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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 11:51

 

Fiche technique:


Réalisateur: Lee Myung-se (qui rime avec léger, stylé et décomplexé)


Chef Opérateur/Directeur photo: Ki-seok Hwang (va faire rimer un truc avec "ang"... big-bang? mustang?)


Casting: Ha Ji-won (Namsoon, garçon manqué à la démarche de kaïra et au joli sourire, théatrale et troublante), Ahn Sung-kee (policier bouffon balèze à l'épée, sympa)

 

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La feinte de frappe

 

Le contexte de Duelist est original et dépaysant. Dans la Corée du XVIIème siècle deux policiers, Ahn (Ahn Sung-ki) et Namsoon son élève (Ha Ji-won) enquêtent sur un trafic de fausses pièces qui les fait remonter à Sad Eyes (Gang Dong-won), un type plutôt énigmatique qui touche pas mal en maniement du sabre, lequel ne s’avère qu’être le commis d’un poisson beaucoup plus gros, le ministre de la Défense.  A ce moment là on est en droit de se dire que le film va mêler conspiration, espionnage, trahison, torture, etc. Erreur : il n’en est rien. L’histoire évolue jusqu’à son terme, mais ce n’est presque pas le plus important. En effet, le film taille la part belle à un traitement inattendu, l’histoire d’amour entre Namsoon, véritable garçon manqué qui distribue les pains avec plus de conviction que les caresses, et Sad Eyes, playboy efféminé à l’histoire trouble. Les deux sont apparemment destinés l’un à  l’autre. Le réalisateur nous le fait comprendre dès les premières scènes de course poursuite, de manière élégante, par des jeux de traques intelligents mêlant regards croisés et croisement de fers. Namsoon est farouche, Sad Eyes placide. Tout les sépare, seul le combat les réconcilie. D’ailleurs les combats qui les opposent sont plus l’occasion de danses nuptiales que de joyeux massacres. Notamment le dernier, dont la beauté épurée et le jeu de clair-obscur est une franche réussite.

 

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Bon l’idée de l’amour impossible est relativement classique. Mais force est de constater que le thème n’est pas traité avec une excessive lourdeur, sauf peut-être (à titre personnel) une scène qui m’est restée au travers de la gorge. Je ne te cache pas, tendre lecteur, que j’ai mis un malus au film à ce moment là. Il s’agit d’un très classique gimmick emprunté au cinéma hongkongais: mélodie au violon, gros plan sur les visages, rire d’un quart d’heure dans le vent, flashbacks foireux. Là je dis non.  

 

Sinon, Duelist va au-delà de l’histoire d’amour. Il est aussi comique. Ha Ji-won, dans le rôle de Namsoon, a un jeu très expressif, corporel, bourré de tics, de grimaces, de cris stridents. C’est parfois too much mais souvent dans le tempo.  Et autour d’elle, le film sert une ribambelle de seconds personnages qui ventile le film et lui donne du coffre. Je pense notamment à Ahn Sung-ki, très divertissant à chacune de ses interventions. Malheureusement, cet aspect comique s’exprime au détriment du sabre. Finalement, on se demande si l’affiche du film n’est pas un peu une publicité mensongère. On est à mille lieues du Secret de Poignards volants. Exit les bonds de dix mètres sur l’eau, les combats qui durent plusieurs saisons, les épées qui se tordent. Ici l’usage de l’épée se veut minimaliste, les courbes sont travaillées, tout comme les poses d’avant combat.

 

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Du coup, Duelist tombe fréquemment dans le faux rythme. Cela avait déjà été noté dans l’article sur My wife is a gangster. A vouloir être plusieurs choses à la fois, le film n’est parfois rien du tout dans le sens où les enchaînements entre les temps forts et les temps faibles ne sont pas naturels. Le scénario, ce n’est pas vraiment du béton armé. Au contraire il lui arrive d’être dangereusement friable, mais bon à la rigueur on peut trouver de l’intérêt au film par-delà l’histoire qui se déroule d’autant plus que la construction de la narration est plutôt originale. Le plus grave à mon sens, c’est qu’on reste sur sa faim. On se dit que telle scène de baston aurait pu durer un peu plus longtemps parce qu’on commençait à peine à kiffer. Ou que tel moment de tension est artificiellement dégonflé.

