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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 10:12

ballad

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Un film de Yann Kerloc'h, ça se mérite. Dimanche dernier, outre les 15 minutes de retard réglementaires, il a fallu affronter trois courts métrages moyens (et pas toujours très courts) et supporter quelques problèmes techniques avant de découvrir le chef d'oeuvre de Yann, un aboutissement de sa relations avec la Corée. Avant la séance, Yann nous gratifie de quelques paroles timides sous les applaudissements de la salle. On se rappelle alors qu'on sentait déjà une excitation particulière rue Christine.

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Ballad of a thin man est assurément une oeuvre à part dans ce 5ème festival franco-coréen du film. Réalisé par un Breton tombé amoureux de la Corée il y a dix ans déjà (ah le goût du large !), l'oeuvre s'aventure sur le sujet ô combien épineux des relations franco-coréennes au sein d'un bar à hôtesses. Clandestins en France, ces lieux ont pignon sur rue en Corée et connaissent apparemment un succès considérable. L'histoire ne dit pas si Yann Kerloc'h a lui même fréquenté ce genre d'établissement; nous savons juste qu'il a longuement discuté avec une hôtesse ce qui lui aurait permis de nourrir son film de nombreux détails.

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A la fin de la séance, un silence gêné se répandit dans la salle. Avec ce film Yann Kerloc'h ramène le cinéma à son statut d'art éphémère. Dès le générique, les images s'enfuient mais restent imprégnées en nous comme les souvenirs d'un mauvais rêve. Tout au long de la projection de Ballad of a thin Man, on se questionne sur le rapport au réel. Les images sont d'une banalité rare, le son nous rappelle sans cesse qu'une vie exogène se déroule hors champ (klaxons, moteurs, bruits urbains désagréables) et pourtant Yann Kerloc'h nous projette dans un autre monde, en dehors même du film et de l'écran. Il n'a de cesse d'interroger la place du spectateur: que faites vous là? que regardez vous? pourquoi?

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Ce que l'on voit, ce sont des acteurs qui jouent à contre temps, contre le réalisme, contre la vraisemblance. Pendant plus de vingt minutes ils tiennent une note terriblement fausse, nous dérangent au point d'entretenir un rapport physique avec les spectateurs. L'histoire s'inscrit dans cette même logique : mal racontée, elle parvient à être bancale tout en suivant un schéma ultra attendu, un véritable tour de force qui ferait rougir Tarantino. Yann Kerloc'h, réalisateur de la déconstruction : il démantèle les schémas classiques, démembre nos attentes, nous prend à rebrousse poil et gratte.

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Assister à une projection de Ballad of a thin Man, c'est participer à un ping-pong incessant avec la réalité, pas sûr que tout le monde ait compris la portée de l'évènement. Non content d'assister en personne à la séance, Yann a aussi convié une bonne partie de l'équipe du film et prend bien soin de les pointer du doigt : que chacun sache qu'il est bien entouré ! Il nous coince et du coup personne n'ose se marrer ou s'affliger. Il nous remet à notre place de spectateur hypocrite en jouant à contre temps, en tentant sans cesse l'oxymore cinématographique du "génialement nul". La lumière est crue, les cadres sont mauvais, le son insupportable, les dialogues trop mal et trop écrits, le montage d'une nullité abyssale...; même un champ contre champ, Yann peut vous le rater totalement. Et pourtant le ton est extrêmement sérieux, et le générique et l'interview qui suivent nous confirment qu'il a fallu du temps et du monde pour mettre au jour cet hideux rejeton. Tous les indices sont là et évoquent les premiers films amateurs de réalisateurs en herbe, ceux que l'on tourne entre potes en une après-midi pour s'amuser et qu'on ne montre jamais. Jamais il ne s'écarte du mauvais goût et prend toujours soin de faire les mauvais choix.

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C'est ainsi que Yann rend hommage à toutes ces oeuvres anonymes, restées à jamais stockées sur des disques durs planqués au fond d'obscurs placards. Il tend la joue pour toutes ses humiliations qui n'ont pas eu lieu et se sacrifie sur l'autel de l'amateurisme. Une petite crotte de nez dans nos assiette de cinéphiles. Il est difficile d'imaginer que l'on reverra jamais une telle performance d'auto lapidation en public; et quand à la fin du film, Yann monte sur scène pour répondre aux questions, un long silence gêné s'installe. Que dire? Bravo Yann, je n'ai jamais douté de toi et je me suis bien marré.

