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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 01:42

 

affiche Arahan 2004 2    Diebad

 

Die Bad (2000) & Arahan (2004), Ryu Seung-wan.

 

Alors que la réforme des retraites a finalement pénétré le cours des choses, pour s’y installer confortablement, le vieillissement démographique devrait nous rappeler à certaines réflexions sur le temps qui passe. Particulièrement, sur l’effet du temps qui passe dans l’œuvre de Ryu Seung-wan, chic type du cinéma sud-coréen, et ami personnel des propriétaires de ce blog – sisi nous sommes les seuls en Europe à avoir son numéro de téléphone. Loin de nous l’idée de chercher quelconques traces de sénescence coupable dans le film de 2004, Arahan, par rapport à son premier film, Die Bad, qui date de l’an 2000.

 

Arahan

              

  Premier film, film de fauché. Die Bad est une compilation de quatre court-métrages dont la reliure artisanale permet de croire qu’il existe encore des francs-tireurs dans le septième art. Ryu Seung-wan a d’abord réalisé le premier court-métrage du film, « Rumble », en vidant son compte en banque. Fier de son travail bien fait, il écuma différents festivals dans le but d’obtenir suffisamment de prix pour lui permettre de réaliser le second segment, « Nightmare ». Pour les deux autres, remontez au début du paragraphe et suivez les étapes attentivement. De l’art, de la stratégie et de la couture : la technique de la tâche d’huile qui se propage a manifestement payé puisque Die Bad est un film assez abrupt qui flaire bon la fraîcheur estudiantine sans s’encombrer des conventions. Ryu Seung-wan paye sa dette aux films d’action et d’arts martiaux qu’il a saignés étant plus jeune, tout en travaillant son propre style : une inspiration plutôt noire, qui met en scène le plus souvent une jeunesse désœuvrée, plutôt violente, sur laquelle pèse le poids de l’échec. Les thèmes varient entre les courts, mais les fondamentaux restent les mêmes. Le plus original se trouve être le troisième, «Modern Man », une baston jusqu’au-boutiste entre un flic et un voyou dans un parking, entrecoupée d’une interview de chacun genre Confessions intimes. La démarche fait étrangement penser à celle de Darren Aronofsky pour son premier film, Pi, réalisé en 1999 en grande partie grâce à de l’argent prêté par ses amis (qu’on retrouve au générique de fin, bien vu les gars).     

 

34314 coree ryoo die bad 1

              

  Arahan, quatre ans plus tard, est le film d’un gars qui a pris un peu de bide dans le milieu. Les moyens sont sans commune mesure, les effets spéciaux dépotent, les angles sont lissés, l’histoire est familiale, la musique accrocheuse. Néanmoins, les traditions restent et la famille prime : Ryu Seung-wan parvient à incruster son frère, Ryu Seung-beom, débutant dans Die Bad, à son apogée dans Crying Fist. Arahan est guilleret là où Die Bad est dépressif. Arahan pourrait passer sur M6 pendant les vacances de Noël tandis qu’il faudra s’armer de patience pour trouver Die Bad sur une chaîne du câble. Bref, Arahan est un blockbuster, Die Bad est un ticket restaurant. Pire, Arahan semble narguer Die Bad. Arahan raconte l’histoire d’un policier un peu couillon (Ryu Seung-beom) qui veut faire le bien autour de lui. Des papys avisés (« les sept maîtres ») trouvent en lui un ch’i particulièrement prospère, et s’attèlent à le révéler en attendant de rencontre un maître qui a mal tourné (the bad guy). Au début du film, un des papys nous explique que les jeunes, ces ingrats, se détournent du tao, qu’ils n’en branlent plus une, que le monde court à sa perte en gros. Et si les vieux d’Arahan répondaient aux jeunes fous surexcités, vulgairement déjantés, dangereusement inconscients de Die Bad. Echo ou coïncidence, la mise en garde a au moins de quoi nous pousser à tenter un rapprochement entre les deux sur le mode du combat. 

 

arahan04

              

  On se défoule dans tous les films de Ryu Seung-wan, mais entre ces deux là, il y a comme une incompatibilité de principe : dans Die Bad, on fait de la baston, dans Arahan, des arts martiaux. Du coup, on pourrait presque se demander si ce n’est pas la tape qui fait le film, plutôt que le film qui fait la tape. Comprendre l’équation suivante. Arahan = blockbuster = film de famille = arts martiaux et leurs valeurs éducatives // Die Bad = film expérimental = film de potes = bastons crapuleuses et leurs techniques de survie. On meurt dans Die Bad, on se fait juste secouer dans Arahan - bon ok il y a un vieux qui clamse dans le film, mais sa mort n’est pas celle d’un charognard, on lui arrange une sortie de scène digne à la Mufasa, alors même qu’étant donné son âge avancé, il aurait passé l’arme à gauche dans tous les cas de figure. Dans Arahan, on cherche le ch’i, dans Die Bad, on cherche juste des objets qui tranchent. Il y a une morale dans Arahan – qui tombe au moment du pain au chocolat et du jus d’orange –, il n’y en a pas dans Die Bad. Arahan flirte avec Hong-Kong, Die Bad est un pur produit A.O.C, de la bonne tape à laquelle le cinéma sudco a donné ses hautes lettres de noblesses. De toute manière, Die Bad ne triche pas : dans le premier court, une scène de baston générale, com-plè-te-ment-din-gue, décousue, baroque, alcoolisée, asymétrique, éclate dans une salle de jeu. A l’écran apparaît un message : « they fight for no reason »; dans un coin de la salle, une borne d’arcade propose Tekken III. On peut difficilement montrer patte plus blanche.

