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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 15:27

Beautiful, Juhn Jai-hong, 2008

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« Ce film n’a pas sa place sur Made in Asie. M.I.A. aime les originaux, pas les copies. Oublies. » (Diana de vive voix au cocon familial entre deux bouchées de curry rouge au poulet alors qu’elle n’a même pas vu le film !)

 

« Je prépare un projet de voyage schizo-analytique dans la k-pop avec un nouveau personnage dans le blog et une tribute to feu Drink Cold 2.0 » (Sans Congo, mail de réponse à un mail où je voulais lui parler du film).

 

« Fais ce que tu veux, je m’en branle, j’ai d’autres chattes à fouetter » (Joy Means Sick, sms de réponse via son blackberry chromé or – toujours frappé de l’écusson des Gunners à mon mail où je lui causais du film).

 

Mais de quel film parlons-nous au juste ? Ce film, c’est Beautiful. Prononcez A-leum-dab-da. Le réalisateur ? Juhn Jai-hong. Juhn Jai-hong qui, vous vous dites ? Vous pensez qu’il est inconnu au bataillon ? Que nenni ! Le bonhomme s’était illustré comme assistant-réalisateur de Kim Ki-duk (KKD) sur le film Souffle (2007). Souvenez-vous de l’incroyable performance de l’actrice Park Ji-a à cette occasion. Lors de ce tournage d’ailleurs, Juhn Jai-hong se rendit indispensable. Il se montra aux petits soins avec KKD. Lors du dernier jour de tournage, maître Kim heureux qu’il était, lui demanda ce qu’il voulait en plus de son chèque d’intermittent du spectacle. Bingo ! Les efforts de Juhn Jai-hong n’étaient pas passés inaperçus. Le bonhomme qui avait cravaché comme un fou arrivait finalement à ses fins. D’autant plus qu’il fallait le connaître le KKD, il pétait des boulons de temps à autre. Je veux réaliser mon premier long-métrage qu’il balança ! Même pas peur. KKD apprécia l’audace qui faisait la race des champions. KKD était donc d’accord. Juhn Jai-hong était aux anges. Oui mais ! A une seule condition… là, le tout jeune assistant-réalisateur prit peur. KKD poursuivit. J’ai une idée en tête qui me taraude depuis un moment mais ça me saoule d’en faire quelque chose. Je veux que tu en fasses ce quelque chose. Je me crédite comme « idée originale de », t’écris le scénario et réalises. Il balança tout ça en parlant avec les mains. Juhn Jai-hong se trouva un peu bête en regardant les mains de KKD s’agiter. Lui, il voulait réaliser un film sur les deux Corée. Le Nord, le Sud. Un homme mystérieux dont la mission est de livrer des messages d’un pays à l’autre avec des agents secrets et… Stop ! KKD coupe court. T’inquiètes. Je la co-produis mon idée originale avec un pigeon tout nouveau tout beau dans le biz, David Cho. Il a des thunes à claquer. Je lui ai fait croire que ce serait un autre April Snow (2005) mais cette fois-ci avec des entrées. Je me marre. Alors vas-y, commence à écrire. Voilà l’idée. C’est un drame. Tu prends une nana. On va l’appeler Eun-young. Eun-young, c’est bien. J’ai une cousine éloignée qui porte le même prénom. La nana, ça doit être une jeune femme qui subjugue le monde par sa beauté. Le genre de nénette qui dans la rue fait détourner tous les regards sur son passage. Elle se fait draguer à longueur de temps et puis un jour… tu connais mon cinéma. Point de rupture ! Elle se fait violer par un homme tombé sous son charme ! Eun-young est profondément choquée par cette malheureuse expérience. Pour elle, c’est la faute de sa beauté. La solution ? Changer son apparence jusqu’à se faire mal… bosse là-dessus maintenant. 

 

