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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 09:12

 

 

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Clothes off or Fist on ?

 

Attack the Gas Station(1999) est le quatrième film de Kim Sang-jin. L’histoire est relativement simple, voire anecdotique : quatre jeunes hommes, compagnons de galère, s’emmerdent sec dans un Séoul by night aussi vide que leur agenda. En quête désespérée d’une activité, l’un d’eux prend ses responsabilités. Pourquoi n’irait-on pas mettre à sac une station-service ? Bah ouais, allez, bien vu l’artiste ! Le générique montre ainsi les quatre énergumènes saccager une station-service dans une déferlante joyeuse de coups de lattes. Une vraie tempête. Fin du générique. Le film reprend le soir d’après. La bande des quatre se retrouve dans un fast-food, et devinez quoi ? Ils se font à nouveau chier. Hey mais attends, et si on allait remettre à sac la station-service qu’on a déjà braqué hier ? Bah ouais, allez ! Une précision du réalisateur, en légende écrite, nous annonce leur noble mobile : « just for fun ». Le ton du film est donné. En même temps la station-service s’appelle Oilbank. Shell ou Esso c’est quand même un peu plus discret. Et on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Sauf que cette fois, le patron a pris le soin de cacher la caisse. Le film est véritablement lancé lorsque le chef de la bande, No Mark (Lee Seong-Jae), qui semble avoir les neurones moins rouillées que le reste de l’équipe, se rend compte qu’on peut se faire plus d’argent en gérant la station-service durant la nuit et partir avec les recettes qu’on aura faite sur la base d’un principe qui flirte avec les limites de la morale : tout le monde prend un plein, qu’il le veuille ou non (économiquement ça se tient en tous cas).   

 

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Prenant (gentiment) en otage le personnel des lieux, le film oscille comme un pendule entre deux espaces, la pièce où sont retenus les employés et l’entrée de la station service contenant les pompes à essence (les pompes sont perchées en l’air !). Justifiant le montage en parallèle qui traverse pratiquement tout le film, ce choix délibéré impose un cadre plus théâtral que cinématographique. Cette forte impression de théâtralité se dégage d’une succession d’éléments. En rabotant un peu sur les bords, on peut déjà évoquer la règle des trois unités qui est quasiment respectée dans le film : unité de temps (le film se déroule sur une nuit), de lieu (la station-service) et d’intrigue (trouver l’endroit où le patron a caché la caisse). Le jeu des personnages est aussi un élément marquant le caractère théâtral du film. Volontairement exagéré pour certains, les acteurs (principaux ou figurants) n’hésitent pas à forcer le trait à l’aide de mimiques simiesques et autres grimaces, notamment Bulldozer (Yu Oh-seong) qui est chargé de surveiller les otages. Enfin, la construction du film, qui tient plus de l’empilement de scènes comiques que de la poursuite rigoureuse d’un dessein scénaristique, rappelle un peu les éléments du théâtre du boulevard, lequel est né et n’a existé que pour le pur divertissement. Dans Attack the Gas Station, il y a quelque chose de ce côté rafraichissant et léger qui identifie ce théâtre.

 

Yep, j’ajouterais même que la station service participe à cette idée de théâtre de boulevard voire de théâtre de rue. Les conducteurs passent et sont pris à partis, le spectacle les prend par surprise et par le porte-monnaie. D’ailleurs un producteur finit par lâcher sa carte au boys-band de gangsters improvisé par notre musicien chevelu. Une sorte de clin d’œil au bas de l’échelle, très sympa.

 

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Il ne faut pourtant pas en faire une pièce de théâtre non plus. Le caractère théâtral du film s’arrête là où commence la jeunesse du récit. Le réalisateur ne filme pas à la manière des premiers cinéastes de l’histoire du cinéma qui eux tournaient véritablement des scènes et respectaient la règle du « quatrième mur » du théâtre comme Edwin S. Porter ou D.W. Griffith pour citer quelques uns des plus importants. Pour faire simple, Kim Sang-jin ne prend pas de plans larges. Au contraire, le réalisateur a rangé ces cadres de pépé pour lui préférer un style plus jeune, plus nerveux, plus bondissant. Durant pratiquement tout le film, c’est caméra portée et plan serré au possible. Cela rend la bête plus énergique, à l’image de la bande de révoltés qui la portent. Le lien entre l’énergie que dégagent les acteurs principaux et celle qui est retranscrite par le réalisateur au travers de sa manière de filmer, forme une cohésion qui ne fait (presque) jamais tomber Attack the Gas Station dans un mauvais tempo. Tellement bien ficelé que le film, selon les propres aveux du réalisateur, a été victime du copycat effect, c’est-à-dire du fait de reproduire dans la réalité des scènes de fiction tirées d’un film. Donc oui, des B-boys en Asie se sont  vraiment amusés à piller des stations-service.    

