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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 15:55

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Ce mercredi 23 novembre on se serait cru en décembre. Les saisons n'avaient plus de raison. Carter San-Congo et John O'Meanseek grelottaient en avançant rue Christine. Ils n'étaient pas revenu sur les lieux du crime depuis Ballad of a thin Man. Ils avaient réglé son compte à Kwak Jae-young il y a quelques semaines de cela, mais nous reviendrons sur cet épisode plus tard. En attendant, l'Action Christine semblait mort. Même les spectres du festival avaient décidés de rester au chaud. Aucun anorak FFCF, de faibles murmures dans la file d'attente, une population tristement homogène avait repris possession des lieux. Ils échangèrent un regard entendu et reprirent leur route, si quelque chose leur avait échappé lors du festival, ce n'est pas ici qu'ils mettraient la main dessus. Chacun dans leurs pensées, ils avancèrent en silence à travers les rues humides du quartier de l'Odéon, ses trottoirs en travaux recouverts de plaques de métal, ses bruits de klaxon, ses groupes d'étudiants. Ils avaient rendez-vous Carmen San Diego, membre du jury étudiant rencontrée en milieu de festival, et franchirent les portes du café. Elle les attendait en buvant un chocolat chaud, son fidèle imperméable rouge séchait sur le dos de sa chaise, son chapeau lui cachait le haut du visage. Elle leur adressa un signe de la tête, O'Meanseek commanda un Irish Cofee, San-Congo était fauché. Après les politesses de rigueur, l'atmosphère se détendit et la discussion prit le chemin qu'ils attendaient.

 

 

JMS & SC :C'est la première fois que tu étais jury dans un festival? Qu'est-ce que ça t'a fait d'avoir le pouvoir entre les mains ?

 

CSD : Oui c’était la première fois. J’ai reçu l’invit’ un peu par hasard, à travers le ciné-club de ma fac. J’ai toujours été une fana du cinéma et donc j’ai accepté tout de suite ! Je me suis même pas demandé quels seraient les implications : overdose de films d’auteurs, indé et débutants et surtout intégralement coréens. D'ailleurs, j'y connaissais à peu près rien. Cette overdose correspond en chiffres à 16 long-métrages et une quinzaine de courts en moins de 5 jours ! Mais oui, la motivation derrière était ce petit pouvoir entre les mains, de donner mon avis de façon «autoritaire» sur la sélection ! et aussi d’avoir un pass pour tout le festival !

 

 

 

JMS & SC :Grosso modo, avant le festival, ton idée du cinéma coréen c'était Choi Min-sik (l'acteur de Oldboy) le regard fou et le marteau à la main ? Depuis le festival, j'imagine que ta vision de ce cinéma a évolué (Earth Women ou My Dear Enemy) ?

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CSD : Oui complètement. Les deux films qui me venaient spontanément à l’esprit étaient OldBoy et Locataires de Kim-ki Duk, mais le premier correspondait plus au cliché coréen pour moi : violence, vengeance, du Tarantino moins occidentalisé en gros. Le premier film en compétition que j’ai vu a été my Dear Enemy, qui m’a très agréablement surpris. C’était le prototype du film qui me manque jamais de me séduire : peu de personnages, mais des dialogues forts, un road-movie dans la ville de Séoul et une tension délicieuse entre deux acteurs remarquables. Un Woody Allen revisitée ! Les autres films aussi ont contribué à changer mon idée du cinéma coréen : la plupart avaient une forte thématique sociale ou psychologique, portée sur les êtres humains et les personnages plus que sur l’action. Mais en même temps, la vision des films du festival est très partiale, très particulière. Je suis sure que les coréens eux-mêmes ne voient pas  leur cinéma de la même manière et à vrai dire, je n’en sais pas plus sur les grands classiques, les grands auteurs coréens! Je continue dans l’ignorance.

 

 

JMS & SC : D'ailleurs t'as réussi à digérer cette overdose de cinéma coréen ou tu t'es achetée l'intégrale des films de Lee Chang-dong pour continuer sur ta lancée?


CSD : J’avoue qu’après le festival, je n’ai plus réussie à aller au cinéma pendant 2 semaines, et surtout pas pour voir du coréen ! C’est drôle justement de voir que nous sommes très peu habitués à voir autre chose que des produits américains, français, en tout cas occidentaux. La langue coréenne, leur culture, leur nourriture, tout est tellement différent ! Je me suis sentie un peu sans repères, mais c’était justement très intéressant de sortir de notre petit monde pour aller voir ailleurs.

 

 

JMS & SC :T'as remarqué des tendances globales dans la sélection proposée cette année ou dans la cinéma coréen (ou tu trouves que cette question fait beaucoup trop Télérama et refuse de répondre)?

 

CSD : Dans la sélection, c’est justement l’aspect social dont je parle plus haut qui m’a frappé. Des quatre documentaires proposés 3 étaient sur les conditions des travailleurs agricoles, des mineurs, des ouvriers. Un autre film très dur, Elbowroom, sur le viol d’une handicapée par ses responsables, m’a beaucoup dérangé. L’autre moitié de la sélection était plus introspective, je dirais, plus sur des thématiques personnelles. Mais ce sont tous des films très humains.

 

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JMS & SC :Comment jugerais-tu la qualité moyenne des sélections (longs et courts métrages)?

