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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 17:48

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Réalisation & Scenario : Kwak Kyung-taek et ses envies de grandeur

 

Casting :


- Yu Oh-Seung : Bulldozer dans Attack the Gas Station, Lee Jeong-suk dans Friend, Kim Duk-koo ici. Un visage qu’on commence à connaitre, et à associer furieusement aux rôles de bourrins. Plus à l’aise sur le ring que dans l’émotion, une maladresse qui colle au personnage et qui finalement le sert. Joue très mal le mec bourré.

 

- Jung Doo-hong : un film de baston ? Il se devait d’être là. Discret, il reste au second plan, en retrait (Lee Sang-bok, frère sous le signe du Chien). Le spécialiste des chorégraphies martiales (Natural City, Frères de Sang, City of Violence,etc) lance à l’occasion un poing ou un regard accusateur sur celui qu’il voit lentement dériver. Si vous voulez le voir dans ses oeuvres, rendez-vous rayon vidéo de la semaine, épisode 9 : City Of Violence

 

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« Toujours vif, comme au premier jour de cour, où tour à tour les mecs te matent, claque pas de genoux, t'es viré de la cour. Tenir le coup, regard froid. Fais pas le tocard. L'œil au beurre noir, vaut mieux le faire que l'avoir. Dès le plus jeune âge entrainé à évoluer dans une meute où les l'ego se fait les dents sur les colliers d'à-côté… » Samourai, Shurik’N.

 

C’est dingue le nombre de films biographiques que l’on a pu faire autour de la boxe. Day Of The Fight, l’un des premiers court-métrages de Stanley Kubrick ; Raging Bull, l’un des meilleurs films de Martin Scorsese ; Ali le meilleur rôle de Will Smith… Pas le genre de cour de récré dans laquelle on peut entrer la tête basse avec des baskets sans marque et un cartable trop lourd. Pas question non plus de tenter l’entrée Tony Truand, de se faire déposer en Porsche par papa, le dernier Iphone dans la pogne, une casquette Van Dutch vissée sur le crane.

 

Tout ça Kwak Kyung-taek l’a bien compris. Il tente donc de s’en tenir à une ligne sobre et classique, un style assez épuré, avec quelques contre-pieds. Evidemment n’est pas Stanley qui veut et, le regard trop droit, fixé sur l’horizon, Kwak se prend parfois les pieds dans le tapis. Le titre déjà : Champion, ça n’aide pas. Ca ne colle pas au film (ou à ses plus mauvais moments), ça gratte.

 

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Champion donc, c’est l’histoire de la vie de Kim Duk-koo, un type dont on se souvient surtout parce qu’il est mort sur le ring, à Las Vegas alors qu’il combattait pour le titre de champion du monde poids légers. Une fin que l’on peut qualifier de cinégénique et qui est utilisée ici en amorce du récit. Champion débute par la fin, le combat à Las Vegas, sans nous en donner le verdict. De toute manière c’est marqué sur la pochette DVD. Même le générique initial a tout d’une fin de film : musique mélancolique, photo des différents moments de la vie du héros. Ce n’est qu’ensuite que l’histoire commence vraiment, un retour brutal dans le passé. Kim est enfant, il court après un bus (déjà) et n’a pas d’argent pour payer son voyage. Il est pauvre, très jeune, la contrôleuse le laisse monter. C’est court, c’est stylé. Deuxième bond sur la timeline, on se retrouve 7 ans plus tard, Kim a grandi, il ne peut plus monter dans le bus, il se fait victimiser. Le personnage est caractérisé, mais le passage est moins aiguisé, la dramaturgie moins assumée. On verse dans l’excès pour faire sourire, distraire, divertir. Le film change d’appuis pour donner du rythme. La boxe, la corde à sauter, Mohammed Ali, la guêpe, le papillon.

 

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La narration se fait ensuite par paliers. Des tranches de vie qui ne laissent absolument pas présager que Kim a tout d’un grand champion. Le spoiler initial est ainsi habilement retourné : puisque tout le monde sait jusqu’où sa carrière va le mener, on peut s’affranchir des faux enjeux et se concentrer sur d’autres. La Corée dans les années 70/80, la perception de la boxe et des boxeurs, l’intrigue amoureuse, le personnage de Kim ou plutôt sa personnalité. Des tableaux jaunes et silencieux entrecoupés de séquences musicales TGV : des montages en « effet clip » qui permettent de faire des bonds rapides dans le temps. Le front collé à la fenêtre du train-film, le Ipod sur les oreilles (en mode aléatoire au début du film apparemment, et souvent pour le pire), on voit des bouts de paysage et de vie défiler à toute allure. C’est vrai que la musique est une compagne de choix pour le mouvement, même quand il est temporel. Et puis, même si ça va vite, on connait la destination. D’ailleurs, une fois arrivés sur place, dans la période qui précède le combat final, la musique change. Finis les contrepoints qui ne font pas mouche, place aux cordes du premier degré qui cherchent à vous prendre à la gorge. Deux moments de brio : la chanson que se chante Kim face au miroir, le montage qui suit « mon père refuse de marier sa fille à un boxeur » : des violons qui commencent dans les larmes pour finir en boite de nuit.

 

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L’intérêt principal du film réside peut-être dans ce choix atypique de narration. Donner la fin, tuer le suspens et remonter la pente au lieu de la dévaler. Devant combien de films s’est on posé cette fatidique question : est-ce que le héros va mourir ? Le scénariste se retrouve alors coincé dans un labyrinthe avec seulement deux issues : un happy-end qu’il va falloir nuancer pour ne pas faire nian-nian, une tragédie anti-dollars qui se doit d’être parfaite. Pour Kerry James, la question était plus  noire : « la mort ou la prison », une question de degré dans le malheur, et finalement les meilleurs films sont sûrement ceux qui nous font hésiter sur l’ampleur du désastre ou du bonheur, plutôt qu’entre les deux. Kwak Jae-young, est un petit malin, il nous dévoile sa main pour mieux prendre la notre et nous emmener sur d’autres chemins. La tragédie est inhérente à l’histoire, elle se résumait en deux lignes, on la voit se développer au loin pendant deux heures.

 

 

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Enfin saluons cette dernière pirouette, au moment du 14ème round à Las Vegas. Le visage tuméfié de Kim traverse le champ de la caméra, celle-ci pointe son regard vers le ciel puis replonge sur la mer, sur l’enfance. L’épilogue est un peu long, mais ce moment de retenue est d’une grâce certaine.

 

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BONUS

 

Déjà, Shurik'N, Samouraï. Reprendre ses paroles à l'écrit c'est bien, chantées c'est mieux. Ah M6 Clip en rentrant du collège et en prenant son goûter...

 

 

 

 

En matière de boxe, impossible d'éviter le combat Ali - Foreman au Zaire.

"voler comme un papillon et piquer comme une guepe"

 

 


 

Et rendons hommage à Will Smith et Micheal Mann. Ali, ce n'est peut-être pas Raging Bull, mais c'est quand même de la boulette (notez aussi la bande son très sympa de ce montage)

 

 


 

 

Champion commence par la fin, finissons par le début.  1951, Day of the Fight, Stanley Kubrick. 20 ans d'avance, au moins.

 

 


 

 


 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Action
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