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PS : une pensée émue pour Sans Congo qui avait rendez-vous et qui a du nous quitter en début de séance, les larmes aux yeux, en constatant qu'il ne pourrait pas voir le film de Yann programmé en dernier.

 

Pour aller plus loin :

Yann K, plus fort que le film, l'interview "Je trouve les coréens très beaux, les coréennes donc, en particulier, pour ne pas se le cacher :-). Une élégance, une dignité incroyable" Ah mon salop !

- Yann K, son oeuvre sur Vimeo.

 

 

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In English for our audience worldwide. Do you know Yann Kerloc'h's last feature, Ballad of a Thin Man ?

 

ballad

 

 

A film by Yann Kerloc'h it deserves. Last Sunday, in addition to the statutory 15 minutes late, we had to play three short films means (and not always very short) and bear some technical problems before discovering Yann masterpiece, a culmination of its 10 year relationship with Korea. Before the meeting, Yann gratifies us with a few words timid applause from the audience. We remember when we already felt a special excitement Christine Street.

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Ballad of a Thin Man is certainly a work apart in the 5th Festival of Korean-French film. Directed by Breton fell in love with Korea ten years ago already (ah the taste of the sea!), The work ventures into the thorny topic of much-French-Korean relations in a hostess bar.Illegal in France, these places have stores in Korea and knowledge of a considerable success. The story does not say whether Yann Kerloc'h himself has visited such an establishment, we just know he had a long discussion with a hostess that would have allowed him to feed his movie many details.

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At the end of the meeting, an uneasy silence pervaded the room.With this film Yann Kerloc'h brings the film to its status as an ephemeral art. From the generic images flee but remain imbued in us as the memories of a bad dream. Throughout the projection of Ballad of a Thin Man, one wonders about the connection to reality.The images are banal rare, its constant reminder that life offstage exogenous (horns, engines, urban sounds unpleasant) and yet Yann Kerloc'h us into another world, even outside the film and screen. He is constantly questioning the spectator: what are you doing? as you look? Why?

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What we see are the players who play against time, against realism, against the likelihood. For more than twenty minutes they take a note terribly wrong, we disturb the point of maintaining a physical relationship with the audience. The story is part of the same logic: badly told, it manages to be wobbly while following a pattern highly expected, a real tour de force that would make Tarantino blush. Yann Kerloc'h, director of deconstruction: it dismantles the traditional patterns, dismembered our expectations, we take against the grain and scratches.

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Attend a screening of Ballad of a Thin Man, that participate in a ping-pong with the constant reality, not sure everyone has understood the scope of the event. Not content to attend in person at the meeting, Yann has also invited much of the film crew and takes care to point the finger that everyone knows he is in good company! We caught and suddenly no one dares to laugh or grieve. It puts us in our place as a spectator hypocritical playing against time, trying continually oxymoron Film "brilliantly zero. The light is harsh, the frames are bad, its unbearable, dialogues and too badly written, erecting an abysmal void ... and even a field cons field, Yann you may miss it completely. And yet the tone is extremely serious and the generic and the interview after we confirm that it took time and the world to uncover this hideous offspring. All the clues are there and evoke the early films of aspiring film enthusiasts, those who are between friends turns into an afternoon for fun and it never shows. He never deviates from the bad taste and always takes care of making the wrong choice.

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Thus Yann tribute to all these anonymous works, remained forever stored on hard drives stashed in the bottom of dark closets. He tends to play all the humiliations that have not occurred and sacrificed on the altar of amateurism. A little booger in our base of moviegoers. It is difficult to imagine that we will ever see such a performance car stoned in public and when at the end of the film, Yann went on stage to answer questions, a long awkward silence settles. What can I say? Bravo Yann, I never doubted you and I had a great time.

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PS: Without a thought for Congo who had an appointment and had to leave us in early trading, with tears in his eyes, noting that he could not see the movie by Yann programmed last.

 

To go further:

- Yann K, stronger than the film, the interview "I think the Koreans very beautiful, so Korean, in particular, not to hide it :-). Elegance, dignity incredible" Oh my bastard!

- Yann K, his work on Vimeo.


 


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Published by Kim Bong Park - dans Festivals - Actu - ITW
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commentaires

I.D. 16/11/2010 00:03


:))