 

CSD : Bonne. Un bon nombre de ces films était des premières ou deuxièmes réalisations et pourtant, mise à part mon avis subjectif, d’un point de vue professionnel c’est assez admirable. Tous les films mettaient en scène des bons acteurs - même si je me demande à quel point la non compréhension du coréen brouille notre jugement. Le seul film justement qui n’était absolument pas crédible en raison d’un jeu j’acteurs effroyable, c’était Ballad of a Thin Man, du français Yann Kerlo'ch… (qui joue aussi dedans) (ndlr /JMS: Nan ? Jure ? il fait une apparition dans son film Yann ? et je l’aurai ratée ?) ! Par contre, petite critique commune à toute la sélection : une tendance marquée pour le mélo, très perceptible dans le choix des musiques, et qui pour moi m’a « gâché » certaines scènes et donc certains films qui autrement n’étaient pas si mal. Je pense notamment à Light Sleep qui est traversé de moments kitsch ou encore Sa-Kwa, un de mes favoris et qui pourtant, à plusieurs reprises, est au bord du feuilleton à l’eau de rose ! D’autres n’y échappent simplement pas : Earth Women ou One Step More to The Sea.

 

 

JMS & SC :On n'a pas vu Vegetarian qui a gagné le prix du jury cette année, ca a été difficile de désigner un vainqueur? Comment on parvient à décider que tel film est meilleur que tel autre? Vous étiez unanimes? on imagine que ce n'était pas le cas, quel était le film qui t'as le plus marqué?

 

CSD : Vegetarian nous a  « sauvés », car c’est le seul film sur lequel il y avait un consensus dans le jury. Certains l’ont adoré, d’autres l’ont juste apprécié. Mais surtout, on était tous d’accord sur la qualité du film et la force de la vision du réalisateur, qui avait quelque chose à dire. Pour choisir, on a élaboré un système à points : chaque juré notait de 1 à 5 ses films préférés et ensuite on additionnait les points de chaque film. Ça paraît bête et systématique, mais pour trancher, l’intuition n’est pas assez ! Dans mon cas, j’ai hésité entre My Dear Enemy, Vegetarian et Sa-kwa. J’ai d’ailleurs supprimé My Dear Enemy de mon classement dans un premier temps, car comment rivaliser avec un film dont le réalisateur en est à son 4ème film, avec une actrice récompensée à Cannes ? Je ne comprends toujours pas pourquoi n’était pas hors compétition. Mais il fallait choisir le film qui nous a touché le plus, donc à la fin il fut mon premier choix.

 

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JMS & SC : Et le film que tu as le moins aimé (tu peux en donner deux pour qu'il se sente moins seul) ?

 

CSD : Dans les court-métrages, Ballad of a thin Man. Sans vouloir être méchante mais trois points ressortaient du film : la très pauvre qualité des acteurs et du scénario, rempli de clichés français sur la Corée, et surtout une mauvaise réalisation. J’ai eu l’impression d’être devant un film tourné entre potes le temps d’un week-end. Pour les longs, je n’ai pas aimé One Step More to The Sea et (je vais sûrement être attaqué pour dire ça) le documentaire Taebaek, Land Of Embers. C’est le préféré de Yoo Dong Suk, le directeur artistique du festival, je sais. Mais je l'ai trouvé sans intérêt : Lent, long, vide, pas de personnages, pas de narration, pas vraiment d’explication. C’est un documentaire certes, sur une question difficile certes, mais c’est pas pour ça que ça doit être chiant ! Un documentaire aussi peut être vivant sans déformer la réalité à la Michael Moore.

 

 

JMS & SC :Un petit mot sur les courts métrages? On n'a pu voir que le programme n°2, aucun vainqueur parmi eux et ça se comprend... il y avait de quoi présager un bel avenir au cinéma coréen dans le reste de la selection (quel dommage que tu aies raté les courts métrages des grands réalisateurs...)

 

CSD : Il ya un court-métrage qui m’a beaucoup marqué et qui a d’ailleurs remporté la Prix Fly Asiana, c’est celui des quadruplets. J’ai adoré son humour absurde, sa parodie, ses personnages irréels ! Il y a un côté Frères Coen que j’ai beaucoup apprécié.

 

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JMS & SC :On n'est pas physionomistes mais par contre on est très sensible aux films cultes ou clés de chacun, c'est quoi les tiens?

 

CSD : Je dois avouer que je suis une accro du ciné contemporain, je suis très nulle dans les classiques. Je résonne par directeurs : je vous citerai Woody Allen, Gus Van Sant, Wes Anderson, Sam Mendes, Coppola père et fille, Fatih Akin. En France, Gondry, Christophe Honoré, Truffaut. Cinq films contemporains qui m’ont marqué : American Beauty de Sam Mendes, Lost in Translation de Sofia Coppola, The Dreamers de Bertolucci, Cité de Dieu de Fernando Meirelles, Head On de Fatih Akin. Dans les « classiques » : Les 400 coups de Truffaut, Hannah and Her Sisters de Woody Allen, Midnight Cowboy avec Dustin Hoffman, Le parrain de Coppola, Do the right thing de Spike Lee …. Mais c’est une quesiton impossible ! plus j’y pense, plus de films me reviennent à l’esprit. Je peux pas.

 

 

JMS : Et bien merci beaucoup, ça a été un plaisir de te rencontrer et de partager ce chocolat avec toi (enfin je dis ça pour San-Congo qui t'a taxé toute la fin de tasse pendant que tu parlais).

 

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Published by Kim Bong Park - dans Festivals - Actu - ITW
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