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La jeunesse apparaît vraiment comme l’élément central de la bobine. Vif, direct, insouciant, répondant par la vanne ou la kèche, Attack the Gas Station est une sorte de déclinaison de la force brute des acnéens, une pleine dépense du fonds d’énergie cinétique avec lequel on entre dans le monde ; vous savez cette énergie qui décline avec le temps, celle qui vous fait courir pour rien dans la cour de récré de la maternelle à l’aube de votre existence et dont l’épuisement vous visse progressivement au canapé avec le temps. Je pense notamment, en premier balayage de mémoire à des films comme Orange Mécanique de Stanley Kubrick, Le Péril Jeune de Cédric Klapisch, Trainspotting de Danny Boyle (au moins dans l’énergie et l’ingéniosité qu’ils déploient à se shooter). Plus belle, plus grande est peut-être la référence qui ne m’a pas quitté l’esprit durant tout le film : la génialissime série Parker Lewis Can’t Lose. Comment ne pas voir dans les coups de pression de Bulldozer l’âme du grandissime Kubiak ?

 

Et la bande son ? Si ça ce n’est pas une déclaration d’amour à la jeunesse des années 80 et ses sitcoms pourlingues ? Référence moins glorieuse que Parker Lewis, Hélène et les garçons. Bon c’est uniquement pour le personnage de Ddan Dda-ra, véritable reprise de José, chemises pourries, cheveux longs et agressivité compris. Après  une recherche minutieuse sur internet, il apparait que José jouait du synthé dans un garage avec ses potes. Je vous laisse écouter la musique de gangster de Ddan Dda-ra et continuer la comparaison vous-même.

 

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Attack the Gas Station pose donc la question de la place des jeunes dans la société sans jamais donner de leçons. Il dépeint un camaïeu assez large de la couleur de la jeunesse coréenne, depuis le faillot qui doit réviser un examen de… spéculation (!!) aux vraies têtes brûlées en passant par les hordes de coqs percevant leur crête plus large qu’elle ne l’est vraiment. Mini-laboratoire de la survie en milieu pubère hostile, il aborde sans obséquiosité les questions de rapports de force (physiques, mais aussi intellectuels, stylistiques, etc.) qui émaillent la vie d’un adolescent. Et au-delà de la question intra-générationnelle, le film aborde bien évidemment le conflit intergénérationnel. Les adultes ne sont pas présentés sous leur meilleurs jours : ils sont souvent pleutres et bornés, incompétents (les policiers : le sujet de l’incompétence des policiers revient souvent au menu du jour du cinéma coréen), rabat-joie, quand ils ne sont pas carrément castrateurs en brimant les aspirations de la jeunesse. Attack the Gas Station est donc un peu une manière de leur dire merde, comme lorsque Paint (Yoo Ji-tae, le bogosse de Oldboy) détruit des cadres vantant la productivité au travail.

 

Petite référence gratos, et plus académique que les sitcoms du club Dorothée : Rumble Fish de Coppola. Du gang fight filmé par « pépé » Coppola, un autre tableau d’une autre jeunesse. Plans larges, noir et blanc, changement de plans à chaque coup donné et une belle brochette d’acteurs. On est très loin d’Attack the Gas Station, mais bordel c’est quand même joli ce cinéma là.

 

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De toute façon, du travail il n’y en a plus. En 1999, la Corée du Sud est touchée par un ralentissement économique qui frappe toute l’Asie. Donc quitte à chialer, autant se dépenser en pure perte. Dans un bel élan rimbaldien (la poésie en moins) les quatre jeunes font montre de leur ignorance sans jamais en paraître affectés. Les reproches glissent sur eux s’en s’accrocher. Ils s’en foutent. Il se moque à peu près de tout. Notamment de l’impérialisme américain. On commence à radoter sur le sujet, mais là quand même, il y a deux scènes plutôt importantes qui prennent le sujet à coudées franches. La première montre le leader du groupe, No Mark, écraser une canette de Pepsi. Haha direz-vous, la société coréenne pulvérise l’immonde impérialisme américain. Oui mais sauf qu’après, No Mark prend la canette écrasée et vise une poubelle à la manière d’un lancer de base-ball. Haha dis-je ! Cette fois on pratique bien un sport américain. Le rejet et l’assimilation sont exprimés sur un même mouvement. Plus forte encore est la seconde scène. Ddan Dda-ra (Kang Seong-jin), la rockstar de la bande, boit une canette de Pepsi (hé oui les vertus du product placement ne sont plus à démontrer). Des policiers lui reprochent de ne pas boire une boisson coréenne. Le premier leur répond que c’est bien une boisson coréenne parce qu’il y a le symbole Taeguk sur la canette (le symbole du drapeau). Ici encore, on a une belle illustration de la pénétration de la culture américaine et de sa confusion avec la culture coréenne. Kim Sang-jin adopte donc un regard plus distant vis-à-vis de cette problématique et l’exprime via l’ignorance et le je-m’en-foutisme de la bande.        