 

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Mais le tout est quand même solidement chapeauté dans un esprit très imprégné par la bande dessinée. Le réalisateur se permet quelques tours de force franchement osés et déconcertants de prime abord au travers d’images saccadées, de ralentis couillus, ou de poses-photo souvenirs Kodak clôturant certaines scènes. Dans la mesure où il y a une cohérence dans la construction (Duelist fait drôlement penser à un manga, même dans la distribution des personnages), ça rend le film très sympa. Surtout que le réalisateur n’est pas un manchot. Les mouvements de caméra sont généreux, ça donne du travelling à tout va au service d’une grande valse de deux heures. On voit bien que la chorégraphie a été soignée pour Duelist. Pour les combats d’abord, mais aussi pour la plupart des scènes du film.

 

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Bref, Duelist est un petit délire rafraîchissant qui permet de passer un bon moment, avec quelques moments profondément esthétique. Malheureusement, on reste quand même sur sa faim.

 

Sans Congo

 

 

Pour la beauté du geste

 

Premier malentendu à dissiper, celui de la pochette DVD et du trailer, association de malfaiteurs qui nous présentent Duelist comme un film de sabre à la sauce coréenne. Quedal. Il ne faut pas chercher à définir le genre du film, sinon vous oscillerez entre sabre, comédie et romance sans jamais trouver chaussure à votre pied. On n’est pas là pour parler vente et stratégie marketing donc tenons-en nous au film. Poli comme il l’est, il va se présenter à vous, mais ce sera lors des premières minutes du film, sans intermédiaire.

 

Une première impression ne se fait qu’une fois puis vous colle à la peau. Au cinéma, la rencontre avec le spectateur est aussi brève qu’intense. Une fois projeté sur l’écran, le film ne peut pas se permettre d’hésiter, de bredouiller ou bien même de rougir. Les premières images nous donnent la direction suivie par l’auteur lors des deux prochaines heures. Cette direction, il est important de rappeler qu’elle n’est pas uniquement narrative. On oublie trop souvent qu’un film c’est avant tout des images et du son. La direction indiquée est celle de l’esthétisme et de la forme. Et au fond, la forme au cinéma est sûrement le plus important des sujets de fond. Duelist est un film plastique.

 

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Autant le dire tout de suite, Duelist ne s’embarrasse pas d’une intrigue complexe ou d’un sujet ambitieux. Du coup, c’est l’une des premières choses que nous jette à la gueule Lee Myung-se avec une petite histoire inachevée et un villageois qui s’applique à mettre en forme une histoire qui au fond n’a pas grand intérêt. Si peu d’ailleurs que l’on n’y reviendra pas. Par contre on en garde des traces, des impressions. Les deux heures qui suivent ne sont que le développement de cet axiome de base, où plutôt devrais-je dire des variations sur un même thème. Duelist est un film d’esthète, avec les bons et les mauvais côté du terme.

 

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Avec Barry Lyndon, le big boss du cinéma, M. Stanley Kubrick, avait réalisé un film-tableau façon grands maitres du XVII – XVIIIème siècle. Plus modeste Duelist pourrait être considéré comme un film-dessin tant le dialogue avec l’univers de la bande dessinée et du manga est profond. Mais attention, pas le genre de BD noir et blanc où l’on peut encore deviner les coups de crayons de l’illustrateur. Du début à la fin, chaque plan est travaillé avec une précision extrême et les couleurs qui habillent le film témoignent du soin avec lequel les images ont été pensées. A défaut d’être grand, Duelist est beau. La rencontre parfaite pour ceux qui cherche (au cinéma) un coup d’un soir. Une sorte de mannequin pas trop bête qui sait partir le matin en laissant planer le mystère et non un numéro de téléphone. Pudeur au niveau de la narration, on dévoile à peine, on parle de la pluie et du beau-temps, du ministre et de ses magouilles et on laisse le spectateur s’enivrer et s’inspirer des quelques passages bien rodées témoignant d’une inventivité au-dessus de la moyenne. Même les dialogues savent planer avec brio au niveau zéro de la conversation. A ce que l’on nomme intelligence, le film ne donne pas beaucoup de grains à moudre, il se contente de ne pas faire d’erreur et préfère s’adresser directement à nos sens. Jamais explicatif, Duelist est un film ouvert.

 

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Certes, même sur la forme, tout n’est pas parfait. Sans Congo parlait du passage flashbacks, sourires niais et rires pas si étouffés, pour ma part c’est la récurrence de certaines figures de style que j’ai trouvé la plus gênante. En première ligne, la technique de montage qui consiste à changer de plan lorsqu’un objet passe devant la caméra. C’est vrai que c’est stylé et parfois utilisé avec brio, mais en même temps, au rythme de 5 par minutes avec des pointes dans les 50, c’est la moindre des choses que de maitriser la machine et de réussir quelques jolis coups. Pour les amateurs de cinéma américain, j’avais eu la même impression en regardant Boogie Nights de P.T. Anderson. Les plans séquences y sont tellement récurrents qu’ils prennent parfois le pas sur le film et que l’on se surprend à se détacher du film et à se demander à quel moment il va bien finir par couper.