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Et Juhn Jai-hong a bossé. Il a livré son scénario, la production s’est mise en route et il a donc mis en scène sa première réalisation. Et forcément, le premier film d’un ancien assistant-réalisateur du génialissime KKD interpelle. Pas que le film soit plus attendu qu’un autre mais quand même. Il intrigue. Il intrigue jusqu’à être sélectionné à la 58ème Berlinale mais aussi pour le 10ème Festival du Film Asiatique de PublicSystemCinéma, enfin Deauville et encore à la 41ème édition du Stiges Festival Internacional de Cinema de Catalunyaaaa (avec l’accent s’il vous plait). Rien que ça ! Mais forcément, je vous entends déjà. On entend déjà tous ces gens des festivals qui commencent à mettre des étiquettes sur l’ex-assistant-réal’ de KKD. Avec cette grande facilité cinéphilique qui a tendance à se gloser en parlant « d’influences », de constamment avoir cet œil critique qui pointera toujours vers la comparaison. Maître et élève. Pastiche et j’en passe. Alors halte à ces comparaisons outrancières du jeune homme et du plus âgé confirmé. Laissons vivre son œuvre sans jouer à ce jeu du rapprochement artistique. Marre de voir comparer Zizou en son temps à Platini et Gourcuff comme le nouveau Zizou. Laissons les jeunes talents (pas Gourcuff) s’exprimer avec leur propre emprunte. Je ne jouerai pas à ce jeu. Je verrai ce film vierge de toute comparaison hâtive et intempestive. Lançons ce foutu Beautiful. Silence ! Moteur ! Action ! Coupez ! Bon. Malheureusement ou heureusement pour Juhn Jai-hong, force est de constater qu’on ne peut pas faire l’impasse sur le rapprochement. D’emblée, le cinéaste sud-coréen dans sa manière de traiter son sujet et dans sa manière de filmer se rapproche incontestablement de KKD. L’influence est omniprésente. Il ne parvient pas à se détacher de « son mentor ». Il crée alors un film impersonnel que KKD aurait pu signer de ses propres initiales. En somme, l’élève a été influencé par le maître. Peut-on le critiquer pour cela ? (je vous laisse répondre)

 

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D’entrée, Beautiful s’inscrit dans cette mouvance du cinéma indépendant cher à KKD. Le film suinte sa personne. Il suinte ses personnages qui errent tantôt mutique, tantôt comme sous le poids d’une fatalité qui les écrase. L’histoire se concentre sur des faits de société. Rien de nouveau sous le soleil du cinéaste. Son jeune protégé y montre de ce doigt accusateur la société machiste sud-coréenne. Une réflexion filmique qui pourrait également faire état de la nôtre, de société, ici en France. Beautiful, c’est un commentaire social corrosif. La place de la femme que l’auteur nous montre c’est celle de la femme objet, objet de la convoitise des hommes. A noter que ces derniers sont montrés comme de véritables bêtes. Ils ne voient les jeunes et jolies filles uniquement comme de la chair fraiche. Un peu comme si vous étiez chez votre boucher hallal et que vous lorgniez avec gourmandise les jolies côtelettes d’agneau. Nous en sommes là, Eun-young souffre d’être belle. Constamment harcelée par des porcs (les hommes), elle se culpabilise d’être une gravure de mode décollée du papier glacé des magazines qu’elle feuillette. Ce n’est pas de sa faute. Les parents de Souchon l’ont fait moche. Ses parents à elles, l’ont fait belle. Beautiful. Les conséquences de l’attitude généralisée dans la dégueulasserie de cette gente masculine se résument à l’enfer d’être belle. Beautiful. Je demande un temps-mort, en qualité du mec qui tente d’écrire un avis sur ce premier film plus que fortement inspiré de l’homme à « l’idée originale ». Déjà d’une : le visage montré des hommes. Je ne sais pas moi, je ne vis pas en Corée du Sud. Mais v’là le tableau ! Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Tous des salauds de pervers ! C’est un peu poussif tout de même. De deux : « L’enfer d’être belle ». Sérieusement ? Les gens souffrent d’être trop beaux ? Je ne le suis pas donc je ne sais pas (JMS, qu’en penses-tu toi qui l’est ?). Est-ce que c’est un peu comme ces gens trop riches qui sont malheureux ? Là encore, je n’en ai aucune idée, c’est pour cela que je vous pose la question (Sans Congo, toi qui est pété de franc CFA ?). Sincèrement de vous à moi, j’en rigolerais presque mais bon jouons le jeu. Beautiful a quelque chose à nous dire…

 