 

die-bad-2

               

Dans Arahan, les bastons sont nickels, elles suivent des câbles à la chinoise. Tout à fait symétriques, elles n’expriment rien de profond : elles sont des passages obligés du film. Les adversaires s’affrontent comme dans un jeu parfaitement réglé, c’est limite si on nous donne du « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ». Avec des combats aussi ritualisés, on ne peut faire qu’un film rangé. A partir du moment où Die Bad nous dit que les jeunes se battent sans raison, s’en est fait de l’ordre. Dans Arahan, il y a des raisons qui se révèlent au fur est à mesure du récit. L’énergie est donc canalisée. Ainsi le policier veut se faire le grand maître méchant – genre dernier boss du jeu – alors qu’il n’est pas prêt à le faire : dans son empressement, il provoque la mort d’un de ses maîtres. Il fout la merde et on lui sert la leçon du jour. Chaque chose en son temps alors que tout arrive en même temps dans Die Bad. Et au-delà du temps, de toute manière, Die Bad est absolument sombre alors qu’Arahan est extrêmement lumineux : confer la fin respective des deux films.

 

arahan maitres

               

A un seul moment ça dégénère dans Arahan. C’est comme si le réalisateur s’était dit que non, ce n’est pas possible, il faut qu’on se fasse une bonne baston à l’ancienne. Ryu Seung-beom réactive ses vieux démons – ceux qui le poussent à arracher une oreille avec ses dents dans Crying Fist – et se met à frapper pour faire mal, pour faire souffrir, pour tuer : lorsqu’il se bat à coup de boules de feu, ça ne semble pas aussi évident. La grosse bagarre du milieu du film, dans le restaurant, est extrêmement bien rendue : sans câble, sans scotch à double face sur les murs, sans lévitation, sans effets spéciaux. Des poings, des coudes et de la haine. Alors évidemment, il faut qu’on vienne lui faire la morale à la fin – mais tu as perdu ton contrôle, qui perd son contrôle a déjà perdu : de la gnognote de vieille. Pour le spectateur qui cherche du bon cru, c’est jouissif. C’est comme si d’un coup le charmant héros lançait un bras d’honneur à Disneyland en page double dans le Journal de Mickey. De toute façon, en matière de tape, il n’y a que Dragon Ball Z qui ne s’est jamais foutu de notre gueule. Même le gentil Sangoku est catégorique : il faut être enragé pour se battre. C’est certainement, au-delà de la violence visuelle, le constat implacable et définitif que fait Akira Toriyama qui a défrisé le brushing de Ségolène Royal, contre laquelle il n’y aura jamais de mots assez durs.

 

diebad5

               

De toute manière, Die Bad et son profilage millésimé est à mille lieues de ces bisbilles franco-françaises. La dernière scène du quatrième segment est impressionnante. Ça part dans un cafouillage qui semble absolument incontrôlé. Les coups sont désordonnés, façon sauve-qui-peut – les coups sont esthétiquement portés dans Arahan -, les lames fusent, les bâtons assomment, et un jeune adolescent reste sur le parquet. Quand on voit le magma qui s’agite pendant cinq bonnes minutes, on se dit qu’il est tout à fait impossible que les figurants, du moins certains d’entre eux, ne se soient pas fait mochement mal. C’est aussi ça la vrai tape sudco : une forte probabilité de se voir porté un vrai coup. Et visuellement, ça fait toute la différence. Ça vous prend les tripes et la mimesis tourne à plein : et s’y j’y étais, qu’on se dit. Les bastons d’Arahan, pour rester sympa, ça en touche une sans faire bouger l’autre. Malgré l’intensité qui y est mise – et la baston finale fait agréablement penser à DBZ, mais aussi à Shaolin Soccer… -, il y a quelque chose qui ne passe pas.    

 

Arahan04 (1)

               

Alors, entre le nesquik et le whisky, il faut choisir. On vous laisse en juger. Cela dit, en passant, il y a des scènes de baston esthétisées absolument remarquables dans Crazy Lee. Un très bon cru ce Crazy Lee.

 

Voici le film Arahan, c'est en VF, donc ça arrache les oreilles. Mais parcourez un peu les vidéos pour vous donner une idée du genre de baston qu'on nous y propose:

 

 

 

 

Et voici deux extraits de Die Bad :

 

 

 


 

 

 


 

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Published by Joy Means Sick & Sans Congo - dans Action
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