 

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Bon et pour finir, désolé mais je me dois d’évoquer un problème qui m’a un peu pourri le film même s’il a été ponctuel. Je regrette les flashes-back qui ont servi de prétexte à montrer les frustrations de chaque membre de la bande. Le trop-plein narratif, c’est vraiment dommage, ça fait vraiment tâche sur le flow du film. C’est un peu comme les rappeurs qui ratent leurs mesures parce qu’ils mettent une ou deux syllabes en trop. Franchement, arrêtez de vous faire pourrir par le cinéma de Hong-Kong les gars…

 

Perso ça ne m’a pas dérangé, mais j’avoue que le flow du film était déjà trop décousu à mon goût. Donc perdu pour perdu, autant foutre des flash-backs explicatifs en plein milieu du film. Allez hop, même pas peur et puis c’est jouissif de voir brisée l'une des règles classiques qui manquaient encore au tableau de chasse du film. C’est vrai que d’un point de vue narratif c’est facile et gratuit, par contre c’est aussi l’occasion d’assister à l’une de mes scènes préférées, celle où Paint se fait encastrer un à un ses tableaux sur la tête par son père. On est loin du cinéma français et des lamentations d’un jeune ado du 16ème qui rêverait de devenir artiste alors que père veut en faire un avocat comme lui. C’est beau, c’est imagé, c’est radical.

 

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Bref, et pour finir vraiment, je dirais que le film est bien sympatoche et qu’on passe un bon moment à le mater. Surtout, un des personnages du film porte le maillot du Brésil de la Coupe du monde 1998. Oui c’est ça, celui-là même que Zizou a cartonné d’un 3-0 tout propre au Stade de France. Quand on le voit à l’écran pendant quasiment toute la durée du film, je vous assure qu’on est mis dans de très bonnes dispositions pour kiffer la bobine. Et 1 ! Et 2 ! Et 3-0 ! Yeahhh !

 

S’il est sympatoche, le film est aussi réservé à un public averti et converti. J’en connais qui ont trouvé ça « trop nul » et ça peut se comprendre. De toute manière le ton du film est affiché d’entrée : on peut se faire un avis en 10 minutes. Mais ce serait quand même dommage de rater la scène finale, ou comment tenir en respect deux gangs et une armée de policiers avec un briquet.

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Bonus :

cette semaine on vous propose un pot-pourri postmoderne en guise de bonus. Enjoy !

 

 

Un florilège de citations qui permet de relativiser le discours classique du « les jeunes aujourd’hui n’ont vraiment plus aucun respect » :


 

"Notre jeunesse (...) est mal élevée. Elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui (...) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais."

 Socrate (470-399 av. JC).

"Je n'ai aucun espoir pour l'avenir de notre pays, si la jeunesse d'aujourd'hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible."

Hésiode (720 av. JC).

"Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin."

Prêtre égyptien (1000 av. JC).

"Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture."

Citation vielle de plus de 3000 ans, découverte sur une poterie d'argile dans les ruines de Babylone.

 

 

 

Jeu de carte :

http://images.forbes.com/media/2009/07/31/08_Portland.jpg

Dans le restaurant chinois, on voit des employés assis parterre jouant aux cartes. Le jeu auquel ils s’adonnent est très populaire en Corée du Sud. Il s’agit du hwa-tu (bataille des fleurs). On pense que ce sont les Portugais qui ont exporté ces cartes jusqu’en Asie. Voici un lien par lequel vous pouvez imprimer votre hwa-tu (http://www.angelfire.com/alt2/robertkalin/hf2.html) et voici les règles d’un des jeux auxquels on peut jouer avec ces cartes, le Godori (http://fr.wikipedia.org/wiki/Godori)

 

 

Rumble Fish (extrait: un gang fight à l'ancienne)

 

 


 


Rumble Fish, le film de Coppola sur Youtube

 

 


 


France - Brésil 1998

 

 


 


Parker Lewis Can't Lose - épisode 1 (pas de sous-titres)

 

 


 

 

Bande son : Shell – Jak Eun Sarang (complètement nineties) :  (pas de clip trouvé)

 

 

 

  

Vos Serviteurs

 

 

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Published by Kim Bong Park - dans Comédie
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commentaires

Joy Means Sick 19/12/2012 20:49

Je te dirais bien ce que ça veut dire mais j'en sais foutre rien mon bon I.D. ! L'un de nous deux avait du voir un mauvais film HK juste avant d'écrire, je vois pas d'autres explications.

I.D. 13/12/2012 16:29

Hé mais les gars ! Ça veut dire quoi ces conneries ?

> "Franchement, arrêtez de vous faire pourrir par le cinéma de Hong-Kong les gars…"

Quel peut-être le contexte d'une telle phrase dans ce que je connais du cinoche hongkongais et la mise en parallèle du flash-back ?

PS : Ils sont marrants les sudco avec leurs pistolets d'essences perchés en l'air. Ça arrive qu'on le voit de temps en temps dans certains films. Je ne sais pas moi, tenez comme dans "Stateless
Things" par exemple ! Je continue ma thérapie pour oublier Kim Kyung-mook...