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Une femme qui n’arrête pas de se faire harceler. Cette même femme qui se fait violer. A côté de ça, des hommes qui sont des gorets répugnants. Beautiful est un film féministe à coup sûr. Il ne peut en être autrement. Corps et âme, Juhn Jai-hong explore son côté chienne de garde en prenant cause pour les femmes. Au-delà de cet aspect, son film tend également à montrer du doigt les dérives d’une société qui se fonde sur les apparences. Le quotidien de l’héroïne lui fait comprendre cet état de fait. Elle le comprend d’autant plus lorsqu’elle se fait souiller. Très vite, elle met en cause son physique comme la source de ses malheurs. Un physique qui rend les hommes obsédés. Au lieu de remettre en cause les attitudes machistes et possessives de la gente masculine, elle adopte une solution radicale. Pour changer la donne, Eun-young transforme sa vie en un parcours initiatique, celle d’une jeune femme qui sombre petit à petit dans la folie pour échapper à ce qu’elle est. Elle inflige à son corps et à son mentale des souffrances extrême passant de la boulimie à l’anorexie, son but étant de détruire cette image de beauté par les moyens qui sont les siens. Eun-young devient cette jeune femme désespérée envahie par la solitude. Manger, courir à en perdre connaissance, ingurgiter des pilules pour amincissement tout y passe et pourtant… Juhn Jai-hong ne va pas jusqu’au bout des choses. Il donne le sentiment de tenter de vouloir plus choquer que de pointer avec intelligence les dérives d’une société. Une société patriarcale qui s’avère des plus brutales à l’égard des femmes. On pense notamment à ces scènes avec l’inspecteur de police lorsqu’Eun-young porte plainte. Ce dernier ne se place jamais du côté de la victime. Il fait peu de figure d’elle allant jusqu’à l’accuser de ce qui lui arrive. En gros, si elle s’est fait violer, c’est aussi un peu de sa faute. Il ne faut pas être aussi « beautiful » en somme. Je sais, no comment. Les sud-coréens sont des gros enfoirés. Lorsque je vous disais que les hommes sont des porcs ! Enfin surtout eux. 

 

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Finalement, Beautiful… ? Il y avait du potentiel dans ce film. Je parle ici de l’histoire traitée. Ces mots reflètent ma sincère subjectivité. Le problème est que l’auteur développe un récit en tenant des propos trop catégoriques. Il se fourvoie dans le jusqu’au-boutisme paroxystique. OK, je suis pompeux dans ma démonstration du mec qui joue avec son Petit Robert. Mais il n’empêche que c’est vrai ! Aussi, durant le visionnage du film, alors que le générique de fin défile, alors que le film arrive à terme, jamais on a oublié la patte si caractéristique de KKD. Pas un seul instant, nous avons le sentiment de voir un film qui ne serait pas de lui. On arrive très vite à la conclusion que Beautiful pourrait être un film de l’autodidacte KKD. Un film qui ne serait pas pleinement réussi et qu’on pourrait qualifier de mineur avec l’attitude blasé du spectateur qui connait trop bien son travail. Mais Beautiful n’est pas de lui. Il est le film de l’un de ses anciens assistant-réalisateur, Juhn Jai-hong qui n’est jamais parvenu à imposer une patte propre, ni à se détacher de son co-producteur. Du coup, le sentiment qui en ressort est mitigé. Il restera tout de même une dernière scène avant le générique final des plus gouteuses qui soit. Et rien que pour elle, Beautiful mérite d’être vu. Je vous le dis. Juhn Jai-hong vous le montre : les hommes sont des porcs ! Enfin surtout les sud-coréens. Sans ça, on raconte même que Beautiful aurait inspiré la fameuse cantatrice états-unienne Christina Aguilera. Let’s go feel the music ! Fell the movie ! 

 

 


 

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Published by I.D. - dans Drame
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commentaires

I.D. 06/12/2012 15:33

Merde ! Je me disais bien que son mutisme cachait quelque chose. Je checke vite fait. Suis-je en règle avec l’État. Ouf ! Depuis peu. J’espère quand même qu'il n'ira pas fouiller dans le bulletin
n°1 de mon casier judiciaire. Ma famille ? Va savoir Charles, je l'ai fait expulser pour quelques biftons (époque Hortefeux) depuis pas de news. Quant aux précautions...

Joy Means Sick 06/12/2012 08:00

A ta place ID je me méfierais du silence de Sans Congo, il doit te préparer un sale coup. J'espère que t'es en règle avec l'Etat, que ta famille n'a rien à cacher et que tu as pris tes précautions.

I.D. 05/12/2012 21:03

Carrément ! C'est son frangin qui me l'a fait tourner. Une p'tite carte postale de Bourges. Tu remarqueras que même dans un coin reculée comme là-bas, il garde la classe avec son polo Fred Perry.
En tout cas, il semble s'y amuser.

David T 05/12/2012 14:03

Mais en plus c'est avec une vraie photo de Sans Congo que vous illustrez l'article, wouaaah, chapeau Sans, fallait oser !