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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 16:44

Goryeo Jang (Burying Old Alive), Kim Ki-young.

 

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Goryeo Jang a été réalisé en 1963 par un KKY encore tout frétillant de sa sortie mêlant consumérisme et lutte des classes, trois ans plus tôt, pour The Housemaid. On ne s’y trompera d’ailleurs pas à la vision des premières minutes du film. Encore une introduction, sous la forme d’une mise en abîme comme dans The Housemaid – quand on a une bonne idée, généralement on la squatte. Il s’agit d’une tribune, avec un public, réunissant des « experts » autour – en fait ils sont alignés, en mode show télé – du thème de la surpopulation. Le premier plan montre la régie envoyant un signe au présentateur pour qu’il puisse commencer l’émission. 1963, c’est aussi l’arrivée au pouvoir de Park Chung-hee, et la préparation structurelle au boom économique. Or à l’époque en Asie, un des principaux enjeux de développement résidait dans la maîtrise démographique. Haha, donc. Comment comprendre cette prémonition kkyienne ? Bon endroit au bon moment, en tous cas. Si Mao a poliment éconduit les gentils programmes internationaux de l’ONU en rappelant cette observation d’une trivialité confondante – « un enfant c’est une bouche, mais deux bras – la Corée du Sud a opté pour le gonflement du PIB par tête, à l’ancienne. On notera également que KKY, dans Goryeo Jang, remet à l’honneur le bestiaire initié dans The Housemaid, par la voix d’un des intervenants, en rapprochant dès l’introduction la surpopulation de la reproduction des rats. Plus tard dans le film, la reproduction sera incarnée sous le mode de la vache, et de la poule – un œuf par jour. Bref, autant dire que ce film a un côté « conférence de Bandung » qui n’est pas pour déplaire aux nostalgiques de la Guerre froide et des grands équilibres mondiaux.

 

 



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Le film a des allures mythologiques. Le schéma du récit aurait très bien pu servir de prétexte à Freud pour justifier un surplus tarifaire aux bourgeoises défraîchies de la haute société viennoise. Goryeo Jang se déroule dans un petit village de campagne et suit la vie de Guryong et sa mère. Alors qu’il était enfant, sa mère a épousé un micro-nabab local, déjà plusieurs fois marié, et père d’une petite équipe de football – en fait ils sont dix – frappées par la misère et la saleté. Cette fratrie voit d’un mauvais œil l’arrivée du petit dernier. Alors qu’il profite d’un traitement de faveur, ces derniers font en sorte qu’il se fasse mordre à la jambe par un serpent ; à partir de ce moment là, il devient « l’handicapé ». Tout au long du film, on verra l’évolution parallèle des dix frères et de Guryong qui vit avec sa mère – après s’être marié à une muette, mariage qui s’achève par son assassinat par Guryong – sous fond de misère et de famine. La fratrie maîtrise une source d’eau, ce qui lui permet de faire la loi dans le village, tandis que Guryong et sa mère son à la tête d’un joli capital de pommes de terres, et jouissent donc d’une prospérité relative.

 

 

 

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                Ici une shaman remplace la pythie. Guryong n’épousera pas sa mère ni ne tuera son père (quoique mais on vous laisse découvrir ça tout seul), on lui prédit seulement qu’il causera la mort de ses dis frères. KKY désamorce le récit classique avec une architecture antique : on sait que l’on va vers une fin tragique, il s’agit désormais de savoir comment. Bien sûr on reste sur un terrain connu. Les prédictions de la shaman sont les premières étincelles qui mettront le feu aux poudres et la vieille femme prédit l’avenir autant qu’elle le construit. Une autre forme de classicisme avec quelques surprises tout de même en fin de parcours : on parlait des liens avec l’histoire de la Corée, on peut y ajouter la volonté de passer dans l’ère moderne et d’en finir avec les traditions archaïques.

 

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En ce qui concerne la forme plastique, l’image est d’un noir et blanc très sombre où les personnages se détachent généralement du fond (des feuilles de décors un peu kitsch) grâce à des éclairages en contre jour. Cela donne l’impression que le film se déroule dans une grotte et si cela correspond parfaitement à l’ambiance morbide qui règne dans ce village de paysans affamés, on a du mal à ressentir la sécheresse dont on nous parle si souvent. Enfin il s’agit d’un vieux film dont certaines parties on disparues. Le noir blanc vire alors au tout noir et ceux peut-être pendant 20 minutes en tout dans le film. Compréhension parfois difficile donc mais une expérience qui met l’accent sur tout le travail sonore effectué au cinéma, surtout pour un film qui se passe en grande partie en extérieur et qui uniquement tourné en studio : tout est à recréer.

 

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Le plus frappant dans ce film que l’on regarde sur youtube depuis le 21ème siècle (à part ces longs passages de noir), c’est peut-être ce nouvel espace qui est crée à mi chemin entre intérieur et extérieur. Je m’explique, les intérieurs sont rares et surtout précaires, toujours ouverts sur l’extérieur. Des maisons de bois et de chaume et la lumière et la poussière qui y pénètrent de toute part et surtout des extérieurs filmés en intérieurs. Aujourd’hui, avec les techniques modernes, on ne remarque que très rarement qu’un extérieur est en fait tourné en studio sur un fond vert. Dans Gorryo Jang, difficile de ne pas remarquer la grande feuille de décors qui sert d’horizon et les montagnes en carton que les acteurs feignent d’escalader. On ne croit pas à cet extérieur, on n’en rit pas non plus, et souvent on l’oublie. En résulte l’impression d’un univers étouffé, en vase clos, factice aussi peut-être ; soit autant d’éléments qui servent le film de KKY et son « discours » sous-jacent sur les campagnes arriérées. Ou comment transformer (à quelques exceptions près) une faiblesse en une force.

 

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                Voilà donc un film qui réjouira les amoureux de KKY. On y retrouve les débats psychologiques et moraux de The Housemaid sur une terre beaucoup plus lourde. Il ne s’agit plus de désir mais de survie, on considère les femmes comme des reproductrices, les handicaps sont moqués, les enjeux simples : manger, boire, se reproduire, survivre et éviter la honte. Le tout emballé dans un noir et blanc qui rappelle que certains films portent très bien les cheveux poivre et sel et qu’il faut parfois saluer ces anciens du cinéma.

  

 

 

 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Horreur - Fantastique
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