pouvoir d'attraction de ce jeune homme.

Et puis, croyez-le ou non mais mon beau-frère est figurant dans le film! Il tient le parapluie d'un gangster pendant au moins 15 secondes! Etonnant, non?

Voilà c'est tout.

Meganekun, pabo.