 

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Avec Duelist, Lee Myong-se tente énormément et il faut lui concéder qu’il ne se rate pas tant que ça et qu’il atteint parfois des sommets. L’utilisation de certains fondus enchainés, les images saccadées, les paroles en décalage avec les images et même la structure narratives sont carrément jouissives. Bonus spécial pour cette scène où Namsoon déboule dans le bordel où Sad Eyes boit un coup. Petite précision, le lieu est ultra propre, les filles habillées des chevilles jusqu’aux cous et notre gentil méchant savoure du thé. Parler d’un coup d’un soir était en fait assez faux, Duelist c’est plus l’inconnue du métro qui vous lâche un sourire colgate, belle, distante et pudique. Bref, c’est dans cette scène que Namsoon est tiraillée pour la première fois de façon extrême par les sentiments qu’elle éprouve pour Sad Eyes, elle a envie de le tuer mais lui ferait bien un bisou avant. Les images sont toujours aussi jolies mais c’est la musique est frappante. Deux partitions se superposent et, à  vrai dire, s’opposent. Une musique rock digne du combat contre le dernier boss de Final Fantasy X contre une partition mélancolique au piano pour faire résonner à nos oreilles la lutte intérieure de l’héroïne. Stylé, bâtard. Honnêtement j’ai mis pause pour vérifier que les deux musiques provenaient bien de la télé et non d’une radio dans une pièce voisine, histoire de vérifier si que c’était bien le réalisateur et non le hasard qui faisait bien les choses.

 

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Pour finir, quelques mots sur le fond qui laisse entrevoir de belles choses sans les exhiber. Certains jugeront un peu cliché la relation Sad Eyes – Namsoon, d’autres seront sensibles à la pudeur du récit et aux élégantes trouvailles de mise en scène. De mon côté, c’est le thème « amour et violence » qui m’a le plus marqué. Ces deux là ne peuvent se retrouver que les armes à la main, se mettre à portée de lame c’est la seule façon pour eux de déjà un pas vers l’autre. Progressivement les combats deviennent des danses et les corps se rapprochent mais jamais ne se touchent.

 

Duelist n’est pas un film plein, c’est un film qui sait faire le vide et de la place pour nous accueillir. En plus l’hotesse d’accueil est plutôt mignonne et le décor est sympa. Une bonne soirée quoi.

 

Joy Means Sick

 


Bonus


Alors finalement, qu’en est-il finalement de nos amis critiques évoqués dans le trailer ?

 

« (...) on s'ennuie ferme devant la virtuosité, on n'éprouve évidemment aucune émotion, et l'histoire n'est en fin de compte qu'un prétexte. » Vincent A. de Positif était venu pour verser sa larme, il est reparti déçu, avec quand même un éclair de lucidité sur la fin. Et oui, « l’histoire n’est qu’un prétexte », bien vu… et sinon t’as pensé quoi de Hero et In the Mood for Love ?

 

« Suivant vaguement la trame d'une BD (...) on nous inflige un catalogue d'effets tapageurs, de prouesses de cadreurs et de chef op. » Un autre Vincent, O. cette fois, et un autre magazine, Les Inrocks, qui lui met en avant la technique des techniciens, tellement en avant qu’il les a placé devant le film, au point de le perdre complètement de vue.

 

« "Duelist" est l'une des plus belles histoires d'amour que l'éclat de quelques larmes perçant l'obscurité nous ait jamais exposées. ». Là c’est du Mad Movies, Thomas Bourghe pour être précis, pas vraiment Mad le bougre.

 

« Il faut rester jusqu’au bout pour savourer ce joyau culinaire, cinématographique qui évite le goût du frelaté clipesque et branchouille. » Sancho does Asia a bien aimé et prend un +1 mais doit continuer à faire ses preuves. On ne comprend toujours pas pourquoi ils ont aimé 2009 Lost Memories.

 

Autre bonus

 

Pour ceux qui n'ont pas vu le film, voici la dernière confrontation entre Sad Eyes et Namsoon, véritable bijou de réalisation et de chorégraphie.


 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Action
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